Christophe Maé installe son cirque au Zénith de Nantes

Ambiance roulotte et feu de camp ce dimanche soir au Zénith de Nantes pour le concert de Christophe Maé, quatrième étape de sa nouvelle tournée, « La vie d’artiste ». Entre énergie et émotions, dépaysement et proximité, le show a été salué par une longue ovation de spectateurs heureux, conscients aussi que se jouait sans doute ici là le dernier grand rassemblement du genre pour cause d’urgence sanitaire.

Un regard dans le miroir (projeté sur les deux écrans géants qui encadrent la scène) et il descend de sa roulotte, lançant les premières notes de « Casting », l’un de ses nouveaux titres. Trois ans que Christophe Maé n’avait pas repris la route alors c’est peu dire si ses fans sont au rendez-vous, un public qui s’est considérablement élargi, toujours majoritairement féminin mais de plus en plus familial, toutes générations confondues. (Un public qui en attendant le début du show échangeait sur les craintes d’annulation de dernière minute pour cause de jauge, de contamination et autres réjouissances liées au fameux virus. Certains étaient venus de très loin et savaient aussi que le remboursement du billet n’aurait pas entrainé celui des billets de train et des chambres d’hôtel. On ne s’embrasse pas mais… on se prend par le bras, on se blottit pour contrer l’impatience et on se dit qu’ici on ne risque rien, qu’on va chanter et que ce soir, la vie doit être belle. Durant deux heures au moins. Alors on va applaudir, plus fort encore. Et profiter.)

Sans répit, Christophe Maé enchaîne avec « Les Gens », devenu tube dès sa sortie, lui aussi inscrit sur « La vie d’artiste », son cinquième album paru à l’automne. Quelques couplets et déjà, il descend dans la fosse, regarde les gens assis devant lui, parle avec deux retraitées qui lui lancent tout de go qu’ « il a de beaux yeux ». Il s’en amuse gentiment, avec cet humour tendre qui le caractérise puis il marque une pause : « Je m’arrête pour vous regarder. J’ai envie de voir avec qui je vais passer la soirée. C’est comme à la maison mais vous êtes 4.999… J’espère que personne n’a grugé! » Rires dans la salle. L’allusion fait mouche plus efficacement que le mot lui même. 

En décembre dernier, le chanteur avait donné trois concerts exceptionnels au Cirque Bouglionne. Touché par cet univers, Christophe Maé a eu envie de reproduire son ambiance bien spécifique avec sa roulotte mais aussi son chapiteau, ses lumières, cette proximité que l’on ne retrouve pas ailleurs. Ls scénographie absolument magique le met donc en scène tour à tour devant un feu de camp ou sous un lustre se transformant en chapiteau lumineux. De grands rideaux immaculés tels des voilages anciens suspendus à des barres de bois se lèvent et s’inclinent eux aussi. C’est aussi féérique que pur, incroyablement simple mais spectaculaire. « La scène, c’est ma vie et la vie est une scène. » Un court préambule pour laisser place à « La vie d’artiste ».

Une partie des musiciens est venue le rejoindre progressivement, offrant ainsi de jolis moments solo pour ces interprètes de haut vol. Stephan Filey (qui assurait aussi la première partie de la soirée), Albert Marolany, Renaud Gansane, Alan Host et des petits nouveaux comme Marielle de Rocca Serra au violon, Amen Viana à la guitare, Johan Dalgaard au piano. « Etre souvent sur les routes permet des rencontres exceptionnelles. Ceux là en font tous partie. » 

Durant deux heures, Christophe Maé ne lâchera rien et entraînera chacun dans ses récits, donnant parfois d’autres couleurs à ses succès comme « Ça fait mal », sur un rythme désormais proche du reggae, entrecoupé d’un extrait du « Pénitencier » cher à Johnny Hallyday. Tous les tubes ou presque  sont balayés dans ce faisceau qui remonte l’histoire. Celle des débuts dans les bars de plage à Saint-Tropez jusqu’à aujourd’hui, quinze ans (plus de sept cents concerts et près de quatre millions d’albums vendus) plus tard, la naissance de ses deux fils, sa demande en mariage à sa « Ballerine » alors qu’il a quasiment « Quarante ans demain ». 

Le ton est à la confidence joyeuse et le second degré jamais absent. Quand il repose sa guitare et son harmonica, celui qui est aussi désormais l’un des piliers des Enfoirés, danse, virevolte, saute et fait chanter une salle qui ne demande qu’à suivre sa joie de vivre. 

« Mon pays », « C’est ma terre », « Belle Demoiselle » interprété en parcourant les travées du Zénith avec sa bande en file indienne à ses trousses, « Bouquet de roses », « Un week end sur deux, « L’automne », « On s’attache » ou bien encore « Ballerine », une vingtaine de chansons composeront la setlist de ce show cadencé.

Et puis vient le temps de « La dernière danse ». Un ultime morceau en guise d’au revoir avec lequel Christophe Maé rompt avec cette étrange habitude de fin de concert, ces photos prises dos au public histoire de bien montrer que la salle était pleine. Plutôt que de présenter leur fessier, Maé et ses huit musiciens jouent à fond jusqu’au bout, le public massé à leurs pieds. « Dire adieu dans les yeux, dire à la prochaine, je n’aime pas ça, si on faisait comme si on se revoyait demain (…) Et avant de partir écoute ça, si on faisait comme si dehors tout allait bien.. » Pendant ce temps, la décision gouvernementale tombait et avec elle l’interdiction des rassemblements de plus de mille personnes. Les 4.999 spectateurs du Zénith de Nantes avaient eu de la chance, « La vie d’artiste » s’arrêtait là pour le moment.  

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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