FRANCOFOLIES DE LA ROCHELLE 2019 : MIXAGE GAGNANT

Les Francofolies de la Rochelle souffleront leurs 35 ans du 10 au 14 Juillet prochains. Pour célébrer l’évènement, la programmation a vu les choses en grand. Patrick Bruel, -M-, Christine and the Queens, Soprano ou bien encore Coeur de Pirate, Angèle, Alain Chamfort, Benabar ou Lomepal, la fête sera belle sur les rivages charentais.

Evidemment, il y a le cadre. Difficile de le nier, la Rochelle, ses quais animés, son Vieux Port, ses rues piétonnes qui vibrent au rythme des échos du parking Saint-Jean d’Acre voisin, ces foules assises de l’autre côté du chenal faute d’ avoir pu trouver le précieux sésame permettant l’accès aux cinq soirées les plus festives de l’année, tout cela fait aussi partie intégrante de la magie des Francos, de cette ambiance que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Mais la beauté du site ne fait pas tout, le soleil couchant sur les bateaux de l’école de voile jouxtant la grande scène n’ a en son temps pas suffi à endiguer la fuite du public. La météo (seul facteur imprévisible) n’avait pas aidé mais elle n’explique sans doute pas tout. Après une légère refonte, les Francofolies ont repris du poil de la bête et s’affirment depuis plusieurs années comme l’un des festivals majeurs, l’un des grands rendez-vous de l’été.

Les fameuses « Fêtes à… » voulues par Jean-Louis Foulquier, le père fondateur, mettant autour d’un invité central une bande de copains, ont laissé des souvenirs inoubliables. Les concerts plus intimistes dans la jolie salle de la Coursive ont permis des découvertes (ou redécouvertes) d’artistes comme Ben Mazué, Albin de la Simone. Les Francos se dispersent aussi dans d’autres lieux de la ville pour des moments à part et puis il y a en parallèle, les Chantiers des Francos, cette pépinière de jeunes talents où l’on se bouscule désormais pour intégrer ce qui s’est affirmé comme une référence importante pour la suite d’une carrière.

L’an dernier, Orelsan, Shaka Ponk, BigFlo et Oli mais aussi NTM et MC Solaar avaient emporté la foule dans des concerts de pure folie. Sans oublier Véronique Samson, qui retrouvait pour l’occasion sur scène Christopher et Stephen Stills, son fils et son ex compagnon.

Cette année, l’affiche mise sur -M-, dont la tournée ne pouvait faire l’impasse sur La Rochelle. Egalement présents le 10 juillet jour d’ouverture, Angèle, Gaëtan Roussel, Camélia Jordana et Bertrand Belin ou bien encore Radio Elvis, l’un des groupes français en pleine ascension.

Christine and the Queens (qui souhaite se faire appeler Chris désormais) se produira le 11 Juillet, tout comme The Blaze, Synapson, Deluxe, Hocus Pocus (qui pour l’occasion invitera C2C) Alltta et Parrad, Kimberose, Vendredi sur Mer. Ce jour là offrira aussi le plaisir de retrouver Dick Annegarn.

Mass Hysteria // 12 Juillet // La Sirène. 

Coeur de Pirate // 12 Juillet // La Coursive.

Lomepal // 12 Juillet // Scène Jean-Louis Foulquier.

Si la soirée précédente faisait la part belle à l’electro, celle du vendredi 12 sera marquée par une montée en puissance des décibels et une présence plus inédite d’un rock à la frontière du metal. Mass Hysteria, qui semble truster des chemins plus mainstreams après l’incroyable succès de la tournée de « Matière Noire » laissera exploser ses riffs sur la grande scène, tout comme les incomparables nantais d’Ultra Vomit et leur heavy metal parodique ou bien encore Pogo Car Crash Control. Autres artistes de cette journée où choisir sera difficile, Coeur de Pirate, IAM Symphonique, Lomepal, la jeune Aya Nakamura, Columbine, Minuit et Renan Luce qui revient avec un nouvel album prometteur.

