LOUIS ARLETTE: La dérive des sentiments

Ne pas se fier à son nom un peu rétro! Louis Arlette est sans doute l’un des artistes les plus modernes, les plus innovants de la scène française. Derrière le cheveux coupés au ras du bol, le jeune homme ne cesse d’inventer, créer, livrer des sonorités, une musique qui n’a encore jamais été imaginée. Tout plutôt que copier recoller et donner à des partitions des airs de déjà entendus. Les paroles sont à bon auteur et foncent dans le tas de l’âme. Louis Arlette a sorti en octobre un premier EP, « A notre gloire ». L’album suivra en février. « Sourire carnivore » est attendu avec impatience.

Il n’y a rien de banal ni de convenu chez ce trentenaire : une attraction pour le noir (des cheveux aux tatouages, des tenues vestimentaires aux paroles percutant souvent les tréfonds de la gravité) qui pourrait autoriser le cliché mais rien de gothique du côté de Louis Arlette. Rien de classique non plus même si son parcours de musicien aussi complet que doué aurait pu lui faire fouler d’autres arpèges. « J’ai eu très jeune une espèce de fascination pour les instruments, je ne sais pas vraiment pourquoi d’ailleurs mais je me souviens que tous m’attiraient. J’ai appris le violon au conservatoire puis adolescent, j’ai commencé à travailler en orchestre. Mais la révélation s’est faite quand j’ai vu Didier Lockwood sur scène. Ce grand musicien de jazz était totalement libre grâce à son violon électrique alors je me suis dit qu’un jour, j’aurais le même. C’est incroyable ce que ça apporte d’aisance nouvelle, d’amplitude, de jeu différent avec des échos que je ne soupçonnais pas, des réverbérations impossibles à obtenir sur un violon classique. En fait, j’avais enfin un instrument qui sonnait comme une guitare électrique et ma fascination s’est encore accrue », lance Louis Arlette en riant à l’évocation de ces souvenirs.

Histoire de creuser encore le sillon, le musicien poursuit son apprentissage côté studios d’enregistrement. Les consoles, les synthétiseurs, il veut tout connaître, avec l’espoir clairement  affiché de pouvoir les utiliser un jour. Il se confronte aussi au chant, travaille sa voix constamment et n’a pas peur de pratiquer le grand écart, se revendiquant chanteur français puisque ne voyant pas de meilleur bagage pour transporter ses idées mais affichant son amour pour des groupes aussi variés qu’Indochine… Depeche Mode, The Cure ou Radiohead. S’ajoutent à çà une étude universitaire de la musicologie et un diplôme d’ingénieur du son. De quoi disposer du meilleur kit quand il s’est agi d’ouvrir son propre studio pour devenir réalisateur et producteur, sans pour autant perdre de vue ses moments musicien et chanteur. Toujours cette envie de tout maîtriser, de  tout contrôler, savoir de quoi et comment on parle. « La musique, ce ne sont pas que des notes et de l’émotion, c’est aussi de la technique, des instruments, du feeling… un art aussi complet que complexe! Réussir à tisser le lien avec les musiciens, créer de l’intimité est facilité par cette présence à chaque étape (…) Je suis persuadé qu’être musicien est un socle nécessaire quand tu réalises l’album d’un autre. Tu comprends mieux leurs envies, les échanges sont plus passionnés mais aussi plus efficaces. Il y a une sorte d’enrichissement mutuel dans ces rencontres. Ma vie est faite entièrement de tout cela, c’est son ADN et son équilibre. Je ne referme jamais la porte pour laisser place à un autre plus éloigné de la musique. Ma vie professionnelle est ma vie toute entière.»

