GRAND CORPS MALADE ET SES ACOUPHÈNES DE VÉRITÉ

C’était un soir de semaine au Mans. Un soir de pluie, un temps chagrin. Et puis Grand Corps Malade a surgi sur la scène du Palais des Congrès. Deux heures lumineuses où les mots sonnent forts, justes et beaux, où la nostalgie distille une douce mélancolie, où preuve est donnée que dénoncer ou défendre ne sont pas les fruits obligés du verbe aboyer. La pluie était toujours là à la sortie. Mais elle était une alliée qui permettait de camoufler les larmes échappées dans ce long acouphène d’émotions.

Un concert de Grand Corps Malade n’ est pas un concert comme les autres, c’est un rendez-vous. Celui dû lâcher prise émotionnel. Car les plus costauds ont beau essayer de se convaincre et répéter qu’en six albums (le dernier, « plan B », est sorti le 16 Février), on a appris à connaître la plume délicatement acérée de Grand Corps Malade, ce nom d’artiste un brin provoc’ dont s’est affublé Fabien Marsaud après avoir dû renoncer à vingt ans à une carrière de basketteur professionnel à cause d’un mauvais plongeon), son timbre grave et son slam polymorphe, aussi à l’aise dans les aigus de la douceur que dans les graves des uppercuts au punch redoutable, son charisme aussi puissant que le bleu de ses pupilles… les costauds donc laisseront couler comme les autres les larmes provoquées par ces morceaux de vie qui résonnent si fort et juste.

Il est vrai que le garçon est redoutable. Il arrive avec sa (très) longue silhouette fine, tout sourire et frappe d’emblée avec « Plan B » justement, le titre de l’album éponyme. Quels que soient les parcours, rares sont les vies linéaires. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir beaucoup vécu pour avoir déjà le goût amer des choix subis, des cailloux parfois rochers sur le chemin. Alors chacun s’y retrouve. Grand Corps Malade ne lâchera plus personne jusqu’à la fin de son set, savant dosage de titres anciens, de morceaux extraits de son nouvel opus, de duos (comme le très délicat « Poker » avec Ehla), le tout entrecoupé d’échanges mâtinés d’ un humour subtil, tendre ou corrosif.

En abordant sa quarantaine, Grand Corps Malade livre son spectacle le plus abouti. A l’aune de cet album impressionnant de vérité, ce mix de textes très personnels (existe t’il plus bel hommage rendu à une compagne que « Dimanche soir » (« mes mains ne se lasseront jamais de ta peau (…) Le temps n’a pas d’emprise sur la couleur de tes yeux (…) Je me moque de tes défauts qui sont devenus essentiels (…) Parce qu’on s’est tant rapprochés que nos souvenirs se ressemblent, parce que quand la vie n’est pas simple c’est tellement mieux d’être ensemble, parce que je sais que le lundi je vais te parler et te voir, parce que c’est toi, parce que t’es là, je n’ai plus peur du dimanche soir. » )? Impossible encore de ne pas se laisser emporter par « Acouphènes », cet hymne aux souvenirs, aux années familiales d’avant, puissante mélancolie des jours heureux) et de lignes porteuses des drames du monde (« Au feu rouge » met en relief les tragédies des migrants et notre indifférence au quotidien).

Les politiquement très incorrects qui échappent à l’impunité ne sont pas non plus oubliés et on découvre la force de l’humour trempé dans l’acide. Plus redoutable que le meilleur des chansonniers. Patrick (Balkany) si tu nous entends… L’ « hommage » était si juste (au sens de justesse pas de justice, ne pas confondre!) sur le disque, il est encore plus spectaculaire sur scène avec les rires et les applaudissements spontanés du public. Grand Corps Malade, assis, fait défiler l’histoire tranquillement et rit, comme l’enfant content des effets de sa blague, lui qui avait introduit le morceau en disant « parfois il ne faut pas chercher trop loin, quand on aime quelqu’un il suffit de le dire… »

Une parenthèse humour qui permet de se remettre pour mieux se laisser prendre par une nouvelle vague de tendresse. Grand Corps Malade est un papa amoureux de ses deux fils et il nous emporte dans cet océan de sentiments, en voiture mais pas seulement… « Définitivement », présente sur « 3ème temps », l’album précédent, est ce qui peut se dire de plus beau à l’enfant à venir et laisse toujours aussi échoué sur le trottoir de notre propre parentalité. « Tu m’ apprendras à m’inquiéter, j’espère que tu seras indulgent, je t’enseignerai la prudence, tu m’apprendras l’incertitude, tu m’apprendras les nuits blanches, je t’enseignerai la gratitude, tu verras que la vie c’est parfois dure (…) J’aurai envie de te protéger mais j’essaierai de ne pas être trop lourd, je mettrai mon amour de fer dans une apparence de velours ». Jaloux! Oui, c’est bien cela… On en serait presque jaloux, soudain bien minables de n’avoir pas su poser ces mots là.