Mixité des genres réussie le 13 juillet avec Jean-Louis Aubert, qui s’est produit précédemment dans beaucoup de théâtres ou lieux plus petits que ceux auxquels il était habitué, Broken Back, la Grande Sophie et son univers entre force et poésie, Alain Chamfort, dont le dernier opus est tout en émotion, Canine, L.E.J., Boulevard des Airs, qui enchaîne les concerts à guichets fermés et Soprano, reparti en mars sur les routes avec un show encore plus impressionnant que son Everest précédent.

Jean-Louis Aubert // 13 Juillet // La Coursive.

Charlotte Cardin // 14 Juillet // La Coursive.

Jérémy Frérot // 14 Juillet // Scène Jean-Louis Foulquier.

Zazie // 14 Juillet // Scène Jean-Louis Foulquier.

Histoire de boucler la fête en beauté en ce jour de 14 juillet, les Francos ont convié Flavien Berger, Bénabar (dont le sens de la fête n’est plus à démontrer) et ses invités surprise, Joyce Jonathan, la très belle canadienne Charlotte Cardin, Jérémy Frérot, qui n’a plus son acolyte pour partager l’espace mais n’a visiblement rien perdu dans le coeur de ses fans si on en juge par la facilité avec laquelle il remplit les salles, Zazie qui a signé un retour en beauté avec son dernier album dont les ventes se sont envolées, les corréziens de Trois Cafés Gourmands et Patrick Bruel dont le dernier spectacle a vu les choses en grand et qui prouve plus de trente ans après la Bruelmania qu’il reste l’un des ténors de la chanson française.

La liste est longue mais loin d’être exhaustive. La folie va jouer franco sur les scènes rochelaises, entre surprises et audace, poids lourds de la scène et artistes en plein essor, la 31ème édition devrait faire du bruit.

Magali MICHEL.

www.francofolies.fr

Gringe tombe le masque

En concert à Nantes (à Stéréolux), Gringe a révélé un autre visage, plus sombre, dont le rap ciselé exprime parfaitement les fêlures. Les spectateurs qui l’avaient découvert dans les « Casseurs Flowters » avec Orelsan sont repartis conquis. Emus aussi souvent par cet artiste qui se livre enfin à visage découvert.

« Blessures m’ont bousillé l’crâne mais si j’dois sécher tes larmes j’irais plonger dans le cerveau, me jeter dans les flammes pour t’aider à retrouver l’calme, que le mauvais sort nous épargne, j’y laisserai corps et âme, j’dois sécher tes larmes.. » Il est impressionnant Gringe quand il se livre avec la sincérité de celui qui n’a plus envie de se cacher, quand il n’est plus simplement l’alter ego joueur de son complice des « Casseurs Flowters ».

On l’a découvert aux côtés d’Orelsan, il brillait à ses côtés toujours dans « Bloqués », la mini série TV et il aurait pu avoir du mal à s’extraire de l’ombre d’un pote qui n’en finit plus de briller. Gringe a eu l’intelligence d’attendre (longtemps) et de prendre du recul pour sortir le moment venu un album solo magnifique, « L’enfant lune », qui entraîne dans un univers chargé de blessures, sombre souvent, mais porté par un rap aux mots choisis, ciselés et d’une sensibilité extrême.

En se débarrassant du costume d’éternel « je-m’en-foutiste », en remisant le personnage créé de toutes pièces avec son pote de toujours, Gringe a récupéré son autonomie mais surtout son identité. Les textes de ce projet magnifique, très premier degré et écrits à l’encre de la vérité, ont pu dérouter certains fans historiques mais ils ont pour l’essentiel, embarqué tous les autres, ceux qui avaient vu beau et clair sous les étincelles de mélancolie qui jaillissaient de temps à autres.

