Fréro Delavega: une séparation en beauté!

Plus de six mille fans étaient réunis ce 18  Mars à l’Arena Loire de la banlieue angevine pour applaudir une dernière fois les Fréro Delavega. Une soirée un peu atypique, où l’enthousiasme se parait de nostalgie. Drôle de tournée il est vrai que ces ultimes dates sous la bannière « chronique d’une mort annoncée » alors que le succès du tandem n’a jamais été aussi grand. 

Le bruit assourdissant d’un battement de coeur dans une salle baignée de rouge. Fort. Très fort. Comme une accélération soudaine du rythme cardiaque et puis surgissent de chaque côté de la scène, sous une avalanche sonore bien plus puissante encore, Jérémy Frérot et Florian Delavega entonnant « Le Coeur Eléphant. » Une jeune femme pleure. Elle était devant la porte dès midi avec plusieurs dizaines de fans pour avoir la certitude d’être au plus près de la scène. « Ca devenait tendu, il y en a toujours qui tentent de grappiller des places mais j’avais prévu, aucun sac, rien dans les poches alors le passage des vigiles ne m’a pas ralenti. Je suis où je voulais être et je vais en profiter car après, ce ne sera plus possible. »

Galvanisé par l’annonce en novembre dernier de leur séparation définitive, la billetterie de cette ultime tournée n’en finit pas de chauffer. En quelques semaines, les places se sont arrachées et la plupart des dates se joue à guichets fermés mais l’honnêteté oblige à dire que c’était déjà le cas avant… Avant cette annonce qui sonne le glas d’un parcours assez exceptionnel avec une fin qui le sera toute autant, rangeant dans les armoires aux souvenirs ces sept années d’une vie en mode accéléré.

Ils se sont rencontrés en 2010 près du bassin d’Arcachon mais c’est à partir de 2013, alors que les vidéos qu’ils avaient postées sur Youtube commençaient à faire le buzz que la vie de Jérémy Frérot et Florian Delavega a pris un autre tournant. Ils sont repérés pour tenter l’aventure « The Voice », le télé-crochet de TF1 prépare sa troisième saison. Le duo étonne et accroche jury et public. Kendji sera le grand vainqueur mais les Fréro Delavega n’ont pas à lui envier son trophée: les maisons de disques leur font la cour. Ils signent chez Capitol, filiale d’Universal. Pour un début, il y a plus mauvaises fortunes.

Le premier album éponyme est un succès massif, disque de platine, plus de 470.000 exemplaires vendus. « Mon petit pays » et « Le Chant des sirènes » trustent toutes les playlists, les radios et les télés se disputent ces deux artistes qui se la jouent cool sous leurs allures de beaux gosses. Le charme opère et ne s’estompera plus. Les récompenses affluent ( dont le NRJ Music Award du meilleur duo français de l’année en 2015), les concerts se remplissent à un tel rythme qu’il faut prévoir très vite une autre tournée empruntant des salles beaucoup plus grandes jusqu’à cette immense tournée des zéniths avec détour par l’ AccorHotels Arena de Bercy (plein à craquer) lors de la sortie de leur second album en 2015.

« Merci Angers! C’est la dernière fois que l’on te voit… Alors merci de nous accueillir comme tu le fais. J’espère que tu es chaud. Nous on est un peu fatigués parce que c’est le quatrième concert consécutif de la semaine mais tu nous portes… alors on va tout donner!» lance Jérémy Frérot.

L’énergie est effectivement au rendez-vous. Après une première partie qui n’oublie aucun de leurs tubes, transformant le moment en karaoké géant, mais donnant parfois aussi l’impression d’ être un peu surjoué tant dans ses enthousiames que dans ses mises en scène, c’est finalement à la chute de Jérémy Frérot sur un côté de l’avancée que l’on devra une suite beaucoup plus forte. Interpellé par ce moment que le chanteur a su transformer en gag mais qui aurait pu beaucoup plus mal se terminer, le tandem a donné l’impression de resserrer les liens, communicant avec davantage de vérité, s’écartant des répliques prévues. Les cinq musiciens qui les accompagnent semblent eux aussi galvanisés. Au final, on dirait presque… merci pour ce moment!

Sautant ou s’offrant une croisière aller-retour sur la fosse… en canot gonflable, tirant des salves de confettis, chantant chaque titre avec euphorie ou douceur, les Fréro Delavega entraînent avec facilité un public prêt à les suivre au bout de la nuit. On se demande alors ce qui a pu pousser ces deux là à décider aussi vite d’arrêter le chemin. même si des raisons ont été exposées, la lassitude de Florian Delavega, son faible goût pour une vie dans laquelle il y a peu de place pour les projets personnels, la surmédiatisation. (En ce sens, on imagine facilement que le couple formé par son acolyte avec Laure Manaudou n’a pas du détourner les paparazzis). Mais on pouvait imaginer une mise en pause bien plus qu’un arrêt définitif.

Ce sera pourtant le cas (a priori… mais qui peut réellement prédire avec certitude que la reformation ne se fera pas) ! Pas de chance pour Jérémy Frérot qui n’entend pas renoncer à interpréter les refrains qu’il compose. Sauf que dans son cas, lorsque l’un des deux quitte le navire (et celui là n’a rien à voir avec leur bateau pneumatique), c’est le duo qui tombe à l’eau. Il faut alors miser sur la solidité de l’amitié pour que la fin de la route ne se joue pas en traversées déchaînées.

