IBRAHIM MAALOUF: TROMPETTISTE DU MONDE

Durant deux heures ce dernier dimanche de septembre, Ibrahim Maalouf a offert au public nantais « S3NS », son tout nouveau spectacle. D’une énergie de marathonien, le trompettiste a arpenté l’immense scène du Zénith et entrainé dans ses partitions des spectateurs prêts à le suivre en chantant comme en dansant. Incroyable Ibrahim Maalouf.

Multi-récompensé, du César de la Meilleure musique originale pour « Danse dans les forêts de Sibérie » en 2017, à la Victoire du spectacle musical (en 2017 toujours), celle de l’ Artiste de l’année (en 2013) ou bien encore Grand prix de la Sacem (catégorie Jazz) en 2014, Ibrahim Maalouf, star parmi les stars de la trompette était attendu par un Zénith de Nantes conquis d’avance ce 29 septembre et par de nombreux spectateurs curieux de voir jouer ce musicien aussi prolixe que surdoué. 

Avec « S3NS », son tout nouveau spectacle, le musicien franco-libanais n’a pas déçu. Arpentant l’immense scène telle une rock star, il joue avec une aisance bluffante, lâchant la trompette pour se glisser derrière le piano, s’emparant du micro entre deux morceaux pour parler brillamment et inciter la fosse à chanter et danser. Invitation acceptée avec enthousiasme!

La partition laisse la part belle à la musique cubaine et latino, prolongation logique de son dernier opus déjà intitulé « S3NS », neuf titres flamboyants comme autant de passeports pour des voyages  spectaculaires. Les cuivres trustent les meilleures places mais savent s’effacer quand le piano est de la partie. Notamment lorsqu’au clavier, c’est Roland Luna, l’un des grands maîtres de la musique cubaine qui débarque. 

Des visites surprises, il y en aura d’autres comme celle d’ Hocus Pocus, d’un groupe de jeunes collégiens des Pays de Loire formés par « Orchestre à l’école »  ou bien encore le Bagad du Bout du Monde. Les musiciens d’ Ibrahim Maalouf donnent alors de la note tout en mesure, avec une générosité manifeste.

Aucun temps mort dans ce concert de deux heures. Le musicien et sa fameuse trompette quart de ton, inventée par son père au début des années soixante, semble pouvoir tout jouer. Après les airs ensoleillés de Cuba, place est laissée à une interprétation toute personnelle de la fameuse « Lettre à Elise » de Beethoven. Mais il ne s’interdit pas non plus une avancée dans le monde de la variétés en reprenant du Dalida (artiste à laquelle il a consacré tout un album voila deux ans) ou du Mélody Gardot. 

Qu’elles soient géographiques ou artistiques, Ibrahim Maalouf se fient des frontières. Son talent est hors normes et sa vision de la musique cosmopolite. Le Zénith de Nantes ne pouvait rêver plus belle soirée pour la réouverture de la saison.

Texte et photos // Sophie BRANDET.

ARCHIVE fête ses 25 ans avec le public nantais!

Histoire de célébrer avec un public fidèle depuis vingt-cinq ans la sortie de leur album rétrospective, Archive est en tournée en France pour trois dates exceptionnelles (avant un retour bien plus long à la fin de l’année). Les anglais passaient par Stéréolux (Nantes) ce 14 mai. Le temps n’a fait que pâtiner leur incroyable mélange de rock instrumental entremêlé de nappes électros. Trois heures de concert entre ombres et lasers.

Les organisateurs avaient prévenu : les photographes autorisés devraient shooter avec leur écran et ne surtout pas glisser l’oeil derrière le viseur car la débauche de lasers pouvait être dangereuse pour les rétines. On savait les britanniques passés maîtres en matière de lumières et effets scéniques, on glissait cette fois dans la dimension supérieure dans ce show anniversaire mis en place pour souffler un quart de siècle d’une aventure musicale unique.

Formé en 1994 sous la houlette de Darius Keeler et Danny Griffiths, Archive se présente alors comme un groupe de trip hop. Plutôt sombre, le premier album sorti deux ans plus tard bénéficie de la présence de la chanteuse Roya Arab et flirte aussi avec le rap. Près de vingt ans plus tard, « Londinium » demeure une référence absolue en matière de trip hop, une forme de perfection un peu « étalon » vers laquelle beaucoup ont essayé de tendre sans jamais égaler les lignes des anglais.

