Yuksek change le rythme

Touche à tout ultra doué, Yuksek a vu lui aussi s’annuler les dates d’une tournée internationale, quinze jours à peine après la sortie de « Nosso Ritmo », son quatrième opus ensoleillé et dansant. Entre deux regards sur les reports de dates, le musicien rémois profite de ce temps suspendu pour plancher sur ses futures collaborations, ses remixes, son travail de producteur, de compositeur et trouve même une fenêtre pour participer à une émission sur Radio Nova jusqu’en juin. Vous avez dit prolixe ?

Une page entière ne suffirait sans doute pas pour énumérer la liste de ses réussites. Et puisque choisir, c’est renoncer… lui à l’évidence a refusé de trancher. DJ, musicien, compositeur, producteur, parmi les plus doués de cette « French Touch 2.0. », celle qui réussit le parfait mélange, rock, électro et rap, Yuksek (Pierre-Alexandre Busson pour l’état-civil) surfe avec allégresse et maestria sur chacune de ses activités. 

En 2006, le rémois sortait ses premiers maxis et se produisait partout dans le monde. Trois ans plus tard, « Extraball » et « Tonight » propulsaient « Away from the sea », son premier album et servaient de moteur à une tournée de près de deux ans, jusqu’à ce que sorte « Living on the Edge of Time », un deuxième album mêlant superbement pop et électro. La griffe Yuksek s’affirmait et le musicien était nominé aux Victoires de la Musique l’année suivante, dans la catégorie «Meilleur album de musique électronique ou dance». 

Crédit // Benjamin Pinard.

La réputation du français diffusait au-delà des frontières et ils étaient nombreux à le solliciter pour des remixes, de Lana del Rey à Phoenix en passant par De La Soul ou Chassol, de sacrés boosters pour Partyfine, le label qu’il venait de créer, où une quinzaine d’artistes de tous horizons (dont Jean Tonique, Clarence, Get A Room…)  se croisent et collaborent. Car travailler avec les autres, c’est l’un des moteurs de Yuksek. Une évidence. Sur son troisième album, on retrouvait Monika, la chanteuse grecque, mais également Her, le regretté duo français. 

Et puis c’est aussi à Yuksek que l’on doit le premier clip « cosmique » avec ces images qui mettaient en parallèle le quotidien de Thomas Pesquet, le spationaute français embarqué à bord de la station spatiale internationale, et celui du producteur devant ses consoles d’enregistrement. Un même travail studieux, une espèce de bulle solitaire. « Une expérience incroyable ! » souligne le musicien. « Thomas Pesquet avait raconté qu’il écoutait ma musique et des amis me l’avaient rapporté. Nous avons beaucoup échangé sur les réseaux sociaux avant de nous rencontrer pendant l’entraînement pour la mission. » « Live alone » offrait la bande son idéale, le support parfait à ce mélange d’images exceptionnelles depuis l’ISS et les plans réalisés par Jérôme De Gerlache, l’auteur des clips de Yuksek. Un clip aussi impressionnant qu’addictif.

Crédit // Benjamin Pinard.

Simultanément, Yuksek poursuivait son travail de réalisateur en signant albums ou singles pour Birdy Nam Nam, Juveniles, Mary Céleste. Il composait aussi pour le cinéma. En 2014, c’est sur la bande originale d’une film italien, « Sans pitié », présenté à la Mostra de Venise, qu’il pose son nom avant de renouveler l’expérience un an plus tard, sur « Marguerite et Julien », le film de Valérie Donzelli, en sélection officielle pour le Festival de Cannes. 

Plus récemment, c’est à la très réussie série Netflix de Gilles Marchand sur l’affaire Grégory, ce fait divers sans doute parmi les plus médiatisés du siècle dernier, qu’il a offert ses notes. Des plages de synthés, des boîtes à rythmes, une mélodie qui n’est pas sans rappeler les boîtes à musiques, de quoi illustrer l’angoisse et le déraillement de l’assassinat de ce petit garçon et le climat exceptionnel qui a enveloppé les rives de la Vologne durant des années. Certains s’y seraient cassés les dents car il était facile de sombrer dans le pathos ou de plonger dans la noirceur d’une région où la raison semblait ne plus avoir sa place. Yuksek a évité ses écueils et contribué à la réussite de cette série de cinq épisodes à couper le souffle, que l’on regarde comme un polar alors que l’on connaît l’histoire et ses protagonistes.

« Composer pour soi ou pour un réalisateur sont deux choses bien différentes, » précise le musicien. « Là où l’on peut disposer d’un an, voire d’un an et demi, pour son disque, on a tout au plus deux mois pour un film. C’est extrêmement condensé. C’est aussi un travail en pleine symbiose avec le réalisateur, le monteur. Mais c’est passionnant. Je bosse en ce moment sur celui de Jérémie Elkaïm et j’espère continuer à en faire de nombreux autres. »

Avec tout ça, Yuksek aurait pu ne pas s’atteler à un autre album. «J’étais arrivé à une fin de cycle après « Nous Horizon », le disque que j’avais sorti en 2017. J’avais beaucoup tourné et eu largement le temps de constater que la scène n’était pas forcément mon truc. Je n’y prenais pas un plaisir énorme… Et puis il y a trois ans, j’ai connu une première collaboration avec Bertrand Burgalat, une session avec plein de gens généreux de sa trempe qui m’ont donné envie de ressortir un album et l’écriture s’est remise en marche.»

Fidèle à ses habitudes, Yuksek ne l’a pas joué solo: sur quinze titres, « Nosso Ritmo », compte douze morceaux en collaboration avec le gratin de son carnet d’adresses comme Isaac Delusion (sur « Into the Light »), BreakBot et Irfane (« The only Reason »), l’américano autrichienne Queen Rose (« G.F.Y. » et « This Feeling » ). Les membres imminents de Partyfine, Fatnotronic, interviennent sur le génial « Bateu » et le tout aussi dansant « Corcovado ». C’est toute la couleur de l’album qui a radicalement changé, comme dans un immense lâcher prise, l’électro pop laissant sa place à une musique pour ambiancer le dance floor, des percussions samba, une majeure festive et au final, un disque d’une réussite totale. « Je n’avais plus envie de faire des choses pop, je voulais sortir de ce truc », commente Yuksek. « C’est une boucle sur dix ans et je souhaitais quelque chose de plus simple, plus accessible, plus club. »

Crédit // Benjamin Pinard.

Dès que les portes des salles rouvriront, Yuksek partagera « Nosso Ritmo » dans une formule DJ set. En attendant, le musicien n’aura pas le temps de rester les bras croisés. Depuis le début du confinement, il est sur Radio Nova pour des « Teuf d’appart » de folie et il y restera jusqu’en juin. Il endossera aussi sa casquette de producteur (même s’il s’en défend, il est partie intégrante du succès de « Sainte-Victoire » l’album de Clara Luciani. Il a aussi oeuvré pour Zazie, Breakbot, Corine). Il y a des gens comme ça à qui mille vies ne suffiraient pas pour tout faire. Avec succès.

Magali MICHEL

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