Une heure et demi de concert plus tard, après le salut et le départ des musiciens (qui laissera malheureusement croire à pas mal de spectateurs que la messe était dite), les Fréro Delavega reviendront pour prolonger l’au revoir trente minutes encore. Au devant de la scène, sur le canapé décor de leur première tournée, ils reprennent avec leur seule guitare les chansons que le public connaît par coeur. Quelques accords supplémentaires et il faut se faire à l’idée que cette page se tourne. Le 10 juin prochain, sur l’immense place des Quinconces à Bordeaux, dans cette région où tout a commencé, ce sera la vraie dernière. Fans ou professionnels amis, il y aura la grande foule. Comme l’écrivait récemment Thierry de Cara qui avait réalisé leur premier album: « il y a trois ans, vous êtes entrés dans mon studio avec une guitare, le pantalon retroussé, des Vans trouées et je vous ai demandé « bon, vous voulez faire quoi les gars ? » Je crois que nous avons finalement trouvé.. Merci mes amis. Je viendrai pleurer avec vous à Bordeaux. » A regarder la foule sortir hier soir de l’Arena, on peut se dire qu’ il ne sera pas le seul.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Esperluette Tour: Julien Doré séduit avec force et élégance

Après trois années riches du succès de « Løve », certifié quadruple platine et salué par une Victoire de la musique (Artiste de l’année) en 2015, Julien Doré a repris la route avec « & », son nouvel opus sorti en octobre dernier. On savait l’artiste grand adepte de la scène. Brillant, oscillant entre énergie, humour et tendresse, il affiche sans complexe ses talents de showman. Deux heures de spectacle où plaisir et bonheur se vivent dans un incroyable partage.

Un accord de clavier et le Zénith de Nantes qui plonge dans la pénombre. Il n’en fallait pas davantage pour que la salle pleine à craquer laisse retentir son enthousiasme. Mais ce n’était qu’un faux départ (volontaire), de quoi chauffer encore une assistance déjà conquise. Quelques faux semblants encore et puis les six musiciens (deux claviers, deux guitaristes, un bassiste et un batteur) s’installent sur l’immense scène immaculée qui diversifie les hauteurs et permet de ne laisser personne dans l’ombre. Julien Doré leur succède, faisant son entrée par l’immense & posé au centre derrière eux. « Bonsoir Nantes! Vous êtes venus malgré la pluie, le crachin… L’Amour sera notre paradis. Merci d’être là, » lance t’il ému en regardant la foule à ses pieds. Résonnent alors les premières notes de « Porto Vecchio ». La fête est lancée. Elle ne s’arrêtera plus pendant deux heures.

Il y a quelque chose du félin chez Julien Doré. Il parcourt la scène, saute, ralentit le pas, scrute les regards. La crinière blonde caresse le blazer bleu nuit. Il bondit survolté puis s’arrête derrière son micro. Toujours souriant. Heureux à l’évidence. Un sentiment légitime au regard de l’accueil déjà réservé à son album. Le clip du « Lac » a déchaîné les passions, la présence de Pamela Anderson suscité des réactions contraires… Ca tombe bien, il suffit de l’avoir déjà rencontré pour savoir que la haine provoquée par l’ex actrice d’ « Alerte à Malibu », Julien Doré l’avait forcément anticipée, voire même recherchée. Une manière comme une autre de mettre en évidence la bêtise des regards, le poids des a priori sur un physique alors que l’américaine est désormais reconnue dans son combat pour la cause animale et l’écologie. Une chose est sûre, le buzz a été long et efficace. Tout comme sa reprise de « La javanaise » en japonais, lui assis sur une balançoire, au début de l’année. Les âmes bien tristes y ont vu un sacrilège là où il n’y avait que fantaisie, hommage et humour. Dès ses premiers passages dans « La Nouvelle Star », le ukulélé et la barrette sur cheveux courts annonçaient pourtant déjà la suite du parcours.

« Le Lac » justement commence à peine que le public reprend à l’unisson, chorale éphémère d’une soirée placée sous le signe de la communion. Rien d’artificiel, ni d’incitations forcées. Juste l’envie de partager. Pour « Beyrouth », ce partage sera démultiplié, Julien Doré quittant la scène pour se fondre dans la fosse et avancer jusque dans les gradins. Un tour de salle joyeux, micro en mains, avec derrière lui des dizaines de spectateurs reliés dans une improbable chenille. Humour fin de banquet qui reste ici mâtiné d’élégance. La salle est debout, le succès total.

Mais c’est avec « Coco câline » puis la tubesque « Chou wasabi » que le concert passera à la vitesse supérieure. Julien Doré a gagné en densité, en intensité. Alors que la tournée n’en est qu’à sa septième escale, lui le bosseur a la confiance offerte par une préparation parfaite. Il sait que tout est calé. Il en tire une liberté et une énergie impressionnantes. On pourra toujours ironiser, lui refuser la catégorie des « très grands », les esprits chagrins ne pourront lui ôter ses qualités de musiciens, son sens du spectacle, sa capacité à emporter des salles de dizaines de milliers de personnes dans une palette émotionnelle très large. Le tout avec une classe bluffante.

La seconde partie du spectacle sera plus affective, presqu’ intimiste. Assis devant son piano droit, les musiciens resserrés en demi cercle autour de lui, il reprend la superbe « Magnolia », puis «Winnipeg». Le public est invité à l’accompagner. Inutile de renouveler la demande, les voix sont déjà là. Peuvent alors défiler d’autres titres présents sur « & » (& qui pour mémoire s’appelle aussi Esperluette. & comme « et » parce que Julien Doré l’a souvent expliqué, on n’est rien sans les autres, alors « et » fait le lien avec ces autres mais aussi avec la nature et le monde).

« Romy » (inspirée par la petite fille de son guitariste), en italien, allie la force à la douceur dans un étonnant mélange. Seul au piano, le chanteur interprète alors « Sublime & silence », son nouveau single. Très beau moment conclut avec les riffs puissants d’ Armand Meliès, le guitariste (mais aussi auteur-compositeur-interprète) ayant lui aussi été embarqué dans l’aventure. « De mes sombres archives », dans une version débridée et pleine de rage, avec des musiciens déchaînés, bouclera ce second chapitre qui a vu danser le piano. Mais la soirée ne pouvait pas se conclure sans le traditionnel rappel.

Julien Doré remerciera une fois encore avec une émotion toujours aussi visible. « Mon apache », toute en sensualité, puis « Caresse » et ces minutes laissées à ce très bel amour avant de refermer ces deux heures en apothéose sur « Paris Seychelles ».

Deux heures qui ressemblent à un moment de vie avec son amoureux, ses chagrins, ses joies, ses doutes. La vie aussi dans un monde blessés par ses incertitudes. Une scénographie moderne, efficace, particulièrement originale et élégante. Des amis fidèles qui ont aussi le mérite d’être de très bons musiciens. Julien Doré n’a plus de doute à avoir: son « Esperluette Tour », une centaine de dates et des passages par les plus grands festivals cet été, est déjà l’un des plus beaux rendez-vous de l’année.