Après des tensions au sein du groupe, Suzanne Woofer devient la nouvelle voix d’Archive et s’impose avec brio dans « Take my head » sorti en 1999, un album plus solaire, nettement plus mélodique et plus trip pop, ce qui provoquera de belles discussions parmi les fans historiques et ceux qui préfèrent cette nouvelle direction.

Autre gros changement en 2001 quand Archive, qui n’a décidément pas le goût pour la solidité de son line up, remplace sa chanteuse par Craig Walker, ex chanteur du groupe de punk irlandais, Power of Dreams. Walker laissera son empreinte jusqu’en 2004. Et Archive continuera à chercher son renouveau permanent en intégrant de nouveaux membres successifs. Holly Martin fait son entrée en 2012. Cette arrivée souffle de nouvelles inspirations et des arrangements inédits. « You make me feel » devient rapidement un très gros succès.

« 25 » était sans doute la plus belle manière de fêter cet impressionnant parcours d’un quart de siècle où le succès, le doute et l’envie ont toujours résisté aux courants successifs. Une belle manière également d’offrir aux fans qui n’ont jamais déserté les rangs un opus souvenir dans lequel a été ajouté un inédit, « Remains of nothing » avec Band of Skulls. Ne restait plus qu’à programmer quelques concerts évènements, trois dates dont Nantes et Paris (La Seine Musicale, où sera d’ailleurs effectuée une  captation). Trois dates sold out sitôt la mise en vente. 

A Stéréolux, la grande salle archi pleine a réservé un accueil magistral aux anglais. Il est vrai que le show, impressionnante déferlante de lights et de lasers en tous genres, spectaculaire dans sa mise en lumière (avec toujours cette habitude de laisser les musiciens dans une ombre d’où ils ne sortaient que rarement) s’articulait sur une set list qui n’avait rien oublié. Trois heures de concert (avec, originalité, un entracte en milieu de soirée) qui a régalé le public venu parfois de très très loin. Dans cette pénombre lacérée par les lasers, Archive a alterné plages mélodiques et montées en puissance où le rock prenait le dessus sur le trip hop et l’électro, où le sombre le disputait à des parties plus lumineuses. Enveloppantes autant qu’envoutantes.

En novembre, les anglais repasseront pour une longue tournée française, de Lille à Marseille, en passant par Perpignan, le Havre ou bien encore Brest et Lyon. En quittant Stéréolux, certains les avaient déjà inscrites sur leur agenda. Si l’ossature d’Archive a joué la carte du changement, le style est demeuré et le public s’est laissé prendre aux charme quasi hypnotisant d’un groupe phare qui a réussi à rester au sommet de son genre sans jamais se paraphraser.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Gringe tombe le masque

En concert à Nantes (à Stéréolux), Gringe a révélé un autre visage, plus sombre, dont le rap ciselé exprime parfaitement les fêlures. Les spectateurs qui l’avaient découvert dans les « Casseurs Flowters » avec Orelsan sont repartis conquis. Emus aussi souvent par cet artiste qui se livre enfin à visage découvert.

« Blessures m’ont bousillé l’crâne mais si j’dois sécher tes larmes j’irais plonger dans le cerveau, me jeter dans les flammes pour t’aider à retrouver l’calme, que le mauvais sort nous épargne, j’y laisserai corps et âme, j’dois sécher tes larmes.. » Il est impressionnant Gringe quand il se livre avec la sincérité de celui qui n’a plus envie de se cacher, quand il n’est plus simplement l’alter ego joueur de son complice des « Casseurs Flowters ».

On l’a découvert aux côtés d’Orelsan, il brillait à ses côtés toujours dans « Bloqués », la mini série TV et il aurait pu avoir du mal à s’extraire de l’ombre d’un pote qui n’en finit plus de briller. Gringe a eu l’intelligence d’attendre (longtemps) et de prendre du recul pour sortir le moment venu un album solo magnifique, « L’enfant lune », qui entraîne dans un univers chargé de blessures, sombre souvent, mais porté par un rap aux mots choisis, ciselés et d’une sensibilité extrême.

