Ehla, son heure est enfin venue

C’est l’histoire d’un coup de coeur, d’une rencontre que l’on s’impatiente d’avoir pour la partager au plus grand nombre. Il y a quelques mois encore, Ehla assurait la première partie des concerts de Grand Corps Malade et son groove marquait instantanément. Son EP est sorti voilà quelques semaines et le calendrier des concerts se remplissait jusqu’à ce que les circonstances décrètent la pause générale. Mais les chansons sont là. Alors puisque le temps est suspendu et le confinement propice à la découverte… foncez écouter cette jeune femme qui est sans doute l’une des artistes françaises les plus prometteuses.

Elle est originaire du Midi mais elle n’en a pas l’accent. Elle a la blondeur magnifique et une allure à poser pour les magazines mais il est à parier qu’elle n’en a même pas conscience. Une voix unique et un groove inné, un sens du rythme et une façon de chanter qui pourraient faire d’elle la fille de Véronique Sanson et la cousine française d’Alicia Keys, autant de comparatifs prestigieux (et qui la feraient probablement rougir) mais des comparatifs inutiles car, Ehla, nom de scène tout doux de Léa Luciani, trace sa route sans chercher à imiter quiconque. Elle sait ce qu’elle veut et ne cherchera jamais la compromission, cette facilité du formatage qui l’éloignerait de ses fondamentaux.

Sept ans déjà que la jeune femme est apparue dans le paysage musical français, à l’occasion de « Popstar », le télécrochet de la 6 où elle a terminé finaliste. Un groupe de circonstance, des concerts et quelques années plus tard, c’est aux côtés de Grand Corps Malade que le public a la chance de la retrouver. Durant toute sa tournée, Ehla assurera sa première partie et partagera un titre, « Poker », où leurs deux timbres mêlés susciteront émotion et admiration. Elle participe également à « Destination Eurovision » avec « J’ai cru », composé par Grand Corps Malade. Il lui sera préféré le duo Madame Monsieur mais l’expérience est enrichissante.

Lorsque le tourbus a bouclé son périple, la jeune femme a comblé le silence en se consacrant à ses propres titres. Avec une rigueur et une exigence qui l’ont toujours accompagnée. « Je fais tout moi-même avec un clavier relié à un ordinateur et je produis mes chansons avec un logiciel. Je vais au plus loin de ce qui est dans mes possibilités puis je confie tout ça à un producteur. Je sais exactement où je veux aller, j’ai imaginé la couleur, la version presque finie et je donne mes indications. »

Deux arrangeurs de talent ont associé leur savoir faire : Angelo Foley, qui avait travaillé sur les deux derniers albums de Grand Corps Malade mais aussi avec Christine and the Queens et Eddy de Pretto et puis Enzo Serra, qui avait mis sa griffe sur les titres de Deen Burbigo. « Avec Angelo Foley, on a très vite discuté mais il m’a dit que je n’ étais pas encore prête, que je devais bosser encore et retravailler des morceaux pour être beaucoup plus certaine de ce que je voulais en faire. Il a eu raison. Je n’ai jamais douté de son conseil et il m’a même été précieux. Lorsque je suis revenue, tout était mieux calé. Quant à Enzo Serra, j’ai eu envie de bosser avec lui. Je ne le connaissais pas alors je l’ai contacté par Instagram et miracle des réseaux sociaux, cela a fonctionné. Je me sens extrêmement chanceuse car j’avais beau savoir ce que je voulais, j’ai eu grâce à eux deux des surprises lumineuses.»

Les six titres qui composent ce premier EP sont certainement le plus bel écrin que la jeune femme pouvait trouver pour sa voix feutré dont le phrasé, le groove entraine avec évidence, où la pop matinée d’électro flirte avec le Rn’B avec des rythmiques et des envolées de synthés parfaites. Les textes sont forts, à émotions variables mais toujours drapés de sincérité. Ils empreintent les chemins de la vie, ceux des désillusions parfois, du manque de confiance, de l’ éloignement (« Pas d’ici », le premier extrait, se double d’un clip formidablement entrainant). Mais il n’existe ni complaisance, ni noirceur excessive. Ehla parle de ce qu’elle a vécu mais elle n’est pas égocentrée, ses mots valent pour chacun et s’ il y a du chagrin, le pessimisme a la pudeur de la gaité. Garder le sourire, en toute circonstance… comme une profession de foi.

Sept ans après ses débuts, Ehla atteint enfin son rêve d’être une artiste à part entière, de ne vivre que de sa musique. Sept ans, cela peut sembler court mais lorsque l’on flirte avec la trentaine, cela semble une éternité. Surtout dans un milieu où quand on est une femme, la pression de l’âge a des allures de mauvais gimmick. « J’ai entendu des dizaines de fois que si on ne réussissait pas avant trente ans, c’était trop tard. D’ailleurs, combien d’artistes féminines se sont inscrites dans la durée ces derniers temps? Jeanne Added, Juliette Armanet… Elles ne sont pas nombreuses. »

On serait tenté d’ajouter Clara Luciani puisque dans la famille (et on ne parle même pas du père bassiste et guitariste), le talent a plusieurs (très beaux) visages dont celui de Clara, auréolée « Artiste féminine » aux dernières Victoires de la Musique, et qui lui a rendu un superbe hommage à travers « Ma soeur » (au clip génialissime), titre figurant dans son dernier album. « C’est vrai et cela restera à jamais encré dans nos souvenirs, nos plus belles émotions, » confie le premier et inconditionnel soutien de son illustre soeur.

Certaines en auraient profiter pour demander une réorientation de projecteurs. Certaines.. mais pas Ehla, qui ne veut convaincre que par elle-même. Et elle a eu raison d’y croire si l’on en juge par les premiers retours depuis la sortie de son EP le mois dernier et les dates qui s’ajoutaient dans le carnet de son tourneur (dont deux salles parisienne, le 1999, complètes deux soirs consécutifs). La vie a été mise en pause brutalement et le timing n’est pas le meilleur mais lorsque le temps sera venu de la libération, le carnet de bal se remplira à nouveau. Et au premier rang des prétendantes de la chanson française, il y aura forcément Ehla. Deux syllabes, un nom court mais un talent immense.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Élodie Daguin.

– « Pas d’ici »: http://hyperurl.co/1au3xj // Ehla: https://www.instagram.com/ehlamusic/ https://www.facebook.com/ehlamusic

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