BigFlo & Oli, dernier tour de piste avant l’absence

Ultime tour de piste avant de s’éclipser pour composer leur nouvel album, Big Flo et Oli repassaient par le Zénith de Nantes ce dimanche soir. Un nouveau show encore plus haut, encore plus fort et des rappeurs au sommet de leur forme.

C’est le tandem du superlatif. De la réussite XXL. Le triomphe bien plus que le succès. Le platine bien au delà de l’or. En cinq ans à peine et en n’ayant sorti que trois disques, Big Flo et Oli, les deux frères Ordonez, ont du rendre jaloux la plupart de leurs collègues musiciens qui rament pour trouver leur public. En 2015, « La Cour des Grands » est certifié disque d’or quatre mois après sa sortie puis disque de platine. « La vraie vie » deux ans plus tard n’attend pas trois semaines pour être frappé de l’or, trois mois pour être disque de platine et finir triple disques de platine (300.000 exemplaires vendus) au printemps suivant. Forcément, puisque jamais deux sans trois… « La vie de rêve » livré en novembre 2018 ne mettra qu’un mois à connaître lui aussi la couleur du platine. 

Des performances record qui laissaient peu de place à l’angoisse quand se sont dessinées les tournées: les billets s’arrachent et les salles ne sont jamais assez grandes pour accueillir les fans.

La preuve en ce dimanche 26 Janvier au Zénith de Nantes : c’est le quatrième passage des rappeurs et c’est une fois de plus plein à craquer. Plus une place à vendre depuis des lustres. Et ce n’est pas l’annonce d’une mise en retrait imminente pour composer le prochain album qui aurait pu calmer les ardeurs du public. Certains sont même venus camper devant les portes dès 6h du matin, bravant le froid et la pluie, pour être au plus près de la scène. Big Flo et Oli ou Rolling Stones, même combat ! Et pour tromper l’impatience, à défaut de pouvoir réaliser la photo de leurs rêves avec leurs idoles, c’est avec… leur garde du corps que cela se fait. Celui qui se définit comme athlète avec sa carrure de molosse, capuche de sweat sur la tête, accepte toutes ces demandes de selfies et prend la pose au fil de sa déambulation parmi la salle. A peine souriant. Le selfie avec le garde du corps parait quand même la version un peu light du selfie avec l’artiste. 

Avant de s’éclipser et pour boucler cette nouvelle tournée pour laquelle le mot triomphe semblerait presque faible, les toulousains ont dessiné un ultime tour de piste en dix dates à travers la France. Avec une nouvelle scénographie, d’autres titres. Histoire de partir en apothéose et de ne pas se contenter d’une pâle redite.

A 21 heures précises, Jamel joue les coach, Michel Drucker pilote l’hélicoptère de ses souvenirs, Gad Elmaleh analyse leur stade et dans un entretien drôlissime (qui déclenche une ovation), Didier Deschamps les entraine vers des terrains où ils n’iront pas. Il y aura même Will Smith. Pourquoi se gêner ? Tous leur conseillaient de frapper fort: pari tenu. 

Dès les premiers titres, c’est l’explosion de riffs, de paroles uppercut, de fumée et d’artifices. Trois titres plus tard (ce qui est frustrant pour les photographes qui n’ont comme partout que les trois premiers morceaux pour shooter), le show prend toute sa dimension et révèle son incroyable scénographie. Au dessus des stands du glacier, de la baraque à kebab, autour de l’immense porte d’immeuble, le quartier s’anime. Des écrans surgissent de toutes parts, tout est calé au fragment de seconde près. Les images défilent, les souvenirs aussi, le rire n’exclut pas la tendresse comme avec ce joli moment dédié à leur père, lui qui est sans doute pour beaucoup dans ce succès tous azimuts. 

Superbe surprise, Fabian Ordonez (qui vient de se laisser convaincre pour sortir « El Padre », son propre album), débarque sur scène rejoindre sa progéniture. Le chanteur de salsa d’origine argentine, du haut de sa soixantaine, semble le frère ainé de Big Flo. Le jeu de jambes est solide et la voix emporte aussitôt. Olivio l’accompagne à la trompette, Florian montre sa maestria à la batterie. Bon sang ne saurait mentir! On se dit que les soirées à Toulouse ont toujours du ignorer l’ennui. Les applaudissements tonitruants des 9.000 spectateurs valent tous les mots.

La soirée se poursuivra ainsi durant deux heures. Sans temps morts. Avec un tour d’horizon parfait de leur carrière, d’autres émotions fortes comme lors de cette évocation inattendue de l’exil et de l’immigration. « Rentrez chez vous » offre une vague de frissons qui laisse sans voix. 

Lorsque les lumières de la salle se rallumeront, certains auront du mal à repartir. Blues de fin de soirée. Mélancolie du doute. Leurs idoles reviendront, c’est certain… Mais quand ? Big Flo et Oli ne se mettent pas la pression, ils vont même décrocher des réseaux sociaux afin de ne pas se laisser distraire mais ils ont pleinement conscience que l’impatience est déjà là. Pour eux, partir ne devrait pas pas être « mourir un peu ». L’enjeu est plutôt de savoir créer aussi fort que les trois albums précédents. Nul doute pourtant que le sceau de la réussite frappera encore. Avec pareille trajectoire, les deux frères ne pourront bientôt plus se contenter des Zénith. Ils seront alors au stade… des stades, n’est ce pas Gad Elmaleh?

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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