En se débarrassant du costume d’éternel « je-m’en-foutiste », en remisant le personnage créé de toutes pièces avec son pote de toujours, Gringe a récupéré son autonomie mais surtout son identité. Les textes de ce projet magnifique, très premier degré et écrits à l’encre de la vérité, ont pu dérouter certains fans historiques mais ils ont pour l’essentiel, embarqué tous les autres, ceux qui avaient vu beau et clair sous les étincelles de mélancolie qui jaillissaient de temps à autres.

Sur la scène de Stéréolux (Nantes), ce 9 février, Gringe est donc attendu par un public enthousiaste. Si certains avouent encore la nostalgie du binôme formé avec Orelsan, cela n’empêche pas une écoute attentive et curieuse. Très vite réceptive. Des tables de mixages, des tubes lumineux, de la fumée… les lumières jouent avec les ombres, comme un écho aux paroles du trentenaire. « La chair de ma chair s’en est allée dans des régions trop sombres, et j’découvre ce putain d’scanner qui nous parle de tes lésions profondes, impossible de vivre normalement, j’ai volé l’sourire d’la Joconde, et j’crois plus rien n’s’ra jamais comme avant, elle s’est envolée, la colombe » enchainent les paroles de « Scanner », l’un des titres phares (inoubliable) de ce premier opus d’une puissance implacable. L’allusion à la maladie mentale de son frère laisse le public sans voix. On ne peut résumer l’album no le concert à cette seule chanson mais il est clair que ce passage lourd de sens frappe et laisse KO debout. Comme « Pièces détachées » ou « Paradis noir » Les punchlines qui sont l’incontestable ADN du rap pratiqué avec Orelsan sont bien présentes. Mais par à coups. Presque par réflexe. Aucune recherche de style dans cet opus qui vient des tripes pour révéler dans la plus parfaite des transparences, ce que Gringe a dans la tête.

Du coeur du magma, Gringe a su extraire une alchimie unique. Le set est parfait et le show déjà bien rôdé. « L’ enfant lune », qui a trouvé sa transcription parfaite sur scène, laisse aussi la place à DJ Pone pour un joli moment solo après le rappel et ne fait pas l’impasse, cadeau aux fans des Casseurs, sur quels titres anciens, la voix d’Orelsan en arrière plan.

Gringe a confié que « sans ce projet, il serait professionnellement mort ». Peut-être… En tout cas, c’est avec une énergie et un plaisir non feints que le rappeur normand le porte au fil de la longue tournée qu’ il vient tout juste d’entamer. Après une première date parisienne complète, il y aura un retour par la Cigale le 18 Mars. Gringe sera également à l’ affiche du Printemps de Bourges en avril et dans la plupart des festivals cet été. Il y a des artistes vers lequel il est urgent de se tourner.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Angèle, la nouvelle ambassadrice de l’histoire musicale belge

Un an après avoir ouvert pour Ibeyi, Angèle repassait par Stéréolux (Nantes), tête d’affiche d’une date qui affichait complet depuis des mois. Une heure trente de show à l’image de la jeune femme : musical, fort et plein d’énergie. Vrai.

Dire qu’Angèle, vingt-trois printemps depuis décembre, un album, « Brol » sorti en octobre dernier et très vite certifié double disque de platine, nommée aux Victoires de la Musique dans la catégorie « Album révélation » et « Création audiovisuelle » a déjà tout d’une grande est insuffisant. Rares sont les jeunes artistes qui se produisent avec cette pêche communicative, ce sens de la scène, une voix et une musicalité aussi parfaites. Il est vrai qu’à une époque où le nombre de followers est censé signer le talent et qu’être youtubeur populaire donnerait un blanc seing dans la moindre maison de disques, Angèle (qui affiche néanmoins plus d’un million cent mille followers sur un compte Instagram énorme d’inventivité, d’humour et de musiques) détonnerait presque avec son parcours sans faute et solidement bâti.

