LIVE REPORT: Loïc Nottet, le savoir tout faire!

Et dire qu’il n’a que vingt et un ans ! Si un bulletin de naissance est généralement accessoire voire même réducteur, avec Loïc Nottet, on ne peut pas manquer de souligner cette grande jeunesse qui porte avec brio une maturité artistique, une aisance bluffante. Chanteur ou danseur voire même acteur… Choisir aurait été renoncer alors il a orchestré tous ses talents pour livrer un spectacle impressionnant de virtuosité. Parti sur les routes en avril, le « Selfocracy Tour » s’est achevé ce 13 Décembre à Nantes comme il avait commencé, par un accueil triomphal.

La veille, il a avait vécu son premier Olympia parisien. Sold out évidemment. Mais ce soir à Nantes marque la fin de la tournée, alors Loïc Nottet a conservé toute son énergie, cette fougue et cette improbable aisance qui ne cessent d’étonner. Dans la salle, un public familial, chaleureux, des jeunes filles qui le suivent depuis ses débuts et n’ont pas hésité à braver le froid plus de trois heures pour être au pied de la scène, des parents qui accompagnent avec plaisir pour voir ce jeune prodige belge qui a volé la vedette à tous les participants de la saison 6 de « Danse avec les Stars », décrochant le trophée avec plus de 68% des suffrages.

Une projection en noir et blanc sur écran géant. On aperçoit Loïc Nottet qui se confronte à son reflet démultiplié par des dizaines de miroirs comme autant d’autres lui même qui agitent et perturbent sa pensée. Un pantalon droit un peu court, une chemise blanche sous pull noir. Les deux musiciens ont eux aussi adopté la panoplie, le couple de danseurs également. Un instant, quand s’interrompt la vidéo et que tournent les silhouettes autour des miroirs installés sur scène, on ne sait plus qui est qui, lequel est le vrai Loïc Nottet. Et puis la voix cristalline du jeune homme laisse percer les premiers accords, le doute n’est alors plus permis.

« Selfocracy », le premier album sorti en mars dernier, ayant été pensé comme un sorte de conte musical, la set list reprend logiquement les douze morceaux dans leur ordre d’origine. Et ce n’est pas cliché que d’affirmer combien sur scène, Loïc Nottet leur offre une dimension supplémentaire, à l’image de « Million Eyes », le tube repris en boucle sur toutes les radios. La voix virevolte, l’artiste parcourt l’espace, joue et danse, seul ou avec ses deux partenaires, sans jamais perdre en énergie.

On comprend mieux ce qui avait pu séduire Marie-Claude Pietragalla, alors juré de « Danse avec les Stars ». Le jeune homme est d’une espèce inconnue, quelque part entre Billy Eliott et un pantin en mousse, un performeur-acteur né qui trouverait sa place dans « Le Théâtre du Corps », la compagnie que l’ancienne Etoile de l’Opéra a fondée avec Julien Derouault. La gestuelle est impeccable, les chorégraphies pleines de grâce et de modernité (comme ce magnifique pas de deux avec sa danseuse qui laisse le public scotché par tant de maîtrise).

Et c’est là, une fois de plus que l’on repense à sa jeunesse et à ce parcours qui n’a que trois ans (si l’on excepte la danse, commencée à âge de neuf ans). En janvier 2014, Loïc Nottet impressionne dans la troisième saison de « The Voice » Belgique dont il finira deuxième. En octobre de cette même année, son premier clip, reprise de « Chandelier » de Sia est une telle réussite que Sia elle-même le saluera et le partagera avec ses millions de followers. Appelé pour représenter son pays au concours de l’Eurovision en Mai 2015, Loïc Nottet compose alors « Rhythm Inside ». Sa prestation impressionne une fois de plus, tant par sa mise en scène que par ses capacités vocales: le jeune homme décrochera la 4ème place… mais surtout une popularité forte, l’émission étant vue par près de deux-cents millions de spectateurs à travers le monde. « Rhythm Inside » est disque d’or en Belgique, en Suède, plus d’une quinzaine de pays le mettront en haut de leurs charts. « Danse avec les Stars » bouclera en France cette mise en lumière aussi forte que rapide.

« Vous m’avez connu par mon album ou par l’émission ? » interroge Loïc Nottet. « Levez la main ceux qui n’ont pas encore écouté mon disque…! C’est bête parce que ce soir c’est la finale de l’émission et du coup vous allez la rater! » Facétieux, à l’aise dans les échanges avec le public, expliquant son parcours comme s’il faisait du stand up depuis toujours, il révèle un humour improbable, qui surfe sur l’autodérision et la confession. Sa description de la façon dont il compose, assis dans le salon parental, devant une TV muette diffusant des films d’horreur, est assez unique. Mais il le martèle à plusieurs reprises. Peut-être sont-ils plusieurs dans sa tête mais il n’est pas fou. Belge, oui, mais pas fou!

