Lomepal, dernières lumières avant l’éclipse

Le « J Tour » de Lomepal passait par l’Arena Loire d’Angers ce 23 novembre. Un concert impressionnant d’énergie, une ambiance lumineuse pour un rappeur qui compose beaucoup avec ses ombres. Grandiose.

Son dernier passage dans le coin remonte à avril 2018 et c’était au Chabada. Cette fois, c’est une Arena de Trélazé (Angers) pleine à craquer qui l’attend avec une impatience et un enthousiasme manifestes. Lorsque résonne son flow si caractéristique, c’est donc sous une ovation que Lomepal pénètre la lumière.

Il l’avait annoncé lors de son récent passage à Bercy, après cette incroyable succession de dates, le succès au delà de toutes ses attentes d’« Amina » (la réédition de « Jeannine », l’album sorti l’an dernier) et du « J Tour » mis en place dans la foulée, Lomepal frôle l’épuisement et va devoir se mettre en pause durant plusieurs mois. « Je deviens fou. Dans les loges, je n’ai plus le ressort. Et puis lorsque j’arrive sur scène, grâce à vous, l’énergie est là et ça repart de plus belle. Merci! » Des phrases qui font mouche et déclenchent un tonnerre de cris et d’applaudissements.

Arpentant la scène, jouant avec les lumières (impossible de ne pas parler de l’impressionnante scénographie et des jeux de lights dont l’originalité flirte avec l’excellence. Des niveaux de hauteurs différents, des anneaux qui tournoient et se déplacent, ça vise dans tous les sens, c’est plein de ronds et c’est parfaitement carré. Ca offre une mise en abîme lumineuse des refrains d’un artiste qui n’hésite pas à confier ses zones d’ombre), descendant dans la salle pour être encore plus près de ses fans et reprendre « Oyasumi », Lomepal ne s’économise pas.

Tous les succès sont là, « Plus de larmes », « Beau la folie », « Evidemment », mais aussi «Montfermeil», nouveau titre figurant sur « Amina », pour lequel le visage de Caballero apparait en hologramme et apostrophe la salle.

Des tubes, il y en aura encore d’autres, de « Yeux Disent » à « Trop Beau » ou bien encore «1000°C». Le public inconditionnel les connait par coeur et Lomepal pourrait s’arrêter de chanter que les paroles s’enchaîneraient encore sans interruption. Certains attendaient depuis des heures dans le froid avant l’ouverture des portes et malgré les longues heures en station debout, ils ne lâcheront rien. Surtout après cette annonce d’une éclipse de leur idole. Et c’est donc jusqu’au bout du rappel, qu’ils offriront un accueil triomphal à Lomepal. Visiblement touché, le visage porteur des indiscutables stigmates de la fatigue, le rappeur remercie avec sincérité. Il ignore sans doute lui même la durée de la pause qu’il va entamer et qui lui permettra de se ressourcer. Mais il est clair que lorsque sonnera l’instant du retour, il ne risque pas la solitude.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le « Chocolat Tour » de Roméo Elvis, à consommer avec gourmandise

On l’avait connu arrivant sur scène en conduisant un vélib’. Cette fois, c’est par les hauteurs que Roméo Elvis, lunettes et casquette sur blouson jaune canari, micro en mains et déjà chantant, a atterri ce 20 novembre sur la scène du Zénith de Nantes. En rappel, et sous des cohortes d’applaudissements enthousiastes d’une salle jeune et prête à l’accompagner dans ses moindres refrains.

La dernière fois que nous l’avions vu, c’était à la Sirène, dans le cadre des Francofolies en 2018. Le crocodile était de la partie. Un logo inattendu qui marquait une forme de retour pour la marque dans le monde des sponsors du rap. Mais pas seulement. Une figure symbolique aussi pour un artiste prêt à mordre son parcours avec une envie sans fin.

