Markus, l’autre talent de Marc Ruchmann

Marc Ruchmann a plus d’une corde à son talent. L’acteur sortira dans les semaines à venir un album fascinant intitulé « Reminiscences », une approche musicale où le beatbox est un passeport pour des voyages aux valises remplies de poésie. Aussi unique que ce presque quadragénaire, touche à tout de génie.

Parce que la France semble ne jamais devoir s’affranchir des mises en cases bien étiquetées, Marc Ruchmann, acteur, réalisateur mais aussi musicien, a choisi de jouer cette dernière partition sous un autre nom, celui de Markus. Un nom dont l’appellent déjà bon nombre de ses amis donc pas de quoi devenir schizophrène. Une manière aussi et surtout de ne pas être constamment renvoyé à ses personnages, ceux endossés depuis « 5 x 2 », le film de François Ozon (sa première apparition, en 2004), en passant par son rôle dans « Largo Winch 2 » avec Tomer Sisley et Sharon Stone ou dernièrement, ce personnage plein de charme imaginé par Noémie Saglio pour « Plan Coeur », la série à succès de Netflix. Une vingtaine de films, autant de téléfilms, des pièces de théâtre, deux réalisations de courts métrages et un physique avantageux… Il n’en aurait pas fallu davantage pour que certains voient dans cette échappée musicale une simple distraction. Une parenthèse entre deux tournages.

Le raccourci aurait pourtant été trop facile car la musique, c’est précisément d’où il vient. « Ado, j’étais fou de rap. Comme beaucoup de ma génération, j’ai fait mes classes avec le hip hop. L’ordinateur permettait de sortir plein de sons et c’est comme çà que j’ai testé mes premiers samples. J’ai pratiqué le rap pendant une bonne dizaine d’années. Le beatbox est venu un peu plus tard et m’a tout de suite fasciné. Il y avait de telles possibilités avec cette technique qui ne se sert que de notre propre corps… (Voire même pour ce qui me concerne uniquement de la bouche car je ne chante pas.)  

Au Festival d’Avignon, j’ai joué en rapant un texte de Shakespeare et cela reste une expérience incroyable. Je m’étais entièrement concentré sur la rythmique et j’y ai collé comme un batteur. C’est à ce moment là que j’ai eu envie d’apprendre plus sérieusement. De grands professionnels du beatbox m’ont transmis leur savoir et j’étais ultra motivé, porté par cette envie folle d’être un jour capable de jouer sur scène, d’accompagner des artistes, qu’ils soient issus du reggae ou du jazz. J’ai d’ailleurs eu un peu plus tard cette chance incroyable de jouer avec Winston Mc Anuff et Fixi, deux grands noms du reggae, en première partie de M. à Bercy et cela a été, au delà d’un moment incroyable, la preuve que le beatbox pouvait aussi investir les grosses salles. »

« Là où les joueurs de beatbox jouent aussi avec la voix, moi je n’utilise que le rythme, » précise-t’il. « Je suis vraiment comme un percussionniste. En live, rien n’est figé puisque je ne peux  pas tout reproduire à l’identique. Il existe bien sûr quelques constantes, notamment pour que les gens puissent retrouver les morceaux qu’ils auraient aimés sur l’album. Mais il n’y a pas deux concerts identiques. Je fais de nouveaux découpages, mes sons, ma façon de jouer sont empreints de l’atmosphère, des salles… et j’aime cette idée que chaque soir a sa propre couleur. Comme je suis quelqu’un qui s’ennuie facilement, l’absence de tout coté répétitif me va bien finalement! »

Confinement oblige, les concerts ont été remis à des dates encore incertaines et « Reminiscences », qui devait sortir en cette fin mars, a été décalé de quelques semaines. A priori pour le courant du mois de juin mais comme tout report du à cette période troublée, la certitude n’est qu’ un champs des possibles. Un premier extrait, « Future Memories » (feat Nya),  a cependant déjà été dévoilé qui révèle toute la poésie de son auteur, une invitation au voyage avec un passeport qui se joue des visas. 

Marc Ruchmann confie avoir été largement inspiré par la peinture de Mark Rothko, peintre expressionniste new-yorkais dont les tableaux suggéraient les ressentis mais n’imposaient rien. A chaque spectateur sa vision, ses sentiments. « Je ne le connaissais pas avant d’avoir séjourné à New York et passé de longues heures devant ses toiles au MOMA. Il n’y a rien de forcé chez Rothko, nous sommes face à nous-mêmes et nous le recevons avec encore plus de force. J’ai été très marqué par ce parti pris et c’est ce que j’ai eu envie de réaliser avec ma musique. » Le résultat est impressionnant, au delà peut-être de ce qu’il avait imaginé. A la grâce de la partition s’ajoute une émotion qui emporte irrévocablement, avec une subtile délicatesse.

Inspiré par ses nombreux voyages à travers le monde, le musicien égraine des sonorités glanées au fil de ses nombreux départs, des bruits d’enfants jouant dans la rue en Asie comme des bruits de couloirs du métro parisien, autant de souvenirs captés dans son enregistreur et qui sont devenus un support, une sorte d’énorme matière à sculpter. Fort de ses années à sampler, il a choisi des moments, les a fait tourner avant d’y ajouter des rythmes. Le beatbox s’est greffé là dessus et des amis sont venus tout à la fin greffer ces poèmes qu’ils prononcent avec douceur, comme pour ne pas déranger… 

 « J’ai déjà composé les musiques de plusieurs courts métrages mais avec cet album, l’expérience est très différente puisque je suis au premier plan. Je ne peux pas rester planqué, » poursuit-il en riant. « J’ ai le trac bien sûr car ce projet, je le porte depuis deux ans. Deux ans à réécouter, retravailler parfois certains morceaux alors que d’autres sont restés intacts. C’est aussi pour marquer cette évolution que le disque sera en deux parties. J’ai hâte de le jouer sur scène mais là encore, il faut rester patient. La date au Café de la Danse sera peut être remise à juin elle aussi, c’est encore trop tôt pour le dire. Mais bien évidemment, il y aura des concerts et la province ne sera pas oubliée (…) J’ai conscience que les très gros artistes seront les premiers vers lesquels se précipitera le public et je ne pense vraiment pas être une priorité, » souligne t’il avec une modestie non feinte, « mais l’envie est là. Défendre ce disque sur scène, le partager dans des salles qui auront le format idéal pour l’accueillir… oui, j’ai hâte ! »

Ne restera plus qu’à espérer que le tournage de la troisième saison de « Plan Coeur », lui aussi interrompu, ne vienne pas jouer les troubleurs d’agenda. Marc Ruchmann versus Markus. Les (très nombreux) spectateurs qui suivent les aventures de Jules et de toute la bande de parisiens réclament la suite avec impatience. Ceux qui se sont laissés prendre par l’univers enchanteur du musicien souhaiteront au plus vite découvrir les images qui se cachent dans ces « Réminiscences ». Vivement l’ouverture de cette incroyable malle des souvenirs!

Magali MICHEL.

– Pour suivre Markus: www.facebook.com/markusruchmann/

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