Pour son cadet, il offre un format encore rare en désertant l’espace d’un morceau les rives du slam pour celle de la chanson. Il le souligne d’ailleurs dans « Tu peux déjà », « tu peux déjà te moquer de moi et te vanter d’être le premier à m’avoir vraiment fait chanter ». Très joliment habillée par ses trois complices musiciens (Idriss El Mehdi, Feed Ferbac et Olivier Marly) qui se partagent les claviers, percussions et cordes, l’envolée de couplets emporte aussi la salle.

En ces temps que l’on ne supporte plus de voir toujours aussi obscurs, la présence dans le concert de « Roméo kiffe Juliette » vaut tous les symboles. Juif, Musulman, quel inutile combat que cet antagonisme au nom des religions. Grand Corps Malade vient d’un département ô combien compliqué (la Seine Saint Denis) et il en connait toutes les douloureuses coutures même s’il a grandi dans un milieu lettré, entre une mère bibliothécaire et un père directeur des services. Mais ce n’est pas parce qu’on a eu la chance de vivre dans un milieu intelligent et ouvert, où la compréhension et l’ouverture étaient des évidences, qu’il faut jouer l’angélisme par opposition et se voiler la rime. Les méfiances à avoir, les rencontres à éviter, Grand Corps Malade sait les exprimer mais sans jamais stigmatiser. En filigrane, le message prend sa pleine dimension.

S’il n’y avait ce terrible accident signant l’entrée dans l’âge adulte, il n’y aurait sans doute pas eu ces moments là, Grand Corps Malade sur cette scène, « plus de ballons les bras ballants mais des histoires à balancer » affirmant « qu’on pense ou qu’on pense pas j’ai mis des phrases en condensé, qu’on danse ou qu’on danse pas, j’ai mis tout ça pour compenser, alors une passion à pallier c’est pas simple on peut pas nier ». Mais il est difficile (pour ne pas dire impossible) de croire que ce talent, cette verve aux rimes incisives, ce regard sur le monde, le sien et celui qui nous entoure, n’aurait pas arbitrer le second quart-temps de sa vie. Grand Corps Malade a vu sa vie dérailler mais il a eu la force et l’envie de grimper dans un autre wagon. On peut parier sur la durée du voyage, évidemment qu’il n’est pas prêt de s’arrêter. Le Mans, tout le monde redescend. La pluie attendait dehors. Elle servira d’alibi aux regards humides.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– En tournée dans toute la France, salle Pleyel (Paris) les 6 et 7 décembre 2018. – 

La liesse s’est lovée pour Ben Mazué

Autant le dire d’emblée, Ben Mazué est un génie. Il réussit en trois albums puisés dans une encre brillante et acérée, qui n’hésite pas à se tremper de grave sans jamais se départir d’un humour subtil, à ringardiser les spectacles guitare-voix (et même guitare-claviers-voix). Il a cassé les codes, trouvé une idée tellement plus originale et porteuse, tellement plus forte que son scénario (car c’est bien cela dont il s’agit), ses caissons de résonance émotionnelles nous emportent dans des abîmes dont nul ne ressortira intact. 

Ce qui est enthousiasmant dans une première fois, c’est le plaisir de la découverte, l’envie de voir si cet artiste dont on connaît les trois albums quasiment par coeur mais que l’on n’a pas encore eu l’occasion de voir sur scène sera à la hauteur de son écriture précise, raffinée, son regard à la fois percutant et drôle, caustique, tendre et même un peu angoissé. Les échos sont d’un enthousiasme tels que les salles se remplissent toutes en quelques jours et leur taille ne cesse de grossir, ce qui est quand même gage d’un réel succès. Mais peut-être ce sont les fans qui se reproduisent entre eux ou qui squattent de ville en ville, date après date? En amour, tout est possible. Alors le suspens reste entier.

