INTERVIEW: David Boring (Naive New Beaters), sérieusement fun

Ça pourrait commencer comme dans un sketch de Coluche : « C’est l’histoire d’un mec… » Sauf qu’ici, le mec était trois. Comprenez… trois de la même trempe. Genre artistes hybrides, à l’apparence un poil loufoque, tendance musiciens bosseurs haut de gamme et compositeurs jamais à court de notes. Car derrière les tenues qui posent le style inqualifiable se cache un trio qui depuis plus de dix ans enchaine les succès et transforme les partitions en platine. Naive New Beaters (NNB pour les intimes) a sorti un quatrième opus, « Fun Hours », un album réjouissant et est dans les starting blocks de sa future tournée.

Plus de quinze ans que ces trois là se connaissent (du temps des années lycée) et que leur amitié s’est retrouvée sur une vision commune de la vie, de la musique et, si jamais par le plus grand des bonheurs, leur groupe devait flirter avec le succès, sur la nécessité de toujours tout relativiser. De le vivre à fond mais de conserver l’humour. Ils se sont donc donnés des noms de scène qui décoiffent : David Boring (parce que Bowie et ennuyeux en anglais) au chant, Martin Luther BB King (pas besoin de décodeur) à la guitare et Eurobelix (on comprend aussi) aux claviers. « On voulait faire le show à l’américaine alors on y est allé à fond dès le début. On ne se voyait pas jouer en jeans-baskets », raconte David Boring. « Une fois, on a débarqué en tennisman et sur une autre date, on a voulu faire « gros » alors on avait mis des oreillers histoire d’être bien ventrus. » Le public qui ne les connaît pas pense entendre un groupe potache qui va pousser la farce dans les aigus… Mais il suffit de quelques accords et trois riffs bien envoyés pour que l’on devine que la farce repose sur un travail de dingue et des compositions impressionnantes. Il y a douze ans, c’est avec des bougies d’anniversaire rivées aux épaules de leur pull qu’ils assuraient la première partie de The Kills. Mais la folie du moment n’efface pas le souvenir impressionné qui demeure aujourd’hui encore.

Crédit photos // Julot Bandit.

Sorti en mai 2009, « Wallace » est un carton. La tournée qui suit trace sa route de Vieilles Charrues en Eurockéennes, de Solidays en Glastonbury, plus de deux-cents concerts qui installent la notoriété du groupe. Trois ans plus tard, Naive New Beaters sort « La Onda » et empreinte une fois de plus les scènes des plus grands festivals. Les trois garçons se produiront même jusqu’en Chine où David Boring (alias « Estéban », acteur ultra sollicité, cinéaste aussi car ses journées ont 50 heures) réalisera leur premier moyen-métrage, « Yo! Pékin ». À son retour, parce que le truc est festif, le trio brasse sa propre marque de bière, la « Naive New Beer » afin de la vendre dans les salles où il se produira. Et pourquoi pas ?

Décidément frappés aux sceaux du « tout pareil », David, Martin et Eurobelix connaissent des ruptures simultanées et décident de mettre en commun ce reflux émotionnel dans un nouvel album. « À la folie » sort en 2016. Des textes qui abordent les relations hommes-femmes mais rien de lacrymal et des séparations qui vont provoquer un succès encore plus grand : « Heal Tomorrow » avec Izia (Higelin) sera disque de platine. « On avait connu Izia par l’intermédiaire de notre tourneur. On avait aussi participé à une mixtape avec elle. Sur ce disque, on était onze. Il y avait notamment Oxmo Puccino, Fuzati, Irma ou bien encore Adrien Gallo, le chanteur des BB Brunes », poursuit David Boring. « Avec Izia, ça fonctionnait super bien alors on a repris le morceau et on l’a réarrangé pour que le « duo » soit encore plus efficace. » Tellement efficace que le titre accompagnera trois ans plus tard une campagne de pub pour les hôtels Mercure qui ajoutera encore à sa notoriété. 

