LA FORCE TRANQUILLE DU FESTIVAL DE LA NUIT DE L’ERDRE

La 21ème édition de la Nuit de l’Erdre, sous un soleil de plomb, n’aura pas empêché les festivaliers de réserver un accueil encore plus chaleureux aux artistes présents durant ces trois jours. De Clara Luciani à Roméo Elvis, en passant part Nekfeu ou Bigflo et Oli, les ovations se sont succédées, de quoi réjouir les organisateurs qui avaient une fois de plus parié sur la mixité des genres et des générations.

Vingt et ans déjà que Nort-sur-Erdre, petit Poucet qui n’a jamais eu peur de l’Ogre, s’aligne pour faire vivre son propre festival, sans regard pour les mastodontes qui existent à l’orée du bois. Le pari était pourtant risqué, avec le Hellfest (dans un registre metal débordant sur sur rock, une niche peut être mais de quoi attirer une frange de public commun), les Francos de la Rochelle, à moins de deux heures, les Feux de l’Eté à Saint-Prouant, dans la Vendée voisine, où se joue aussi le Festival de Poupet, pour ne citer que ceux là. Mais cette bande d’irréductibles y a toujours cru et n’a jamais voulu renoncer, même quand le temps jouait les trouble fêtes, que la pêche aux subventions valait tous les parcours du combattant et que les artistes (ou plutôt leurs tourneurs) préféraient faire escale dans une manifestation initialement plus porteuse médiatiquement… Vingt-et un ans plus tard, ce sont les mêmes qui font les yeux doux pour jouer dans le parc du Port Mulon. L’histoire est amusante souvent…

Jouant le pari de la mixité, refusant de ne plaire qu’à un public particulier pour, au contraire, tenter de séduire toute la famille, la 21ème Nuit de L’ Erdre ne dérogeait pas à ses objectifs. Après les nantais de KoKoMo, à qui est revenu l’honneur d’ouvrir le ban, les Ogres de Barback débarquent sur scène avec une énergie impressionnante, embarquant la foule dans leur fougue communicative. 

Pas de temps mort, une mise en place huilée et précise, la nouvelle configuration du site qui juxtapose désormais les deux MainStage (ce qui est assez exceptionnel en France et ne se pratique dans la région qu’à Clisson pour le Hellfest), évitent les déplacements et permet une visibilité accrue compte tenu de la dimension des scènes.

Si Supertramp, groupe emblématique des années soixante-dix, n’existe plus, Roger Hodgson, son leader, continue de tourner et sa voix, reconnaissable entre toutes, suscite toujours le même enthousiasme. Certes, en fin de concert, la voix justement faiblit un peu (et Roger Hodgson lui même le reconnaitra) mais quand « Breakfast in América » ou « Logical Song » retentiront, l’émotion sera intacte. Pour toute une génération, une vraie plongée dans les années lycée.

Emotion encore quand la superbe Clara Luciani a planté sa longue silhouette brune et dégoupillé  sa « Grenade » pour mieux imprégner le public (qui la réclamait en scandant son nom) de son charme magnétique.

Mais vendredi, c’était aussi (et on serait presque tenté de dire surtout vu les cris assourdissants saluant leur arrivée) de Roméo Elvis, la rappeur belge dont le succès ne cesse de croitre et joue désormais à guichets fermés, et Nekfeu, dont la réussite depuis douze ans, ne s’est jamais démentie. En solo ou avec sa bande du S-Crew, « Nek » débarquait avec les titres de son dernier album… que chacun connaissait par coeur.

Eddy de Pretto.

Grosse programmation samedi avec Dub Inc, probablement la formation française « ragga-dub » la plus emblématique avec un message universel et des paroles mixant français, anglais ou kabyle, qui prônent les atouts du métissage.

Eddy de Pretto, que plus rien ne semble vouloir arrêter depuis son débarquement à succès voilà deux ans, était attendu par des fans inconditionnels dont certains le suivent sur un maximum de dates. Le chanteur-rappeur parisien, aux textes ciselés et à la voix qui n’est pas sans rappeler Claude Nougaro, la joue décomplexé sans pour autant se considérer comme le porte parole de la cause gay. Il assume et évoque avec une force tranquille, il ne joue pas avec les faux semblants et ce parti pris associé à une musicalité nouvelle en ont fait l’un des nouveaux fers de lance de la jeune génération. Sur scène, Eddy de Pretto est looké et là encore, bien dans ses superbes baskets. En coulisse, il déambule en bermuda et bob nettement moins fashion. Décomplexé, ici comme ailleurs.

Gaëtan Roussel.

Depuis quelques années, plus rien de semelle freiner Gaëtan Roussel, le meneur de Louise Attaque. Les programmateurs se l’arrachent et son succès est constant. Dans ce qui pourrait s’apparenter à un « camp d’écriture » organisé dans les confins de Los Angelès, Gaetan Roussel a croisé d’autres auteurs, d’autres façons de raconter des histoires. Il a également travaillé avec de nouveaux compositeurs et des producteurs qui le poussaient vers des terrains inhabituels, des professionnels qui avaient travaillé avec Rihanna ou même Prince. De quoi donner de nouvelles ailes au français et faire naitre ces chansons inédites, une pop nouvelle qui a d’emblée trouvé son auditoire.. et le pousse à poursuivre encore.