En 2011, avec son premier album éponyme, Ben Mazué avait marqué les esprits. Son phrasé, son slam et sa musicalité donnaient plein pouvoir à des chansons comme « Evidemment », « Papa », ou bien encore « Lâcher prise ». Le public s’était alors massivement intéressé à ce jeune homme au regard marine sous la chevelure rousse désordonnée, à l’allure aussi timide que ses textes étaient plein d’une « vraie » vie tranquillement mise en lumière.

Aucun artifice, pas de blabla inutile mais des histoires déroulées qui captent l’attention pour ne plus jamais la lâcher. On le sait proche de Grand Corps Malade, avec qui on l’a vu partager des plateaux et des duos. On n’est pas surpris de découvrir qu’il se cache derrière les paroles de « La même robe qu’hier » interprètée par Pomme. Pas étonné de l’imaginer derrière « Sweet darling » ou « A l’équilibre » des Fréro Delavega, riches d’une douce poésie.

Avec ce troisième album sorti l’an dernier, « La femme idéale » un bel hommage est rendu aux femmes en général, à la sienne sans doute en filigrane. « Maitresse hors pair, âme soeur, bosseuse en or, mère, femme, soeur, tu peux pas, tu peux pas, tu peux pas… » Un titre qui scintille tel un néon en porte drapeau de l’ opus mais qui n’est que l’ un des thèmes abordés. Difficile de ne pas  citer « La liesse est lovée » qui parle si bien du bonheur, « Dix ans de nous », « Quand je vois cette image » ou bien encore « La mer est calme ». Les douze titres, superbement mixés, éclairent sur les pensées d’un presque quadra (on a bien dit « presque ») qui garde son optimisme mais n’échappe ni à l’angoisse de la lucidité, ni à certaines désillusions un peu drapées d’amertume. Une forme de mise à nu qu’il n’ habille jamais d’impudeur.

Dans « 33 ans » sorti en 2014, Ben Mazué déclinait tous les moments de la vie, au fil du temps qui passe. « 14 ans », « 25 ans », et même « 73 ans ». Des morceaux d’une étonnante justesse et d’une vérité aussi drôle que touchante ou cruelle. Des chansons qui avaient largement trouvé leur auditoire.

Avec tout ce matériau, ces perles de vie, certains auraient composé un spectacle « classique », déroulé par séquences d’âge ou par vagues d’émotion. Ben Mazué a eu envie d’autre chose. Après avoir assisté à un spectacle de Jacques Gamblin, totalement bluffé par le talent polymorphe de l’acteur qui n’hésitait pas à danser sur scène, il a eu envie d’un spectacle d’une vraie densité. Il a pensé son propre concert avec une précision d’orfèvre et imaginé plonger le public dans des scénarios emboîtés tels des poupées russes. C’est brillantissime, totalement nouveau. Poésie, chanson, slam, sketch s’entremêlent et le rire chasse les larmes. C’est doux et amer, généreux, musicalement inventif grâce à la patte de Robin Notte, pianiste et directeur musical dont la présence à ses côtés est part intégrante du succès.

En raconter davantage serait spolier le charme unique de la découverte, lever un pan de trop sur ce moment unique. A Nantes, ce 8 mars, Ben Mazué faisait salle comble à la Cité des Congrès, l’une des plus grosses salles devant lesquelles il avait eu l’occasion de jouer. En Novembre prochain, son Olympia (Paris) affiche déjà complet. Mais avant cela, il passe par plein d’autres villes et quelques festivals comme Le Printemps de Bourges (le 28 avril) et les Francofolies de la Rochelle (le 13 Juillet). A mi-parcours, Ben Mazué n’a plus à douter. Il ira loin…

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

The Temperance Movement, à écouter sans modération !

En sept ans et trois albums, les britanniques de The Temperance Movement ont accroché avec leur rock si personnel la fidélité de milliers de fans en Europe mais également aux Etats-Unis où ils ont eu la chance d’ouvrir pour les Rolling Stones. Une mise en lumière accrue qui n’a pas réussi à donner la grosse tête à un groupe qui a traversé des tempêtes et su garder le cap en conservant l’honnêteté pour figure de proue. Rencontre.