Sur la scène de Stéréolux (Nantes), ce 9 février, Gringe est donc attendu par un public enthousiaste. Si certains avouent encore la nostalgie du binôme formé avec Orelsan, cela n’empêche pas une écoute attentive et curieuse. Très vite réceptive. Des tables de mixages, des tubes lumineux, de la fumée… les lumières jouent avec les ombres, comme un écho aux paroles du trentenaire. « La chair de ma chair s’en est allée dans des régions trop sombres, et j’découvre ce putain d’scanner qui nous parle de tes lésions profondes, impossible de vivre normalement, j’ai volé l’sourire d’la Joconde, et j’crois plus rien n’s’ra jamais comme avant, elle s’est envolée, la colombe » enchainent les paroles de « Scanner », l’un des titres phares (inoubliable) de ce premier opus d’une puissance implacable. L’allusion à la maladie mentale de son frère laisse le public sans voix. On ne peut résumer l’album no le concert à cette seule chanson mais il est clair que ce passage lourd de sens frappe et laisse KO debout. Comme « Pièces détachées » ou « Paradis noir » Les punchlines qui sont l’incontestable ADN du rap pratiqué avec Orelsan sont bien présentes. Mais par à coups. Presque par réflexe. Aucune recherche de style dans cet opus qui vient des tripes pour révéler dans la plus parfaite des transparences, ce que Gringe a dans la tête.

Du coeur du magma, Gringe a su extraire une alchimie unique. Le set est parfait et le show déjà bien rôdé. « L’ enfant lune », qui a trouvé sa transcription parfaite sur scène, laisse aussi la place à DJ Pone pour un joli moment solo après le rappel et ne fait pas l’impasse, cadeau aux fans des Casseurs, sur quels titres anciens, la voix d’Orelsan en arrière plan.

Gringe a confié que « sans ce projet, il serait professionnellement mort ». Peut-être… En tout cas, c’est avec une énergie et un plaisir non feints que le rappeur normand le porte au fil de la longue tournée qu’ il vient tout juste d’entamer. Après une première date parisienne complète, il y aura un retour par la Cigale le 18 Mars. Gringe sera également à l’ affiche du Printemps de Bourges en avril et dans la plupart des festivals cet été. Il y a des artistes vers lequel il est urgent de se tourner.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

La cuvée prometteuse du 43ème Printemps de Bourges

La 43ème édition du Printemps de Bourges se déroulera du 16 au 21 avril prochains. Le festival berrichon, qui donne le La de la saison des festivals, mêlera comme à ses habitudes valeurs sûres (Hubert-Félix Thiéfaine, Zazie, Gaëtan Roussel), artistes plus récemment plébiscités (Clara Luciani, Jeanne Added) et nouvelles recrues des Inouïs, à qui on peut souhaiter une trajectoire aussi heureuse que celle d’Eddy de Pretto, Odezenne ou Radio Elvis, les deux derniers repassant cette année par Bourges. Et puis il y aura ce moment très attendu, un grand hommage rendu par Izia, Arthur et Ken Higelin à leur père disparu l’an dernier.

On a beaucoup fustigé le Printemps de Bourges, « rendez-vous parisien de province », « détour des pros ne venant que pour partager des verres entre gens de bonne compagnie ». Certains pensaient même que le départ de Daniel Colling, âme fondatrice, et l’arrivée de Gérard Pont transformerait le Printemps en énième festival, avec ses mêmes artistes que l’on retrouve partout quand ils sont en tournée, une sorte de Francofolies berrichonnes, Gérard Pont étant également grand ordonnateur de la manifestation rochelaise. Faire et laisser dire… Après les années difficiles, la météo catastrophique et les finances dans le rouge, le Printemps de Bourges a réussi à se redresser et trouver le rythme pour tenir la tête haute, une mutation sans se rogner et conserver ce qui est dans son ADN, la présentation au public de ceux qui feront la musique de demain, en parallèle de la présence de grosses têtes d’affiche.