Repéré par les musiciens du groupe Air alors qu’il n’était encore qu’apprenti ingénieur du son, Louis Arlette les a ensuite accompagnés durant plusieurs années. Sur l’album « Love 2 », il a assisté Nicolas Godin et Jean-Benoit Dunckel avant de mixer et enregistré « Le voyage dans la lune » ainsi que « Contrepoint », le premier album solo de Nicolas Godin. Il y a pires pour débuter dans le métier. L’homme fasciné par les consoles avait de quoi renforcer sa passion. « Les machines ne sont pas des appareils pleins de froideurs, ce sont au contraire des prolongateurs d’envies, une façon d’exprimer ses idées, des alliées précieuses pour mixer les univers, glisser de l’électro dans l’acoustique par exemple. Comme un supplément amélioré de nous! »

Après toutes ces expériences, le temps était venu pour Louis Arlette de sauter le pas, franchir les doutes qui l’empêchaient de livrer ses propres chansons. Malgré une forme d’inhibition accrue par la conviction qu’aider les autres à s’exprimer n’a vraiment rien à voir avec s’exprimer soi même. Malgré cette différence jugée abyssale… et pourtant la fluidité a été au rendez-vous. Des textes majestueux ont vu le jour, le fruit peut être d’un parcours littéraire dense, avec des références comme Balzac, Flaubert, Aragon ou Proust dont il assure du génie. Mieux vaut ne pas tenter la joute verbale passionnée, elle est perdue d’avance, Louis Arlette assume qu’il pourrait parfaitement ne rien lire d’autre jusqu’à la fin de sa vie. Les madeleines sont cuites! Et l’artiste lui rend finalement un magnifique hommage en suscitant des réflexions sur la société et ses dérives, l’amour, la mort, sur tout ce que l’on a de vrai, de grave, au plus profond de soi. C’est si fort que l’on se prendrait à rêver d’un recueil permettant de lire et relire ces mots dans la profondeur de leur nudité, agrémentés de quelques dessins que ce touche à touche au talent décidément polymorphe aurait imaginés.

« Mon premier EP en 2016 s’est fait en deux semaines, ce qui fut assez sportif. Il parlait de la mort, de la colère notamment. Celui là m’a pris un an et est plus engagé qu’il s’agisse de la politique ou de l’éthique, la société devient si égoïste en ce temps de selfies. J’ai envie que les chansons ne soient pas que des choses murmurées mais qu’elles donnent aussi l’occasion de réfléchir (…) Ajouter la musique n’a pas toujours été simple, il y a des moments où l’on s’acharne trop sans doute, où à force de recherches ou de doutes on peut tuer un morceau. or, je suis convaincu que c’est le morceau qui décide. On a une vague idée puis à un moment l’étincelle se produit. »

Après une année derrière son clavier, Louis Arlette a eu envie de rompre la solitude et de retrouver des musiciens pour « A notre gloire ». « Je voulais réussir à porter du contraste, des compromis. Je ne voulais pas manquer ce morceau engagé venu après les attentats du Bataclan. L’ énergie devait s’imposer et elle est venue assez vite. En revanche avec « Le Naufrage », j’ai connu de vrais moments perturbants. J’aimais ce morceau mais le rythme était si lent qu’il en était déprimant. Et puis un jour, j’ai décidé d’accélérer le tempo et le titre a pris la bonne direction, la partition enjouée accentuant paradoxalement le thème qui est quand même assez triste. La musique est l’écrin du texte alors mieux vaut ne pas se rater. »

Le 9 Février, les dés seront lancés et « Sourire Carnivore » sera révélé. Cinq jours plus tard, le 14 (la fête des amoureux, ça pourrait donc être de bonne augure côté sentiments), Louis Arlette et ses musiciens s’installeront à la Boule Noire à Paris pour le premier concert de cette nouvelle aventure. « Jouer en live dans un studio permet de douter, de chercher des tonalités. La scène exige une précision et d’autres arrangements. Nous serons quatre,  je pense que c’est la forme idéale, celle qui me correspond le mieux aujourd’hui en tout cas. Je suis impatient de ces rendez-vous, je ressens une certaine fébrilité aussi car je n’ai pas envie de décevoir, c’est comme un examen que l’on souhaiterait réussir. » L’ ’intranquillité de Louis Arlette n’est pas prête à s’estomper mais cet homme-orchestre de grand talent, qui aimerait entendre dire qu’il « fait de la chanson française tripante et affranchie des carcans poussiéreux », devrait résonner longtemps après cette double croche sur le calendrier.

Magali MICHEL.

– https://www.facebook.com/louisarlettemusic/

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