Généreux, prenant le temps de l’échange avec les spectateurs, remerciant pour les nombreux cadeaux, faisant monter sur scène un enfant vêtu comme le personnage de l’un de ses clips, couché à plat ventre pour réussir un selfie avec une jeune femme de la fosse, Loïc Nottet sonne aussi vrai et juste que sa voix.

« Rhythm Inside » sera le dernier morceau de cet ultime concert. Si le plus beau signe de réussite d’un chanteur est de laisser le public sans voix, alors Loïc Nottet a atteint son but. Et il a l’avenir devant lui…

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

RENCONTRE: Pomme, croqueuse de chansons très inspirées

Elle n’est pas très grande mais ça n’autorise pas la facilité littéraire qui la jugerait « haute comme trois pommes ». Ne pensez pas davantage que sa jeunesse rimerait avec des refrains « pomme d’api ». Bref, on évacue tout de suite les images fleurant bon la candeur gentillette, si Claire Pommet dite Pomme a décidé de conserver son surnom pour tenter l’aventure musicale, elle a déjà tout d’une grande. Il lui suffit de trois notes et quelques accords pour que le public se laisse prendre par sa voix cristalline et ses refrains incisifs. Portrait d’une enfant terrible sérieusement douée.

« Salut, ça va ? On ne va peut-être pas se mettre dans la loge parce que j’ai chanté hier soir dans une bergerie et les organisateurs m’ ont offert plein de fromages. On peut plaisanter, il n’empêche que c’était une très jolie soirée et le public était vraiment dans l’écoute. » Des premiers mots qui résument d’entrée de jeu la personnalité de Pomme, jeune auteur-compositrice-interprète de la région lyonnaise qui depuis deux ans trace sa route et emporte un public de plus en plus large derrière elle. En comité restreint ou comme ce soir devant une salle pleine à craquer venue applaudir Asaf Avidan, elle joue vrai et donne avec la même intensité. Sans faux-semblants.

Assise par terre, le dos calé contre les banquettes jouxtant les loges de Stéréolux, sans une once de maquillage, la boucle plus courte depuis quelques semaines, la jeune femme n’a pas besoin de revendiquer son authenticité. Elle ne triche pas et cela se voit. Et paradoxalement, c’est sans doute cette vérité qui lui permet d’être aussi à l’aise avec le second degré ou l’ ironie jalonnant ces refrains, en décalage complet avec ses vidéos qu’elle distille sur internet et qui la mettent en scène dans des robes champêtres, cornets de fleurs à la main ou pédalant à travers une campagne estivale. Le décalage entre l’image et les mots rend le message encore plus fort. La candeur n’est que de surface.

« Le décalage, c’est un peu l’histoire de ma vie. Je ne suis pas timide, j’ai très vite compris que la musique, chanter, écrire seraient ma voie alors je me suis présentée dans des bars à Lyon et j’ai eu la chance d’être acceptée pour y donner mes premiers concerts. Le bruit, les gens qui circulent, cela ne me dérangeait pas trop, je savais que je faisais mon apprentissage et je me sentais hyper chanceuse de pouvoir me faire entendre. Mais du coup, forcément que lorsque je retrouvais mes potes de lycée, on n’avait pas les mêmes anecdotes à partager. Puis je suis partie à Paris et le fossé s’est creusé encore. Enchaîner les concerts, tenter de vivre de la musique ont été des accélérateurs de vie alors que mes amis étaient encore en pleins doutes sur leur avenir, sur leurs envies futures. Ils me reprochent parfois de ne plus avoir le temps pour de grosses fêtes mais je ne suis pas la convive idéale, je ne fume pas, je ne bois pas… Je ne suis pas inquiète, je sais que d’ici deux ou trois ans, quand eux aussi auront mis le pied à l’étrier de la vie professionnelle, ils comprendront que l’on ne fait pas toujours ce que l’ on veut de son emploi du temps. »

Elle aura vingt-deux ans l’année prochaine et on reste assez bluffé par tant de maturité et de sagesse. « Grandir, c’est décevoir un peu », chante Pomme. Pas franchement le bilan à tirer de ce parcours fortissimo. Après les bars, Pomme est passé par les Chantiers des Francos puis en 2016, elle signait chez Polydor. A son premier EP, « En Cavale » vient tout juste de succéder « A peu près », un album magnifique, treize titres d’où s’envolent la désillusion, l’amertume, un parfum sérieusement désenchanté.