Hommage à Jacques Higelin, 18Avril, le Palais d’Auron.

Pour cette 43ème édition, on peut d’ores et déjà affirmer que l’hommage rendu par les trois enfants de Jacques Higelin, Izia, Arthur et Ken et bon nombre de ses amis, dans un spectacle intitulé «Jacques, Joseph, Victor… dort » sera l’une des soirées marquantes. Autre évènement très attendu, le nouvel arrangement de « L’homme à la tête de chou » de Jean-Claude Gallota, un spectacle qui mêlera musique et danse et célèbrera Serge Gainsbourg et Alain Bashung. Dans un genre totalement différent encore, Rodolphe Burger se produira à l’Abbaye de Noirlac pour un spectacle spécialement conçu pour l’édifice millénaire.

Quatorze anciens Inouïs seront également de la fête avec notamment Aloïze Sauvage, Odezenne, ou Radio Elvis. La sélection des Inouïs 2019 sera quant à elle révélée le 21 Février. Au fil des ans, cette sélection est devenue une véritable référence et beaucoup se pressent pour bénéficier de ce « label ».

Aloïse Sauvage, 19Avril, l’Auditorium.

En plus des soirées hip-hop le 18 avril (avec entre autres, Dod Saint Jude et Pongo) et rock (Lady Bird, Rendez-vous…) le 19, la nouvelle scène de la chanson pop francophone sera aussi présente avec Hubert Lenoir, Requin Chagrin ou bien encore Bleu Toucan.

Hubert-Félix Thiéfaine, 17Avril, le W.

Zazie, 18Avril, le W.

Lou Doillon, 18Avril, l’Auditorium.

Aya Nakamura, 21Avril, le W.

Mais pour que la fête soit complète, il ne fallait pas oublier des têtes d’affiche fédératrices. Hubert-Félix Thiéfaine viendra donc célébrer ses 40 ans de carrière. Boulevard des Airs, Zazie, Lou Doillon, Charlie Winston, Gaëtan Roussel feront eux aussi le détour par le Berry. Tout comme la jeune Aya Nakamura, récemment nommée aux Victoires de la musique, qui se produira pour la première fois sur une scène du Printemps.

Jeanne Added, 19Avril, le W + le Palais d’Auron.

Vald, 18Avril, la Halle au Blé.

Gringe, 18Avril, la Halle au Blé.

Autres concerts très attendus, ceux de Jeanne Added, Victoire de l’artiste féminine de l’année, la talentueuse Clara Luciani, Ofenbach, Thérapie Taxi, Vitalic ou Salut c’est cool. La musique urbaine ne sera pas en reste avec Gringe, l’Ordre du Périph, Vald mais aussi Columbine ou Giorgio. La cuvée 2019 s’annonce prometteuse.

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Angèle, la nouvelle ambassadrice de l’histoire musicale belge

Un an après avoir ouvert pour Ibeyi, Angèle repassait par Stéréolux (Nantes), tête d’affiche d’une date qui affichait complet depuis des mois. Une heure trente de show à l’image de la jeune femme : musical, fort et plein d’énergie. Vrai.

Dire qu’Angèle, vingt-trois printemps depuis décembre, un album, « Brol » sorti en octobre dernier et très vite certifié double disque de platine, nommée aux Victoires de la Musique dans la catégorie « Album révélation » et « Création audiovisuelle » a déjà tout d’une grande est insuffisant. Rares sont les jeunes artistes qui se produisent avec cette pêche communicative, ce sens de la scène, une voix et une musicalité aussi parfaites. Il est vrai qu’à une époque où le nombre de followers est censé signer le talent et qu’être youtubeur populaire donnerait un blanc seing dans la moindre maison de disques, Angèle (qui affiche néanmoins plus d’un million cent mille followers sur un compte Instagram énorme d’inventivité, d’humour et de musiques) détonnerait presque avec son parcours sans faute et solidement bâti.