En matière de pop décomplexée, Minuit poursuit sa carrière en trouvant sa propre identité et un rock qui finira rapidement par ne plus imposer la comparaison avec les Rita Mitsouko, dont ils sont (à tous les sens du terme) les dignes héritiers. Leurs compositions surfent sur toute la palette émotionnelle, le rock est magistral et les musiciens d’une maestria impressionnante.

Coqueluche de la jeune génération mais largement appréciés de leurs parents, les toulousains de Big Flo et Oli ont mis tout le monde d’accord. Malgré les 40° à l’ombre, certains squattaient les devants de scène depuis l’ouverture des portes afin de ne rien perdre de leur concert. Dans une mise en scène impressionnante, des jeux de lumières originaux, le duo a ravi ceux qui les avaient découverts lors de leur premier passage au festival deux ans plus tôt. 

Leur dernier album a été certifié disque de platine en moins d’un mois et leur sens du show mériterait lui aussi d’être récompensé. D’une énergie bluffante, échangeant en permanence avec les spectateurs, les deux frères (qui disaient pourtant quelques minutes plus tôt en coulisses, vouloir marquer une pause en raison d’une grosse fatigue et pour mieux recharger les batteries de l’inspiration) semblent monter sur ressort. Difficile de trouver plus généreux.

Editors.

Et puis bien sûr, il y a eu Editors. La formation originaire de Birmingham qui livre depuis le début des années 2000 des partitions à la croisée des chemins entre Interpol et Dépêche Mode, sait théâtraliser ses prestations. Il y a la voix grave de Tom Smith et puis tout ce qui se passe autour, s’entend et se voit, étrange mais séduisant mélange sombre ou plus explosif mais incontestablement unique.

Editors.

La 21ème édition se serait arrêtée samedi soir qu’elle aurait déjà gagné tous les suffrages vu la foule ultra compacte devant les scènes et les files d’attente ininterompues devant les stands (car un festival, c’est aussi des zones de ravitaillement et à Nort sur Erdre, l’offre est large et dispatchée de chaque coté du site). Mais il restait le dernier jour et pas des moindres manifestement : à 14h, des cohortes se pressaient pour savoir sur quelles scènes jouerait Soprano, star parmi les stars de cet ultime rendez-vous.

Boulevard des Airs.

Préalablement au célèbre marseillais, il y avait de quoi patienter gaiment avec une fois de plus, une affiche à l’écclectisme gagnant. Boulevard des Airs, des centaines de concerts déjà à son actifs, des disques d’or et de platine, un tube avec Vianney, était déjà passé par la Nuit de l’ordre six ans plus tôt mais on voit d’entrée de jeu que la bande du sud ouest a pris de la densité et jouit d’une aisance nouvelle. « Je me dis que toi aussi » scande leur opus sorti voilà un an. Ils ont raison : les fans partagent aussi et même de plus en plus nombreux.

Impossible de ne pas s’arrêter sur la prestation de Deluxe. La formation native d’Aix en Provence a commencé par la rue puis grossi progressivement sans jamais perdre de vue ses envies initiales, faire de la vraie musique avec un maximum d’instruments, amener la fête, mais une fête du genre grosse fiesta à laquelle prendrait part chaque personne dans le public. Et ils y arrivent au delà de toute attente. Jouant les déjantés, ces excellents musiciens, dans une prestation ultra calibrée, ensoleillée et joyeuse, n’arrêtent jamais. Il y a de la couleur, des sauts, du rythme, la joie de vivre autour de Lily Boy, la chanteuse. Petits et grands restent sans voix, dansent et se laissent entraîner avec plaisir. Déluge restera sans conteste l’un des coups de coeur de ces trois jours.

Soprano.

Et puis bien sûr, il y a eu Soprano. L’ancien pilier des Psy4 enchaine les succès version XXL. Son « Everest » s’est vendu à plus de 800.000 exemplaires, il a rempli deux stades Vélodrome dans la cité phocéenne en quelques heures et a réuni plus de 750.000 personnes en 2017 lors de la plus grosse tournée organisée en France. 

Accompagné de deux de ses frères, Soprano se donne sans compter. Généreux, échangeant avec le public, les plus jeunes notamment auxquels il délivre un message ultra positif et des conseils porteurs, le chanteur rallie également les parents (y compris ceux qui quelques heures plus tôt affichaient leur âme de rockeur devant la scène où Hubert Félix Thiéfaine célébrait ses quarante ans de carrière) et c’est d’une même voix que tous reprennent les paroles de ses plus gros succès. Une heure et demi plus tard, lorsque le show aura livré sa dernière note, c’est à regret que le public quittera le site. Plus que 362 jours avant la 22ème édition!

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Laisser un commentaire

Back to top