Quand le tourbus s’est garé près de la Loire, à quelques mètres du Ferrailleur où ils joueraient le soir même, les cinq musiciens n’ont jeté qu’ un regard ensommeillé sur les quais nantais. Le concert de la veille au Rocher de Palmer, à Cenon, dans la banlieue bordelaise, était encore dans les mémoires. Une jolie date au milieu de ce nouveau mais court périple français entamé à Paris, au Trabendo le 31 mars. « On tourne beaucoup, certaines années on a même donné jusqu’à deux cents concerts alors forcément, la bus est un peu notre seconde maison. Et il n’est pas toujours facile de bien visualiser les salles, les villes, où nous nous arrêtons. Parfois, on trouve le temps de s’éloigner un tout petit peu pour voir les abords et visiter. Parfois pas! Mais ce n’est pas dramatique, c’est notre job et on aime ça, » commente Paul Sayer, l’un des deux guitaristes, membre historique et fondateur de The Temperance Movement.

Dix ans déjà que l’idée de former un groupe s’est imposée, envie partagée par Phil Campbell, le chanteur et Luke Potashnick, autre guitariste. Mais il a fallu attendre 2011 pour que les choses se concrétisent, le temps de trouver un batteur et un bassiste, « une formation très classique au final ». Dès le premier EP en 2012, The Tempérance Movement interpelle. Dans un monde qui aime poser les étiquettes et ranger dans des cases, difficile de positionner clairement ces britanniques mêlant aussi efficacement des sons des années soixante et soixante dix mais qui aimaient aussi manifestement Nirvana, les Stones ou Soundgarden. Des enfants du siècle qui n’auraient pas eu le complexe de leurs ainés et leur rendraient même de magnifiques hommages en quelque sorte.

« On se nourrit de rencontres, de ce que chacun écoute. Nous avons des influences multiples mais des envies communes… ce qui est quand même plus simple», poursuit en riant Nick Fyffe, le bassiste. Un melting pot musical qui séduit d’emblée : en novembre 2013, The Temperance Movement décroche le prix du « Meilleur nouveau groupe de l’année » de Classic Rock Magazine.

Le karma continuant alors à être particulièrement bon, le hasard met une de leurs lointaines connaissances sur la route d’une conversation dans laquelle il est dit que les Stones cherchaient des premières parties pour leur tournée européenne. N’écoutant que son culot et son envie, la jeune femme a alors donné leur nom! Comme ça, tout bêtement. Mick Jagger a écouté et aimé. Ainsi va parfois la vie d’un groupe encore moyennement connu qui se retrouve soudain propulsé pour une poignée de dates devant des auditoires XXL, sur la même affiche que l’un des groupes phares de la musique mondiale depuis plus de cinquante ans.

« C’est cool, non ? » s’amuse Paul Sayer. « Ce n’était vraiment pas un truc de label ou de management, un truc pensé et calculé par je ne sais quel financier. C’était juste un truc tout simple, le bon moment d’une personne qui n’aurait jamais du être là quand une conversation a eu lieu et qui a l’audace tranquille de ceux qui ne risquent rien au fond. Et ça a été énorme, »

« Aucun facteur de stress dans cette histoire mais une incroyable envie, une excitation totale à l’ idée de jouer ces soirs là dans ce contexte de fou » surenchérit Nick Fyffe. « Comment ne pas kiffer ce truc là? Je crois que tous les musiciens à notre place auraient pensé de la sorte. Et l’histoire s’est renouvelée quand les Stones nous ont embarqué pour cinq dates de leur tournée américaine l’an dernier. On a aussi ouvert pour les Insus en France sur quelques dates et ça a été là encore un plaisir énorme. »

Mais la vie d’un groupe n’est pas toujours linéaire et en 2016, alors que sort « White Bear », le deuxième album, Luke Poshnik décide de quitter le navire pour vivre de nouveaux horizons. En Novembre de cette même année, le batteur laisse également sa place et est remplacé par Simon Lea. Des tourments organisationnels et forcément humains quand c’est l’un des piliers historiques qui part et qu’en quelques mois, près de la moitié de la formation aura été changée. De nouvelles habitudes doivent se créer, une autre complicité doit rapidement exister.

En parallèle, Phil Campbell le chanteur, est rattrapé par ses liaisons dangereuses avec l’alcool et la drogue. Il ne se voit pas monter sur scène sans ses béquilles artificielles, persuadé de ne pouvoir être bon sans ses dangereuses compagnes.

Il faudra du temps pour revenir à la surface d’une eau plus claire mais le résultat est bluffant. Sorti en février, « A deeper Cut », le nouvel opus, est ce que le groupe a livré de plus abouti et profond. D’une transparence et d’une honnêteté totales. « Nous avons lutté, nous avons souffert mais nous avons vécu. Et comme le dit l’adage, « ce qui ne tue pas rend plus fort », observe avec philosophie Paul Sayer.