Lorsqu’Angèle van Laeken débarque en 2017 sur les réseaux sociaux avec son premier single « La loi de Murphy », la jeune belge (fille de la comédienne Laurence Bibot et du musicien Marka, soeur de Roméo Elvis, l’un des grands du rap actuel) affiche déjà un joli parcours. Après une double formation jazz et musique classique, la jeune fille a intégré le groupe de son père tout en donnant des concerts dans les cafés de Bruxelles. Sa reprise du célèbre titre de Dick Annegarn, hommage à la capitale belge, ne laisse personne indifférent. Son franc parler, sa façon d’être cash et son humour sans filtre entre deux post de vidéos où elle se met en scène sur Instagram complètent un bouche à oreille qui va très vite. Angèle assure alors les premières parties de son concitoyen Damso (qu’elle accompagne également sur son album « Lithopédion ») puis celles d’ Ibeyi. L’engouement ne s’est plus arrêté depuis.

« La loi de Murphy » sort fin 2017… et ce sont des millions de vues sur Youtube. Même succès pour « Je veux tes yeux » l’année suivante. Lorsqu’ elle se produit au Printemps de Bourges cette même année, juste avant Eddy de Pretto et Charlotte Gainsbourg, le Palais d’ Auron est debout et salue comme rarement la première partie d’une soirée. Aussi à l’aise derrière son clavier qu’en bord de scène pour regarder le public dans les yeux, Angèle a déjà cette présence qui signe l’évidence. La petite jeune femme, drapée dans son kimono vert à fleurs, est couverte de superlatifs.

Ce 30 janvier, boostée par des dizaines de concerts, la sortie triomphale de « Brol » (expression belge qui traduit le bazar), la double nomination aux Victoires de la Musique, Angèle repassait donc par Nantes (dans la salle maxi du Stéréolux), là même où elle ouvrait pour Ibeyi quelques mois plus tôt.

Le public est acquis d’avance. La date est sold out depuis des mois mais des dizaines de fans tentent quand même de croiser d’éventuelles reventes aux alentours de la salle sous le regard d’adolescentes qui se réchauffent en sautillant après avoir attendu longuement dans le froid pour truster les premiers rangs de la fosse. Les cris qui surgissent lorsque les premières notes résonnent sont faciles à imaginer… Silhouette gracile dans son tee-shirt rouge assorti à ses bottines, élégant baggy violet, Angèle leur sourit et enchaîne ses titres parmi lesquels se glissent de magnifiques reprises (comme cette chanson de Pauline Croze). 

Rodée à la scène, à l’aise dans les échanges avec le public et n’hésitant pas à jouer la carte de l’humour, Angèle s’autorisera pourtant à demander de façon subtile et douce, un peu plus d’ écoute car la soirée aurait rapidement pu virer en chorale hurlante. Angèle est en effet à ce stade de sa popularité où les salles se remplissent à la vitesse de l’éclair, où tout est enthousiasme pour les spectateurs, ce qui malheureusement gâche l’écoute et ne permet pas de laisser toutes leur places aux titres souvent forts de la jeune femme. Car Angèle n’est pas la nouvelle blonde souriante et jolie de service. Elle est aussi et avant tout une musicienne dont les chansons ont un sens et dont les thèmes ne sont pas forcément « légers », soutenues par des partitions ultra léchées. Alors entre deux « Angèle, tu es belle » ou « Angèle, je t’aime », elle a dû reprendre les notes en mains lorsque la foule a carrément sauté la mesure et devancé musique et paroles. 