« Vingt ans, c’est jeune mais quand on a connu cette vie accélérée, on a aussi eu le temps d’accumuler des émotions qui ne sont pas forcément celles de son âge. Et puis, il y a une part laissée à l’imaginaire, à la littérature. Je ne suis absolument pas quelqu’un de triste au quotidien mais je suis encore dans cette tranche d’âge où le cafard peut être entretenu avec complaisance. Pour quelqu’un qui écrit ses textes, c’est un état très productif celui de cette mélancolie sans cause réelle. Baudelaire a sublimé le spleen avec les Fleurs du Mal. C’est vraiment inspirant pour moi en tous cas. Mais j’aime aussi rire, il ne faut pas croire, » lance t’elle dans un énorme sourire.

Le public qui a eu l’occasion de l’entendre dans ses propres concerts ou alors qu’elle assurait les premières parties de Vianney, Coeur de Pirate, Benjamin Biolay, Angus et Julia Stone, soit plus d’une centaine de dates déjà, s’est vite laissé séduire par la voix cristalline de la jeune femme, aussi à l’aise dans les aigus que dans les plus graves. De quoi porter haut les histoires d’adultère, les amours déçues. La mort est également présente à travers une chanson qui frappe comme un uppercut. Dans « De là-haut », Pomme raconte son enterrement, sans excès ni pathos, sans dramaturgie poussive et c’est juste magnifique. Mention spéciale également à « La Lavande ». Mais on peut rire aussi avec « Pauline », le genre de fille que toutes les filles ont forcément croisé. On n’en dira pas davantage.

« J’adore le folk, la country, j’ai une profonde admiration pour Joan Baez, Linda Ronsdaat, ce sont des femmes qui m’inspirent. J’aime aussi la chanson française, de Léo Ferré à Camélia Jordana avec une mention toute particulière pour Barbara. J’ai réalisé tout à l’heure d’ailleurs que Nantes était sa ville, c’est émouvant… »

« J’écris beaucoup de textes et je compose énormément, à la guitare même si je joue aussi du violoncelle et de l’auto-harpe, instrument un peu étrange, qui a quelque chose d’ « elfique », né en Allemagne et très prisé aux Etats-Unis dans les années soixante-dix, » poursuit Pomme. « Sur ce premier album, réalisé par deux amis, Benjamin Waxx Hekimian et Matthieu Joly, je ne suis pas à l’origine de tous les textes. On m’a proposé des histoires, j’ai rencontré leurs auteurs et au final, leur regard sur moi a été assez éclairant. C’était une vision de moi-même nouvelle. Mais je pense que le prochain album sera entièrement composé de titres que j’aurai écrit car malgré tout, je suis la plus à même de porter ce que je ressens ou ai envie de partager. »

Et partager, elle sait faire. Sans esbroufe ni artifice. Comme elle. Une balance rondement menée, une courte pause et la voilà qui débarque seule sur la grande scène mise en place pour Asaf Avidan, qui l’a choisie pour assurer toutes les premières parties de sa tournée française. « Salut! Ca va ? Je m’appelle Pomme… » Six titres plus tard, le public l’accompagnait dans un a capella impressionnant.

Pour tous ceux qui n’auraient pas eu la chance de voir cette artiste, assurément l’une des grandes représentantes de la chanson française dans un avenir tout proche, Pomme repassera bientôt à Nantes, toujours à Stéréolux, en co-plateau avec Juliette Armanet (le 1er Décembre) puis elle filera  en Estonie, où un Festival l’a déjà programmé. Elle passera sans doute aussi par le Québec, une terre qu’elle affectionne particulièrement. Mais elle ne rêve pas pour autant de partir à la conquête de l’Amérique. La Norvège, l’ Italie, tous les coins d’Europe qu’elle ne connait pas encore sont autant d’envies pour s’y produire. « Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je ne rêve pas de Zénith bondés. J’ai juste envie de continuer à balader mes chansons pour les partager. M’inscrire dans la durée, je crois que mon rêve est là » Il y a des rêves bien plus improbables…

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

CHINESE MAN, LIBRES VOYAGEURS

Chinese Man a fait escale au Zénith de Nantes ce 28 octobre. Un show énorme, une première date avec la bande au grand complet et des « partners in crime » aussi prestigieux que le Quatuor Elixir et Mariama. Impressionnant. 

Cinq ans après « Racing with the Sun », un album qui avait fait l’unanimité, Chinese Man a frappé tout aussi fort en février dernier avec son nouvel opus, « Shikantaza », conçu entre Marseille (la ville mère), l’antre ardéchoise du groupe et… Bombay. Le premier emportait dans un voyage à rebondissements et jouait à saute refrains sur tous les continents, celui ci conduit vers davantage d’introspection, entre grande modernité et ancrage dans le respect des traditions. Sur scène, le groupe réussit le mixage spectaculaire de ce double périple. Et le spectateur reste bouche bée, oreilles tendues vers ces flows impressionnants et ces images ininterrompues qui s’enchainent sur les écrans géants.

