Festivals : l’été sera tristement silencieux

Pas de festivals jusqu’à la mi-juillet… au moins. L’annonce gouvernementale dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 sonne le glas des gros rendez-vous de l’été. 

Après le Hellfest à Clisson (Loire-Atlantique), qui avait annoncé dès la semaine dernière l’annulation de son édition 2020, et compte tenu de la pandémie qui sévit actuellement, il n’y avait que des irréductibles (un peu inconscients ou disons gentiment crédules) pour croire que les métalleux seraient les seuls touchés. Live Nation avait publié dans la foulée un communiqué rendant officielle la suppression du Lollapalooza Paris qui devait se tenir les 18 et 19 juillet. 

Solidays avait suivi et la mort dans l’âme, alors que quelques jours plus tôt ses organisateurs assuraient « croire leur festival essentiel. En prenant le respect, l’empathie et la bienveillance, en transformant une multitude de solitudes en communauté solidaire, en apaisant la détresse humaine. » Et puis le 13 avril, Bruno Delort et Luc Barruet, respectivement Président et directeur fondateur, ont dû jeter l’éponge : pas de festival sur l’hippodrome de Longchamp du 19 au 21 juin. Et trois millions de résultats qui s’envolent.

Après les annonces gouvernementales, on passe logiquement à la vitesse supérieure et c’est un strike sur toutes les grosses manifestations estivales (même si, à cette heure, c’est officiellement une interdiction jusqu’au 14 juillet. Mais qui peut encore croire que ce n’est pas l’été entier qui sera frappé par cette interdiction et penser que des réunions aussi massives auraient soudainement droit d’existence?)

Ils voulaient encore y croire la semaine dernière et continuaient à décliner son affiche: Rock in Evreux (du 26 au 28 juin) a rejoint dès ce matin le peloton des annulations. Compte tenu des difficultés à déplacer un tel évènement, rendez-vous est pris pour l’an prochain. Idem pour la Nuit de l’Erdre à Nort-sur-Erdre (Loire-Atlantique). M., Lomepal ou bien encore Yannick Noah ne viendront pas mettre l’ambiance entre le 26 et le 28 juin. Année sans et retour l’an prochain.

Les Eurockéennes de Belfort devaient se tenir du 3 au 5 juillet. Dans un communiqué tard hier soir, rendez-vous était donné en 2021. Le Main Square Festival d’Arras, qui se jouait à la même date, a déclaré forfait lui aussi ainsi que le Festival de Beauregard. Pour l’heure, les Francofolies, attendues à la Rochelle du 10 au 14 juillet, n’ont pas officiellement annoncé leur retrait mais les dates n’étant pas compatibles avec les créneaux gouvernementaux, ce n’est sans doute qu’une question d’heures. Report ou annulation pure et simple. La seconde option semble la plus probable.

Et ce n’est que le début d’une liste crève coeur car ces grands rassemblements sont attendus par des centaines de milliers de personnes à travers le monde et signent l’été, la joie, le plaisir d’être ensemble et de partager une musique, un moment, qui au final, a toujours un goût d’exception. Les festivaliers sont sincèrement affectés mais l’impact est encore plus grand, on l’imagine sans peine, du côté des organisateurs, des labels, des techniciens, des tourneurs. Le monde de la culture prend le virus de plein fouet. Sans masque. Il faudra que les décideurs, qu’ils soient du secteur privé ou des collectivités locales, se souviennent que l’unité d’une nation passe aussi par sa capacité à se réunir, les indispensables moments de réenchantement. La musique, la culture d’une manière générale, ne devront pas être laissées sur le banc de touche de la réanimation économique.

En attendant, on reste chez soi. Un jour reviendra où la musique se jouera à nouveau hors des balcons ou des réseaux sociaux. « Par delà le nihilisme, nous tous, parmi les ruines, préparons une renaissance… » Les mots de Camus ( extrait de « l’homme révolté ») n’ont sans doute jamais été résonné aussi fort.

Magali MICHEL.

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