Si ce passage est sans doute inévitable quand arrive le succès, pas certain que ce soit la meilleure chose à offrir à son idole et évidemment, encore moins au reste du public, celui qui est venu pour entendre une voix et non assister à un karaoké géant. Espérons qu’Angèle passera rapidement ce moment, Patrick Bruel en son temps, qui avait connu des ambiances similaires, raconte aujourd’hui encore combien il trouvait le moment complexe, ému mais aussi dépassé car au fil des concerts, il suffisait que sonnent les premiers accords pour qu’il n’ait plus besoin de chanter, la foule le faisant à sa place.

Là où n’existait voilà un an qu’une succession de chansons sans réelle mise en scène, la tournée actuelle permet à Angèle de mettre en lumière son second degré, son sens de la dérision. Elle lui ressemble, entre éclats de loutre et jogging à paillettes pour prendre la lumière sans se prendre la tête. Entre émotions et énergie, dansant ou posée derrière son piano, Angèle est une jeune femme de son temps, sans compromis, s’autorisant toutes ses envies, refusant le faux semblant et confessant en riant succomber aux phénomènes parfois bêtas de la société actuelle. A l’aise dans ses baskets comme sur ses talons, elle a ce quelque chose de la fleur qui vient d’éclore et n’est pas près de faner, ce truc en plus qui ne vient pas par l’apprentissage même le plus long. La grâce. 

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Clara Luciani ou la force de l’explosion tranquille

Un vent de féminisme tranquille et chargé d’amour bien plus que de vengeance a balayé Stéréolux (Nantes) ce 24 Janvier. Clara Luciani impose sa voix et ses textes avec une force douce, porté par le succès de « Sainte Victoire », son premier album. Une artiste attachante et résolument à part.

Longue dame brune, elle s’est avancée avec quelques minutes de retard mais le public nantais lui a vite pardonné lorsqu’elle a expliqué sitôt son premier titre, « être en plein jetlag pour cause de tournée Australienne » mais « se nourrir de l’énergie offerte » à chaque concert. La jeune femme ne cherche pas de discours ampoulés ou préfabriqués. Le propos peut sembler convenu, il n’en est pas moins sincère, à l’image de cette musicienne débarquée dans le paysage musical hexagonal voilà déjà plusieurs années mais portée sur le devant de la scène par un premier opus sorti au printemps 2018 et qui a mis tout le monde d’accord.

Clara Luciani, dont le nom trahit les origines corses (par un grand père paternel qu’elle n’a malheureusement pas connu) a grandi dans les confins de Marseille et a très vite compris que sa voie ne serait pas tracée par les études d’histoire de l’art qu’elle avait pourtant entamées avec conviction. A vingt ans, sa rencontre avec les membres du groupe « La Femme » signe le tournant. Elle en devient l’une des voix féminines et enregistre deux titres sur « Psycho Tropical Berlin », en 2013. Elle migre ensuite vers d’autres projets, accompagnant sur scène Raphaël ou assurant la première partie de Benjamin Biolay mais laissant déjà l’envie à son auditoire de la retrouver plus longuement sur scène.

Souriante, dominant ses troupes du haut de son mètre quatre-vingt-deux, Clara Luciani a l’énergie contagieuse et la fermeté pleine de douceur. Aucune agressivité dans ses propos même si elle n’hésite pas à affirmer qu’elle « pourra dégoupiller la bombe qu’elle cache sous son sein » s’il le fallait, comme elle le dit dans « La Grenade », titre fort de l’album sorti en avril dernier. Là où d’autres déclinent la haine et les rancoeurs, la jeune femme préfère miser sur la parole, l’échange et la compréhension. La vengeance est une option qu’elle ne choisit pas. 

« La Baie » est un très bel hymne à l’harmonie des sexes tandis que « Drôle d’époque » ne cache rien des incertitudes sur la place de la femme. A l’aise derrière son micro, d’une complicité évidente avec ses quatre musiciens, Clara Luciani est toute aussi affirmée lorsqu’elle s’empare de sa guitare. On sait la relativité des comparaisons mais il y a en elle quelque chose de Françoise Hardy. Une Françoise Hardy à la voix grave et chaude, dont les partitions seraient remixées par Gainsbourg ou Mac Cartney.