Magali MICHEL

Crédit photos // Sophie BRANDET.

En concert à l’Elysée Montmartre: Band of Horses, lumineux et envoûtant

Quatre ans qu’ils n’avaient pas reposé les amplis dans la capitale. A part une (très belle) prestation lors du dernier Main Square Festival d’ Arras, la bande de Ben Bridwell n’était plus repassé par la France. C’est dire si le concert de Band Of Horses à l’Elysée Montmartre (Paris), ce 27 février était attendu. 

Des branchages au dessus des eaux sombres du Bayou. L’immense fond de scène plantait le décor et donnait le La au road trip à venir. Un voyage à travers cette partie de l’Amérique, une traversée qui embarquerait également côté émotions. Ovationné lors de son arrivée sur scène, Ben Bridwell se pose devant sa pedal steel. S’échappent alors les premiers accords de « Monsters ». Démarrage tout en douceur devant un public composé pour l’essentiel de fidèles de la première heure, ceux qui avaient découvert le groupe voilà plus de douze ans, avant même le bouquet de nominations aux Grammy Awards en 2006 avec « Everything All The Time », premier album devenu légendaire.

Un détour par « The first song » et Ben Bridwell se lève déjà pour rejoindre Ryan Monroe et Tyler Ramsey sur le devant de la scène. « NW apt » puis « Casual Party ». Les cinq musiciens enchainent les morceaux avec un plaisir manifeste et une complicité totale. La set list savamment composée de titres de leur dernier album en date, « Why are you OK », sorti au début de l’été 2016 et de refrains plus anciens mixe les émotions. Après « Country Teen » et « Throw My Mess », aux accents country, Ben Bridwell laisse le chant à ses acolytes et se met légèrement en retrait pour les accompagner à l’ harmonica.

« Laredo », « Solemn Oath » laissent ensuite place aux bouleversantes « Older » et « Factory », deux des titres phares de « Infinite Arms », sorti voilà déjà sept ans. Difficile de ne pas se laisser prendre. C’est pourtant quand Band Of Horses passe à une enfilade des succès qui ont assis sa renommée que le public, incontestablement fan mais relativement discret, sortira de sa réserve. « The great Salt Lake », « Cigarettes, wedding Bands » prouvent leur efficacité dix ans après leur création. De quoi enchaîner sur cette même tonalité avec « Is There a Ghost ».

Si l’énergie est belle et la musicalité parfaite, c’est malgré tout en venant se réfugier dans les recoins émotionnels que le groupe de Seattle est le plus fort. Les premières cordes de « No One’s gonna love you » volent au dessus de l’assemblée et font naître des larmes. Qui pourrait résister au timbre de Ben Bridwell sur ces accords magnifiques? Mais la soirée n’aurait pas été complète sans « The Funeral », le titre culte des américains. D’autres auraient fini par le trouver trop lourd, emprisonnant presque le reste de leur production. Band Of Horses en a fait un hymne, porte drapeau d’une formation dont la rareté n’a d’égale que la très grande identité. Une heure et demi et vingt et un titres plus tard, la preuve était donnée que les absents avaient vraiment eu tort. La prochaine escale française de ces cinq là risque de se faire désirer. Celle là restera longtemps dans les mémoires.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Nantes ovationne Gojira

Après Nancy et Clermont-Ferrand, Gojira faisait escale à Nantes ce 25 janvier. Troisième étape d’une tournée française à guichets fermés. La prochaine devra prévoir des dates supplémentaires ou des salles plus grandes car le Magma Tour fait carton plein. Un succès largement mérité. 

Le Hellfest avait à peine plus de quatre mois quand a été faite l’annonce de la (mini)tournée française de Gojira, sept villes, comme un détour hexagonal de la tournée européenne. Mais en quelques jours, la date nantaise a été sold out, portée par l’envie des fans de les revoir dans un soir à eux, hors festival. Car on ne va pas se mentir, si les festivals sont d’immenses fêtes aux ambiances et aux rencontres uniques, de grands barnums souvent prestigieux que les artistes adorent et qui signent le succès (surtout quand le nom est écrit en bien lisible en haut de l’affiche), ce n’est pas toujours le meilleur endroit pour apprécier ses formations préférées. Le nombre est là, le public est énorme mais entre ceux qui patientent déjà bruyamment pour la formation suivante ou ceux qui restent front de scène pour « voir ce que ça donne », il faut vraiment être devant les stages pour vivre le concert à fond et partager ce moment avec les musiciens. Sans parler du temps imparti, une cinquantaine de minutes maximum, seules les groupes fermant la journée disposant d’une demi heure supplémentaire. De ce point de vue, les tournées en nom propre permettent une meilleure écoute, un autre partage, comme une dose d’intimité retrouvée. En toute subjectivité assumée!

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C’est donc à guichets fermés que le quatuor porte-drapeau du metal français (la seule formation hexagonale qui ait quand même connu une tournée à elle seule en Europe et aux Etats-Unis. Respect!), s’est produit à Stéréolux ce 25 janvier. Les fans de la première heure, ceux qui accompagnent Gojira depuis (déjà) deux décennies, avaient bravé les températures polaires pour patienter de longues heures avant l’ouverture des portes. Dans les rangs resserrés par cette passion commune, les anecdotes s’ échangeaient, les avis s’emmêlaient sur ce qui devait être le meilleur parmi les six albums studio. « From Mars to Sirius », « L’ Enfant sauvage », « Terra Incognita »? Ou bien encore « Magma », le dernier en date?

Pas de véritables oppositions, une évidence plutôt quant à l’évolution affichée par « Magma ». Pour porter ces textes empreints d’une spiritualité encore plus vive, mixant poésie et philosophie, le chant clair fait son apparition. Une belle mise en danger pour Joe Duplantier, le chant clair ne permettant plus de se cacher et n’autorisant surtout pas les fausses notes. Mais sa voix réussit largement le défi. Certaines partitions de l’album se montrent elles aussi joliment complexes. On pense notamment à « Low Lands » (qui n’a toujours pas rejoint la set list… ceci expliquant peut être cela). Alors quels titres seraient au programme de cette échappée française? Une heure et demi plus tard, force était de reconnaître que la sélection, qui avait du être un joli casse-tête, était des plus pertinentes. Puissante. Energique. Musicale. Largement metal. Laissant la part belle aux titres récents mais reprenant aussi pour un plaisir plus que partagé, les grands moments de « From Mars to Sirius », « Terra Incognita » ou « The Way of all Flesh ».

