Le jour se lève sur Clou

Clou. Un nom aussi court que son talent est grand (et pluriel). La jeune femme, auteur-compositeur-interprète, révélée voilà six ans lors d’un radio crochet organisé par France Inter, a sorti un EP, où la force des mots est magnifiée par un cristallin délicat. Un avant goût enthousiasmant de l’album à venir (livraison prévue à l’automne), également précédé d’un autre clip révélé aujourd’hui.

Dans une ligne éditoriale qui respecte l’actualité mais donne surtout la priorité aux coups de coeur, il était impossible de faire l’impasse sur Clou. On pourra toujours nous reprocher nos enthousiasmes. Sans doute. Mais dans ces temps où le bashing à l’abri derrière son écran est devenu jeu de société, préférer le partage positif au dénigrement, évoquer ce que l’on aime plutôt que ce que l’on aime moins, est aussi un droit. Partager ses découvertes, ses rencontres pour susciter l’envie, également. 

Clou, c’est l’histoire d’une première rencontre provoquée par le hasard. Un matin de janvier, vous tombez sur le clip de « Rouge » et vous vous laissez happée par son scénario, vous le repassez en boucle tant la voix cristalline de son interprète s’affirme avec délicatesse. Le clip est signé par Romain Winkler (à qui l’on doit déjà de belles images pour Daho ou Odezenne), la voix est celle de Clou. Quatre mois, quelques événements sanitaires et près d’une heure d’échange plus tard, l’enthousiasme de cette découverte est encore plus grand.

Crédit photos // Marta Bevacqua.

On fera directement l’impasse sur les jeux de mots faciles suscités par un nom d’artiste qui tient seulement de l’histoire familiale (Clou est née Anne-Claire mais comme elle prenait un malin plaisir à faire rire les siens, Anne-Claire est devenu Anne-Clown puis juste Clou). Amusée, la jeune femme les observe avec gentillesse et dit plutôt « attendre celui qui réussira à la surprendre », six ans après avoir débarqué par la grâce d’un radio-crochet. « C’était un samedi matin et ça tombait bien car c’était le jour de la semaine où je ne travaillais pas, » raconte Clou en riant. « Didier Varrod, qui était alors directeur musical de France Inter, avait organisé un concours qui s’appelait « On a les moyens de vous faire chanter ». Lors d’un séjour à New York pour mes études, j’avais rencontré quelques personnes à qui j’avais fait écouter des chansons que j’avais composées, essentiellement en anglais. (J’avais appris le piano, assez vite délaissé au profit de la guitare, qui me semblait un instrument plus moderne.) Toutes ces personnes m’ayant conseillé de poursuivre, à mon retour, j’ai créé mon premier groupe avec lequel nous avons beaucoup joué. C’est donc logiquement que je m’étais présentée à France Inter avec l’un de ces morceaux. Didier Varrod a aimé ma voix. Il m’a demandé si je n’avais pas autre chose à lui proposer… mais en français cette fois. C’est ce que j’ai fait. On devait être à peu près cinq milles au départ. Vingt-quatre ont été retenus pour le radio-crochet et le soir de la Fête de la musique, nous n’étions plus que trois. C’était en 2014. » 

Parmi les membres du jury, figuraient notamment Orelsan et Zazie. Clou n’a pas remporté le concours mais décroché mieux que cela au final puisqu’elle a rencontré celui qui deviendrait son éditeur et trouvé en Didier Varrod « un deuxième père dans ce métier ». Je ne sais pas si ces concours sont indispensables aux artistes mais il est clair que pour moi, cela a engendré des rencontres majeures. En ce sens, cela a été un accélérateur formidable », reconnait la musicienne.

Portée par ce nouvel entourage et ces signaux positifs, la jeune femme décide de faire le grand saut. Elle démissionne et signe avec un tourneur. En solo et sous son seul nom, Clou assure alors les premières parties d’artistes aussi différents que Thomas Dutronc, Sting, Benjamin Biolay ou Vianney. Elle est également sollicitée pour une compilation en hommage à Yves Simon, « Génération(s) éperdue(s) » sur laquelle elle reprend « Les Gauloises bleues ». Le parcours continuant de tisser son fil, cette reprise séduit Mark Daumail de « Cocoon ». « Mark m’a trouvée via les réseaux sociaux. Il avait entendu « Les Gauloises Bleues » et m’a dit que c’était son morceau préféré. Quel compliment !! Du coup, il m’a invitée sur son dernier album, « Wood Fire ». C’est assez incroyable comme histoire car j’adore « Cocoon » depuis longtemps et c’est un honneur de se retrouver à chanter avec lui. Nous sommes bien sûr rester en contact, je lui ai envoyé des compositions personnelles et peut-être un jour cela débouchera-t’il sur quelque chose… Même si généralement, Mark reste auteur-compositeur de l’intégralité de ses disques. »

