Tim Dup, l’émulsion intacte

Avec son deuxième opus, Tim Dup pousse encore plus loin les sentiments et les réflexions sur la vie autour de lui. « Qu’en restera-t-il ? » ou le très réussi album d’un jeune homme de son temps. Artiste engagé et concerné. 

Crédit photos // Hugo Pillard.

C’est un garçon rare, presque précieux. Pas du tout dans le phrasé ni dans la façon d’être car il est même tout le contraire avec sa sincérité désarmante, ses mots justes et son regard troublant de clairvoyance. Mais dans ce mélange assez exceptionnel de vérité et de passion, son exigence à ne jamais se perdre de vue ni renoncer à ses fondamentaux. Le genre de type à ne pas faire de croche-pattes mais à tendre la main, convaincu que l’on ne fait rien de mieux qu’ensemble. À 25 ans, Tim Dup (Timothée Duperray pour l’état civil) est un artiste à part qui réussit haut la note mais sait aussi que demain n’est jamais sûr alors qu’il faut goûter l’instant. Carpe diem. 

L’histoire aurait pourtant pu laisser croire à celle d’un jeune homme pressé. A sept ans, il fait ami ami avec le piano, cinq ans plus tard, il modifie les classiques pour les mettre à sa sauce. À quinze ans, il joue du clavier dans un groupe pop-rock, « The Black Sheeps », (« On a bien ri mais c’était quand même un peu n’importe quoi! ») puis intègre une formation reggae portée par des trentenaires fumeurs de pétards. 

Étudiant brillant et sérieux (politique, sociologie, communication), il profite des temps libres entre deux cours pour écrire des chansons en français. Déjà le plaisir de raconter des histoires. Tout en traquant les bars où aller les jouer, il envoie ses maquettes à la programmatrice des Trois Baudets, la salle parisienne. Bingo! Il séduit d’emblée et assure plusieurs premières parties de groupes connus. Ne manquait plus que le contrat avec une maison de disques. Il arrivera un an plus tard chez Columbia qui signe son premier EP. Il a vingt et un ans quand sort « Mélancolie Heureuse », en 2016. Et le public est très vite séduit par cette écriture ciselée, ces récits du quotidien portés par un regard juste et des mots pleins de poésie, ce timbre où s’entremêlent douceur et force. Le rythme mixe subtilement électro et hip-hop. Le public comme la profession s’accordaient pour voir en Tim Dup l’un des futurs grands noms de la scène française.

Les concerts s’enchaînent, le rythme s’accélère. Les petites salles deviennent plus grosses. Tim Dup passe par les Francos, enchaîne avec d’autres festivals. Il est également nommé aux Victoires de la Musique catégorie « Révélation scène ». Jusqu’à cette pause jugée impérieuse pour reprendre son souffle. Vivre. Avoir des histoires à raconter et toujours, conserver les pieds bien ancrés dans la vraie vie. Il part loin, en solitaire, au Japon, en Inde. « Partir était une évidence, » raconte le jeune homme. « Les pauses sont des étapes nécessaires. Il faut vivre autrement pour créer, saisir des instants, rester ouvert sur ce qui se passe ailleurs. » Dans son carnet, il note chaque jour des histoires, prend des photos qui deviendront ces nouvelles glissées dans son second album, « Qu’en restera-t-il ? », sorti en début d’année « Les chansons sont nées avant et après mon départ car ma façon d’écrire c’est vibre, engloutir et poser! Lorsque j’ai une chanson en tête, j’écris de façon spontanée. Parfois même d’un jet… et à un moment survient une espèce de magie entre l’envie de raconter quelque chose et le fait que cette histoire se raconte. À ce moment là, je ne touche plus à rien. »

Ne pas demander à Tim Dup une version modernisée du « Petit bonhomme en mousse » ni un titre pour entraîner toute l’assistance sur le Dance Floor. S’il reconnait écouter Aya Nakamura, être un jeune homme de son âge qui peut faire de vraies grosses fêtes avec ses potes… pour ses chansons, il sera toujours dans un autre registre. « On est tous un peu paradoxal, non ? » interroge-t’il en souriant. « L’envie de faire des choses carrées n’empêche pas de vouloir s’éclater. »