Lorsqu’Angèle van Laeken débarque en 2017 sur les réseaux sociaux avec son premier single « La loi de Murphy », la jeune belge (fille de la comédienne Laurence Bibot et du musicien Marka, soeur de Roméo Elvis, l’un des grands du rap actuel) affiche déjà un joli parcours. Après une double formation jazz et musique classique, la jeune fille a intégré le groupe de son père tout en donnant des concerts dans les cafés de Bruxelles. Sa reprise du célèbre titre de Dick Annegarn, hommage à la capitale belge, ne laisse personne indifférent. Son franc parler, sa façon d’être cash et son humour sans filtre entre deux post de vidéos où elle se met en scène sur Instagram complètent un bouche à oreille qui va très vite. Angèle assure alors les premières parties de son concitoyen Damso (qu’elle accompagne également sur son album « Lithopédion ») puis celles d’ Ibeyi. L’engouement ne s’est plus arrêté depuis.

« La loi de Murphy » sort fin 2017… et ce sont des millions de vues sur Youtube. Même succès pour « Je veux tes yeux » l’année suivante. Lorsqu’ elle se produit au Printemps de Bourges cette même année, juste avant Eddy de Pretto et Charlotte Gainsbourg, le Palais d’ Auron est debout et salue comme rarement la première partie d’une soirée. Aussi à l’aise derrière son clavier qu’en bord de scène pour regarder le public dans les yeux, Angèle a déjà cette présence qui signe l’évidence. La petite jeune femme, drapée dans son kimono vert à fleurs, est couverte de superlatifs.

Ce 30 janvier, boostée par des dizaines de concerts, la sortie triomphale de « Brol » (expression belge qui traduit le bazar), la double nomination aux Victoires de la Musique, Angèle repassait donc par Nantes (dans la salle maxi du Stéréolux), là même où elle ouvrait pour Ibeyi quelques mois plus tôt.

Le public est acquis d’avance. La date est sold out depuis des mois mais des dizaines de fans tentent quand même de croiser d’éventuelles reventes aux alentours de la salle sous le regard d’adolescentes qui se réchauffent en sautillant après avoir attendu longuement dans le froid pour truster les premiers rangs de la fosse. Les cris qui surgissent lorsque les premières notes résonnent sont faciles à imaginer… Silhouette gracile dans son tee-shirt rouge assorti à ses bottines, élégant baggy violet, Angèle leur sourit et enchaîne ses titres parmi lesquels se glissent de magnifiques reprises (comme cette chanson de Pauline Croze). 

Rodée à la scène, à l’aise dans les échanges avec le public et n’hésitant pas à jouer la carte de l’humour, Angèle s’autorisera pourtant à demander de façon subtile et douce, un peu plus d’ écoute car la soirée aurait rapidement pu virer en chorale hurlante. Angèle est en effet à ce stade de sa popularité où les salles se remplissent à la vitesse de l’éclair, où tout est enthousiasme pour les spectateurs, ce qui malheureusement gâche l’écoute et ne permet pas de laisser toutes leur places aux titres souvent forts de la jeune femme. Car Angèle n’est pas la nouvelle blonde souriante et jolie de service. Elle est aussi et avant tout une musicienne dont les chansons ont un sens et dont les thèmes ne sont pas forcément « légers », soutenues par des partitions ultra léchées. Alors entre deux « Angèle, tu es belle » ou « Angèle, je t’aime », elle a dû reprendre les notes en mains lorsque la foule a carrément sauté la mesure et devancé musique et paroles. 

Si ce passage est sans doute inévitable quand arrive le succès, pas certain que ce soit la meilleure chose à offrir à son idole et évidemment, encore moins au reste du public, celui qui est venu pour entendre une voix et non assister à un karaoké géant. Espérons qu’Angèle passera rapidement ce moment, Patrick Bruel en son temps, qui avait connu des ambiances similaires, raconte aujourd’hui encore combien il trouvait le moment complexe, ému mais aussi dépassé car au fil des concerts, il suffisait que sonnent les premiers accords pour qu’il n’ait plus besoin de chanter, la foule le faisant à sa place.

Là où n’existait voilà un an qu’une succession de chansons sans réelle mise en scène, la tournée actuelle permet à Angèle de mettre en lumière son second degré, son sens de la dérision. Elle lui ressemble, entre éclats de loutre et jogging à paillettes pour prendre la lumière sans se prendre la tête. Entre émotions et énergie, dansant ou posée derrière son piano, Angèle est une jeune femme de son temps, sans compromis, s’autorisant toutes ses envies, refusant le faux semblant et confessant en riant succomber aux phénomènes parfois bêtas de la société actuelle. A l’aise dans ses baskets comme sur ses talons, elle a ce quelque chose de la fleur qui vient d’éclore et n’est pas près de faner, ce truc en plus qui ne vient pas par l’apprentissage même le plus long. La grâce. 