En fait, je ne sais pas si nous sommes plus forts mais ces tumultes partagés ont grossi notre vécu. Nous avons souffert et partagé ensemble. C’est ensemble que nous y sommes arrivés et c’est encore ensemble, survivants de tout cela, que nous avons désormais l’immense plaisir de défendre ce disque sur scène. Il est une fois de plus la réunion de toutes nos influences, il est cathartique, plein de force, moderne et bien sûr la réunion de pas mal d’émotions.

J’espère que le public le reçoit comme un album extrêmement honnête et vrai car nous ne prétendrons jamais être ce que nous ne sommes pas. On pourrait embellir l’histoire à coups de pseudos vérités sur les réseaux sociaux. On sait comment ça marche. Mais on préfère aller chercher le public en faisant ce que nous aimons le plus, jouer sur scène et voir dans le regard des gens l’effet de nos morceaux. En Grande Bretagne, nous avons l’habitude des salles de plus de deux milles personnes. C’est bien sûr plus restreint en France mais ce n’est pas grave. Cela permet d’autres échanges, une autre manière d’aborder l’histoire de The Temperance Movement. Et on ne va pas bouder notre plaisir car le public français est fidèle. Et surtout, de plus en plus nombreux. »

Preuve en était donnée ce lundi soir à Nantes où le Ferrailleur faisait salle aussi comble qu’enthousiaste. Sur scène, Phil Campbell a donné le ton d’emblée avec cette énergie et ce timbre si reconnaissables. Le chanteur aime ces moments et ça se voit. Généreux, souriant, leader d’un groupe dont la complicité est manifeste, il ne lâchera rien jusqu’au bout d’une set list de plus d’une quinzaine de morceaux qui a su mêler succès et titres moins connus, où l’on retrouve évidemment « Caught in the Middle », « White Bear », « Three Bullets », « A deeper Cut » mais aussi, entre autres, «Be Lucky» ou « Love and Devotion ». Le public en redemande et n’entend pas les laisser partir. Les britanniques reviendront alors pour deux chansons. Sur les bords de Loire ce soir là, certains spectateurs avaient déjà noté que The Temperance Movement serait de retour en France à Musilac en Juillet…

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

Pleymo remet le son pour ses 20 ans!

Reformé pour célébrer son vingtième anniversaire, Pleymo a repris la route pour quelques dates. Un périple français qui passait par Stéréolux à Nantes le 17 Mars. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le sextet n’a rien perdu de son énergie.

En 2007, après dix ans de succès (et même une nomination aux Victoires de la Musique 2004), ils avaient subitement déclaré la fin de l’aventure Pleymo, laissant sur la touche tous ceux qui avaient adoré leur metal novateur dans lequel un DJ avait osé pointé le bout de ses samples. C’est donc peu dire si l’annonce de leur retour sur scène, histoire de saluer en musique leurs vingt ans (idée quelque peu originale car le parcours compte quand même dix ans de silence), a fait grand bruit. « Ils font partie de la grande période Watcha, Empyr, Mass Hysteria, même si Mass est un peu à part car le groupe n’a jamais arrêté et n’a peut être jamais été aussi encensé. Dans tous les cas, impossible de ne pas être là! » observait ce trentenaire venu de Bretagne jusqu’à la Nantes pour partager l’une des dates de cette tournée française inscrite en ce mois de mars 2018. « Le combo est à l’identique. Ca devrait envoyer! »

Il n’a pas fallu longtemps pour le vérifier. Succédant à Vegastar, autre référence du nu metal français (pilier de la team Nowhere avec Aqme ou bien encore Enhancer) Mark Maggiori (chant) et Franck Bailleul (DJ) vont rapidement prouver que leur tandem n’a rien perdu de sa complicité. Et ce n’est pas uniquement parce qu’ils arborent le même bermuda ! A leurs côtés, Benoit Julliard (basse), Davy Portela et Erik de Villoutreys (guitare), sans oublier bien évidemment Fred Ceraudo (batterie).

Dès les premiers accords, le public de Stéréolux est à fond, heureux de vivre cet évènement qui semblait encore tellement improbable voilà quelques semaines. « United Nowhere » sonne le La, huit cents spectateurs jouent les choeurs avec un enthousiasme impressionnant. C’est parti pour près d’une heure et demi de concert où énergie et partage seront les maitres mots.