Car la musique, dans la famille Van Laeken, c’est quasi génétique. Avant d’être le grand frère de la chanteuse Angèle, Roméo Elvis est d’abord le fils du chanteur Marka (et de la comédienne Laurence Bibot). Pour son passage aux Francos, le jeune belge pouvait s’ appuyer sur « Morale 2 », son premier album, sorti l’année précédente et « Morale », l’ EP qui avait lancé son parcours. Il pouvait aussi s’appuyer sur une aisance scénique, une présence et un bagout digne des vieux briscards du métier.

Deux ans plus tard (ou presque), il est resté le même. Un album en plus, « Chocolat », sorti au printemps 2019, et certifié disque de platine en Belgique comme en France. Une jolie récompense qui prouve la fidélité d’ un public qui n’a pas hésité à le suivre dans ses nouveaux chemins, des thèmes parfois plus lourds, proches de ceux abordés par Lomepal, le rappeur qui fait partie de ses meilleurs amis mais qui conservent néanmoins sa propre patine artistique.

Pour le « Chocolat Tour », qui joue sold out à chaque date et emprunte désormais les plus grandes salles de la francophonie, Roméo Elvis a incontestablement pris une autre dimension. Le concert lui-même est un ton au dessus. Le son est ultra précis, les lumières font le show d’un bout à l’autre et le chanteur semble encore plus à l’aise dans ses échanges avec le public. Il lui parle, n’ hésite pas à faire monter des spectateurs sur scène. La complicité avec les musiciens est elle aussi évidente. Mais si les vannes fusent ou les entrées de morceaux peuvent de temps à autre se rejouer, l’ensemble est toujours ultra pro. Les refrains s’enchainent et l’énergie ne diminue jamais.

Longue silhouette jouant avec les ombres dans ses lumières, Roméo Elvis a pris de l’épaisseur. Celui à qui l’ on veut toujours comparer ou opposer sa soeur, comme si la fratrie ne pouvait compter deux talents à succès sans que naisse la jalousie de celui qui ne serait pas encore autant auréolé, est désormais dans la cour des grands. Il y joue avec une aisance déconcertante. La meilleure des histoires belges. Et comme elle ne s’annonce pas courte, elle n’en sera que meilleure.

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

L’Hymne à la joie de Deluxe

Mieux qu’une boisson énergisante, plus efficace que le gingembre ou le jus d’épinard, Deluxe est un vrai concentré survitaminé, un cocktail d’énergie, de bonne humeur et de musicalité, servis par des musiciens top niveau. N’ironisez pas trop sur leur moustache emblématique, on est très loin de se raser à un concert de ces joyeux drilles.

Stéréolux à Nantes les attendait avec impatience et ce 14 Novembre la date est sold out depuis des semaines alors que le groupe est passé dans la région il n’y a pas si longtemps (ils avaient réussi à faire danser les milliers de spectateurs de La Nuit de l’Erdre en juin dernier alors que la canicule sévissait). Il est vrai qu’un concert des aixois, c’est plaisir et ambiance assurés grâce à un mélange hyper efficace de soul, funk, jazz, hip hop et groove.

Copains d’enfance, les cinq membres fondateurs ont commencé par jouer des reprises avant d’enchainer les concerts dans la rue, les bars et les fêtes privées, avec un même enthousiasme, l’objectif étant de se roder et surtout de se faire connaître du plus grand nombre. Et puis un jour de 2009, alors qu’ils battent le pavé du Cours Mirabeau, c’est Zé Mateo, un musicien de Chinese Man, qui les entend et décide de les signer dans le label du collectif. Un sacré coup de pied du destin, de quoi booster plus encore les envies de Kaya (basse), Kilo (batterie), Pietre (guitare, claviers), Pépé (saxophone) et Soubri (percussions). La rencontre avec Liliboy, alors étudiante aux Beaux Arts, intervient peu après. Ensemble, ils enregistrent un premier morceau, « Pony », devenu l’un des titres phares du sextet.

Le premier EP n’a que six titres et sort en novembre 2011. Enregistré dans leur appartement, il est produit par Chinese Man et connait d’ emblée le succès. La diffusion radio dépasse les attentes et des millions de vue sur Youtube se succèdent grâce notamment à « Pony ».

