LES FRANCOFOLIES 2019

La Rochelle a refermé les portes de ses 35èmes Francofolies. Une édition musicalement diversifiée mais au succès constant. Quand le metal résonnait à la Sirène, la chanson française avait la part belle sur la grande scène. Et de la Coursive aux scènes gratuites, la fête se déclinait aussi durant cinq jours cadencés. Retour sur un parcours rythmé par de nombreux coups de coeur.

C’est toujours un exercice compliqué de résumer un festival. Surtout lorsqu’il s’étire sur cinq jours (alors que quasiment toute la concurrence ne parie que sur trois), qu’il diffuse dans tous les recoins de la ville afin de n’oublier personne et de proposer aussi ses découvertes gratuitement à un public qui n’aurait pas forcément eu accès aux concerts. Surtout aussi parce qu’aux Francofolies, l’offre est si vaste (et de temps à autres, simultanée) qu’il faut parfois choisir. Donc renoncer. Le mieux est donc de se laisser porter par ses envies et ses coups de coeur pour cette carte postale rochelaise, musicale et ensoleillée.

Sacrée « Meilleur album » pour « Lost »  dans la catégorie « Musiques du Monde » aux dernières Victoires de la Musique, c’est à Camélia Jordana qu’est revenu l’honneur d’ouvrir le bal à la Coursive. Un set assez court mais efficace, à l’image des textes de son interprète. La jeune femme a une aisance scénique impressionnante qui laisse augurer un avenir prometteur, dans la chanson comme devant la caméra où ses talents de comédienne ont déjà fait leurs preuves. Bertrand Belin viendra quelques minutes plus tard prendre le relais. Habitué des Francos, il est chez lui dans ce théâtre et le public, fidèle, lui réserve une ovation à chaque passage.

Radio Elvis.


Gaëtan Roussel.


A quelques mètres de là, sur la grande scène du parking Saint-Jean d’Acre, Radio Elvis donne le la de la soirée. Tout est carré et parfaitement mesuré jusque dans les costumes. Le groupe tisse sa toile et taille sa route avec constance. Lorsque Gaëtan Roussel, ultra souriant, débarque à son tour, le public est déjà chauffé et réserve une ovation à l’ancien leader de Louise Attaque. Les tubes défilent, « Help myself » ou bien « Dis moi encore que tu m’aimes » sont repris dans une même voix par une foule enthousiaste saluée par un interprète au plaisir contagieux.

Changement d’ambiance avec Angèle. La jolie belge est partout depuis des mois. Couvertures de magazines, reportages télé, festivals, zénith, elle truste tout et rafle tous les prix. Un succès justifié sans doute par un talent atypique, un imaginaire bien à elle et de vrais messages glissés dans le second degré parfois loufoque. Ses fans venus en nombre lui réservent un triomphe. Ceux qui la découvrent (et qui devaient vivre au milieu d’une contrée sauvage de Laponie ces derniers mois) sont plus discrets. Preuve que du travail reste à faire (même s’il n’est pas obligatoire de plaire à tout le monde). Peut-être aussi une retraite médiatique afin de garder intact le plaisir et ne pas subitement verser dans le trop plein.

Enfin, celui que tout le monde attendait, avec ses lunettes et son look reconnaissables entre mille, débarque à son tour. M. (Mathieu Chedid) entraine dans son univers, sa musique et ses délires des milliers d’ inconditionnels depuis plus de vingt-cinq ans. Artiste le plus récompensé aux Victoires de la Musique depuis 2018 (treize trophées, à égalité avec Alain Bashung), M. n’a plus à démontrer son sens du show. Ca part dans tous les sens mais ça retombe toujours sur ses pattes. Presque trop bien calé. « Qui de nous deux » doit s’entendre jusqu’au quartier le plus reculé de la Rochelle. Le guitariste est virtuose et n’a pas son pareil pour convaincre ses aficionados. C’est M. Et quand on aime…


Synapson.