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Clara Luciani ou la force de l’explosion tranquille

Un vent de féminisme tranquille et chargé d’amour bien plus que de vengeance a balayé Stéréolux (Nantes) ce 24 Janvier. Clara Luciani impose sa voix et ses textes avec une force douce, porté par le succès de « Sainte Victoire », son premier album. Une artiste attachante et résolument à part.

Longue dame brune, elle s’est avancée avec quelques minutes de retard mais le public nantais lui a vite pardonné lorsqu’elle a expliqué sitôt son premier titre, « être en plein jetlag pour cause de tournée Australienne » mais « se nourrir de l’énergie offerte » à chaque concert. La jeune femme ne cherche pas de discours ampoulés ou préfabriqués. Le propos peut sembler convenu, il n’en est pas moins sincère, à l’image de cette musicienne débarquée dans le paysage musical hexagonal voilà déjà plusieurs années mais portée sur le devant de la scène par un premier opus sorti au printemps 2018 et qui a mis tout le monde d’accord.

Clara Luciani, dont le nom trahit les origines corses (par un grand père paternel qu’elle n’a malheureusement pas connu) a grandi dans les confins de Marseille et a très vite compris que sa voie ne serait pas tracée par les études d’histoire de l’art qu’elle avait pourtant entamées avec conviction. A vingt ans, sa rencontre avec les membres du groupe « La Femme » signe le tournant. Elle en devient l’une des voix féminines et enregistre deux titres sur « Psycho Tropical Berlin », en 2013. Elle migre ensuite vers d’autres projets, accompagnant sur scène Raphaël ou assurant la première partie de Benjamin Biolay mais laissant déjà l’envie à son auditoire de la retrouver plus longuement sur scène.

Souriante, dominant ses troupes du haut de son mètre quatre-vingt-deux, Clara Luciani a l’énergie contagieuse et la fermeté pleine de douceur. Aucune agressivité dans ses propos même si elle n’hésite pas à affirmer qu’elle « pourra dégoupiller la bombe qu’elle cache sous son sein » s’il le fallait, comme elle le dit dans « La Grenade », titre fort de l’album sorti en avril dernier. Là où d’autres déclinent la haine et les rancoeurs, la jeune femme préfère miser sur la parole, l’échange et la compréhension. La vengeance est une option qu’elle ne choisit pas. 

« La Baie » est un très bel hymne à l’harmonie des sexes tandis que « Drôle d’époque » ne cache rien des incertitudes sur la place de la femme. A l’aise derrière son micro, d’une complicité évidente avec ses quatre musiciens, Clara Luciani est toute aussi affirmée lorsqu’elle s’empare de sa guitare. On sait la relativité des comparaisons mais il y a en elle quelque chose de Françoise Hardy. Une Françoise Hardy à la voix grave et chaude, dont les partitions seraient remixées par Gainsbourg ou Mac Cartney.

Le public écoute avec attention et salue chaque titre avec enthousiasme. Initialement prévu dans la salle Micro de Stéréolux, le concert avait rapidement du migrer vers la salle Maxi tant la demande était forte et il s’est joué à guichets fermés comme la plupart des dates de la tournée la jeune femme. Après avoir partagé une quinzaine de titres bouleversants ou plus dansants, Clara Luciani s’en est pourtant allée. Elle a gravi sa  « Sainte Victoire » en beauté et ses fans sont à l’évidence prêts à la suivre dans tous ses prochains Everest.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

« LA LA LAND »  en Ciné Concert, l’émotion intacte

Après Paris, Lille et avant Bordeaux, La La Land, le film musical de Damien Chazelle faisait escale au Zénith de Nantes ce 4 janvier. Pas d’ Emma Stone ni de Ryan Gosling mais une version « ciné concert » portée par le Yellow Socks Orchestra qui s’est fait une spécialité dans les musiques de film. Précis et beau.