La success story aurait pu s’arrêter là si le groupe n’avait pas eu la tête sur les épaules et ce passé déjà très dense, fort de toutes prestations intimistes. L’amitié est solide et ne faillit pas non plus dans cette spirale du succès. En 2013, Deluxe signe la bande originale de « Profs », le film réalisé par Pef.

Sorti en 2013, « Deluxe Family Show », le premier album, est donc très attendu. Ses douze titres marquent l’originalité et le talent des musiciens que tous les programmateurs s’arrachent. Des Francofolies de Montréal aux Solidays, du Montreux Jazz Festival aux théâtres de Chine ou du Royaume Uni, Deluxe écume les scènes et enchaine les dates, une déferlante qui les incite à créer NANANA productions afin de produire eux mêmes leurs concerts.

En janvier 2016, les aixois sortent « Stachelight », un deuxième album, toujours sous label de Chinese Man Records. Pour les accompagner dans cette nouvelle aventure, ils ont sollicité Akhenaton et Shurik’n d’ IAM mais aussi Matthieu Chedid. Et évidemment, le succès est encore au rendez-vous.

C’est peu dire alors s’il a fallu de la patience à leurs fans pour découvrir enfin « Boys and Girl » en juin dernier. Sorti cette fois chez Polydor, le troisième album voit la participation d’ Oxmo Puccino  mais aussi de Stogie T et Mr Medeiros. Bingo : « Get Down » sert de musique à un spot publicitaire de «  Gifi » et les concerts se succèdent sans discontinuer.

Il est vrai qu’un soir avec Deluxe, c’est le sourire assuré. Le décor de tentures immaculées met en lumière les instruments et les tenues des artistes. Combinaisons façon astronautes aztèques avec sequins pour les hommes, jupette en forme de moustache (évidemment !) sur combinaison près du corps pour la toujours en mouvements Liliboy, le spectacle est partout. Il y a de l’harmonie jusque dans les déplacements, les petites chorés des musiciens autour de la chanteuse. Les tubes s’enchainent sans interruption.

Une grande place est offerte aux chansons du dernier album mais les incontournables ne sont pas oubliés. Dans la salle, le public est débout, chante et danse, emporté par cette énergie impressionnante. « Je suis arrivée un brin cafardeuse en raison de mes soucis actuels. Je m’aperçois que je viens de les mettre de coté durant tout le concert, c’est fou ! » Une quadragénaire qui se confie à une amie. Des enfants qui demandent quand le groupe va revenir… A la sortie de Stéréolux, les compliments et commentaires élogieux étaient partout. Il y a des moustaches qui mettent le sourire aux lèvres.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

En tournée anniversaire, KASSAV fait danser le Zénith de Nantes 

Il y a quarante ans, des musiciens antillais s’unissaient autour des mêmes rythmes, avec l’ambition secrète de casser les clichés, de déchirer la partition qui laissait penser que dans ces îles de l’autre coté de l’Atlantique la musique était « doudouiste », faite uniquement pour bouger les hanches de façon lancinante sous les cocotiers. Ils n’imaginaient pas que leurs chansons feraient le tour du globe et les entraineraient de stades en immenses salles durant quatre décennies. Et l’histoire n’est pas finie… La preuve au Zénith de Nantes ce 7 novembre.

Arrivés très tôt pour trouver la place idéale, pas trop loin de la scène mais un peu à l’écart de la foule pour pouvoir danser «collés-serrés » (en français dans le texte), trois couples amis n’ont pas hésité à venir de Brest pour assister à ce concert anniversaire. Kassav, c’est toute leur vie, leur jeunesse d’exilés et ces bouées musicales qui réchauffent quand le climat de la métropole ajoute au cafard de l’éloignement. Ils ont vu naitre le groupe et l’ ont suivi avec une fidélité sans faille. « On voulait de la musique de chez nous mais un truc percutant, qui ne parle pas que de bananes, de doudous ou de belles plages. Avec eux, on a été servi au delà du possible. Kassav, c’est d’abord de la musique composée par des musiciens top niveau, avec des paroles dans notre langue mais qui, au final, réussit à parler à tout le monde. Le reggae signe la Jamaïque et fait forcément référence à Bob Marley. Le Zouk signe les Antilles et… Kassav. » 

Subjectifs ? Pas si sûr car voilà quand même quatre décennies que ce groupe là, avec ses membres fondateurs (Jacob Desvarieux, Jean-Philippe Marthely, Georges Décimus , Jean-Claude Naimro – Patrick Saint-Eloi est décédé en 2010 – , et bien sûr la très belle et charismatique Jocelyne Beroard) écume les scènes et sort des albums qui connaissent le succès. 