Jeudi 11 juillet, deuxième jour des Francos, s’annonçait prometteur avec une affiche multicolore. Jolie découverte que celle d’Antoine Ely, à l’ univers singulier et à l’énergie pleine d’entrain, au Théâtre Verdière. Vendredi sur Mer ravira aussi le public avec une aisance de plus en plus indéniable et des textes acidulés souvent, toujours touchants.

Juillet 85, André Manoukian.


« Juillet 85 » (en référence à la création des Francofolies par Jean-Louis Foulquier) est le nom du spectacle imaginé par André Manoukian. Avec un titre pareil, c’est forcément le chemin pris par ce festival et quelques uns de ses meilleurs souvenirs qui seront égrainés avec des interprètes nombreux (Elodie Frégé, Ben Mazué, Cali, Barbara Carlotti, Tim Dup, notamment). Un moment émouvant mais aussi joyeux, l’une des très belles surprises de cette édition.

Hocus Pocus. 


Deluxe.


Les nantais d’Hocus Pocus et leur electro ultra léchée se faisaient rares ces derniers temps. Les festivaliers saluent par une ovation leur show très classe porté par des lumières magnifiques… Des festivaliers qui avaient été bien mis dans l’ambiance il est vrai par les joyeux lurons de Deluxe. Les Aixois sont très prisés des programmateurs car ces musiciens de génie n’ont pas leur pareil pour mettre l’ambiance en quelques notes avec leur burlesque et un sens de la fête auquel personne ne peut résister.

Dampa.


Chris. 


Autre nantaise, autre style avec la désormais star internationale Christine and the Queens. Là encore, le show est calibré à la note et au pas de danse près. Les feux d’artifices et les confettis pleuvent d’entrée de jeux. Les tubes défilent, la jeune femme est bluffante, aussi talentueuse que généreuse. 

Pogo Car Crash Control.


Fans de metal, on ne vous oublie pas ! C’est un peu le credo en ce troisième jour de Francos avec une soirée qui s’annonce haute en décibels à la Sirène. Une originalité dans la programmation. L’an dernier avait eu sa soirée rap avec un Roméo Elvis (et son crocodile) au top de sa forme. Ce sera plus énervé et puissamment dosé en rock cette fois.

Pogo Car Crash Control, fort de quatre jeunes musiciens aux références solides, est la curiosité qui monte depuis ces dernières années. Entre metal et grunge, les parisiens s’affirment haut et (très) fort. Et surtout sans complexe ni envie de comparaison. Leurs partitions sont puissantes, le public en redemande et on ne peut qu’attendre avec curiosité leur prochain opus annoncé pour le printemps 2020, une année qu’ils boucleront par un passage au Bataclan.

Ultra Vomit. 


Autres nantais (décidément la métropole bretonne avait les honneurs cette année et regorge de talents en tous genres), les incroyables musiciens d’ ULTRA VOMIT ont mis tous le monde d’accord. Après avoir sillonné toutes les routes de France, remplit les plus grandes salles, participé au Hellfest et à son warm up, le quatuor a eu le temps de démontrer que sous son « heavy metal parodique » se cachaient de vrais musiciens hyper doués. Leur album, « Panzer Surprise!» superbement produit par Fred Duquesne, le guitariste-producteur de Mass Hysteria, autre groupe à l’affiche de la soirée, est un succès commercial exceptionnel, à l’image d’une tournée qui n’en finit pas d’additionner les dates avec des jauges massives et une billetterie à rendre jaloux les artistes les plus chevronnés. Avec Ultra Vomit, le show est unique, la joie contagieuse et ces parodies des plus grands tubes metal font un tabac chaque soir.

Mass Hysteria. 


Succès encore avec Mass Hysteria. Le groupe fer de lance du metal français avec Gojira est là depuis près de vingt-cinq ans mais prouve à chaque album qu’il en a encore sous le pied.