La La Land et sa collection d’Oscars (meilleur réalisateur, meilleure actrice, meilleure photo, meilleure musique, meilleur décor), un succès planétaire à sa sortie en 2016 et des chansons à jamais gravées dans les mémoires, s’offre un détour revisité à travers la France en version « ciné-concert ». Le pari est risqué car le film de Damien Chazelle et plus encore, la bande originale signée Justin Hurwitz sont d’une réussite totale. Mais Nicolas Simon et les soixante-quinze musiciens du Yellow Socks Orchestra relèvent le défi avec une maestria impressionnante.

Tandis que défilent les destins croisés de Mia Dolan, serveuse dans un café de Los Angeles courant les auditions pour accrocher le rôle qui lui permettra de devenir actrice, et de Sebastian Wilder, musicien fou de jazz, flamboyants amoureux que la réussite finira par séparer, la partition défile, parfaitement calée. La présence des musiciens sous l’écran géant est discrète et n’altère pas les émotions. Elle leur donne une autre couleur. Moins intimiste mais toute aussi forte.

Histoire de ne pas se contenter de la seule interprétation de la bande originale, l’orchestre ajoute des morceaux supplémentaires. En ouverture, après l’entracte et plus encore une fois la projection terminée. Les musiciens prennent un plaisir manifeste à cet exercice assez original et n’hésitent pas à danser sur leurs chaises quand le rythme s’accélère. Et comme dans un « vrai » concert, ce sont des applaudissements nourris qui saluent régulièrement les morceaux.

« City of stars » ou bien encore « Another day of sun » ont offert à « La La Land » ses refrains éternels. Le Yellow Socks Orchestra leur a rendu un hommage inattendu et totalement réussi.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Charlotte Cardin a tous les atouts dans son jeu !

 Ce 20 Novembre sur la scène de Stéréolux (Nantes), Charlotte Cardin enfonce le clou pour nous rappeler que la distribution des cartes a mis la justice en joker alors que d’autres ont la paire gagnante : la beauté et le talent. A 24 ans, la québécoise déjà star en ses terres natales, conquiert tranquillement le Vieux Continent grâce à une voix unique et des chansons dont elle signe paroles et musique. En anglais et en français. De quoi doubler la mise et avoir tous les atouts dans son jeu.

A huit ans, fascinée par Céline Dion, Charlotte Cardin prend ses premiers cours de chant, encouragée par des parents mélomanes davantage fans de Led Zep. A quinze ans, pour donner de la liberté financière à ses envies, Charlotte Cardin devient mannequin grâce à un physique longiligne et une belle tête sur un port altier. Trois ans plus tard, le public québécois la retrouve dans « The Voice » où elle grimpe jusqu’en finale et accroche Garou qui la convie en première partie de ses concerts. 

Parfaitement bilingue, la jeune femme ne s’embarrasse pas des codes et ne cherche pas à se glisser dans les cases trop vite fabriquées de l’industrie musicale. Ses goûts la portent vers la soul, le jazz, le trip-hop et bien sûr la pop pour laquelle elle avoue une passion. Mais elle se fie des références et sa première envie est de ne pas être réduite à son physique, raison pour laquelle elle se présente sur scène sans « tenue » de lumière. Un tee shirt immaculé, un pantalon noir à pinces, des bottines noires… difficile de faire plus sobre. Et un clavier tourné vers le public simplement portant son nom pour toute décoration, comme si elle doutait encore et pensait que se présenter était encore nécessaire. 

Cette envie d’être fidèle à ce qu’elle est, de la jouer sans artifices, se retrouve dans ses titres. « Main Girl », véritable succès des deux côtés de l’Atlantique, parle vrai. Au Québec, avec seulement deux EP, Charlotte Cardin remplit des salles immenses. En Europe, le succès est en train de s’installer sûrement tandis que sur YouTube ses vidéos se voient par millions. 

Joueuse, la musicienne brouille les cartes sans bluffer pour autant. « Dirty Dirty », qui n’est pas sans rappeler Amy Winehouse, ne semble pas avoir grand chose en commun avec « Faufile » , le tubesque « California » ou bien encore « Big Boy », mais chez la jeune femme, le jazz voisine superbement avec la soul et les mélanges sont toujours des recettes à succès.

Charlotte Cardin aura vingt-cinq ans dans quelques semaines. Le monde lui fait des yeux doux. La partie est lancée et n’est pas prête de s’arrêter.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.