A les regarder évoluer dans le cadre de cette nouvelle tournée, plus de treize ans après leur formation dans les confins d’Aix-en-Provence, une petite décennie après le début de la vraie reconnaissance, on ne peut s’empêcher de penser que les membres de Chinese Man n’ont sans doute jamais été aussi performants et maîtres de ce qu’ils ont envie de partager. Textes léchés, compositions ultra soignées (dix sur seize sont exclusivement instrumentales dans le dernier disque en date), rythmes improbables qui ne laissent rien au hasard et surtout aucune place au répit, avec « Shikantaza », le groupe a effectué un retour vers ses sources orientales. Et chacun se laisse prendre doucement par cette invitation au lâcher prise, à la cueillette de l’instant présent,. Au carpe diem selon les us indiennes.

On savait depuis la précédente tournée au moins, que le groupe avait grandi et réussi à faire de ses concerts des shows énormes qui ne s’expliquent pas par la seule originalité de ses vidéos. Celle là ne fait que confirmer. Les  musiciens dégagent davantage de pêche, prennent un plaisir accru qui diffuse inévitablement dans l’assistance.

Plus hip hop que précédemment, plus ancrée « musiques urbaines « aussi souvent, l’énergie no limit n’exclut pas pour autant les plages plus mélancoliques, plus lourdes de questionnements. Pour ces morceaux où violons et violoncelle s’inscrivent en majeur sur les partitions, le quatuor Elixir a rejoint Chine Man. En chemise traditionnelle de soie rouge, les musiciennes imposent leur maestria et offrent toute leur ampleur à ces plages uniques entre deux moments couleur reggae, funk ou rap.

Le jazz n’est pas non plus oublié. Ce soir là au Zénith de Nantes, le public a eu la chance d’entendre la superbe Mariama et son timbre magnifique, un temps suspendu qui prenait tout son sens à cet instant du concert.

En près de deux heures de show, Chinese Man n’a jamais failli avec son objectif d’excellence. Le son était excellent et parfaitement dosé (ce qui n’est pas toujours le cas avec ce genre de musique, malheureusement). Les 3 DJs n’ont rien lâché. Youthstar, Taïwan MC et Illaman se sont répondus dans des joutes verbales à couper le souffle et leurs invités ont ajouté les notes supplémentaires pour faire de ce moment un voyage assez incroyable. Un bel hommage aux groupes libres et aux labels indépendants.

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

En plein été indien, Angus et Julia Stone font neiger sur le Zénith de Nantes

L’automne est beau pour Angus et Julia Stone. Le duo frère-soeur australien a sorti en septembre un quatrième album intitulé « Snow ». Et afin de mieux nous emmitoufler dans leur playlist propre à affronter les grands froids, ils parcourent la France le temps de sept dates exceptionnelles. Ils passaient par le Zénith de Nantes le 19 octobre. Et c’était beau.

Trois ans qu’ils n’avaient pas sorti d’album, trois ans pour mieux vivre et s’interroger sur les histoires qu’ils avaient envie de raconter, les destins qu’ils avaient besoin de mettre en musique pour mieux les partager. Pas facile de se renouveler et de poursuivre cette aventure portée par cet autre avec lequel, laquelle, on a grandi, dont on sait tout ou presque. Pas facile de ne pas chercher à s’étonner, rester vrai mais réussir à s’impressionner… Surtout après un troisième opus, sobrement intitulé « Angus & Julia Stone », sorti à l’été 2014 et qui avait cartonné, le frère et la soeur s’étant laissés convaincre à la reformation de leur binôme par le producteur Rick Rubin, tombé sous le charme de ce duo unique.

Après deux disques et des dizaines de compositions communes, Angus et Julia Stone avaient en effet décidé de faire album séparé depuis 2011 et n’étaient pas certains de partager à nouveau un studio d’enregistrement à l’avenir. Que Rick Rubin ait trouvé les mots justes ou que les frangins australiens n’aient pas été difficiles à convaincre, une chose est sûre : la route n’en a été que plus belle. « Grizzly Bear » et « Heart Beats Slow », les deux premiers extraits, avaient ouvert la voie avec superbe. Le reste de ce très bel opus n’a pas failli.

Restait à lui trouver une suite à la hauteur. « Snow », délicat comme la neige, sensible comme la voix de son interprète féminine, bien folk avec des tonalités qui s’entremêlent entre force et douceur, joue forcément gagnant. En entendre de larges passages sur scène est un plaisir de fin gourmet qui ne pouvait se manquer. Dommage à ce propos que le public nantais n’ait pas été plus nombreux. La sortie trop récente de l’album peut-être ? Les raisons sont toujours difficiles à trouver et toujours plurielles. Mais on ne peut en tous que le regretter car le show a réellement été musicalement de très haut niveau avec une mise en image aussi élégante que riche en surprises.

