Le long chant du Lollapalooza Paris !

On aurait pu penser que Depeche Mode le premier soir, serait le rendez-vous phare de cette seconde édition du Lollapalooza Paris (les 21 et 22 juillet 2018). C’était compter sans la présence de Noel Gallagher, plus rare, qui a déclenché des enthousiasmes ininterrompus. Un accueil que les festivaliers ont aussi accordé à The Killers, Gorillaz, Trevor, Kasabian, ou bien encore Nekfeu. L’affiche était belle et le plus difficile était de choisir. Retour sur un festival qui a le sens du spectacle.

En lycra intégral bleu-blanc-rouge, ces deux potes américains débarqués la veille de Chicago pour un contrat de trois mois dans la capitale, bravent les températures caniculaires et tiennent à rendre hommage au pays champion du monde de football. « C’est cool pour vous guys ! Vous avez de la chance car maintenant vous avez aussi le festival le plus cool de la planète. On a fréquenté Coachella… ici, c’est the same, on peut tout se permettre. On fait la fête et il y a de la bonne musique à quinze minutes du centre de Paris, c’est ça qui est crazy non ? »

La centaine de festivalières arborant des couronnes de fleurs composées sur place ne pourront que confirmer. Ici, tout est permis, de l’extravagance « Peace and love » à la tenue mixant les bottines à paillettes avec le micro short en jean, des hauts de maillots de bain sur jeans (que beaucoup sont allés customiser sur le stand Levis, comme l’an dernier). On sort ce que l’armoire recense de plus coloré, on emporte les coussins gonflables au vent pour en faire des banquettes confortables. Et on se réjouit à l’idée de manger vegan, réunionnais ou grande classe et encore plus original grâce aux stands du Lollachef (Jean Imbert et ses fameux « Bols de Jean », Denny Imbroisi qui n’a pas son pareil pour revisiter les classiques italiens, Yoni Saada qui réussit à donner à la street food des airs de noblesse, Christophe Adam, Monsieur « Eclairs de génie » (monstrueusement beaux et bons),Yann Couvreur dont le seul nom évoque son célébrissime Millefeuille à la vanille de Madagascar, Anthony Clémot, pape de la cuisine de volaille et Antoine Westermann, qui lui aussi célèbre la volaille de grande qualité.

Les enfants ne sont pas non plus en reste puisque les plus jeunes ont droit à leur coin, dans une zone calme, avec de nombreux animateurs, des ateliers musique, maquillage ou musique, y compris pour les tous petits. Au Lolla, la fête est partout, joyeuse et colorée. Il flotte un parfum camps de vacances alors que la Tour Eiffel (la vraie) n’est qu’à quelques encablures.

Zara Larsson.

Déclinaison frenchie du célèbre festival itinérant créé en 1991 à Chicago, le Lollapalooza Paris avait réuni l’an dernier plus de 110.000 visiteurs, attirés par les plus grands noms de la planète pop-rock , The WEEKND, Imagine Dragons, Lana Del Rey, les Red Hot Chili Peppers ou bien encore Dj Snake. Cette année, l’affiche a misé sur Depeche Mode (dont le retour triomphal en a fait l’un des grands vainqueurs de la tournée des festivals 2018), Nekfeu, Gorillaz, Dua Lipa, The Killers et Noel Gallagher notamment.

La chaleur est orageuse et étouffante mais les festivaliers ont répondu présents dès l’ouverture des portes de l’ Hippodrome de Longchamp. Beaucoup d’étrangers, des britanniques notamment, qui n’ont pas hésité à franchir la Manche pour s’offrir ce festival au nom mythique mais aussi des espagnols, américains, suédois ou japonais. Sous les partitions de Lil Pump comme de Kaleo, les fosses sautent et dansent déjà, hurlant plus fort encore quand résonnent les tubes attendus.

Bastille.

Bastille a lui aussi drainé ses milliers de fans. Le groupe londonien créé en 2010 par Dan Smith (qui a choisi ce nom en hommage à notre fête nationale, connue au Royaume Uni comme le Bastille Day mais aussi parce que cela correspondait à sa date de naissance. Tout simplement!) truste tous les charts avec ses albums Le premier, « Bad Blood », sorti en 2013 a conquis l’Europe en quelques semaines. Succès renouvelé avec « Wild Word », sorti en septembre 2016. les concerts sont tous sold out et à l’évidence, la gente féminine trouve un charme manifeste à Dan Smith en dépit d’un look capillaire « boule à zéro » plus difficile (ce n’ est qu’un avis, on se détend!).

