Aaron sort son nouvel album le 5 juin: Interview passionnée de Simon Buret et Olivier Coursier

Cinq ans après le formidable « We cut the Night », Aaron est enfin de retour avec un opus qui est sans doute le plus tentaculaire, le plus fou et peut-être même le plus réussi du fabuleux tandem. « Anatomy of Light » prendra la lumière le 5 juin. Irradiant.

Crédit // Aaron.

Ils se sont rencontrés à l’invitation de connaissances communes. À l’époque, l’un enchaînait les tournages et tissait sa carrière de comédien, l’autre tournait comme guitariste de Mass Hysteria, le groupe de rock français. Sur le papier, deux univers avec peu de points communs. Sur le papier seulement car ces deux-là se sont tout de suite trouvés pour devenir ce tandem impressionnant de complicité et de complémentarité. Une confiance à hauteur l’amitié et du respect qu’ils ont l’un pour l’autre. Un lien qui frappe d’emblée et sonne aussi profond que juste. Sur ce terreau exceptionnel, la musique imaginée par l’un ne pouvait qu’être source d’inspiration pour l’autre qui noircit les cahiers de ses lignes trempées dans l’encre de la poésie, d’un romantisme impressionnant de modernité. Olivier Coursier griffonne les portées et imagine les accords majeurs pour habiller les mots et la voix de Simon Buret. Avec Aaron, ils ont trouvé un équipage à hauteur de leurs talents respectifs. 

Le pari pouvait pourtant sembler audacieux car inclassable lorsque le groupe a débarqué voilà treize ans avec un premier album éponyme (Artificial Animals Riding on Neverland). C’était compter sans les âmes romantiques en mal de belles strophes, d’histoires si bien écrites, d’ambiances au spleen unique. L’opus est un carton, porté par cinq singles que personne n’a oubliés (« U-Turn » (Lili) », « Angel Dust », « Le tunnel d’or », « Mister K » et « Little Love »). Il est certifié double disque d’or et se classe dans les hauteurs du classement des albums en France et amasse les récompenses. 

Exceptés un titre, tous sont en anglais. Il y a aussi cette reprise forte de « Strange Fruit » de Billie Holiday, réquisitoire implacable contre le racisme subi par les les afro-américains. S’approprier ce morceau sorti soixante-dix ans plus tôt par la célébrissime chanteuse de jazz demandait une certaine audace : Aaron a réussi haut la main. Mais c’est probablement « U Turn » (Lili) », présente dans la bande originale de « Je vais bien, ne t’en fais pas » (le film de Philippe Lioret, dans lequel joue aussi Simon Buret), qui reste « le » tube du groupe, celui qui traverse les années. La superbe supplique à Lili s’écoute toujours avec la même émotion.

La tournée organisée dans la foulée du disque durera plus de deux ans, comptera deux Olympia complets et un Zénith de Paris avec, excusez du peu, un orchestre symphonique. En deux ans, Aaron avait intégré le club très fermé des groupes majeurs de la scène française avec un style à part, une élégance et une originalité propres à constituer un genre en soi.

Avec davantage d’electro, une production encore plus poussée, « Birds the Storm », le deuxième opus, connaît le même impressionnant succès dès sa sortie en 2010. La musique est pleine de délicatesse, les textes donnent envie de les retrouver dans un recueil que l’on pourrait lire et relire encore. La tournée enchaîne les dates et saute les océans. De Londres à New-York, du Canada à l’Allemagne, les fans réclament Aaron. Elle se jouera partout à guichets fermés et totalisera plus de cents dates.

« We cut the Night » cinq ans plus tard (après que le groupe ait aussi livré la bande originale des « Yeux fermés », le film de Jessica Palud dans lequel Simon Buret a le premier rôle) ne dérogera pas à l’histoire : le succès sera immédiat. Il recevra un disque d’or et la tournée mondiale durera près de deux ans avec plus de deux-cents escales au compteur. À Paris, pour pouvoir satisfaire toutes les demandes et ne pas se répéter, Aaron se produira à la Cigale, à l’Olympia, passera par le Palais de Tokyo et la salle Pleyel. Du jamais vu.