Des tubes, il y en a eu à la pelle. Que l’on soit né dans les années cinquante ou les années deux mille, on a tous fredonné un jour ou l’autre un titre de Kassav: « Zouk la sé sèl medikaman nou  ni » a été le premier (mais il y en avait plein d’autres dans l’album « Yélélé ») puis ce furent « Kass Limon », « Syé Bwa », « Kolé Séré » ou bien encore « Oh Madiana », « Ojala », la liste est bien trop longue pour être entièrement citée ici. Inventeur de ce style musical incomparable, Kassav a donné au Zouk ses lettres de noblesse et réussi à le mener d’ Etats Unis en Russie, de Japon en Amérique du Nord, d’Afrique aux Caraïbes où bien sûr, une fois n’est pas coutume, le groupe a su être prophète en son pays.

Rares sont les formations qui peuvent s’enorgueillir d’un tel palmarès. Kassav avait déjà célébré ses trente ans avec faste en mai 2009 dans un Stade de France resté dans les mémoires (65.000 spectateurs qui reprenaient « Syé Bwa », ça avait de l’allure). Pour souffler les dix bougies supplémentaires, les antillais se sont offerts l’ Arena de Nanterre le 11 mai dernier et vendu en un rien de temps les 40.000 billets disponibles puis se sont lancés sur les routes pour une immense tournée.

En escale nantaise au Zénith ce 7 novembre, les musiciens ont pu se laisser porter par la ferveur du public. Des antillais mais pas seulement car le temps n’a rien changé à l’affaire, Kassav continue de faire bouger les frontières et d’exporter vers le plus large, loin des bulles réductrices. Si ce soir là, la salle n’est pas en configuration maximale (avec ses 9.000 places, le Zénith est l’un des plus grands de France, celui de Paris en ayant 6.800), la jauge prévue a largement fait le plein et le public est bien décidé à faire la fête et offrir un accueil enthousiaste. C’est donc sous la ferveur que Jocelyne Berouard, ses deux choristes et toute la bande ont effectué leur entrée sur scène.

Toujours aussi énergique et d’une bonne humeur contagieuse, Jocelyne Beroard porte beau les années qui passent, sa voix n’a pas changé. Jean-Philippe Marthély et Jacob Desvarieux ne sont pas en reste et n’ont pas leur pareil pour chauffer une salle qui ne demande qu’à suivre. Cuivres, batteur, percussionniste et synthé, ce grand Barnum musical a mis la joie au centre de ses priorités. Les titres s’enchaînent sans ralentir. Les tubes se succèdent et le public reprend en choeur sans avoir besoin d’y être invité. 

Deux heures plus tard, la salle se videra entre sourires et nostalgie, celle qui succède à un rendez-vous longtemps attendu, qui a été formidable mais est déjà fini. Un demi siècle d’existence, ça se tente non ?

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

 

 

NTM, une rage intacte

NTM a laissé résonner sa rage d’une puissance inchangée au Zénith de Nantes ce 24 octobre. Kool Shen et Joey Starr ont définitivement une place à part dans l’univers du rap français.

Déjà quarante ans que ces deux là débarquaient de leur Seine Saint-Denis natale pour souffler le vent de la révolte avec leur rap puissant. Vindicatifs, se fichant de la bienséance comme des sujets principaux de leurs colères, Joey Starr (Didier Morville) et Kool Shen (Bruno Lopès) focalisaient toutes les passions, de la colère à la haine, de l’idolâtrie la plus absolue jusqu’au mépris. 