Les textes puissants de Mouss n’échappent pas à une forte dose d’émotion, les partitions bourrées de riffs qui dépotent et interprétées par un tandem de guitaristes hors pair (Yann Heurtaux-Fred Duquesne) sont suivis par une bande de fidèles en rangs de plus en plus serrés. La communion est totale entre les parisiens et cette « Armée des Ombres » et le partage exceptionnel. On pensait qu’ après « Matière Noire » en 2015, largement influencé par les attentats, il serait difficile de frapper encore plus fort. «Maniac » sorti l’an dernier prouve le contraire. Sur scène, c’est de la même trempe. De quoi passer une soirée parfaite… sans regret pour ce qui se déroulait parallèlement sur la grande scène et se déroulait à guichets fermés: Aia Nakamura (qui se la joue quand même beaucoup Beyoncé comme on a pu en juger juste avant en d’autres lieux, et devrait garder le sens de la mesure), Lomepal, l’ excellent rappeur parisien aux textes comme des upercuts, ou bien encore IAM. Les Marseillais, largement vétérans, prouvent à chaque concert, qu’ils n’ont pas peur des petits nouveaux.

De la douceur et un changement radical d’ambiance samedi avec Maud Lübeck, dans l’intimité de la Salle Bleue. Seule au piano, elle fait défiler ses histoires, tranches de vie hautement dosées en sentiments. jolie surprise pour le public de la jeune femme, Alain Chamfort,qui doit lui succéder sur scène, la rejoint le temps d’un titre. La voix du plus élégant des chanteurs français n’a pas changé. La silhouette est toujours aussi gracile et l’allure éternellement jeune. Rien du Syndrome de Peter Pan pourtant dans les textes de cet artiste apprécié depuis plus de quarante ans mais qui n’a bizarrement plus l’écoute des majors et défend ses titres nouveaux grâce à des labels plus petits mais bien plus motivés que les mastodontes au regard fixé sur la ligne bleue des ventes. Une aubaine pour le chanteur comme pour ses fans.

Jean-Louis Aubert.


Après le retour triomphal et la tournée au succès impressionnant de Téléphone version Insus, Jean-Louis Aubert, galvanisé par ces accueils de folie, a repris son crayon, sa guitare et son bâton de pélerin. Le risque de l’ échec était minime mais le chanteur a préféré les salles d’ampleur moyenne aux scènes immenses. Avec son allure d’éternel adolescent, le visage à peine marqué des stigmates du temps, Jean-Louis Aubert a la gentillesse naturelle. Dans le Grand Théâtre, (dans lequel on n’aurait pas pu rajouter un tabouret), « accompagné » de quatre hologrammes parfaitement réalisés, il fait défiler ses plus grands succès mais n’écarte pas les titres plus confidentiels, ceux qui lui tiennent le plus à coeur. 

Histoire de voir le public d’encore plus près, il ira même jusqu’à descendre de scène pour un détour dans les travées sous les yeux de fans surpris et émus qui n’en espéraient pas tant. Le show aurait pu durer des heures encore mais vient l’instant où « voilà, c’est fini ». 

Broken Back.


Pas d’échappée loin du port ce soir mais un appontement pour une soirée « métissée » comme les Francos se plaisent à en concocter. Le malouin Broken Back (pour la petite histoire, ce nom d’artiste, qui signifie « dos cassé », est une référence à une période de sa vie où un problème de vertèbres l’avait contraint à une très longue convalescence et finalement permis d’apprendre la guitare), nommé en 2017 dans la catégorie « Révélations scène de l’année » aux Victoires de la Musique, démarre sans temps mort les titres de son univers electro sur lesquels tout le monde danse. De quoi chauffer l’assistance pour l’arrivée de Boulevard des Airs. 

La bande du sud-ouest n’en finit plus de tourner et doit être présente dans la majeure partie des rendez-vous de l’été mais l’enthousiasme ne semble pas s’émousser. « Je me dis que toi aussi », le tube partagé avec Vianney, a boosté encore leur popularité et de « Bruxelles » à « Si la vie avance », e public n’est qu’un immense choeur. 

Boulevard Des Airs.