Toute fine dans sa tenue à l’élégance sobre, jupe courte sur maxi chaussettes et pull près du corps, Julia Stone débarque avec sa… trompette, qu’elle joue d’une main. Parce qu’on n’est jamais à l’abri d’un cliché, on l’attendait avec une guitare, folk of course, et bien non: c’est avec ce cuivre qu’elle entonne sa partition. Angus n’est pas loin (avec sa guitare!), cool attitude dans la mise, leurs deux complices musiciens juste à côté. Derrière eux, prêt à les prendre dans ses bras, un immense totem aux ailes déployées alors qu’un écran géant transporte dans un courant d’eau claire vers des ambiances hautes en couleurs qui ne devront jamais à la monotonie.

La complicité d’ Angus et Julia Stone prend toute sa dimension sur scène et ne peut laisser aucune place au doute. On n’est pas dans le faux semblant, ces équipes qui se décomposent une fois quittée la scène. Il n’y a pas de Gallagher syndrome chez ces deux là, l’amour est là et se partage comme il se vit, en toute évidence et générosité. Du coup, même des titres peut être plus simples comme « Who do you think you are » prennent une autre dimension. Les voix se font place et s’entremêlent avec charme et douceur, le timbre toute en légèreté de Julia et celui nettement plus épais d’Angus. Mention spéciale et toute en subjectivité assumée pour « Baudelaire », son mix piano-cuivres et son refrain dans lequel l’ échange entre le frère et la soeur n’a peut être jamais été aussi beau.

Les lumières pleines d’inventivité accompagnent le voyage et sont autant de passeports pour passer du romantisme au psychédélique, de l’océan aux grands horizons. Il y a vraiment des moments dont on n’aimerait ne jamais voir la fin.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

 

Beth Ditto revient en solo et en pleine forme !

Beth Ditto a fait salle comble et ouvert avec brio la nouvelle saison de Stéréolux (Nantes). Fidèle à elle même, l’américaine a livré un show brillant et montré toute son aisance dans ce parcours désormais en solo, sans ses deux acolytes de Gossip. 

Les fans attendaient qu’elle soit elle-même et se livre à ces audaces verbales dont elle a le secret. Beth Ditto ne les a pas fait longtemps attendre (sans mauvaise référence au quart d’heure de retard d’arrivée sur scène). Après avoir ouvert toute énergie dehors avec un « Oh my God » du meilleur effet, l’américaine a laissé résonner son rire si reconnaissable et lancé « C’est bizarre. Tout est bizarre ici. Oui, vous là à Nantes, vous avez même un éléphant… Un éléphant !! Je vais le monter celui là, si si! »  avant de reprendre le cours de ses titres de sa voix puissante et enchaîné avec « In and out », « I wrote the Book » et « Fake suggar ».

Lorsque Gossip, son célébrissime groupe de pop-rock, a décidé de se séparer, Beth Ditto a pris le temps de la réflexion puis compris qu’elle ne pouvait renoncer à la musique. Alors elle le ferait en solo, en s’essayant à des textes qui n’auraient pas déplu à ses « idoles » à elle : Billie Holiday, Aretha Franklin, Janis Joplin, Donna Summer ou bien encore Nirvana, Pearl Jam et Simone de Beauvoir, des références très assumées pour montrer que l’anticonformisme est la seule voie possible pour survivre en ces temps compliqués.

Pétillante, provoc’, militante de la cause lesbienne, Beth Ditto est devenue une égérie bien malgré elle. « Fake Sugar », son premier album sans ses deux comparses qui avaient su faire danser la planète entière, est de très haut vol. La jeune femme confirme que sous ses abords de ronde parfaitement assumée, aussi facilement joviale que grande gueule, elle est aussi une vraie musicienne, grande adoratrice du blues, de la soul, du rock comme de la pop, qu’elle mixe savamment.

Sans laisser de temps mort, Beth Ditto présente plusieurs de ses nouveaux morceaux comme « We could run », « Lovers » qui prennent sur scène une belle dimension. Pas mal de titres des EP précédents également, tel le superbe « Open Heart Surgery ».

Il aurait été impossible de faire l’impasse sur quelques morceaux de Gossip, cela aurait été prendre le risque de se mettre à dos une bonne partie du public. Cela aurait été aussi peu conforme à l’esprit de la chanteuse qui ne renie rien et garde au contraire le meilleur de ces incroyables années d’énorme succès en trio. C’est dire alors l’enthousiasme de la salle pleine à craquer lorsqu’ont résonné les premières notes de « Standing in the Way of Control », « Heavy Cross » ou de « Love Long Distance ». Il y a décidément des succès auxquels on ne peut échapper.

