Tibz est (bel et) bien là

Avouez que vous avez tous fredonné « Tout au bout du monde, au bord du vide je te tendrai les bras… », le refrain entêtant de Tibz qui passait en boucle sur les chaînes musicales durant le confinement, servi par des images accrocheuses et surtout une voix reconnaissable entre toutes. Sept mois désormais depuis la sortie de cette chanson et plus de deux millions de vues sur Youtube. « Au revoir », le deuxième extrait du nouvel album annoncé pour bientôt, est sorti ce 12 juin et emprunte déjà les plates-bandes du succès. Tibz, bosseur acharné, avance sûrement.

C’est un jeune homme authentique, qui ne cherchera pas la médiatisation à outrance et ne remplira pas le silence par des moments creux. Avec un sens des valeurs et de la vérité ancré peut-être dans ses racines périgourdines, Tibz (Thibault Gaudillat à l’état-civil) creuse son sillon et planche sur ses morceaux comme sur ceux des autres sans juger essentiel de le faire savoir à coups de posts imparfaits sur les réseaux sociaux. Il préfère attendre que les choses soient mûres, plus avancées pour ne diffuser que ce qu’il sent prêt à être livré. 

Durant le confinement, alors qu’il partageait avec trois copains un gite mitoyen à la maison maternelle, il a organisé ses journées pour offrir tous les deux jours, un vrai moment de partage musical avec ses followers. Des moments qu’il peaufinait, anticipait, pour que le lien avec son public ne soit pas entretenu dans une complaisante facilité. Et très vite, ses « Couchers de soleil » ont constitué des rendez-vous très attendus. « Le matin, je me demandais ce que j’avais envie de chanter puis je répétais. Et puis assez rapidement, je me suis dit que ce serait encore plus cool d’inviter des copains. Alors je pensais à un titre et je voyais lequel d’entre eux pourrait le reprendre avec moi. Ça a vraiment été une expérience assez folle, passionnante, nécessitant une belle énergie mais je crois que de part et d’autres, nous avons tous vécu de super moments. Le lieu était beau, ce moment de la journée où le soleil décline donnait une atmosphère particulière… » Quand les potes s’appellent Jérémy Frérot, Sylvain Duthu (de Boulevard des Airs), Ben Mazué, notamment, cela augure de belles surprises. La mère de Tibz a elle aussi donné de sa (très jolie) voix. Tout comme Didier Bourdon… Oui, le Didier Bourdon des Inconnus, que le jeune homme croise régulièrement dans son quartier et avec lequel il a tissé des liens. 

Et puis derrière ses « Couchers de Soleil » (que l’on pourrait bien retrouver pérennisés sur un support ou un autre… mais chut!), entre deux moments de sports et quelques franches rigolades à confectionner mille et une recettes, Tibz a aussi avancé son second opus. Tranquillement. Discrètement. On serait presque tenté de dire, « il était temps ! » car « On n’est pas bien là ? », le morceau qui l’a fait connaître, remonte à mars 2015 et le premier album, « Nation », est sorti il y a déjà deux ans. « C’est vrai… Je vais apprendre à faire plus vite ! Sylvain Duthu est quelqu’un qui réussit à tout faire très vite et très bien. Pas moi ! » observe Tibz en riant. « Mais c’est déjà une telle chance de pouvoir livrer sa musique, ses chansons, que balancer le truc sous la pression et sans être certain de le valider à 100%, ça n’aurait pas de sens. J’ai autour de moi une équipe assez géniale qui coordonne parfaitement, entend mes aspirations, les couleurs que j’ai envie de mettre sur un morceau et c’est aussi grâce à elle, que les étoiles s’alignent. Je me sens réellement chanceux d’avoir cette écoute depuis le départ donc je dois être à la hauteur ce que tout le monde attend de moi. Et tout ça prend du temps ! »

C’est après avoir posté à seize ans des reprises multipliant les milliers de vues sur Youtube que Tibz a décroché un contrat avec My Major Company, le premier site de financement participatif français. Tibz avait déjà son propre studio, appris le piano, la batterie et composé des dizaines de chansons sonnant bien folk… partition assez logique pour un fan assumé de Bob Dylan.