En parallèle, Clou planche sur son premier album. Deux ans de travail acharné, de mots posés et minutieusement choisis, une production ultra millémétrée au plus juste de ses envies, sous la houlette de Dan Levy, la moitié du duo « The Do ». « Dan est l’un des plus belles rencontres de ma vie. Il a eu envie de me produire et travailler avec lui est très porteur. C’est un musicien incroyable, un producteur qui n’agit que dans la bienveillance. Il montre le chemin. Nous avons enregistré dans son studio à la campagne. L’album, qui s’appellera « Orages » et sera édité sous le label « Tôt ou tard » (dont le catalogue compte aussi Vianney, Yaël Naim, Vincent Delerm, entre autres) devrait sortir à l’automne. Il représente deux années de travail et il faut trouver le meilleur moment pour le lâcher. Sortir avant cet EP constituait une évidence, la pose d’un premier chapitre. »

Sur cet EP, on retrouve « Rouge », ce titre magnifique qui donnait envie d’en savoir davantage sur l’artiste. Figurent aussi une double version (dont l’une bien pop) de « Comment ». « J’avais lu un bouquin d’Henri Michaux et j’avais été extrêmement marqué par ses mots. C’était tellement profond et fort. Cette chanson est venue à la suite de ça… » S’y inscrivent encore « Je prends mon temps », la jolie ballade et « Comme au cinéma », où Clou affirme haut la plume ses qualités d’écriture (et ne cache rien de ses rêves), où sa voix dispose du meilleur écrin. L’un des coups de coeur de l’EP qui se pare désormais d’un très beau clip. 3, 30 minutes assez épurées, des images en noir et blanc, des fondus enchaînés, des plans serrés, ce clip confession signé Vincent Delerm sort aujourd’hui. 

Dans un milieu culturel incertain, un monde de la musique où les jeunes femmes de talent (Clara Luciani, Camille, Suzane, Marie-Flore, Ehla) ont débarqué en nombre ces derniers temps, Clou avance tranquillement. « Je les regarde avec respect et pas mal d’admiration souvent. Certainement pas avec jalousie en tout cas car ce n’est pas un moteur. Je préfère penser qu’il y a de l’espace pour chacune et que nos personnalités différentes nous permettront à toutes d’emprunter le chemin rêvé. Je ne veux pas penser la vie comme une compétition ou une mise en concurrence permanente. » 

À l’automne (la date est encore floue), Clou livrera son premier album. Onze titres (dont un, très folk, en anglais). « Il sera le reflet de mon univers, composé de plein de nuances. Mélancolique, pop, porteur de tout le tempérament dont je suis capable. Il s’appellera « Orages », en allusion à ces cas de conscience que je vois comme des orages, des tempêtes intérieures. Je suis impatiente de sa sortie malgré le stress que cela procure inévitablement. »

Si les salles rouvrent progressivement, Clou pourra patienter en semant ses morceaux lors des concerts qui étaient prévus avant que la pandémie joue les trouble-fêtes. Sa guitare pour tout compagnon de scène, la jeune femme pourra alors voir dans les regards du public l’émotion qu’elle procure et trouver matière à se rassurer. Clou a raison de vouloir vivre « comme au cinéma ». Comme elle est très douée, le scénario sera à la hauteur. Il n’y aura rien à couper.

Magali MICHEL

– (Clou ne se contente pas d’avoir une voix magnifique et de composer avec talent, elle est également douée pour le dessin. Un talent qu’elle distille avec humour, finesse et qui donne aussi naissance à des affiches de films revisitées. Pour les découvrir et plonger dans l’univers enchanteur de Clou, c’est par ici : cloumusic sur Instagram) –

PS : Merci à Tôt ou Tard. Et à Clou pour sa disponibilité, sa sincérité, sa gentillesse et plein de ces choses encore qui font d’une interview un joli moment d’échanges.

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