Le nom complet de leur groupe passant mal les fourches de la médiatisation? Qu’à cela ne tienne:  c’est avec le plus sobre 93 NTM puis NTM tout court qu’ils ont continué à tracer leurs routes en les jalonnant de titres devenus cultes. Si leur hostilité envers la police s’est rapidement affichée sans détour, leur critique du racisme et des inégalités sociales, le tableau noir des banlieues abandonnées par l’Etat français ont également été mis à l’honneur comme autant de constats d’urgence. Qu’on les aime ou qu’on ne les aime pas, ces deux là savaient ne pas laisser indifférents et y puisaient une force pour se faire entendre.

Après un parcours quelque peu chaotique, fait d’années intenses de concerts puis de silence, de séparation puis de retrouvailles, Joey Starr et Kool Sheen ont entamé voilà plusieurs mois une grande tournée d’adieux quatre décennies après leurs débuts. Accompagnés sur scène de leurs deux DJ, DJ Pone et R-ash, ils démontrent à ceux qui en douteraient, que le poids des années ne change rien à l’affaire : l’énergie est la même, le flow identique et la puissance inchangée. Le paysage du rap français s’est élargi, de nombreux autres sont arrivés mais eux poursuivent sans se préoccuper des autres.

Devant la foule du Zénith de Nantes ce 24 octobre, pleine des fans de la première heure, le duo  donne tout. « Qu’est ce qu’on attend? », ô combien d’actualité, ouvre le ban. Les morceaux cultes seront presque tous là depuis « Paris sous les bombes » à « Pose ton gun » ou « laisse pas traîner ton fils » et bien sûr l’inévitable « Ma Benz ». Le public est à fond. Les deux rappeurs envoient encore plus fort et dédicacent leurs morceaux anti police à Steve Maia Canico, le jeune homme tombé dans la Loire lors de la dernière Fête de la Musique.

Près de deux heures trente plus tard, en ayant visiblement encore sous le pied, Joey Starr débarquait au Ferrailleur sur le quai des Antilles, bonnet de laine et foulard sur blouson de jean pour un after inédit : un Dj Set donné par DJ Pone et Dj R-ash. Au pied de la scène, il était le premier soutien de ses potes. La cinquantaine ne l’a sans doute pas assagi, sa carrière de comédien lui a incontestablement donné une épaisseur supplémentaire mais la rage est toujours là. Difficile alors, quand on voit la complémentarité parfaite qui existe avec son complice de toujours, d’imaginer que cette tournée soit réellement celle des adieux.

Texte et crédit photos // Sophie BRANDET.

Sting au Zénith de Nantes, élégance à l’anglaise

C’est un Zénith plein à craquer qui a salué la venue de Sting à Nantes ce 23 octobre. Impressionnant dans son interprétation malgré sa toute récente opération de l’épaule. Impeccable dans son français sans une once d’accent. Souriant et généreux d’un bout à l’autre d’une playlist ultra léchée.

« Je suis désolé mais je ne peux pas jouer… » D’autres auraient reporté leurs dates. Lui a préféré la jouer « the show must go on ». Une déchirure du tendon de l’épaule droite lors de son concert à Orléans, une opération le lundi suivant (soit 48 heures avant Nantes) et quelques calmants pour endiguer les puissantes douleurs et le voilà sur scène, le bras en écharpe mais bien présent et sans chercher à s’économiser. Tout juste a-t-‘il dû reconnaitre que jouer de la basse ne serait pas possible. Alors il a demandé à Nicolas Fiszman, musicien réputé ayant oeuvré près des plus grands, d’Aznavour à  Johnny Clegg, de le remplacer le temps nécessaire. Ce serait sa seule concession à ce pépin de santé car il était hors de question d’interrompre la tournée européenne bâtie autour de « Songs », nouvel opus faisant souffler un titre de modernité sur les principaux titres de sa carrière. Sting est de la trempe des seigneurs. De ceux que rien n’arrête, qui refusent la Tour d’ivoire où se prélassent tant de confrères. Il préfère consacrer une large part de son énergie libre à militer dans des associations engagées (pour la préservation de la forêt vierge amazonienne notamment). 