Mark Maggiori (qui est aussi un peintre doué et est à l’origine de la pochette du dernier album comme des nouveaux tee shirts du groupe) espérait ce retour largement gagnant mais il n’imaginait peut-être pas l’intensité avec laquelle le public reprendrait des morceaux dont certains ont quand même près de vingt ans. Il chante, il regarde, il saute et arpente la scène, échangeant souvent avec Franck Bailleul lorsque celui-ci quitte les platines pour le micro et entonne son flow parfait. Leur joie n’est pas feinte et largement communicative. On peut dire que ces deux là ont la pêche et ils entendent bien le faire savoir.

« Ce soir c’est le grand soir », « Rock », « Adrénaline », « Tout le monde se lève », « 1977 », «Chérubin», « Nawak »… les titres filent sans temps morts dans une set list savamment choisie et  que l’on imagine conçue avec difficulté car il a forcément fallu choisir et donc… renoncer. Le groupe a misé sur un mélange judicieux de toutes ses références, avec un accent plus largement porté sur les deuxième et troisième albums, deux opus que le public avait en son temps largement plébiscité. Ils sonnaient donc comme une évidence. « Muck », « Le nouveau monde », « Je regrette », « New Wave » mais aussi « Tank club », « Polyester Môme » et un medley rythmeront eux aussi la soirée. Mark Maggiori semble encore meilleur et encore plus survolté au fur et à mesure que se déroule la soirée. Une chose est certaine, les paroles autant que les partitions n’ont pas vieilli, le mordant est toujours là et la patine Pleymo intacte.

Trois petits tours de piste après le rappel, le temps d’offrir « Blöhm » et « Divine Excuse » pour finir magistralement avec l’inoxydable « Zephyr » et le groupe s’en est allé. Restera le souvenir de ce rendez-vous surprise à la conception parfaite. Si l’idée, en tous cas officiellement, d’une tournée plus longue après cette courte parenthèse hexagonale (il reste encore Lille le 29 Mars et Strasbourg le lendemain), et ce double passage parisien sold out (dont l’Olympia le 31 Mars) n’a pas encore trouvé sa concrétisation, les retardataires pourront toujours se rattraper au Hellfest où le groupe est attendu en Juin prochain. Une petite détour par la Grand’ Mecque du metal avant d’autres dates surprises? A l’impossible, Pleymo n’est pas tenu!

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

THE TEMPERANCE MOVEMENT AU FERRAILLEUR (NANTES) LE 2 AVRIL

Emmenés par le très charismatique chanteur Phil Campbell, les britanniques de « The Temperance Movement » et leurs mélodies mêlant country et pur rock avec une pincée de folk très anglais, seront en concert à Nantes (au Ferrailleur) ce 2 avril. Une date exceptionnelle à ne surtout pas manquer car leurs passages en France restent rares. Avant cette escale nantaise, il n’y a d’ailleurs que deux détours dans l’Haxagone, par le Rocher de Palmer (Cenon) le 1er avril et le Trabendo (Paris), la veille.

Sept ans que The Temperance Movement (autour de Phil Campbell, il y a aussi les guitaristes Luke Potashnick et Paul Sayer, et le batteur Damon) distille ses partitions si reconnaissables et les rangs de leurs fans ne cessent de grossir. C’est devenu un lieu commun de le signaler quand il s’agit de groupes de cette trempe mais il est évident que la scène est leur domaine et qu’ils ne sont jamais meilleurs que dans ces moments de proximité avec le public. A voir absolument.

Crédit photo // Rob Blackham.

Harry gagne avec Styles !

Une production soignée, une mise en scène originale et une setlist parfaitement calibrée : le « LIVE ON TOUR » d’Harry Styles passait par Bercy. Le jeune britannique se présente désormais en solo et affiche l’aisance des vieux routiers de la scène avec une maturité impressionnante. 

Harry Styles était en concert ce 13 Mars sur la scène de l’AccorHotels Arena (Paris) . On pourrait le lire comme une simple date, escale parmi toutes les escales qui se posent chaque année à Bercy. Mais ce serait faire fi du contexte, de l’histoire même de ce jeune artiste d’à peine vingt-quatre ans mais déjà auréolé de sept années d’une carrière qui n’a jamais flirté qu’avec les sommets quel que soit le continent traversé.