Le public écoute avec attention et salue chaque titre avec enthousiasme. Initialement prévu dans la salle Micro de Stéréolux, le concert avait rapidement du migrer vers la salle Maxi tant la demande était forte et il s’est joué à guichets fermés comme la plupart des dates de la tournée la jeune femme. Après avoir partagé une quinzaine de titres bouleversants ou plus dansants, Clara Luciani s’en est pourtant allée. Elle a gravi sa  « Sainte Victoire » en beauté et ses fans sont à l’évidence prêts à la suivre dans tous ses prochains Everest.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

« LA LA LAND »  en Ciné Concert, l’émotion intacte

Après Paris, Lille et avant Bordeaux, La La Land, le film musical de Damien Chazelle faisait escale au Zénith de Nantes ce 4 janvier. Pas d’ Emma Stone ni de Ryan Gosling mais une version « ciné concert » portée par le Yellow Socks Orchestra qui s’est fait une spécialité dans les musiques de film. Précis et beau.

La La Land et sa collection d’Oscars (meilleur réalisateur, meilleure actrice, meilleure photo, meilleure musique, meilleur décor), un succès planétaire à sa sortie en 2016 et des chansons à jamais gravées dans les mémoires, s’offre un détour revisité à travers la France en version « ciné-concert ». Le pari est risqué car le film de Damien Chazelle et plus encore, la bande originale signée Justin Hurwitz sont d’une réussite totale. Mais Nicolas Simon et les soixante-quinze musiciens du Yellow Socks Orchestra relèvent le défi avec une maestria impressionnante.

Tandis que défilent les destins croisés de Mia Dolan, serveuse dans un café de Los Angeles courant les auditions pour accrocher le rôle qui lui permettra de devenir actrice, et de Sebastian Wilder, musicien fou de jazz, flamboyants amoureux que la réussite finira par séparer, la partition défile, parfaitement calée. La présence des musiciens sous l’écran géant est discrète et n’altère pas les émotions. Elle leur donne une autre couleur. Moins intimiste mais toute aussi forte.

Histoire de ne pas se contenter de la seule interprétation de la bande originale, l’orchestre ajoute des morceaux supplémentaires. En ouverture, après l’entracte et plus encore une fois la projection terminée. Les musiciens prennent un plaisir manifeste à cet exercice assez original et n’hésitent pas à danser sur leurs chaises quand le rythme s’accélère. Et comme dans un « vrai » concert, ce sont des applaudissements nourris qui saluent régulièrement les morceaux.

« City of stars » ou bien encore « Another day of sun » ont offert à « La La Land » ses refrains éternels. Le Yellow Socks Orchestra leur a rendu un hommage inattendu et totalement réussi.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Le 14ème Hellfest toujours plus exceptionnel

Du 21 au 23 juin prochains, la 14ème édition du Hellfest a visé encore plus haut. Sur les scènes de Clisson, Kiss, Tool, Gojira, Manowar mais aussi Slayer, Carcass ou Eagles of Death Metal (entre autre) se succéderont. Dans cette déferlante de grands noms, choisir sera le plus compliqué, renoncer n’étant pas une option.

Content (comment ne pas l’être ?!), surpris aussi malgré tout car l’édition 2019 du Hellfest bouscule encore ses propres records, Ben Barbaud est décidément à la tête du festival parmi les plus dingues de la planète rock. L’an dernier, les pass trois jours étaient partis en trente heures. Cette année, il aura suffi de trois heures pour voir s’envoler les 55.000 précieux droits d’entrée alors que l’affiche n’avait révélé que cinq noms lors de la soirée de clôture en juin dernier. 