Résonnent alors les premiers accords de « Roxanne » dans une superbe version acoustique, ovationnée les 8.500 spectateurs présents. Sting ne perd pas une seconde et explique ensuite l’histoire de « Message in a bottle », un titre que certains vouaient à l’échec… Ils étaient visionnaires: « I’ll send an SOS to the world » est réclamé par les foules de fans depuis près de vingt ans! Succès mondial, il est un incontournable des concerts.

Rejoint après cette introduction spectaculaire, Sting est rejoint par ses musiciens pour déployer une set list savamment dessinée. Vingt titres au total dont « English man in New York », « Walking on the Moon », « So lonely » et la toute aussi populaire « Every breath you take ». La soirée se serait arrêtée là qu’elle aurait déjà été parfaite mais le musicien anglais (farouche opposant au Brexit) restera fidèle à sa générosité. Il reviendra avec « King of pain » et la légendaire « Russians » avant de repartir sur « Fragile ». Emblématique et pourtant tellement peu de circonstances quand on voit la force de ce géant à l’épaule d’argile mais au talent inoxydable.

Texte et crédit photos // Sophie BRANDET.

IBRAHIM MAALOUF: TROMPETTISTE DU MONDE

Durant deux heures ce dernier dimanche de septembre, Ibrahim Maalouf a offert au public nantais « S3NS », son tout nouveau spectacle. D’une énergie de marathonien, le trompettiste a arpenté l’immense scène du Zénith et entrainé dans ses partitions des spectateurs prêts à le suivre en chantant comme en dansant. Incroyable Ibrahim Maalouf.

Multi-récompensé, du César de la Meilleure musique originale pour « Danse dans les forêts de Sibérie » en 2017, à la Victoire du spectacle musical (en 2017 toujours), celle de l’ Artiste de l’année (en 2013) ou bien encore Grand prix de la Sacem (catégorie Jazz) en 2014, Ibrahim Maalouf, star parmi les stars de la trompette était attendu par un Zénith de Nantes conquis d’avance ce 29 septembre et par de nombreux spectateurs curieux de voir jouer ce musicien aussi prolixe que surdoué. 

Avec « S3NS », son tout nouveau spectacle, le musicien franco-libanais n’a pas déçu. Arpentant l’immense scène telle une rock star, il joue avec une aisance bluffante, lâchant la trompette pour se glisser derrière le piano, s’emparant du micro entre deux morceaux pour parler brillamment et inciter la fosse à chanter et danser. Invitation acceptée avec enthousiasme!

La partition laisse la part belle à la musique cubaine et latino, prolongation logique de son dernier opus déjà intitulé « S3NS », neuf titres flamboyants comme autant de passeports pour des voyages  spectaculaires. Les cuivres trustent les meilleures places mais savent s’effacer quand le piano est de la partie. Notamment lorsqu’au clavier, c’est Roland Luna, l’un des grands maîtres de la musique cubaine qui débarque. 

Des visites surprises, il y en aura d’autres comme celle d’ Hocus Pocus, d’un groupe de jeunes collégiens des Pays de Loire formés par « Orchestre à l’école »  ou bien encore le Bagad du Bout du Monde. Les musiciens d’ Ibrahim Maalouf donnent alors de la note tout en mesure, avec une générosité manifeste.

Aucun temps mort dans ce concert de deux heures. Le musicien et sa fameuse trompette quart de ton, inventée par son père au début des années soixante, semble pouvoir tout jouer. Après les airs ensoleillés de Cuba, place est laissée à une interprétation toute personnelle de la fameuse « Lettre à Elise » de Beethoven. Mais il ne s’interdit pas non plus une avancée dans le monde de la variétés en reprenant du Dalida (artiste à laquelle il a consacré tout un album voila deux ans) ou du Mélody Gardot. 

Qu’elles soient géographiques ou artistiques, Ibrahim Maalouf se fient des frontières. Son talent est hors normes et sa vision de la musique cosmopolite. Le Zénith de Nantes ne pouvait rêver plus belle soirée pour la réouverture de la saison.

Texte et photos // Sophie BRANDET.