Retour gagnant pour Silmarils

Un teaser ultra court mais d’une efficacité redoutable accompagnant une annonce osant la banalité du « show à ne pas manquer »… Il n’en aura pas fallu davantage pour que la planète rock prenne un coup de chaud le 19 février avec le retour surprise (mais très massivement attendu) de Silmarils. Dans la grisaille d’une météo sanitaire mondiale incertaine, le soufflé aurait pu retomber et se diluer dans le flot de la sinistrose. C’était méconnaître l’attente des fans qui piaffent d’impatience avant ce Bataclan. Impatience renforcée par la performance du groupe lors du Festival « Je reste à la maison ». Le 4 avril, les gars ont mis tout le monde d’accord : Silmaris n’a rien perdu de sa rage, de sa musique. Et surtout de son envie.

On ne va pas rentrer dans les poncifs du genre, « A toute chose, malheur est bon ». Parce que pour le coup, ce « malheur » là a quand même sérieusement détruit les cartes et endossé la panoplie d’un serial killer mondial impitoyable, semant son vent anxiogène, repoussant la moitié de la planète entre les quatre murs d’une condition parfois trop précaire pour supporter l’enfermement. Que cela soit sanitairement, politiquement corrects ou pas. Et puis surtout, ce ne serait pas raccord avec l’ADN même de ces musiciens qui ont toujours prôné la solidarité, notamment avec les plus faibles. Mais il est clair que le 4 avril, par la grâce du festival « Je reste à la maison » (superbe initiative organisée durant la première semaine d’avril avec des artistes aussi divers qu’ Oxmo Puccino, Isaac Dilusion, Didier Wampas ou bien encore Yael Naim), il s’est passé un truc à part, une espèce de moment dopé à l’énergie pure : par la fenêtre de nos écrans d’ordinateur, nous avons retrouvé Silmarils. Les mêmes. Avec des stigmates du temps à peine visibles et surtout, la même force, la même complicité, une voix et une musique qui n’avaient rien perdu durant l’absence. Quinze minutes de show qui valaient plus que toutes les bandes annonces et auront surpris tout le monde. A commencé peut-être par eux-mêmes.

Plus de dix ans que le groupe était muet. Une mise en stand by, une pause qui s’est prolongée après « 4 Life », le sixième album sorti en 2003 et la tournée qui a suivi, afin de permettre à chacun de se tourner vers ses projets personnels. David Salsedo, l’auteur, chanteur  et clavieriste du groupe, a ainsi composé pour Dolly, un groupe nantais, produit Superbus et signé des titres pour Johnny Hallyday. En 2008, il a aussi sorti un magnifique album solo, écrit, composé et produit avec Jimmy, le guitariste de Silmarils. 

Dix ans d’absence qui avaient laissé les fans sur leurs faims. Il est vrai qu’en 1995 quand est sorti le premier album éponyme, Silmaris a vu se braquer tous les projecteurs. Ces six copains, dont certains se connaissaient depuis le primaire, avaient réussi leur entrée en déboulant avec un rock survitaminé qui mélangeaient les genres, une espèce de Rage against the Machine qui aurait intégré Noir Désir. « Cours vite », le premier extrait, a coupé le souffle de tout le monde. La conquête était en marche. Des disques d’or, des tournées empreintant les plus grands festivals de la planète, des premières parties prestigieuses (comme celle d’ACDC). Les rythmes sont reconnaissables et les paroles de David Salsedo font mouche avec leur vérité sans faille, leur lucidité sans édulcorant. 

Cinq ans plus tard, la bande réalise son rêve : elle enregistre à Los Angeles « Vegas 76 » sous la houlette de Mario Cataldo Jr. Bingo. Personne ne passera à côté de l’incroyable « Va y avoir du sport ». Vendu à plus de 500.000 exemplaires, le morceau est devenu culte, un classique de l’histoire de la musique en France. 2003 et « 4 Life » donc signeront le retour au premier son de Silmarils, à son essence d’origine. Et puis on connaît la suite, la pause après une nouvelle très longue tournée. Avant ce grand retour marquant les 25 ans de la création de Silmarils.

« J’ai donné une interview voilà quelques mois et je me suis rendu compte que certaines chansons étaient restées dans la mémoire des gens. Et j’ai soudain ressenti un manque. On se connaît depuis qu’on est môme avec les gars et il y a une vraie histoire d’amour entre nous », raconte David Salsedo. « Quand l’idée de fêter les 25 ans a germé, je me suis dit « OK! » mais avec les mêmes partenaires autour, le même tourneur, etc. J’ai fait le tour, avec Alias, la société de prod, nous avons semé l’idée et à chaque fois, c’était une réponse enthousiaste. Du coup, j’ai appelé les gars et ils ont été aussitôt partants. On est hyper heureux de se retrouver et ce n’est pas uniquement parce que cela passe par un concert: nous aurions fait du ping pong, nous aurions été tous aussi heureux de refaire du ping pong ensemble. On est sur la même longueur d’ondes, on sait qu’on peut compter les uns sur les autres et ce sont ces liens indéfectibles et forts qui sont exceptionnels et beaux. »

Le 19 Février, sur leur pages Facebook, Silmarils a donc ouvert la voie à l’euphorie collective en annonçant la billetterie pour ce qui est à ce jour la seule date officiellement prévue, le  5 novembre à Paris, au Bataclan. « C’est vrai qu’on aurait pu hésiter car ce n’est pas un lieu neutre mais c’est aussi la salle qui a marqué le groupe. Le Bataclan, c’est sans doute l’un des lieux où nous avons donné nos meilleurs concerts. Du coup, revenir jouer dans « notre » salle, c’était aussi lui rendre hommage, rendre hommage aux victimes, une manière aussi de dire : « on ne lâche rien! ». 

