RENCONTRE: Pomme, croqueuse de chansons très inspirées

Elle n’est pas très grande mais ça n’autorise pas la facilité littéraire qui la jugerait « haute comme trois pommes ». Ne pensez pas davantage que sa jeunesse rimerait avec des refrains « pomme d’api ». Bref, on évacue tout de suite les images fleurant bon la candeur gentillette, si Claire Pommet dite Pomme a décidé de conserver son surnom pour tenter l’aventure musicale, elle a déjà tout d’une grande. Il lui suffit de trois notes et quelques accords pour que le public se laisse prendre par sa voix cristalline et ses refrains incisifs. Portrait d’une enfant terrible sérieusement douée.

« Salut, ça va ? On ne va peut-être pas se mettre dans la loge parce que j’ai chanté hier soir dans une bergerie et les organisateurs m’ ont offert plein de fromages. On peut plaisanter, il n’empêche que c’était une très jolie soirée et le public était vraiment dans l’écoute. » Des premiers mots qui résument d’entrée de jeu la personnalité de Pomme, jeune auteur-compositrice-interprète de la région lyonnaise qui depuis deux ans trace sa route et emporte un public de plus en plus large derrière elle. En comité restreint ou comme ce soir devant une salle pleine à craquer venue applaudir Asaf Avidan, elle joue vrai et donne avec la même intensité. Sans faux-semblants.

Assise par terre, le dos calé contre les banquettes jouxtant les loges de Stéréolux, sans une once de maquillage, la boucle plus courte depuis quelques semaines, la jeune femme n’a pas besoin de revendiquer son authenticité. Elle ne triche pas et cela se voit. Et paradoxalement, c’est sans doute cette vérité qui lui permet d’être aussi à l’aise avec le second degré ou l’ ironie jalonnant ces refrains, en décalage complet avec ses vidéos qu’elle distille sur internet et qui la mettent en scène dans des robes champêtres, cornets de fleurs à la main ou pédalant à travers une campagne estivale. Le décalage entre l’image et les mots rend le message encore plus fort. La candeur n’est que de surface.

« Le décalage, c’est un peu l’histoire de ma vie. Je ne suis pas timide, j’ai très vite compris que la musique, chanter, écrire seraient ma voie alors je me suis présentée dans des bars à Lyon et j’ai eu la chance d’être acceptée pour y donner mes premiers concerts. Le bruit, les gens qui circulent, cela ne me dérangeait pas trop, je savais que je faisais mon apprentissage et je me sentais hyper chanceuse de pouvoir me faire entendre. Mais du coup, forcément que lorsque je retrouvais mes potes de lycée, on n’avait pas les mêmes anecdotes à partager. Puis je suis partie à Paris et le fossé s’est creusé encore. Enchaîner les concerts, tenter de vivre de la musique ont été des accélérateurs de vie alors que mes amis étaient encore en pleins doutes sur leur avenir, sur leurs envies futures. Ils me reprochent parfois de ne plus avoir le temps pour de grosses fêtes mais je ne suis pas la convive idéale, je ne fume pas, je ne bois pas… Je ne suis pas inquiète, je sais que d’ici deux ou trois ans, quand eux aussi auront mis le pied à l’étrier de la vie professionnelle, ils comprendront que l’on ne fait pas toujours ce que l’ on veut de son emploi du temps. »

Elle aura vingt-deux ans l’année prochaine et on reste assez bluffé par tant de maturité et de sagesse. « Grandir, c’est décevoir un peu », chante Pomme. Pas franchement le bilan à tirer de ce parcours fortissimo. Après les bars, Pomme est passé par les Chantiers des Francos puis en 2016, elle signait chez Polydor. A son premier EP, « En Cavale » vient tout juste de succéder « A peu près », un album magnifique, treize titres d’où s’envolent la désillusion, l’amertume, un parfum sérieusement désenchanté.