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Après une première partie laissée aux Suisses de Nostromo, le groupe se reformant pour la première fois depuis onze ans et prouvant que le poids des ans n’avait eu raison ni de sa hargne, ni de son énergie, c’est à Mario Duplantier que revient la charge d’ouvrir. Il ne fait pas dans la demi mesure et l’on comprend dès l’intro d’ « Only Pain » pourquoi le bayonnais est considéré comme l’un des meilleurs batteurs actuels. Impressionnant, d’une énergie qui semble « no limit », il met tout le monde d’accord. La mécanique de haute précision Gojira est en marche et ne connaîtra alors aucun temps mort.

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Joe Duplantier porte les titres avec une voix à l’aisance évidente et un plaisir du jeu que partagent largement Christian Andreu et Jean-Michel Labadie. Parler de « machine de guerre » serait une facilité gratuite avec ce quatuor tellement ancré dans les valeurs humaines, les préoccupations universelles. Le death metal peut aussi insuffler d’extraordinaires leçons de vie, eux le prouvent en tout cas.

Avec des morceaux comme « Silvera », Gojira intègre davantage de solos et ces moments prennent sur scène une dimension supplémentaire. On s’est toujours un peu demandé pourquoi les solos n’avaient pas plus de places dans les concerts jusqu’à présent tant les jeux de cordes sont redoutables. Eux ne se sont peut être jamais posés la question. En tous les cas, ces passages là qui répondent et équilibrent les champs laissés à la seule batterie et à la maestria de Mario Duplantier, sont bel et bien à l’ordre de la soirée désormais et il serait dommage de les en bannir. Sur scène comme dans le public, c’est plaisir majuscule.

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Plaisir encore que celui de pouvoir réentendre « Terra Incognita », « Wisdom Comes » ou « Vacuity » qui déchaînent des ovations. « Nantes, vous êtes cinglés! Quel public! Merci !! », lance alors Joe Duplantier. « On ne s’attendait pas à ce que ces dates françaises soient toutes sold out. C’est un cadeau extraordinaire, on a beaucoup de chance. »

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Impossible enfin de ne pas parler de la technique qui entoure le concert et fait partie intégrante de sa réussite. Le son est impeccable, puissant mais ne s’amuse pas aux rapports de force au risque de compromettre l’écoute. Quant aux lumières, elles méritent une mention spéciale. Rarement un concert de metal a poussé vers autant d’idées fortes, de rythmes. Dans un domaine où très souvent il n’existe pas d’alternative, c’est back drop et quelques lumières aveuglantes ou bien feux d’artifices et accessoires à tous les étages, Gojira s’offre un imagier créé sur mesure par Anne Deguehegny avec un habillage grande classe qui rajoute à sa puissance mais n’exclut ni subtilité, ni élégance. Et quand c’est un nantais, Nico Riot (Chirac Design) qui est aux commandes, on aurait tort de ne pas le citer.

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Lorsque tout tire vers l’excellence et le partage, il n’y a sans doute pas de hasard. Gojira a vingt ans. Et beaucoup à jouer encore.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Florent Mothe, enfin le deuxième album!

Quelques jours avant de raccrocher la couronne d’Arthur, Florent Mothe avait sorti un premier extrait de son nouvel album. Un opus revendiqué comme plus personnel, plus rock et plus électro. Le temps de créer la surprise et déjà il filait briller sur le dance-floor de « Danse avec les Stars ». Entre un contemporain et une rumba, il vient tout juste de fêter la sortie du très attendu « Danser sous la pluie ». Retour sur un parcours cadencé.

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C’était il y a neuf mois, à Brest. Un café, une cigarette électronique pour prendre la suite immédiate de la vraie blonde dont les volutes flottent encore à l’extérieur… Assis dans cette loge qui n’est pas la sienne mais offre l’avantage d’être la première ouverte dans ces dédales de coulisses, Florent Mothe affichait à peine les stigmates des fatigues laissées par le premier spectacle de la journée. Si le regard trahissait pourtant l’impact de ce show particulièrement physique, la disponibilité et le sourire restaient intactes.

Tête d’affiche de la comédie musicale « La Légende du Roi Arthur », le chanteur tenait la scène près de deux heures trente. Un rôle athlétique qui avait nécessité des semaines d’entraînement digne d’un sportif de haut niveau avec au final, au delà de cette silhouette affûtée, un maniement de l’épée impressionnant et une voix qui jamais ne faillit. « C’est vrai que c’est assez physique, je suis en scène presque tout le temps et il y a beaucoup de chansons. Mais bizarrement, après trois jours à ce rythme, le show dans lequel je me sens le plus en forme est souvent le dernier. La voix est un muscle qui aime être chauffé dit on, je le constate à chaque escale de la tournée», soulignait il à l’occasion de cette étape bretonne de la tournée.

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Après avoir largement contribué à la réussite de « Mozart, l’opéra rock » en 2009, l’un des plus grands succès en matière de comédies musicales, Florent Mothe n’envisageait pas de signer pour un nouveau spectacle du genre. Mais il est difficile de résister à Dove Attia et son enthousiasme contagieux. « C’est un tel honneur d’avoir été choisi que je ne peux qu’en être reconnaissant.  Mais  désormais, après cinq-cents représentations tous spectacles confondus, je pense que c’est suffisant car le public va en avoir assez de me voir, non ? » La question formulée en ce jour de dernière, en juin à Lille, est sincère. Chez lui, le doute n’est pas une posture.