Pendant tout le concert, Beth Ditto ne se départira pas de son sourire et aura avec le public de véritables échanges. Alors forcément, lorsque la salle s’est rallumée, après « Fire » en ultime morceau et une petite heure et quart de concert, il y avait comme un goût de trop peu. Mais l’américaine n’est qu’au début de sa nouvelle route. Forcément, elle repassera par là. Une chose est sûre, en ouvrant sa nouvelle saison avec une artiste de cette trempe là, Stéréolux ne s’est pas trompé.

Sophie BRANDET.

Les belles histoires en « ACTE 1 » de Charlie Boisseau !

Il a pris son temps, plus de temps que prévu même probablement, mais cette fois Charlie Boisseau peut laisser s’échapper les treize titres d’ « Acte 1 ». Un premier album qu’il a enregistré avec passion, soucieux du moindre détail. En veillant à l’harmonie générale, il cherchait aussi à ne surtout pas se perdre de vue pour livrer un disque qui lui ressemble pleinement. Objectif largement réussi.

Alors que chaque dernière de comédie musicale laisse sur le sable des dizaines de chanteurs portés par l’espoir de livrer « leurs » compositions, certains se laissent tenter par les sirènes de labels qui, au final, ne leur donneront aucune carte blanche mais leur feront poser leurs voix sur des partitions écrites par les compositeurs maison… pour des paroles qui ne leur ressemblent en rien. Louis Delort (finaliste de The Voice, « 1789, les Amants de la Bastille ») a ainsi repris sa liberté et refusé de poursuivre avec un second album dans lequel il aurait  encore l’impression de se trahir. Le jeune homme a préféré s’éloigner et c’est sur la base d’un crowdfunding largement réussi qu’il peaufine actuellement ses prochains titres.

David Ban, auteur-compositeur-interprète vu, pour les plus récents, dans « 1789, les Amants de la Bastille », Flashdance » et « Les Trois Mousquetaires » a pris son temps, bénéficié d’un crowdfunding au succès spectaculaire puis veillé sur chaque étape comme un artisan entrepreneur pour sortir au début de l’été un disque magnifique, « L’ Alpagueur » qui n’obéit à aucune concession. Florent Mothe (« Mozart, l’Opéra Rock ») avait lui aussi souvent expliqué ne pas vraiment se reconnaître pleinement dans son premier opus. « Danser sous la pluie », sorti en 2016, n’a sans doute pas encore trouvé sa vraie destinée mais l’album porte de très beaux textes, c’est musicalement réussi et la réalisation est aussi moderne que léchée.

Dans ces torrents d’incertitudes qui charrient plus de désillusions que de succès, où le talent seul ne sert quasiment à rien, Charlie Boisseau a donc eu de la chance. Et c’est sans doute ce facteur là qui lui permet de faire la différence et livrer ce 6 octobre un premier album à son image, dans lequel rien n’a été décomposé pour copier-coller ce qui tourne en boucle dans les radios. Rien n’a été imposé, ni paroles ni musiques. Et cette opportunité là, exceptionnelle, c’est à sa rencontre avec Jeff Barnel qu’il la doit. Le compositeur de tant de succès (« Salma ya salama », « Mourir sur scène » pour Dalida, « Le géant de papier » pour Jean-Jacques Lafon, « Salut à toi l’artiste », pour Nicole Rieu lors de son passage au concours de l’ Eurovision 1975… Excusez du peu! et puis tant d’autres titres pour Ginette Reno, la grande star québecoise, Demis Roussos, Claude François, Marie Laforêt, Herbert Léonard…) l’a découvert tout bêtement en regardant la troisième saison de « The Voice » en 2014. Et il a  immédiatement cru dans le talent de ce jeune candidat encore un peu gauche, aidé de sa seule guitare mais laissant déjà voir tout son potentiel artistique grâce à une voix incomparable.

Trois ans de complicité et un passage de Charlie sous la cotte de maille de Lancelot pour la « La Légende du Roi Arthur » plus tard, la patience et le travail ont payé, le respect et l’amour réciproques de ces deux là ne se sont jamais démentis, bien au contraire. Ils pourraient être père et fils mais à les observer vivre, on dirait plutôt deux frères, deux amis qui se chicaneraient sans arrêt, le plus jeune sachant parfaitement ce qui fait réagir son aîné, lequel veille tel un Gemini Cricket sur le parcours artistique de son cadet aux allures de chien fou.

Ce soir de fin septembre au Réservoir, le club néo baroque de Paris, il le sollicite Charlie Boisseau son producteur-mentor. Stressé par ce show case qui livrera une huitaine de titres sur les treize que compte l’album, il veut que tout soit impeccable et s’inquiète du moindre détail.  Pas de quoi déstabiliser Jeff Barnel qui a trop vécu pour mettre à mal sa force tranquille. Même si son propre calme n’est qu’apparence, il tient le cap en souriant. Il sait que son protégé embarquera la salle.