Kasabian a également ravi les foules. La formation britannique multi récompensée, menée depuis vingt ans par Tom Meghan et le guitariste Sergion Pizzorno, a de la bouteille et le démontre avec une aisance déconcertante. Le rock soigné aux influences melting pot envoie du lourd, à l’image du dernier opus, « For crying out loud », sorti l’an dernier.

Kasabian.

Mais celui que les plus jeunes attendaient était visiblement Travis Scott. Le rappeur est un artiste reconnu et personne ne remet en question ses qualités musicales mais il est clair que le fait d’être le chéri de Kelly Jenner, demi soeur de Kim Kardashian, influences parmi les influenceuses, reine de la téléréalité, a aussi boosté sa notoriété. Présent dans les magazines people autant que dans la presse musicale, le rappeur (également mannequin, acteur et réalisateur) de vingt six ans, à qui l’on doit pas mal de succès dont le très bon « Antidote » en 2015 ou « Portland » avec Drake, en 2017, a offert à Paris un show survolté (que la jeune femme a d’ailleurs immortalisé depuis la scène pour alimenter ses réseaux sociaux tout en restant parfaitement cachée. On a le sens de la communication ou on ne l’a pas…)

Visiblement heureux de partager ses morceaux avec le public français, Travis Scott n’a pas ménagé son énergie, le rappeur de Houston débarquant en courant et arpentant non stop ensuite l’immense scène. Les lights sont superbes et la pyrotechnie à hauteur de ce show spectaculaire: à chaque éclat de basse, des flammes immenses s’échappent.

Travis Scott avait demandé au public de « donner tout ce qu’il a car ce show est pour les vrais enragés. Si vous n’ êtes pas prêts, tant pis, la porte est là! » Le message avait le mérite de la clarté et le sens de l’efficacité : les festivaliers lui ont tout donné, sans répit. « Pick up the Phone », « Love Galore », le duo interprété avec Sza, en rajouteront encore une couche mais le titre que tous attendaient était le dantesque « Gossebumps ». Travis Scott l’avait gardé pour boucler ses quatre-vingt minutes de set. Même les plus hermétiques à ce genre de musique sont repartis bluffés par ce savoir faire et cette mise en scène impressionnantes. Au pied de la réplique de la Tour Eiffel (35 mètres de haut et des illuminations magnifiques en soirée) une heure plus tard, des trentenaires trinquaient. Ils étaient venus fêter leur changement de dizaine au Lolla pour voir l’américain en action, autant dire que la fête était réussie.

Black Rebel Motorcycle Club.

Et puis bien sûr il y a eu Depeche Mode, ceux qui ont essaimé sur la bande sonore de la vie des plus de 40 ans. Dave Gahan a pris des rides mais conservé sa silhouette de jeune homme, la mise est élégante, pantalon à pinces, petit gilet de costume noir et rouge à même la peau. Dans la foule, des centaines de tee-shirt à son effigie et celle de ses acolytes de toujours. Depuis leur apparition en 1979, les britanniques n’ont jamais déçu et toujours donné des concerts d’une élégance mémorable. La mise en scène est soignée, la set list riche de tous les morceaux cultisme mais ne fait pas pour autant l’impasse sur le meilleur de leur dernier album. « Going backwards », « Cover me », « Precious » ou « Never let me down again », aucun ne manque à l’appel. Dave Gahan danse, virevolte tel un Derwish tourneur rock. Le sourire est aussi éclatant que le design du show. Bien sûr, « Enjoy the silence » et « Just can’t get enough » bouclent la soirée. Dans les rangs, personne n’ignore les paroles. Ca chante et danse avec une joie contagieuse.

Les tee-shirt indiquant clairement la direction que prendront les festivaliers, la première place allait manifestement se jouer entre Noel Gallagher (beaucoup avaient osé le débardeur « Oasis »), The Killers et Nekfeu. Gorillaz semblait également bien placé, ce qui n’est pas illogique au regard du running order, la bande de Damon Albarn ayant le privilège de boucler le festival.

Jess Glynne.

En attendant, c’est Tom Walker qui a ouvert la journée. L’écossais de vingt six ans, rendu célèbre par son tube « Leave a Light on », réunit un public déjà euphorique et prêt à l’accompagner. Mention spéciale ensuite pour Jess Glynne. La jeune femme est entourée de choristes impressionnants de talent et de musiciens qui ont le sens du jeu. La britannique, qui est une habituée du sommet des classements outre Manche, est en progression constante depuis son arrivée villas quatre ans. Sans doute l’un des noms à retenir pour les années à venir.