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C’était déjà pour se jauger qu’avec une certaine audace, après avoir tourné plusieurs années avec son premier groupe, Florent Mothe avait mis le cap sur Toronto avec un bref crochet par New York. Il a commencé la musique à sept ans par le saxophone, il maîtrise désormais le piano, la basse et la guitare… Suffisant pour partir! Sans attache. Sans contrat. Sa vingtaine d’années et son envie inaltérable de vivre de la musique, de composer et de chanter pour tout bagage… Ce road trip dans les bars nord-américains forgera sa capacité à aller chercher l’auditoire. La voix est parfaitement en place comme le montrent les vidéos qu’il poste sur internet. Bruno Berbérès, qui assure le casting de « Mozart », les repère. Dove Attia et Albert Cohen lui demandent de venir passer les auditions. On connaît la suite : « L’assasymphonie », « Victime de ma victoire » ou « Vivre à en crever », en duo avec Mikelangelo Loconte sont encore dans les mémoires. Comme sa reprise d’ « On ira », en duo avec Judith, l’une des plus jolies reprises de  l’album « Génération Goldman ». L’album se glissera rapidement en tête des ventes. Des lauriers qui font plaisir. Comme le NRJ Music Award de la révélation francophone de l’année en 2010. « Ces récompenses touchent forcément mais passés les instants de joie, elles n’ouvrent pas davantage la voie. Et tout, ou presque, reste à faire… »  dsc_7770

C’est par goût du défi et avec un talent certain pour les surprises, que Florent Mothe s’est alors retrouvé au casting de « Danse avec les stars », septième saison. Autant avouer qu’on n’y croyait qu’à moitié. Certains y voyaient même une présence motivée par un objectif mal dissimulé de s’ offrir une belle promo avant la sortie de l’album, deux petits tours de piste et puis s’en va… C’était mal connaître ce bosseur invétéré qui ne fait jamais les choses à moitié. Avec Candice Pascal, il a appris le déhanché, le regard, la justesse dans l’attitude et de semaine en semaine, il a bluffé les juges avec notamment ce contemporain magnifique sur la musique de « Lili » d’ Aaron. De quoi faire taire les plus dubitatifs et finalement, presque un paradoxe, lui permettre assez peu d’amplitude pour promouvoir son disque, les journées étant déjà surchargées entre les primes à assurer et ce premier concert à l’Européen. Le temps viendra.

« Avec « Danser sous la pluie » j’ai envie que les chansons touchent, interpellent, que les thèmes abordés résonnent autant pour la personne qui écoute que pour moi. C’est un truc étrange la composition d’une chanson. Certaines viennent facilement. D’autres ont plus de mal à être lâchées. Il faut se poser les bonnes questions mais ne pas trop se laisser envahir non plus… Je n’avais pas envie de décevoir, c’est sans doute pour ça qu’il a fallu tout ce temps depuis la sortie de « Rock in Chair ».

Malgré une belle équipe autour de lui, des textes signés Dove Attia, Michel Jourdan (auteur d’énormes tubes pour Marie Laforêt, Bobby Solo ou encore Mike Brant), Lionel Florence ou Vincent Baguian, malgré des compositions efficaces, malgré la présence sur l’album de l’extraordinaire reprise de « Bohemian Rhapsody » immortalisée par Freddy Mercury, le succès n’avait pas été celui escompté. Une déception légitime qui n’empêche pas Florent Mothe de rester fier de ce premier opus mais a renforcé sa détermination pour le second.

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Il y a sans doute plus d’audace dans ce nouvel album. « J’ai composé des chansons plus introspectives, plus personnelles, en abordant des sujets actuels dont l’amour n’est pas exclu sans pour autant être le sujet majeur. » Illustration par l’exemple avec ce premier extrait révélé en mai. « Quoi de neuf? » interroge le titre co-écrit avec Dove Attia et Silvio Lisbonne (auteur de nombreux succès pour Jenifer ou Tal, le duo étant aussi à l’origine de « la Légende du Roi Arthur ») sur une entrainante partition électro-pop. « Je veux juste planer avant de faner, que mes démons se réveillent et se mettent à danser. En musique, tout paraît plus beau, j’veux que tout le monde se réveille et se mette à danser. » Un message clair, un titre qui a donné envie de chanter et de danser tout l’été.

« J’ai eu la chance de livrer un disque qui me ressemble. Sans pression mais plutôt avec une belle excitation…  celle de sortir l’album dont j’avais vraiment envie! » Pour l’accompagner dans cette aventure, il a aussi pu bénéficier de la présence de belles pointures : en plus de Dove Attia et Silvio Lisbonne, il y a Renaud Rebillaud,(ingénieur du son, producteur, qui a travaillé avec Kendji,  Sexion d’Assaut, entre autres) et L.I.M., le rappeur dont les disques ont été maintes fois disques d’or. Musicalement beaucoup plus abouti que le disque précédent, « Danser sous la pluie » impose facilement son énergie communicative tout en ne volant rien aux paroles. Impossible de ne pas se laisser prendre par l’émotion de « J’attends encore », « Le Monde », ou « Te ressembler ». Ou de résister à « Sur mon nuage » et « Danser sous la pluie ».

Pour un artiste qui semble souvent en attente de l’approbation, d’un regard de soutien, Florent Mothe ose livrer ses interrogations, son regard sur la vie, le temps qui passe. Il enlève le masque, les rythmes actuels étant la dernière pudeur posée sur de très beaux moments empreints de gravité. « Qu’est ce qu’un homme ? » Un peu de tout cela sans doute.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– Un immense remerciement à Florent Mothe pour le temps passé, ces impromptus entre Brest, Nantes et Lille, ce shooting exclusif organisé en juin dernier à Paris. – 

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 DANSER SOUS LA PLUIE: UNE PREMIERE A GUICHETS FERMES 

Il aurait pu se contenter d’une release party joyeuse mais traditionnelle pour célébrer la sortie de son nouvel album deux jours plus tard. En éternel perfectionniste, Florent Mothe a préféré les plaisirs d’un vrai concert, mariant l’intégrale de « Danser sous la pluie » aux titres plus anciens qui ont sillonné sa vie, comme la bande originale d’une vie d’artiste déjà bien remplie.

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Alors que l’ Européen compte trois-cent cinquante places assises d’où la visibilité est parfaite, certaines fans n’avaient pas hésité à squatter les environs plus de quatre avant l’ouverture des portes. Inutile de dire leur impatience une fois sur place pour ce premier concert à guichets fermés où devaient être joués en avant première les titres du second album de Florent Mothe.