Ce contrat en poche, le jeune musicien planche durant deux ans sur son album. Il sort plusieurs singles dont « On n’est pas bien là ? » qui fait un carton. Il est alors repéré par Louane qui l’embarque dans sa tournée pour lui offrir ses premières parties. « Ton sourire », le deuxième titre, connaît un succès identique, tout comme « Nation » celui qui lui succède. Le public guette alors avec impatience l’album de ce nouveau venu dans le paysage musical français. Il sortira finalement en juin 2017… et Tibz sera nominé parmi les « Révélations francophones » aux NRJ Awards de cette même année. « Ca fait incroyablement plaisir, une vraie fierté aussi d’être déjà nominé. Mais bon, il faut garder la tête froide, avoir bien conscience que tout reste à faire et surtout que la route ne sera jamais garantie, même en cas de succès. »

Une route sans certitude mais déjà très riche et remplie car le talent de songwriter de Tibz n’a échappé à personne. Il est sollicité pour écrire des chansons pour des artistes aussi différents que Jennifer ou Zaz, collabore avec Slimane et Boulevard des Airs. Avec ces derniers, il a notamment signé le dernier hymne des Enfoirés (« Une très belle cause donc une vraie fierté. Ce serait un honneur pour moi si un jour on venait me demander d’intégrer la troupe. ») Autant d’activités (en plus des dizaines de concerts) qui forcément prennent du temps et ne laissent pas toute sa place à son propre album. 

« J’adore être sur scène, devant le public car ce sont des moments uniques et je dis cela sans cliché. Il existe un partage que l’on ne retrouve pas ailleurs. Chaque salle est différente et chaque public donne sa propre ambiance. Avec mon premier album, j’ai donné une centaine de dates en France mais également en Suisse, en Belgique, au Québec. Comme beaucoup, j’avais des concerts tout l’été que la crise actuelle a bien évidemment reportés. J’ai hâte que l’horizon s’éclaircisse, que la vie reprenne débarrassée de cette maladie. J’ai un concert de prévu près de Nice le 16 juillet. Pour l’heure, assez étonnamment, il est maintenu. Puis ce sera en septembre, si tout va bien, la vraie reprise de la tournée. »

En attendant et à défaut de « se réinventer » comme Emmanuel Macron y invitait les artistes, Tibz a connu des expériences inédites. Avec ses copains de Boulevards des Airs, il partagé l’affiche de deux « drive-ins » à Albi et à Tarbes, organisés par une radio. « C’était original et inédit pour nous mais l’expérience était cool. Évidemment, il faut s’habituer à ce que ce soient les klaxons qui servent d’applaudissements… »

Plus des trois quarts du second opus sont déjà prêts. « Au revoir », le deuxième extrait, est déjà unanimement salué. « Il a beau parlé de rupture, il reste positif car elle a laissé ses affaires… Elle peut donc revenir ! le reggae s’est imposé. C’est l’été et cela semblait parfaitement adapté. » Le disque (qui n’a pas encore de nom) sortira sans doute en septembre (rien n’est certain dans le contexte compliqué par les nombreux décalages provoqués par le Covid). Inspiré par une séparation douloureuse, cet album très très attendu sera composé de nombreuses ballades un peu rock. « Je suis un looser en amour. Je le dis en riant mais c’est vraiment ça et j’ai bien souffert… La testostérone n’empêche pas la peine et j’ai puisé dans ces moments la source de pas mal de morceaux. Il y aura aussi des textes qui parlent d’été. En fait, ce sera un album, avec une dizaine de morceaux (entre 10 et 14, je ne sais pas encore), à écouter en voiture, en roulant toutes vitres ouvertes ! » Sur les routes du Périgord et au coucher de soleil, ce sera peut-être même encore mieux. Mais ça, il ne l’a pas dit. À 27 ans, Tibz roule avec talent et une force tranquille vers son destin.

Magali MICHEL

Crédit photos // Théo Gosselin.

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