En même temps, ces noms n’étaient pas des moindres: aux côtés de Mass Hysteria et d’une grande soirée « française », les festivaliers apprenaient ainsi que Slayer refoulerait les stages de Clisson dans le cadre de sa grande tournée d’adieux, que Dropkick Murphys ferait le détour pour une date unique en France, que Manowar signerait son grand retour après dix ans d’absence et que les britanniques de Carcass seraient également présents. Pour une manifestation habituée à jouer le mystère bien au delà de l’ouverture de la billetterie, ce pan levé mettait déjà tout le monde sur les rangs impatients.

Tool // Main Stage 1 // Dimanche 23 Juin.

Kiss // Main Stage 1 // Samedi 22 Juin.

Mais la véritable star de cette quatorzième édition sera sans conteste (dixit leurs fans en tous cas), Tool, que le public réclamait depuis des années. L’équipe du Hellfest a enfin réussi à les signer Maynard James Keenan et ses acolytes et les américains boucleront le fest le dimanche soir avec un show annoncé comme énorme. D’autant plus exceptionnel que ce sera leur unique passage dans l’Hexagone.

Autre temps fort (sortez les mouchoirs et osez une dernière fois la palette de maquillage), les adieux de Kiss. Ce sera le troisième et probable dernier passage (encore qu’il ne faut jamais dire jamais… on a connu des adieux à épisodes successifs) des américains dans le cadre de leur tournée « End of the Road ». Pour mettre un point final à ses quarante cinq ans de carrière, Kiss n’a pas mégoté sur les frais. Avec de nouvelles tenues de scènes, des dates à foison entre les Etats Unis et l’Australie, en passant par l’Europe (l’Allemagne, l’ Ecosse et puis la France avec Clisson donc) et une mise en scène encore plus inoubliable.

Des adieux encore pour Slayer qui poursuit ses au revoir et reviendra une fois de plus au Hellfest, manifestation dont le groupe a toujours vanté le plaisir pris à y jouer. Les thrasheurs ne bouderont pas leur plaisir, de quoi partager une ultime date avant que les américains sonnent la note finale.

Manowar // Main Stage 1 // Vendredi 21 Juin.

Autre retour en tous points exceptionnels et là aussi en mode « ultime tour de piste avant séparation», celui de Manowar dix ans après son dernier concert en France. Joey  De Maio a décidé que les fans, qui guettaient ce moment avec impatience, seraient architectes de la set list en votant pour les morceaux interprétés sur scène. Presque quarante ans que les américains exportent leur heavy metal sur tous les continents. Ils promettent un show à la hauteur de la puissance de leurs partitions légendaires avec une imagerie encore plus impressionnante.

Il ne faudra pas non plus zapper Def Leppard, Within Temptation pour les amoureux du metal symphonique, les toujours un peu polémiques mais talentueux californiens d’ Eagles of Death Metal, les inoxydables barbus de ZZ Top, membres réguliers du Hellfest, Slash qui sera avec Myles Kennedy and the Conspirators, les anglais d’Architects dont les show hyper calés sont toujours des moments inoubliables, Trivium,  Sum 41, Lamb of God. Entre autres.

Enfin, à noter encore la grande soirée dédiée au rock français en première journée de Hellfest avec le retour des géniaux frères Duplantier avec Gojira, Dagoba, Ultra Vomit qui n’en finit pas de remplir des salles toujours plus grandes, No One is Innocent, dont la dernière prestation clissonnaise remonte à 2015, Klone, Lofofora et Mass Hysteria tous feux tous flammes avec un concert haut en surprise pensé spécialement pour cette date.

Impossible de citer tout le monde.Trois jours, cent-cinquante groupes gratin du gratin de la musique extrême ou plus simplement du rock décliné sous toutes ses formes, le Hellfest année 14 a du emprunter la devise de Fort Boyard : toujours plus haut, toujours plus fort. Bienheureux ceux qui pousseront les portes de l’Enfer le 21 juin prochain.

Magali MICHEL.

– UPDATE: RUNNING ORDER ! –