BB Brunes.

Dans un tout autre genre, à l’autre bout du site sur l’Alternative Stage, BB Brunes a fait une arrivée aussi attendue que remarquée. Treize ans après leur première scène, dix ans après leur premier album, « Blonde comme toi », ceux qui avaient entassé pas mal de remarques acerbes, pour ne pas dire méprisantes, sur leur projet musical et que l’on annonçait comme bientôt disparus, ont déjoué les pronostics. Victoire de la Musique catégorie « Révélation scène «  en 2009, les français ont pris leur temps, un album en 2012 et puis il faudra patienter jusqu’en 2017 pour que sorte « Puzzle », Adrien Gallo, le chanteur, profitant de cette pause pour sortir un opus en solo.

2018 semble marquer le grand retour des français, « Puzzle » nominé parmi les meilleurs albums rocks des dernières Victoires de la Musique, une grande tournée d’une cinquantaine de dates en Europe se succédant avant la sortie du prochain album studio l’an prochain. Ayant traversé le site à vive allure pour rejoindre ceux (et celles) qui avaient préféré patienter un long moment pour être directement sous leurs regards, les fans sont restés fidèles au delà des pronostics les plus optimistes. Nombreux étaient ceux qui s’étonnaient de voir que Live Nation, grand ordonnateur du Lollapalooza, aient misé sur ces quatre là. Il a suffi d’un titre pour en comprendre la raison.

Collectionneur de disques de platine, le rappeur French Montana a succédé aux français plus tard dans l’après-midi. Celui qui avait signé en 2011 avec Puff Daddy et Rick Ross (ce qui pouvait quand même ressembler à un bon début) a vu son morceau « Pop That » (où l’on retrouve aussi Drake et Lil Wayne) faire son entrée directement dans le top 100 américain. Jolie performance pour un natif de Casablanca, ayant immigré avec sa famille aux Etats Unis à l’ âge de treize ans, rescapé d’une balle dans la tête dix ans plus tard. Comme Travis Scott, French Montana a connu l’accélérateur médiatique en partageant un an la vie de l’une des soeurs Kardashian. Sur la scène du Lolla, celui que l’on surnomme désormais « le roi des mixtapes », qui multiplie les featuring (Snoop Dogg, Lana Del Rey, The Weekend, notamment) a fait sauter son public pendant près d’une heure.

Noel Gallagher’s High Flying Birds.

Impatients, des dizaines de milliers de fans attendaient au pied de la MainStage l’arrivée de Noel Gallagher et de son groupe, les « High Flying Birds ». Définitivement le plus souriant des deux frères, Liam ayant pris la posture systématique de la moue boudeuse surmontant le coupe-vent hermétiquement fermé, l’ancien guitariste d’ Oasis a montré que simplicité et talent étaient souvent le combo ideal, même en festival, même sur des scènes immenses. Avec le drapeau de Manchester City pour tout décor et des lumières assez classiques, celui à qui l’on a longtemps prêté une voix moins intéressante que celle de son frère, a fait taire les médisants. Noel chante plus que bien et n’hésite pas à des envolées bien puissantes comme il a pris malice à le démontrer d’entrée de set avec « Fort knox ».

Affirmer que le public guettait les titres nouveaux avec la même frénésie que les succès qui ont marqué le parcours d’ Oasis serait illusoire. Malgré des applaudissements à tout rompre pour saluer les extraits des derniers opus, du très réussi « Who built the Moon » notamment, sorti l’an dernier, on a poussé le curseur des décibels quand ont soudain résonné les premiers accords de « Whatever » et « Little by little ». Nombreux y sont même allés de leur petite larme lorsque Noel Gallagher, souriant et visiblement heureux de ce moment de totale communion, a troqué sa guitare électrique pour une acoustique, égrainé les notes de « Wonderwall ». Et fait chanter tout Longchamp! « All you need is Love » des Beatles a bouclé ce moment incroyable. Et chacun s’est évidemment mis à rêver d’une trêve fraternelle. L’ambiance serait à l’apaisement, à des envies réciproques alors tous les espoirs sont permis… Oasis sera peut-être programmé à la prochaine édition du Lollapalooza, qui sait ?

Rag’N’Bone Man.