« Vingt ans, c’est jeune mais quand on a connu cette vie accélérée, on a aussi eu le temps d’accumuler des émotions qui ne sont pas forcément celles de son âge. Et puis, il y a une part laissée à l’imaginaire, à la littérature. Je ne suis absolument pas quelqu’un de triste au quotidien mais je suis encore dans cette tranche d’âge où le cafard peut être entretenu avec complaisance. Pour quelqu’un qui écrit ses textes, c’est un état très productif celui de cette mélancolie sans cause réelle. Baudelaire a sublimé le spleen avec les Fleurs du Mal. C’est vraiment inspirant pour moi en tous cas. Mais j’aime aussi rire, il ne faut pas croire, » lance t’elle dans un énorme sourire.

Le public qui a eu l’occasion de l’entendre dans ses propres concerts ou alors qu’elle assurait les premières parties de Vianney, Coeur de Pirate, Benjamin Biolay, Angus et Julia Stone, soit plus d’une centaine de dates déjà, s’est vite laissé séduire par la voix cristalline de la jeune femme, aussi à l’aise dans les aigus que dans les plus graves. De quoi porter haut les histoires d’adultère, les amours déçues. La mort est également présente à travers une chanson qui frappe comme un uppercut. Dans « De là-haut », Pomme raconte son enterrement, sans excès ni pathos, sans dramaturgie poussive et c’est juste magnifique. Mention spéciale également à « La Lavande ». Mais on peut rire aussi avec « Pauline », le genre de fille que toutes les filles ont forcément croisé. On n’en dira pas davantage.

« J’adore le folk, la country, j’ai une profonde admiration pour Joan Baez, Linda Ronsdaat, ce sont des femmes qui m’inspirent. J’aime aussi la chanson française, de Léo Ferré à Camélia Jordana avec une mention toute particulière pour Barbara. J’ai réalisé tout à l’heure d’ailleurs que Nantes était sa ville, c’est émouvant… »

« J’écris beaucoup de textes et je compose énormément, à la guitare même si je joue aussi du violoncelle et de l’auto-harpe, instrument un peu étrange, qui a quelque chose d’ « elfique », né en Allemagne et très prisé aux Etats-Unis dans les années soixante-dix, » poursuit Pomme. « Sur ce premier album, réalisé par deux amis, Benjamin Waxx Hekimian et Matthieu Joly, je ne suis pas à l’origine de tous les textes. On m’a proposé des histoires, j’ai rencontré leurs auteurs et au final, leur regard sur moi a été assez éclairant. C’était une vision de moi-même nouvelle. Mais je pense que le prochain album sera entièrement composé de titres que j’aurai écrit car malgré tout, je suis la plus à même de porter ce que je ressens ou ai envie de partager. »

Et partager, elle sait faire. Sans esbroufe ni artifice. Comme elle. Une balance rondement menée, une courte pause et la voilà qui débarque seule sur la grande scène mise en place pour Asaf Avidan, qui l’a choisie pour assurer toutes les premières parties de sa tournée française. « Salut! Ca va ? Je m’appelle Pomme… » Six titres plus tard, le public l’accompagnait dans un a capella impressionnant.

Pour tous ceux qui n’auraient pas eu la chance de voir cette artiste, assurément l’une des grandes représentantes de la chanson française dans un avenir tout proche, Pomme repassera bientôt à Nantes, toujours à Stéréolux, en co-plateau avec Juliette Armanet (le 1er Décembre) puis elle filera  en Estonie, où un Festival l’a déjà programmé. Elle passera sans doute aussi par le Québec, une terre qu’elle affectionne particulièrement. Mais elle ne rêve pas pour autant de partir à la conquête de l’Amérique. La Norvège, l’ Italie, tous les coins d’Europe qu’elle ne connait pas encore sont autant d’envies pour s’y produire. « Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Je ne rêve pas de Zénith bondés. J’ai juste envie de continuer à balader mes chansons pour les partager. M’inscrire dans la durée, je crois que mon rêve est là » Il y a des rêves bien plus improbables…

Magali MICHEL.

Crédit Photos // Sophie BRANDET.

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