Un concert d’Harry Styles, c’est un rendez-vous. Celui qu’il fixe à toutes celles (et elles sont des dizaines de millions à travers la planète) qui le suivent depuis qu’il a été l’un des cinq «One Direction», le boysband le plus célèbre de ces dernières années, monté par Simon Cowell, producteur et membre inspiré du juré du X Factor anglais. Une idée pour le moins juteuse avec un premier contrat de plus de deux millions de livres sterling pour le groupe, investissement largement rentabilisé par cinq années interrompues de succès, de concerts dans des stades tous plus grands les uns que les autres, des tournées vendues en quelques minutes, des millions de disques, livres sans oublier une ribambelle plus ou moins réussie de produits dérivés. Alors en 2016, quand a retenti l’annonce d’une « pause » des « 1D », officiellement pour permettre à chacun de développer sa carrière solo, ce furent évidemment des torrents de larmes.

Pendant que certains de ses anciens acolytes se mettaient en hibernation, s’inscrivaient dans les rubriques people ou naissances des tabloïds, Harry Styles n’a jamais vraiment arrêté. Bien sûr, on lui a prêté des dizaines de conquêtes, bien sûr, ses costumes improbables, sa collection de tatouages et la longueur de ses cheveux ont continué de focaliser les attentions mais il est passé outre ces publications et a continué à tailler sa route. D’abord en sortant en mars 2017, soit deux mois avant la date de sortie officielle de son premier album, un titre… qui s’est classé premier des ventes en l’espace de dix-neuf minutes! « Sign of the Times » battait ainsi le précédent record, détenu par Adèle. Le clip, réalisé par Woodkid, est sorti le 8 Mai, quatre jours avant le disque au titre éponyme. Il a été vu à ce jour près de 315 millions de fois.

Cela aurait pu donner le vertige. Mais Harry Styles, bien que le benjamin du « Fab Five », avait la tête suffisamment bien faites et les épaules assez larges pour ne pas se perdre de vue. En parallèle de la musique, tenté depuis longtemps par la carrière d’acteur, il a travaillé et réussi à rendre parfaitement crédible son personnage de jeune soldat anglais dans « Dunkerque », le film de Christopher Nolan, sorti à l’été 2017. De quoi susciter l’envie chez pleins d’ autres metteurs en scène. Mais c’est à la scène qu’il avait promis de donner ensuite sa priorité en se laissant embarquer dans un tourbillon de tournées à travers tous les continents.

Les dix titres présents sur « Harry Styles » (parfois pour un titre d’album, le plus simple est le mieux!) ont pu désorienter les plus jeunes de ses fans, habituées à des refrains plus guimauves et des musiques formatées « coeur avec les doigts » ou  bande FM. Mais le succès de l’album a été fulgurant et chacun s’est accordé sur la maturité des textes, une pop plus adulte, des morceaux où il s’assumait en tant que guitariste et de jolies inspirations seventies.

Live Nation a eu raison de le signer pour organiser sa tournée. Même si les tubes des « 1D » restaient dans les mémoires, les nouvelles chansons d’Harry Styles étaient déjà connues par coeur et le moment venu, ce serait le rush pour décrocher une place de concert. L’ Olympia (Paris), le 25 octobre dernier, s’est vendu en une poignée de minutes. L’artiste, qui disait vouloir tester sa notoriété solo dans des salles de moyenne importance, a eu sa réponse. Il en a été de même partout.

Cette nouvelle date française, six mois plus tard, a connu un succès lui aussi spectaculaire. Sitôt l’ouverture de la billetterie, assurance était donnée que les fans seraient là, prêtes pour le grand soir. Et elles l’ont bien vécu comme un rendez-vous. Entre copines ou avec leur mère, des ados mais aussi des jeunes femmes plus âgées, qui avaient grandi en même temps qu’Harry Styles. Seize milles spectateurs (il y avait bien quelques hommes donc on est obligé de mettre au masculin), des jeunes filles plus émues les unes que les autres, certaines frôlant parfois la crise de nerfs (on en a vu) avec ce point commun parfois inconfortable pour les oreilles, une capacité au cri strident à (très) courts intervalles réguliers.

A 21h, le rideau s’est levé sur un écran en demi sphère suspendu au dessus de la scène et Harry Styles était là, costume scintillant gris sur chemise en soie noire généreusement ouverte. Et Bercy est devenu sourd par les hurlements saluant cette arrivée. « Only Angel » entonne ses premiers accords, terriblement efficaces. A voir le jeune britannique solide derrière son micro, arpentant la scène avec une démarche syncopée qui rappellerait celle de Mick Jagger, on se dit que les années One Direction ont offert une expérience unique, un sens du métier, une envie de faire le show qui resteront. Harry Styles poursuit avec « Woman » puis « Ever since New York ».