Sorti en Octobre dernier, « Fun Hours » n’a pas dérogé au rythme d’un album tous les trois ans. « On pourrait nous le reprocher car pour certains c’est un rythme lent, trop lent même peut-être. Mais en vérité, on ne culpabilise pas !  On donne beaucoup de concerts, l’album vit pendant un an, un an et demi et pendant la tournée, on ne se voit pas enregistrer dans le tourbus quelques heures après la sortie de scène. Ce sont des moments intenses, assez exceptionnels et chargés en adrénaline. Il faut profiter de ce qu’on vit et ne rien précipiter par souci marketing ou je ne sais quoi. Et puis quand on regarde bien, trois ans cela reste assez court, le temps nécessaire à l’écriture, la composition, la sortie du disque puis les quinze-dix-huit mois de tournée. »

Avec ses basses groovy, ses guitares sèches, un son direct, les douze morceaux de ce quatrième disque mixent allègrement les couleurs, du hip-hop à l’électro avec un détour par le rap et le disco, dans un tout franchement « fun » comme il est dit. « On avait envie d’un truc assez serein et en même temps très dansant. » Plus pop qu’« À la folie », « Fun Hours » connaît la recette et les bons dosages qui mènent à l’ivresse de la réussite. « On s’est pas mal pris la tête sur les arrangements, sur les rythmiques. On voulait que ça groove et que ce soit funky, que ça donne envie de s’écouter souvent. Et longtemps.  Au final, on est assez content et le public semble apprécier alors c’est encore mieux ! »

Comme ils l’avaient fait avec Izia, les NNB ont ouvert leurs morceaux à des « collègues » de talent, Ana Zimmer pour « I See Fire » et JeanJass sur « Make Way ». « On a rencontré Ana lors d’un festival qui ne nous a pas laissé des souvenirs mémorables… sauf humainement », raconte en riant David Boring. « Quant à JeanJass… on ne le connaissait pas mais on cherchait un rappeur qui pouvait marcher avec notre hip-hop un peu particulier. Evidemment qu’on n’allait pas partir avec un rappeur qui réunit tous les codes un peu extrêmes du genre. On lui a fait écouter « Make Way » et il a adoré. » (Parmi les autres morceaux à écouter en boucle, il y a aussi« Addicted to Joy », « Holding Love » et « Today’s Mood », si on peut se permettre.)

Le clip réalisé par David Boring lui-même pour « I See Fire » est un monument d’inventivité et colle à leurs délires. Prolongeant l’imagerie de la voiture jacuzzi mise sur la pochette de l’album, le trio déambule dans les rues de Los Angeles à bord d’une limousine géante avec salon, salle d’échecs, bar et jacuzzi cela va de soit. « Fun Hours » qu’ils disaient!

Après un Trianon plein à craquer en novembre dernier, les Naive New Beaters devaient poursuivre leur tournée mais la pandémie a mis son stop. « On a dû reporter pas mal de dates. C’est en train de se caler mais c’est assez compliqué car personne n’a de certitudes sur l’évolution de cette crise sanitaire. C’est frustrant de devoir s’arrêter si soudainement  car on était en plein rodage. On avait nos nouvelles tenues et tout et tout, on devait passer par plein de festivals cet été… Mais tout ça n’est rien face au reste évidemment. On a réussi quelques petites sessions pendant le confinement en faisant bien gaffe aux gestes barrières. C’était « Covidi correct »! Des dates sont prévues pour septembre. On va y croire pour chacun car ce serait signe que tout va mieux. »

En attendant, David Boring reprendra les chemins de RTL. Depuis le 27 avril, il est en effet l’une des Grosses Têtes de Laurent Ruquier, aux côtés d’Isabelle Mergault, Karine Lemarchand, Arielle Dombasle, Christine Bravo et Antoine Béry. « C’est venu un peu par hasard. Il m’a appelé après m’avoir vu dans « Selfie » et dans « Le Dindon ». C’est une expérience nouvelle et assez amusante. Ça doit être l’année qui veut ça : avant les Césars, Florence Foresti m’avait contacté pour remettre un prix et du coup, j’en avais profité pour faire venir mes petits camarades. Nos tenues ne sont pas passées inaperçues et certains nous ont sans doute découverts, dans la salle comme devant leur télé. Le moment était plutôt léger durant cette soirée pleine de tensions. À la radio, c’est autre chose, je suis tout seul mais c’est notre humour que j’essaie de partager. » Un humour qui n’est qu’une note supplémentaire dans la partition de cet incroyable trio de musiciens dont les musiques font du bien en ces temps un peu flous.

Magali MICHEL

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