Une heure plus tard effectivement, Charlie Boisseau et ses quatre musiciens ont été longuement ovationnés. Si certains titres forts comme « Perdue » (magnifiquement poignant, en toute subjectivité assumée) n’ont pas été de la partie, « La vie en deux », la bouleversante « Naufragé », «Aime moi moins fort» qui sous ses airs dansants permet de belles envolées vocales et bien sûr, «J’en ai des tas», le premier extrait largement plébiscité, ont reçu une ovation légitime. Mention spéciale également au deuxième single «Pourquoi tu t’en vas» (qui a même été rejoué dans une magnifique version piano-voix), qui marche déjà très fort.

Au milieu de ses musiciens, seul au piano ou avec  sa guitare, Charlie Boisseau aime la scène et cela se voit. Il a gagné en maturité pendant la réalisation de son album, affirmé sa voix. Les mois de comédie musicale lui ont donné une autre aisance et il n’hésite pas à bouger davantage (ce n’est pas encore suffisant pour « Danse avec les Stars » mais en bossant encore un peu le jeu de jambes, ça peut se tenter). Souriant. Toujours. Un peu rassuré peut être aussi par ces échos largement positifs.

« C’est vrai que la date de sortie initiale a été repoussée, pour des raisons multiples, des choix de réalisation, des hésitations sur le nombre de titres. Mais avec le recul, je pense que ce parcours a été nécessaire et a permis cet « Acte 1 » dont je suis très fier et très heureux, » commente Charlie Boisseau au lendemain de son concert. « Les show cases que nous avons faits cet été, ce concert hier soir qui était en quelque sorte ma première date parisienne, ont permis de voir les réactions des spectateurs, les morceaux sur lesquels les gens semblent le plus accrocher. C’est toujours très émouvant de voir un public reprendre tes chansons. Tous les chanteurs font ce métier pour connaître ça. J’ai hâte désormais que l’album sorte. Et que la tournée se mette en place. »

« C’ est vrai que j’ai eu de la chance. Jeff (Barnel) m’a appris énormément. Il me fait confiance dans mes choix, il se passionne et quand je suis au piano, que je fredonne en yaourt, je le voix parfois surgir de la pièce voisine et dire « enregistre, enregistre! » Cet enthousiasme est tellement positif, un appui incroyable. Lorsqu’il est sceptique, je peux hésiter mais je me range souvent de son avis car son expérience et ses qualités de musicien sont incontestables. Comme j’écris énormément, parfois trois chansons par jour, savoir faire le tri entre ce qui mérite d’être conservé ou pas, n’est pas toujours simple. Mais Jeff est là qui veille! » lance le jeune homme en riant.

Il écrit, il compose et… il chante Charlie Boisseau. Lorsqu’il évoque ceux qui l’inspirent, ce qu’il écoute dans son ipod ou à la radio, il traduit en chantant. Que ce soit Slimane, Big Flo et Oli, Ben Mazué, Aliose ou Julia Michaels, il fredonne leurs refrains. Spontanément. Puis conclut par un «j’adore!» enthousiaste.

Plus que quelques heures et les trois coups d’ « Acte 1 » résonneront. Les treize titres jouent la diversité des émotions comme des rythmes et composent un album équilibré, plein de toute la personnalité de son auteur. « Jonathan » qui aborde le thème de la transplantation cardiaque,  «Naufragé», superbe et ô combien d’actualité sur la question des migrants, « Perdue », entendue avant l’album dans une version piano-voix mais trouvant ici un autre magnifique habillage à la guitare, il est bien difficile de dire ceux qui visent le plus fort. Si chacun aura ses préférences en fonction de ses sensibilités (comment ne pas citer « A contre amour »?), il en est une qui devrait mettre tout le monde d’accord et signe le tube en devenir, c’est « Rien ». Et ce rien là est énorme. Lever de rideau le 6 Octobre, « Acte 1 » sera alors dans les bacs, avec une surprise à la clé: l’annonce d’un concert à l’Alhambra (Paris) le 28 mars prochain.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– Pour réserver vos places pour le concert à l’Alhambra, Paris: http://www.alhambra-paris.com/charlie-boisseau – 

SOPRANO, LE RAPPEUR JONGLEUR DE MAUX

A la fin de l’année, Soprano aura gravi son Everest Tour en une centaine d’étapes toutes sold out vues par plus de 400.000 spectateurs. Un succès logique, dans la cordée du triple disque de platine décerné à l’album éponyme sorti en… dernier. Deux heures trente de show haut en couleurs où Soprano impose son rythme et casse les codes avec son rap positif et ses discours rassembleurs. A Nantes en avril, les billets s’étaient envolés en quelques jours. L’Everest Tour était donc de  retour ce 23 septembre dans un Zénith plein à craquer… avant un ultime retour le 28 Novembre. 