Les quatre musiciens, dont deux jeunes femmes, l’une aux claviers , l’autre à la batterie, ne font pas semblant. « Two Ghosts » et « Carolina » sont plus puissants en live. Mais le mieux, c’est encore (pour le public) quand Harry Styles glisse quelques mots français entre deux titres. « Bonjour Paris… J’apprends le français mais je suis un peu lent ». Le jeune homme n’a rien perdu de son humour et de ses facéties adolescentes, il prendra quelques instants plus tard un énorme plaisir à faire répéter à la foule « 85 pamplemousses ». On ne sait pas d’où sort cette improbable juxtaposition mais elle a beaucoup fait rire, lui en premier.

Après le morceau initialement écrit pour Ariana Grande, « Just a little bit of your heart », le britannique remercie le public avec ce cadeau inattendu, un titre (quasi) inédit, « Medicine ». C’est rythmé et porté par un texte percutant. Vient alors le moment de rejoindre la seconde scène, située juste derrière les consoles. A travers un chemin dessiné au milieu de la salle, Harry Styles court, attrapant au vol un drapeau français tendu par une fan. Résonnent alors « Sweet creature » et « If I could fly », une parenthèse sweet, Harry Styles s’accompagnant de sa seule guitare, qui fait naître des larmes dans des travées devenues soudain plus attentives.

Au retour sur la scène principale, seize milles fans reprennent avec lui « What makes you beautiful », titre devenu culte des One Direction, légèrement revisité et puis bien sûr, impossible qu’il ne soit pas de la setlist, « Sign of the Times ». « From the dining table » en mode déchainé laissera ensuite la place à « Kiwi »… « la » chanson que le public connaît plus que par coeur.

Le temps est alors venu de se quitter. Quand la salle se rallume, sur chaque rangée, des jeunes filles sont en pleurs, soutenues par des copines qui ne sont pas forcément plus vaillantes. Se lever serait déjà quitter la salle, s’éloigner encore davantage de lui qui est dans les coulisses inaccessibles… mais proches.

Si Harry Styles a largement gagné ses galons « solo » et assuré une heure trente d’ un show d’une grande maturité, il lui faudra encore quelques années avant que son public ne soit pas dans le souvenir, dans ce passé qui l’a tant fait vibrer. Assister à un concert d’Harry Styles c’est aussi reprendre un petit morceau des « One Direction », revivre des années intenses et heureuses avec les morceaux du groupe comme « bande son » de cette tranche de vie là. Dire le contraire serait un leurre. En attendant, même si certains se complaisent toujours dans des critiques haineuses que le temps et l’intelligence n’ont pas réussi à calmer, personne ne pourra contester que le jeune britannique a une vraie voix, avec un grain facilement reconnaissable, un sens du show et une envie qui ne sont pas près de lui faire quitter son statut de star internationale.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

PLEYMO EN TOURNEE FRANCAISE 

Le 29 Mars 2017, l’annonce avait déchaîné les enthousiasmes : Pleymo, groupe français de néo metal devenu mythique, allait se reformer et (mieux !) se produire en France, en Belgique et en Russie l’espace de quelques dates afin de célébrer les vingt ans du groupe. Succès immédiat et rush sur la billetterie, le concert du Trianon est sold out en quelques heures, un second passage parisien à l’ Olympia est organisé dans la foulée.

Véritables bêtes de scène, les six parisiens allient paroles savamment rappées à une musique bien vénère qui rappellent les plus beaux accords de Deftones ou Korn, un mixage détonnant qui a assuré leur succès jusqu’à leur séparation, laissant leurs milliers de fans dans l’attente de leur retour.

A force de l’évoquer vainement, certains avaient fini par ne plus y croire mais cette fois, Pleymo est bien de retour et prêt à en découdre. Enthousiaste, doté d’une envie de jouer à nouveau ensemble et de servir au public leurs meilleurs morceaux.

Sept villes ont été programmées dans l’hexagone, sept escales qu’il vaudra mieux ne pas manquer. Après Nimes (le 9 Mars), Villeurbanne (le 10), Ramonville (le 15), Cenon (le 16), Pleymo se produira à Nantes (Stéréolux) le samedi 17 Mars avant de rejoindre Lille (le 29), Strasbourg (le 30) et un final en apothéose à l’Olympia de Paris le 31.

Histoire de rajouter à la fête, Vegastar aussi reprend du service. Le quatuor français, entre rock, power pop, new wave et heavy metal, assurera la première partie.

Crédit photos: BERZERKER.