Le déroulé des répétitions, le choix des titres, tout était encore en chantier quand le confinement a contraint au repli. « Tout restait à faire mais il y a un truc qui nous portait car il nous a étonné, c’est l’engouement du public. Les billets se vendaient à un rythme de fou et on a tous reçu des messages incroyables de gens qui nous disaient combien ils étaient heureux du retour de Silmarils, combien le groupe avait marqué une page de leur vie. Sincèrement, on ne s’y attendait pas, on en est même encore surpris », poursuit David Salsedo.

Le groupe aurait pu profiter du moment pour peaufiner « pépère » quelques détails du concert mais lorsque les organisateurs du festival « Je reste à la maison », les ont sollicités parmi une quarantaine d’autres artistes pour offrir une prestation diffusée sur internet, ils ont foncé. Sans pouvoir se voir, sans avoir joué ensemble depuis dix ans, sans instrument ni micro même certains, entre Los Angeles pour l’un, la France pour les autres. Mais ils ont foncé. « On a eu la même envie avec la certitude que l’on pourrait compter les uns sur les autres afin que ça envoie la purée. On a bossé comme des chiens parce que nous n’avions que trois jours. On a cherché des restes de samples, on s’est demandé quels titres nous allions pouvoir sortir. On avait une base de beats puis on a reconstruit une structure rythmique. Le DJ envoyait des trucs depuis L.A. Jimmy, le guitariste, a essayé de mettre des guitares. Il a aussi recréé une batterie… sur des boites en plastique. On a programmé, fait du bricolage à l’ancienne. Et quand on a vu le résultat final, on était aussi heureux qu’ému parce qu’on a trouvé ça mortel. » Opinion visiblement partagée puisque 3 jours plus tard, leur « Live In Confinement » était déjà 22e du top 200 Itunes.

D’un enthousiasme aussi généreux que communicatif, David Salsedo sait aussi combien l’enjeu dépassait le seule cadre de ce festival. Il y avait une grosse pression car les gens ne les avaient pas vus depuis douze ans et attendaient de voir à quoi ressemblerait le Silmarils de 2020. « On a tout donné et joué avec nos tripes. Je n’avais même pas de micro chez moi, le bassiste n’avait pas.. de basse mais on a bossé d’arache pieds et l’envie a fait le reste. Ça a été 15 mn de dingue, un booster, une répétition en accéléré, une expérience unique et ultra porteuse dont nous sommes vraiment fiers. »

Le moment étant trop beau pour ne pas le laisser sans suite, fidèle à ses principes, le groupe a décidé que ces 4 titres seraient réunis dans un EP dont la vente serait reversée au profit du Secours Populaire. « C’était naturel car la crise actuelle est d’abord la crise des pauvres. Elle met en lumière tous ceux qui se retrouvent prisonniers de murs étroits alors que la famille n’a déjà pas assez de chambres et que les frigos sont souvent vides. Soutenir le Secours Populaire nous semblait donc la meilleure cause dans cette démocratie du mensonge, ce lamentable spectacle de l’image. »

Citoyen concerné et impliqué, David Salsedo n’a pas émoussé ses colères. Bien au contraire. Et il les expose avec la même sincérité, un engagement qui n’a pas connu l’interruption. Dans les cortèges de protestations contre la réforme des retraites, une enseignante portait ses mots sur deux panneaux accrochés à ses épaules. « Quand un jour à force de nous faire croire que ça ira mieux, qu’ailleurs c’est bien moins chouette, quand le peuple sent qu’on se paie sa tête, il se réveille et met le feu ». Des paroles extraites de « Cours vite! » qui résonnent encore étrangement aujourd’hui. Avec David Salsedo, la tricherie n’a jamais eu cours, la vérité a toujours avancé sans masque et c’est probablement sa force.

Le 5 novembre prochain (si tout va bien et que les salles ont le droit de rouvrir), Silmarils, avec son jus et sa pêche d’origine, sera enfin de retour et soufflera ses 25 ans. Une date qui fera très certainement l’objet d’une captation en appellera forcément d’autres… Les grands festivals devraient les accueillir l’an prochain. Va y avoir du sport !

Magali MICHEL.

SILMARILS // Instagram // Facebook

Pour télécharger l’EP « LIVE IN CONFINEMENT »: https://music.apple.com/fr/album/live-in-confinement

Pour faire un don au Secours Populaire : https://don.secourspopulaire.fr/b/mon-don

Update 20/05/20: La date du 5 novembre au Bataclan est reportée au 18 mars 2021.

Pour réserver vos places pour le 18 mars 2021: https://www.bataclan.fr/evenement/silmarils_2020-11-05/

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