Julien Doré, brut de douceur et de complicité

Les 5 et 6 avril derniers, à Fouesnant, Julien Doré lançait « Vous et Moi », sa tournée intimiste d’une cinquantaine de dates à travers la France (dont une douzaine de festivals). Un changement d’ambiance radical et une soirée inédite qui offrent une autre couleur à son répertoire. Pari réussi : il y a de l’émotion entre velours et guéridon.

Il fallait quand même avoir une jolie audace pour lâcher les énormes machines, les décors toujours plus impressionnants, les tournées barnum (nécessitant plus d’une soixantaine de techniciens) dans des salles de plus en plus énormes, ces Zénith et Bercy remplis à la vitesse de l’éclair, ces kilomètres parcourus avec sa bande de toujours et tenter le pari d’une autre rencontre avec le public. Un moment « les yeux dans les yeux ». Ou presque. 

Evidemment que ces rencontres, dans des lieux forcément plus exigus, n’avaient pas la peur du vide. L’équation contraire aurait même primé : comment satisfaire le rush prévisible de milliers de fans quand la billetterie oscille entre quatre-cents et mille cinq cents pour les plus grosses dates? C’est donc peu dire que lors de leur mise en vente, pour partie sur internet, le reste auprès des salles elles-mêmes, les tickets se sont envolés en quelques minutes. Deux exactement pour les deux-cents places « internet » de l’Archipel à Fouesnant (Finistère) où Julien Doré avait décidé de lancer sa tournée, les 5 et 6 avril. Et quarante-cinq minutes pour les six-cents achetées directement au guichet, certains patientant des heures avant l’ouverture des portes. Et il en fut de même pour toutes les autres dates, y compris les deux Olympia (Paris) en juin. 

On imaginait déjà la couleur du moment, l’album « Vous et Moi » sorti début mars ayant levé le voile sur douze morceaux revisités en mode acoustique. « Eden », « Le Lac », « Coco Câline » ou « Romy », « Porto Vecchio » bien sûr  mais aussi des reprises comme « Aline » de Christophe (qui faisait déjà partie du spectacle précédent), ou « Africa » de Rose Laurens, en duo insolite avec Dick Rivers. Mais on ne savait pas la façon dont Julien Doré les mettrait en scène. Seules certitudes, les chansons allaient être jouées telles qu’elles avaient été écrites et une place essentielle serait laissée à l’ émotion.

A l’issue de cette première, on ne pouvait que saluer la performance. Dans un décor de salon au sol recouvert par un immense tapis, entre rideaux de velours et guéridon, carafe vintage et petite lampe datée, les guitares, le yukulele attendent sagement non loin du piano, cernés par un éclairage façon bougies. Et puis soudain, il arrive, jean-tee-shirt noirs sous élégante veste grise. Le public, majoritairement féminin, lui réserve une ovation. Résonnent alors les premiers accords du « Lac », accompagné de la seule guitare. Ce premier titre de ce premier soir, restera dans les mémoires. Du haut vol, de l’intensité et de l’émotion des deux cotés de la scène. Car Julien Doré ne cherche pas à tricher, il avoue même sans détour le trac qui est le sien après cette pause de trois mois depuis la fin de sa précédente tournée et ce retour totalement inédit, cette envie qu’il a eu d’un moment sans artifice et dans une vraie proximité. Mais de l’intention à la réalisation, il y a un océan de trac à surmonter et cette tournée nouvelle, cette solitude sous le projecteur, c’est bien maintenant, en ces premiers instants qu’il les découvre.

Il a trouvé la parade grâce à une mise en scène qui ose les accents circassiens et s’appuie surtout beaucoup sur l’humour redoutable du musicien (ceux qui en douteraient devraient effectuer un tour sur son compte Twitter, un régal de réponses punchy et désopilantes, souvent décalées, second degré et toujours brillantes). Dans des échanges improbables (et à parole unique) avec ses techniciens du son et de la lumière, avec l’assistance également, il joue, flirte avec l’autodérision, puisant vraisemblablement dans ces moments des respirations avant d’entrainer vers de nouvelles émotions. Car là où le public reprenait spontanément et à tue tête dans les salles immenses, une certaine timidité s’est installée ici. Comme pour ne pas rompre la douceur intimiste. Pour ne pas jouer les intrus. 

« Magnolia », « Paris Seychelles », « Porto Vecchio »… une quinzaine de titres défile, drapés par ce nouvel atour. Les reprises, « Aline » de Christophe ou « Can’t take my eyes of you », de Frankie Vallie, sont également conviées à partager ce moment tout en délicatesse que même le Panda, figure emblématique de « Coco Câline », ne viendra pas interrompre. Invité de fin de soirée, il se pose tout en sobriété devant le clavier pour accompagner son protecteur. Julien Doré a réussi à se réinventer en effeuillant son répertoire. La nudité est parfois le plus beau et le plus sincère des atours.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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