Soprano, lui aussi en pleine tournée triomphale, bouclera ce samedi soir sous des trombes d’applaudissements. Généreux, solaire et porteur d’un discours positif, l’ancien leader de Psy4, installé dans le fauteuil de juré pour The Voice, surprend avec chacun de ses shows. Avec son « Everest », il avait gravi les sommets de l’imagination. Il a gardé la même inventivité pour ce retour sur les routes. Le public (venu bien avant l’ouverture des portes pour être certain de se placer au pied de la scène) lui fait les yeux de Chimène et quittera le lieux avec la nostalgie de ce moment passé trop vite.

Ramo.


Cléa Vincent.


En ce dernier et cinquième jour de festival, alors que les températures continuent de jouer avec les records, il suffit de se promener dans la Rochelle pour voir celui qui va embraser l’affiche: des cohortes de bataillons au féminin, certaines porteuses de tee shirt à l’effigie de leur idole, ne devisent que de la venue de Patrick Bruel. L’interprète de « Place des Grands Hommes », en pleine tournée triomphale avec « Ce soir on sort », son nouvel opus, aura l’honneur de clôturer les 35èmes Francos. Mais il va falloir patienter encore un peu. En ce jour de Fête Nationale, la manifestation chère à Gérard Pont, a décidé de de faire plus fort que le feu d’artifices et de livrer un bouquet final somptueux.

Au théâtre Verdière, c’est la sublime Charlotte Cardin qui livre ses refrains dans l’après-midi. La jeune québecquoise, musicienne et ancien mannequin, débout derrière son synthé, séduit avec ses mélodies sur lesquelles sont posées des mots non pas en français mais dans la langue de Shakespeare, le tout avec une grande élégance.

Au Grand Théâtre, c’est Bénabar qui débarque sur scène. Il ne faut pas plus de quelques secondes au chanteur pour entraîner toutes les travées. Celui qui est aussi excellent comédien n’a pas son pareil pour donner vie à ses textes. Joyeux drille, visiblement d’humeur à sortir du cadre, le pilier des Enfoirés décide finalement de ne pas en reste là et de poursuivre encore… dans la rue! Mégaphone en mains, accompagné de ses musiciens, il déambule jusqu’au café tout proche sous les yeux ébahis des clients. Totalement improbable. Totalement généreux et fidèle à la « marque de fabrique » Bénabar.

Jérémy Frérot.


Après les corréziens de Trois Cafés Gourmands, qui surfent sur l’esprit des trios et autres formations festives avec des refrains qui accrochent rapidement, Jérémy Frérot pose son univers, celui des chansons de « Matriochka », son premier album post « Fréro Delavega ». Sans son acolyte, le bordelais séduit la gente féminine mais pas seulement. La voix réussit de belles envolées, les textes (dont certains ont été co-écrits avec Ben Mazué) sont incisifs et joliment collés à des musiques entrainantes. Un joli moment plein de charme.

Patrick Bruel.


Après Zazie, qui retrouve elle aussi les joies de la route et du plein succès avec « Essenciel », un album bien plus réussi que les précédents et le traditionnel feu d’artifices, le moment est enfin venu du rendez-vous avec Patrick Bruel. On passera sur les cris un brin hystériques qui saluent son entrée (globalement, ils resteront forts en décibels durant tout le show). Les titres (une brassée de tubes) s’enchainent dans une dynamique impressionnante. L‘artiste est rodé, le concert parfaitement calé. Entre « Qui a le droit » et « J’te l’dis quand même », aucun « standards » de la maison Bruel ne sera écarté. Il y aura aussi des parenthèse bonus comme « J’ai oublié de vibre », bel hommage à Johnny Hallyday et un détour vers la Butte et ses refrains de l’après-guerre pour une « Amant de Saint-Jean » repris par toute l’assistance. Patrick Bruel porte incontestablement beaux ses soixante printemps tous frais.

Les 35èmes Francofolies peuvent refermer leurs portes. Message gagnant. Public ravi (plus de 150.000 festivaliers cette année encore). La barre est haute et offre un sacré défi à la prochaine édition.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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