C’est un moment assez surréaliste auquel ont assisté les festivaliers un peu plus tard. Après le concert très pop électro de Years and Years et la prestation toujours impressionnante de Rag’N’Bone Man, Nekfeu avait rendez-vous avec ses fans à 19h30. Pour l’accompagner, le rappeur avait convié sa bande de l’ Entourage, dont l’excellent Doums. Dans une prestation assez classique, le jeune homme a plutôt déçu. Il a surtout démontré que le succès l’ incitait désormais à des comportements inadaptés. Comme ce dimanche soir, alors qu’il aurait du quitter la scène à 20h30 et permettre à la scène voisine de laisser jouer The Killers. Mais Nekfeu est Nekfeu…

Le rappeur entonne « Saturne » puis enchaine avec « J’aurais pas dû », en featuring avec ses potes de S-Crew bien que le timing ne le permette plus, personne n’ ignorant qu’en festival, les shows sont calés à la minute près, seule condition permettant les changements de plateaux et le bon enchainement des scènes. Nekfeu n’est pas un bleu et le sait parfaitement. « On va sans doute se faire défoncer là si on ne sort pas mais on s’en fout, on fait quand même la dernière! » Démarre alors « Mauvaise graine ».

C’était compter sans l’envie de jouer de The Killers. Abasourdis par tant de mépris, les américains décident d’entrer et d’entamer leur set alors que Nekfeu, hué par une partie du public, s’agite toujours sur la scène voisine. S’en suit une guerre du son, le rappeur poussant le mauvais goût jusqu’à augmenter le volume. Aussi stupide et discourtois qu’inutile : dans ce bras de fer surréaliste, The Killers portent bien leur nom et remportent la bataille. Il y a un code de bonne conduite que certain mériterait de réviser ou même peut être carrément d’apprendre car au final, c’est le ridicule qui triomphe. Comme le dit sa chanson, il « aurait pas du ». Par contre, il aurait du rester applaudir les britanniques… Brandon Flowers et ses partenaires ont une set list qui vise juste. De « Somebody told Me » à « Human », « Mr Brightside », «  The Man » ou bien encore « When we where young », les influences revendiquées de Depeche Mode, Oasis ou bien encore The Smiths, transpirent avec éclat. On ne vend pas près de vingt millions d’albums dans le monde par hasard.

Après l’électro-folk de Parov Stelar, Gorillaz a donc eu l’honneur de refermer cette seconde édition du Lolla parisien. Damon Albarn (ex chanteur de Blur, pour mémoire) et sa bande, ultra sollicités en cette période estivale, ont été à la hauteur de leur réputation. Devenu culte à la vitesse de l’éclair, Gorillaz (co-fondé par le dessinateur Jamie Hewlett) s’est toujours amusé à bousculer les codes, mixant sans état d’âme le rap, le rock et le hip-hop. « Humanz », le cinquième album est dans la droite lignée de ce parti pris, les partitions se déclinant avec éclat dans les vidéos imaginées par Hewlett. Au fil des opus, la psychologie même des personnages subit des évolutions. Noodle, Russel ou bien encore 2D, enfants chéris de leur créateur, changent de vêtements, d’attitudes, de façon de penser donc d’agir. De plus en plus présents et d’un réalisme rare, il est possible qu’un jour, lorsque la technique le permettra, ce sont eux que l’on verra sur scène, en version musicale et parfaite de la réalité augmentée. A priori, cela prendra encore quelques temps, qu’on se rassure.

En attendant, Damon Albarn est bien présent sur scène et toujours aussi énergique. Après vingt albums (deux en solos, cinq avec d’autres partenaires, huit avec Blur et cinq avec Gorillaz), il semble même, à tout juste cinquante ans, au faîte de sa forme. Concentré festif, boule d’ions positives, « Humanz » dégage en live une ambiance unique, douce et tonique, sensuelle, un peu angoissante par moment comme si la fin du monde se rapprochait mais qu’ il fallait le vivre avec un fatalisme joyeux.

Les images prennent toute leur majesté dans les écrans géants. Visuellement, le spectacle à lui seul mériterait le détour. Avec la musique du new yorkais et de ses potes, c’est encore plus fort. «Humility», « Clint Eastwood » ou bien encore « Feel good Inc » prouvent s’il en était encore besoin que Gorillas est un groupe à voir sur scène en priorité. « We got the Power », avec Jehnny Beth, leader des Savages, en invitée surprise, Little Simz et… Noel Gallagher himself a conclu en apothéose un festival qui d’année en année se bonifie plus encore. La cuvée 2018 servie sous un soleil radieux restera un grand cru. De quoi nourrir des impatiences… Il y aura qui sur l’étiquette de la 3ème cuvée du Lollapalooza ?

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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