Dans son nouvel opus, Tim Dup livre des textes sans concession sur la société, ses réalités douloureuses. La sensibilité est à fleur de peau. La mélancolie a toujours droit de cité. Il n’y a aucune trace d’innocence, ni reste d’une éventuelle candeur. « Entre 21 et 25 ans, on change énormément et cela a forcément influé. Je crois à l’essence du temps, on fait des choses dans un moment bien précis… ce qui n’empêche pas que mes premières chansons, comme « TER Centre » par exemple, fassent toujours partie de moi et que j’ai toujours le même plaisir à les interpréter (…) Au fond, une chanson c’est d’abord une émotion et je suis heureux quand cette émotion est partagée par ceux qui ont la gentillesse de m’écouter. »

De l’émotion dans son extrait le plus pur, il s’en distille tout au long des treize morceaux du superbe « Qu’en restera-t-il ? », un album assez différent du premier, très homogène malgré la diversité des thèmes abordés. Si « Rhum Coca » ou « Vendredi soir » évoquent justement les joyeuses et nécessaires décompressions de fin de semaine, la très belle « Place espoir » est d’une force rare. De ces chansons qui ne pourront s’oublier. « Cela fait cinq ans que je vis à Paris. Je suis originaire de Rambouillet mais cette place m’a vu grandir. La Place de la République est celle de tous les rassemblements. Elle est celle où l’on se retrouve dans les temps forts de notre Histoire. J’ai écrit cette chanson instinctivement, sans me dire que je devais poser tel mot plutôt qu’un autre. C’était évident pour moi de saluer ce lieu où il y a eu tant de poings levés ». Autres perles, « Porte du Soleil » ou bien encore « Une autre histoire d’amour ». Le clip devait être tourné lorsque le confinement en a décidé autrement. Pas de quoi renoncer pour autant, changement de cap, le morceau sera illustré par des images d’animation toutes aussi fortes.

Jeune homme de son époque, Tim Dup, se sent très concerné par les enjeux de la société actuelle, les violences homophobes, la place de l’écologie aussi. Il est également impliqué dans « Women Safe », une association de Saint-Germain-en-Laye venant en aide aux femmes et enfants victimes de violence. « La vie n’est pas se regarder le nombril. Je veux rester honnête avec moi-même et puis je ne saurais pas vivre dans une bulle. »

Si les deux mois de confinement ont stoppé net la tournée qui a suivi la sortie de l’album, annulé la date (complète) à la Cigale notamment, Tim Dup n’a pas versé dans la déprime pour autant. Il a profité du moment pour créer des podcasts sur les notions de temps avec sa soeur, envisagé comment glisser deux ans de tournée dans plus court, réfléchi à ce métier qui n’offre pas de certitudes. « La scène, c’est ce qui me motive quand j’écris des chansons. C’est là où j’ai envie de les défendre car il existe une réciprocité et des liens humains uniques. Les reports de dates sont en cours et j’ai l’Olympia, le 10 mars de l’année prochaine, en ligne d’horizon. Ce qui se passera ensuite, personne ne peut le dire… »

« Si j’ai l’espoir que cela continue, je me dis aussi que quoi qu’il advienne, je n’aurai pas à rougir de cette histoire. Peut être y aura-t’il d’autres chansons, d’autres concerts. Peut-être aurai-je envie de prendre du temps pour ma vie personnelle, rencontrer des gens, fonder une famille, écrire des formats plus longs ou même réaliser un film. La roue de la vie s’arrêtera sur une case que je ne peux pas deviner aujourd’hui tant ce métier est fait de rebondissements intangibles. L’essentiel est de rester cohérent. Si la musique reste mon quotidien, je serai heureux de participer à des actions culturelles comme cela a été évoqué  récemment par nos dirigeants car je pense que les artistes y ont toute leur place (… ) La vie ne peut se passer de l’art, du cinéma, de la culture au sens le plus large car au même titre que l’éducation, ce sont des leviers d’émancipation et d’élévation. Le décrochage culturel est une faillite et un drame qui concerne toute la société. Je pense vraiment que le rôle de l’État est de promouvoir et de partager la culture. »

« Qu’en restera-t-il ? » questionnait la chanson qui a donné son nom à l’album. « J’aimais l’idée de la choisir comme titre à ce disque car elle exprime le doute mais au delà, elle nous ramène à une certaine humilité. » Rare et précieux, on vous dit !

Magali MICHEL

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