Espérer un nouvel album dans la foulée était un espoir inutile. Ces deux là sont trop en recherche de sincérité. Après avoir parcouru la planète, enchainé les concerts, engrangé les souvenirs, il leur fallait du temps pour une autre vie, loin des regards. Des temps intimes, des voyages, de quoi porter d’autres inspirations « C’était indispensable, » souligne Simon Buret. « Il fallait que l’on se recentre sur nos vies sans trop se soucier de ce que nous sortirions ensuite. Aaron, c’est la somme de deux personnes et il fallait que chacun prenne le temps de vivre. Les trois albums précédents avaient eu des vies magnifiques et nous allions devoir être sans concession pour le suivant… avec bien sûr le doute en prisme bien présent car l’un comme l’autre, nous ne considérons pas les choses comme acquises. Tout peut s’arrêter du jour au lendemain… Au fil du temps, nous avons eu quelques idées, notamment à partir de trucs non exploités de « We cut the Night ». Mais ça partait un peu dans tous les sens, comme une porte qui donnerait sur un couloir avec une autre porte… Et puis un jour, Olivier m’a envoyé le premier fil de « The Flame ». C’était tellement puissant, tellement abouti, tellement fort que ça a posé l’ossature de tout le reste. Je dois aussi préciser que c’est Olivier qui m’a poussé à écrire en français… J’y ai vu une prise de risques et puis.. » « J’ai bien fait ! » interrompt son complice en riant. « Ce retour vers notre langue a peut-être été un défi mais au final, les textes sont poétiques et directs. On est différents mais assez semblables donc c’est important aussi de se pousser pour oser davantage. »

En février, un EP quatre titres avait créé l’enthousiasme en levant un pan du mystère et révélé « The Flame » dans une  double version, l’une très électro, l’autre au piano, toute en douceur, offert l’émotion de « Sauvages » et la flamboyance d’ « Odyssée ». La « prise de risques » visait juste et beau, l’habillage de ces textes ciselés, écrits en français et en anglais, de la voix si reconnaissable de Simon Buret, était de la haute couture qui décuplait encore les émotions. « C’est peut-être l’album le plus fou que l’on ait réalisé », observe le chanteur. « Je suis mon plus grand flic et quand je doute, seul Olivier peut me convaincre de garder ou pas ce que je lui ai envoyé. Avec Aaron, nous avons cette force d’être nés sous des projecteurs puissants et d’avoir vécu cela ensemble depuis le début. On a la même conscience du travail à accomplir. Livrer des textes en français représentait aussi un challenge car il ne fallait pas tomber dans la « chanson française », il fallait garder l’ADN d’Aaron… Alors j’en ai griffonné des lignes. Parfois, cela devenait une priorité. Je recevais un morceau de piano qu’Olivier m’avait envoyé et j’avais aussitôt besoin de poser des mots. C’est vraiment comme ça que l’on fonctionne. »

« Les années passées avec Mass Hysteria m’ont appris la scène et donné une expérience qui nous a servi quand Aaron a débuté les concerts », poursuit Olivier Coursier. « Si nous avions été tous les deux débutants, cela aurait été plus compliqué, beaucoup plus stressant. En amont, quand je compose, c’est au contraire très au calme. Je cherche et puis à un moment, le fil se déroule avec tout ce que j’avais dans la tête. Je l’envoie à Simon et grâce à ses textes, jusque là, toutes les planètes se sont alignées. »

Avec « Anatomy of Light », nul doute que les planètes s’aligneront encore. Au fil du temps, les chansons d’Aaron semblent se répondre et ces douze nouveaux titres, emportent nos émotions pour mieux les décliner et les reprendre. « Anatomy of Light » est un disque magnifique. En même temps, on parle d’Aaron… il y a une certaine logique dans tout ça! 

Magali MICHEL

Merci à Simon Buret et à Olivier Coursier pour cette interview joyeuse et passionnée, par appel WhatsApp en temps confinés. 

– Les dates de tournée sont à vérifier compte tenu des circonstances actuelles. Le 21 Novembre 2020, Aaron devrait être au Zénith de Paris avec plein d’escales en France, en Belgique, au Luxembourg et même un détour par Istanbul avant et après ce grand rendez-vous parisien. –


UPDATE 9 MAI 2020: la sortie d’« Anatomy of Light » est reportée au 18 septembre 2020.


Laisser un commentaire

Back to top