A vingt heures précises, il a déboulé sur scène parmi un tonnerre d’applaudissements, la basse en bandoulière, accompagné de deux complices, Brice Mirrione, aux claviers et Mao Blanc, à la guitare, (deux belles pointures actuellement sur la scène du Palace avec la troupe du « Rouge et le Noir »). Lumineux et visiblement heureux de retrouver le public avec ses propres créations. «Quoi de neuf», le premier single qui a fait danser tout l’été, a ouvert le bal, repris par la salle entière. « Se serrer la main », « Sur mon nuage » enchainent sans temps mort.

« Si vous êtes ici, c’est que d’une manière ou d’une autre, on compte l’un pour l’autre… Alors, avant tout, merci,» lance Florent Mothe dans un immense sourire. Des paroles qui font mouche et provoquent une bruyante approbation. La très entraînante « J’attends encore », magnifique titre aux paroles façon upercut, laisse tout le monde KO avant une très belle séquence pleine d’émotion, la dédicace spéciale à son père, présent ce soir là, de « Te ressembler ». Un hommage qui ne peut laisser insensible.

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Parfaitement pensée, la set list joue les contrastes. Au milieu de ce concert survitaminé mais presque intimiste, une date qui restera dans les mémoires, Florent Mothe troque alors la basse pour la guitare acoustique. Seul en scène, il repeint ses années nord américaines (la reprise de «Lilac Wine» de Jeff Buckley est un pur moment de grâce), ses débuts, ses premières compositions (qui permettent de constater que tout était déjà en place), son premier album (« je devais être triste, ce n’est pas très gai tout çà »), une boutade, presqu’une excuse. Triste, peut-être, pas très gai, sans doute mais suffisamment fort pour être resté dans les mémoires. « Les blessures qui ne se voient pas » ou bien encore « Je ne sais pas parler d’amour » décochent des salves passionnéees. Quelques extraits encore, dont « L’assasymphonie », de « Mozart l’Opéra Rock », « Quelque chose de magique », incontournable succès de la toute récente « Légende du Roi Arthur » et les musiciens reviennent pour finir la présentation des autres titres de ce disque taillé pour la scène, à l’image de « Les oiseaux nous observent » ou bien sûr « Danser sous la pluie », qui en seront les tubes probables.

Fidèle à ses habitudes, Florent Mothe boucle la soirée avec « Bohemian Rhapsody » de Queen. La tradition est belle et la reprise impressionnante. Le 23 mars prochain, la Cigale et son millier de places succéderont à l’ Européen. Trois fois plus de monde donc. Trois fois plus d’énergie… cela parait impossible vu la soirée de folie qui a été livrée ce soir là. Trois fois plus d’émotion… Il faudra jouer sacrément fort car ce 30 Novembre avait les charmes incomparables des premières fois, les plaisirs de la découverte.« Danser sous la pluie » est un album réussi qui devrait le qualifier pour très longtemps encore…

Magali MICHEL

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Christophe Maé décline le bonheur au présent

Au printemps, Christophe Maé sillonnera parmi les plus grosses salles de France pour une tournée qui s’annonce d’ores et déjà triomphale (avec escale quatre soirs consécutifs au Zénith de Paris, du 16 au 19 Mars). Mais « L’attrape rêves Tour » a déjà pris la route pour treize dates dans des lieux plus intimistes permettant une proximité retrouvée avec le public. Un tour de chauffe bien plus qu’un rodage car tout est déjà en place. Plus introspectif, davantage dans les graves mais d’une tonalité toujours aussi euphorisante et pêchue. 

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Quelques silhouettes de cactus bordées de lumières, un coffre recouvert d’un tapis amérindien, un bar qui semble échappé du Far West et un immense attrape-rêves sur fond orange, la nouvelle tournée révèle son ambiance et lève un pan de ce qui sera en place quand se profileront les Zéniths. Parfaitement raccord quand on sait que les « attrape-rêves », objets composés d’un cerceau et d’un entrelas de fils en forme de filets, sont issus de légendes indiennes, qui les voient comme des filtres empêchant les mauvais rêves de perturber le sommeil.

Mais plutôt que les éléments de décor, c’est la profondeur de la scène qui anime les conversations. Chacun se demande comment Christophe Maé, habitué à parcourir des espaces immenses, danser, sauter, faire bouger les salles, va pouvoir trouver ses marques dans le peu de champs restant libre à coté de ses cinq musiciens. Des interrogations de courte durée : il suffit que sa silhouette apparaisse et ce sont déjà des tonnerres d’applaudissements. Les deux milles spectateurs réunis à l’Hermione de Saint-Brieuc ce 22 Novembre sont déchaînés, impatients de voir comment l’artiste pourra frapper aussi fort qu’avec « Je veux du bonheur », cet album et cette tournée qui avaient tout raflé, une couleur New Orleans et un jazz band encore dans les mémoires.

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L’oeil vert rieur, le sourire généreux, habillé d’un jean baggy ciel et d’une veste blanche identique à celle du livret, coiffé d’ un feutre qui n’aurait pas déplu à Frédéric Mistral, le musicien entame les premières paroles de « L’ attrape rêves ». La chanson qui offre son nom à l’album donne le La au concert. Une séquence toute en poésie et émotion puis déjà « Parisienne » lui emboîte le pas à coups de Converses blanches, portrait doux acide, implacable et drôle d’une jeunesse bobo. Le public reprend en choeur sans avoir besoin d’y être invité. Comme pour ses  trois précédents opus, vendus à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, le disque sorti le 13 Mai dernier fait carton plein, le clip de « Il est où le bonheur? » venant lui aussi de décrocher un NRJ Music Award.

« 40 ans demain » porte une large part de l’ ADN de l’album. C’est le morceau autour duquel tout se décline avec logique et justesse. Quand d’autres se livrent à un état des lieux à ce moment crucial et parfois douloureux de la cinquantaine, Christophe Maé n’a pas attendu pour dresser l’inventaire et connaître le blues de la «moitié du chemin ». L’angoisse du temps qui passe mais aussi sa chance de vivre la vie dont il rêvait gamin. De doutes en sursauts de passion, il retrace son parcours sans détours dans un discours simple et touchant. « Merci à vous, merci la vie! » clame t’il dans une large ovation avant d’entamer le premier couplet.