Une montagne à facettes mobiles support à une scénographie impressionnante et des lumières qui font partie largement intégrante du show, des flancs d’Everest qui pivotent pour laisser entrer des invités surprises en hologrammes bluffants (Marina Kaye, Kendji, )… Pour cette nouvelle tournée Soprano a voulu grimper encore plus haut, à hauteur de ce dernier album certifié triple disque de platine et unanimement salué par la critique. Et il a visiblement eu raison. Ce 23 septembre au Zénith de Nantes, plus de huit milles fans attendaient son retour, toutes générations confondues. Des ados en nombre bien sûr, pour qui les paroles de cette icône du rap français aux allures allures de « grand frère » résonnent juste mais aussi des parents, ceux qui étaient déjà là il y a plus de vingt ans quand Soprano foulait ses premières scènes, en solo ou avec son groupe « Psy4 de la Rime ». Une fidélité justifiée par le parcours du marseillais de souche comorienne qui ne s’est jamais perdu de vue dans les méandres tentaculaires de la gloire, n’a jamais renié ni ses origines, ni ses envies de toucher le plus grand nombre avec ses textes coups de poing, ses chagrins et ses colères.

Après avoir évité la chute en entrant sur scène (descendre une montagne peut s’avérer glissant malgré les chaussures de randonneur alpin, mais l’histoire ne retiendra qu’un tout petit blanc entre deux paroles), le rappeur a livré deux heures trente d’ un show éblouissant où l’énergie impressionnante a su laisser toute sa place à des moments plus graves.

Avec ses deux acolytes choristes, les frères Zak et Diego, Soprano enchaine les titres que le public connaît par coeur, transformant le Zénith en une immense chorale joyeuse et enthousiaste. Il l’avait d’ailleurs annoncé: danser, chanter, avoir mal aux jambes peut être mais à la fin, chacun devra repartir heureux. Pas d’autres objectifs que celui là !

Les tenues se changent, jouent la carte montagnarde ou sportive comme celle de l’élégance. Ne cherchez pas de casquettes à l’envers, ne guettez pas les « yo man » ou les « wesh mon frère ». Il y a longtemps que Soprano, né Saïd M’ Roumbaba, marche loin de ces sentiers bornés par les clichés du rap, vulgaires à force de complaisance moqueuse. Chez Soprano, l’émotion peut naitre de la colère, des préjugés ou des pires rebonds de l’Histoire, de ces mères qui pleurent la disparition de leurs enfants tués par la violence des cités, il peut fustiger l’usage addictif du téléphone portable, il n’y aura jamais d’appel à la haine, de revendications agressives autant que démago. Le gars est lettré, féru de poésie, il aime les mots et les pose avec un sens de la justesse incisif et inégalé.

Fan de Daniel Balavoine, dont il reprend d’ailleurs un long extrait de « La vie ne m’apprend rien », se rêvant à son image, populaire sans rien renié de ses engagements. Il a fréquenté une école coranique mais la religion ne sera pas intégrée dans ces grand’s messes du soir. Au contraire, à chaque fois qu’il rend hommage aux disparues, « c’est en plaçant l’humain au coeur de tout, sans prosélytisme surtout. » La foi en l’Homme, en sa capacité à reconstruire après avoir trop souvent été cause de son propre malheur. Soprano, plus d’un million d’albums vendus, plus de cinq cents millions de streams audio-vidéos, plus de 400.000 spectateurs sur cette seule tournée partagée par plus de six millions de followers sur les réseaux sociaux, a une trop haute conscience des dérives possibles d’une parole pour ne pas mesurer la sienne. Mais lorsqu’il livre un texte, il rêve d’être entendu. Comme avec « Posez les armes » qui vise fort. Dans la vie, Soprano est aussi devenu  parrain d’ U-Report, le réseau social, anonyme et gratuit, d’opinion pour les jeunes, lancé par Unicef. Tout est raccord.

Survitaminé, gonflé à l’énergie de l’enthousiasme et de l’envie, Soprano enchaine les titres en dansant et parcourant l’immense scène sans jamais s’arrêter. « Le Diable ne s’habille plus en Prada », « Roule », « Hiro », « Le coeurdonnier », nouvel extrait de l’album, « Mon précieux », « Cosmo », « Millionnaire », la soirée roule à tubes ouverts et n’en oublie aucun. On comprend que les Enfoirés ne pouvaient laisser loin d’eux cette locomotive majeure de la chanson française. Celui qui n’a jamais voulu renoncer et a toujours cru en ses rêves est devenu un poids lourd. Peut-être même bien au delà de ce qu’il espérait. Un artiste majeur, militant pacifique pour qui le rap a su sortir de ses trois lettres qui le mettaient bien trop à l’étroit.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.