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Emotion encore avec « La rumeur », énorme tube extrait d’ « On trace la route », son deuxième album (certifié disque de diamants avec plus de 750.000 ventes). Puis viennent « C’est ma terre » et le débridé « Je me lâche » qui a toujours donné lieu à de grands moments de joie sur scène comme dans la salle. D’ailleurs l’ artiste ne faillit pas et demande aux gradins de se mettre debout. « On n’est pas au cinéma! Allez, allez!! Tout le monde saute!! » A commencer par lui qui en joyeux trublion court d’un bout à l’autre, tape les mains du public, virevolte avec ce sens du show exceptionnel qui en fait depuis dix ans l’un des meilleurs performers.

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S’ ouvre alors une séquence plus grave. Si l’âge et les années qui défilent généraient des observations assez personnelles, « Il est où le bonheur ? » a des couleurs universelles. Les paroles résonnent en chacun. Christophe Maé démarre le titre accompagné de sa seule guitare. Les mots claquent, la voix est puissante et l’ émotion non feinte. A part quelques fans irréductibles, portant l’irrespect jusqu’à se croire seules dans la salle, hurlant quand il s’agit au contraire de se laisser porter par les sentiments, la salle frissonne, soufflée par ce magnifique moment et ces mots implacables. La maturité va bien à Christophe Maé qui ose l’introspection, les questionnements plus douloureux. Dans les aigus, ses cris là font naître les larmes. Le bonheur, parfois, lui aussi agit ainsi…

Paul Ecole, le régional de l’étape, a écrit neuf des dix chansons de « L’attrape-rêves » (celle ci étant signée Boris Bergman). Un an et demi de moments de vie partagés entre deux hommes qui ne se connaissaient pas, que Bertrand Lamblot, directeur artistique chez Warner, a fait se rencontrer et qui sont désormais inséparables. « Ma plus belle rencontre humaine et artistique », lui a lancé Christophe Maé en l’invitant à le rejoindre sur scène. « Il est entré dans mon cerveau. Il sait tout de moi. » Ce que Paul Ecole, connu alors pour livrer des textes magnifiques à Calojero, ignorait, c’est que « Lampedusa », texte sur les migrants écrit quelques temps plus tôt, deviendrait avec les notes du musicien et de Félipe Valdivia, cet hymne à la main tendue, à la générosité et à l’accueil, servi sur scène par un jeu de lumières implacable.

« La poupée », en version piano-voix avec un final a cappella, boucle ce très beau moment. Le titre, qui évoque la disparition d’une SDF, était l’un des temps forts de « Je veux du bonheur ». Il a toute sa place dans cette set list parfaitement construite qui laisse la part belle à toutes les émotions. La preuve : « Mon p’tit gars » lui succède juste avant un « Belle demoiselle », qui prend ici des allures de boeufs entre musiciens.

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Pour le tonique « Californie », Christophe Maé et ses acolytes, « de vrais amis de longue date », (Joseph Di Marco à la programmation et aux choeurs, Mickaël Désir à la batterie, Bruno Dandrimont, à la guitare, Vincent Bidal aux claviers et Albert Marolany à la basse) font grimper les décibels. Les spectateurs, tous debout, chantent en riant. Ou inversement. La nuit avance mais personne ne semble décider à laisser filer celui qui saute et court encore plus déchaîné. « Je veux du bonheur », « On s’attache », « Marcel » et enfin la toute en tendresse « Ballerine », viendront pourtant mettre un terme à cette septième escale.

En mars, « L’ attrape-rêves Tour » passera à la vitesse supérieure pour une centaine de dates dont sans doute une bonne partie des festivals. Christophe Maé a l’habitude de ces défis. Avec générosité, fort de son enthousiasme contagieux, de ce sens inné du spectacle, il emportera chacun. Pour faire chanter, pour convaincre que « comme l’on rêve on devient ». Pour offrir, à défaut de réponse, une parenthèse durant laquelle le bonheur sait parfaitement se glisser.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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Tous pour les 3 Mousquetaires !

Adapter le plus célèbre roman d’Alexandre Dumas, faire croiser le fer aux Mousquetaires devant un public qui a toujours adoré ces personnages mythiques et n’a pas oublié leurs transpositions sur grand écran, que ce soit avec Gene Kelly et Lana Turner ou avec Jean Marais quelques années plus tard, était un pari largement enthousiasmant. Mais insuffisant. Transformer l’histoire pour en faire un spectacle musical et « universel »… Le projet imaginé par Roberto Ciurleo, Gilbert et Nicole Coullier, Eleonore de Galard, déjà réunis à la production de « Robin des Bois » avec Matt Pokora, était nettement plus audacieux. Alors que le contexte n’incite pas au remplissage des salles, que le temps béni des comédies musicales triomphales comme « Notre Dame de Paris » ou « Mozart, l’Opéra rock » semble dépassé, ces Trois Mousquetaires sortent leur épée du jeu et font mouche. Gros succès en perspective.                    

D’abord il y a le casting mitonné avec tout le savoir faire de Bruno Berbérès, l’homme qui se cache derrière la plupart des succès récents. De Cléopâtre aux Dix Commandements, du Roi Soleil à Dracula ou Timéo, liste non exhaustive car il est partout. Bruno Berbères donc, qui ne s’est pas trompé en réunissant Olivier Dion – d’ Artagnan – (le chanteur québécois charmeur et ultra souriant que le public avait appris à mieux connaître l’an dernier durant sa participation réussie à « Danse avec les Stars »), Damien Sargue – Aramis –  qui avait tenu le rôle principal de « Roméo et Juliette », la comédie musicale imaginée par Gérard Presgurvic et est l’un des « Gentlemen Forever »,  Brahim Zaibat – Athos – qui prouve qu’on peut être un danseur surdoué, adoubé par Madonna et un interprète à la performance incroyable et David Ban – Porthos – qui depuis quinze ans enchaîne les rôles en leur donnant son charisme et, accessoirement, sa voix inoubliable.

Si tous sont réellement hyper précis et parfaits dans leur rôle, formant une équipe soudée à l’image du récit, David Ban est encore plus bluffant. Au sommet de son jeu, semblant ne jamais être entravé par les sollicitations physiques de ce Mousquetaire grande gueule et coureur de jupons, il a une énergie communicative, une voix qui semble avoir encore gagné en puissance et le public en redemande.

Photos LDD - Exclusif - Spectacle Les 3 Mousquetaires au Palais des Sports à Paris Photos LDD - Exclusif - Spectacle Les 3 Mousquetaires au Palais des Sports à Paris

Mais faire chanter et jouer quatre beaux garçons toutes tablettes de chocolat dehors ne pouvait  bien évidemment pas suffire. Il fallait que le reste de la distribution soit à la hauteur. Anne d’Autriche est portée par Victoria, qui avait laissé ses fans orphelins après la dernière du Roi Soleil voilà déjà dix ans, tristes de ne pas retrouver sa voix exceptionnelle sur d’autres projets. Constance est jouée par Megan, qui a la douceur parfaite. Christophe Héraut est un Cardinal imposant et puis il y a Golan Yosef, danseur spectaculaire, personnage principal du « Dracula » de Kamel Ouali en 2011, tout juste sorti de Cats, un physique qui ne laisse pas indifférent et qui sait faire entendre le Duc de Buckingham. Sans oublier enfin Emji, passée par La Nouvelle Star, qui prend visiblement du plaisir à camper la nocive Milady de Winter.

Pour assurer la mise en scène et donner des atours inédits et résolument modernes à cette histoire dont l’action se situe pour mémoire au 17ème siècle, les producteurs ont appelé deux monstres sacrés outre Atlantique : les québécois Dominic Champagne et René-Richard Cyr. A eux deux, ce sont des dizaines de prix récoltés, des succès par brassées et depuis treize ans, le triomphe de « Zumanity » du Cirque du Soleil à Las Vegas. Le tandem a travaillé avec les deux auteurs des chansons et du livret, Lionel Florence et Patrice Guirao. Là encore, Alexandre Dumas n’aurait pas douté. L’auteur de « Lucie » ou de « Savoir Aimer », devenus des standards de la chanson française a déjà co-signé avec son complice les paroles des « Dix Commandements », du « Roi Soleil », (entre autres) et plus récemment, de « Robin des Bois ». Quant aux chorégraphies, elles portent la griffe de Yaman Okur. Le champion du monde de break dance a lui aussi un joli parcours, fait partie des troupes des Dix Commandements, du Roi Soleil. Il a dansé aux côtés de Madonna et chorégraphié ses tournées de 2008, 2012 et 2015. Il était aussi à l’origine des danses de Robin des Bois. Bref, le CV avait de quoi rassurer.

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Mais chacun sait aussi que le succès n’est jamais garanti. Malgré l’excellence du casting, l’originalité de l’histoire, le teaser qui rend impatient, l’aventure peut être sans lendemain. Autant le dire d’emblée : ce ne sera pas le cas ici ! « Les Trois Mousquetaires » devrait même être l’un de fers de lance de la saison. Producteurs et interprètes avaient annoncé du «  grand spectacle », ils n’ont pas menti. Sur l’immense scène du Palais des Sports (accessible par des marches qui renforcent la proximité avec les interprètes), les tableaux s’enchaînent sans temps mort et laissent souvent bouche bée. Le rythme est précis, les personnages à l’aise dans leurs atours et le public va de surprise en surprise.

Ne cherchez pas de tenues d’époque sur les danseurs, n’imaginez pas les fastes classiques de la Cour! Ici, les ballets se font en slims, bustiers ou gilets argentés, les bottes ont des allures de Converse et les cheveux sont laissés libres la plupart du temps. Si la Reine a une robe à hauteur de sa majesté, les  hommes du Cardinal, imposants dans leur combinaison de cuir, bonnet et gilet pare-balle, semblent tout droit sortis du GIGN : les costumes aussi prennent le pari de la modernité mais ne perdent pas de leur superbe.

Photos LDD - Exclusif - Spectacle Les 3 Mousquetaires au Palais des Sports à Paris Photos LDD - Exclusif - Spectacle Les 3 Mousquetaires au Palais des Sports à Paris

Les quatre héros ont su donner à leur rôle la personnalité imaginée par Alexandre Dumas. On devine les heures d’entrainement qu’il leur a fallu pour maîtriser l’escrime, les sauts, tout en chantant. Ils se donnent à fond et déclenchent des cris enthousiastes à chaque apparition… Leur chemise largement ouverte n’y est sans doute pas non plus étrangère! Les chansons, taillées pour la scène, s’enchainent sans temps mort. Les tubes sont déjà nombreux et le public connaît par coeur les chansons des Mousquetaires mais également celles de Megan, de Victoria, en solo ou en duo avec Golan Yosef.

La scène de la traversée de la Manche par d’Artagnan-Olivier Dion, le très romantique (mais forcément aussi acrobatique) pas de deux de Brahim Zaibat-Athos, Buckingham-Golan Yosef dansant avec toute la troupe, torse nu, les ferrets offerts par la reine autour du cou, sur les notes de « On my mind » et mettant l’ambiance dans tout le Palais des Sports, David Ban-Porthos chantant au sommet d’une barre de pole dance sur lequel évoluent de magnifiques jeunes femmes, les quatre Mousquetaires sur leurs drôles de cheval, le retour victorieux de la joyeuse bande en uniformes bleus revisité… Difficile de choisir parmi les séquences. Le livret a délibérément épuré le roman original mais l’histoire conserve ses fondamentaux, la partition joue volontiers de la techno et flirte même avec des accords rappelant le célèbre « Pop Corn » de Hot Butter. C’est imprévu, inédit, chantant et efficacement rythmé.

Après deux heures trente aussi inventives, « Les Trois Mousquetaires » laissent le public repartir ébloui et joyeux. L’objectif est donc atteint. D’Artagnan n’a plus besoin de sa lettre recommandation. Il est entré dans la cour des grands.

Magali MICHEL.

Crédit photos // BestImage – Cyril Moreau. 

-Prolongations au Palais Des Sports jusqu’au 1er Janvier et en tournée dans toute la France ! // https://www.facebook.com/Les3Mousquetaires // http://www.les3mousquetaires-lespectacle.com– 

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