SOPRANO, LE RAPPEUR JONGLEUR DE MAUX

A la fin de l’année, Soprano aura gravi son Everest Tour en une centaine d’étapes toutes sold out vues par plus de 400.000 spectateurs. Un succès logique, dans la cordée du triple disque de platine décerné à l’album éponyme sorti en… dernier. Deux heures trente de show haut en couleurs où Soprano impose son rythme et casse les codes avec son rap positif et ses discours rassembleurs. A Nantes en avril, les billets s’étaient envolés en quelques jours. L’Everest Tour était donc de  retour ce 23 septembre dans un Zénith plein à craquer… avant un ultime retour le 28 Novembre. 

Une montagne à facettes mobiles support à une scénographie impressionnante et des lumières qui font partie largement intégrante du show, des flancs d’Everest qui pivotent pour laisser entrer des invités surprises en hologrammes bluffants (Marina Kaye, Kendji, )… Pour cette nouvelle tournée Soprano a voulu grimper encore plus haut, à hauteur de ce dernier album certifié triple disque de platine et unanimement salué par la critique. Et il a visiblement eu raison. Ce 23 septembre au Zénith de Nantes, plus de huit milles fans attendaient son retour, toutes générations confondues. Des ados en nombre bien sûr, pour qui les paroles de cette icône du rap français aux allures allures de « grand frère » résonnent juste mais aussi des parents, ceux qui étaient déjà là il y a plus de vingt ans quand Soprano foulait ses premières scènes, en solo ou avec son groupe « Psy4 de la Rime ». Une fidélité justifiée par le parcours du marseillais de souche comorienne qui ne s’est jamais perdu de vue dans les méandres tentaculaires de la gloire, n’a jamais renié ni ses origines, ni ses envies de toucher le plus grand nombre avec ses textes coups de poing, ses chagrins et ses colères.

Après avoir évité la chute en entrant sur scène (descendre une montagne peut s’avérer glissant malgré les chaussures de randonneur alpin, mais l’histoire ne retiendra qu’un tout petit blanc entre deux paroles), le rappeur a livré deux heures trente d’ un show éblouissant où l’énergie impressionnante a su laisser toute sa place à des moments plus graves.

Avec ses deux acolytes choristes, les frères Zak et Diego, Soprano enchaine les titres que le public connaît par coeur, transformant le Zénith en une immense chorale joyeuse et enthousiaste. Il l’avait d’ailleurs annoncé: danser, chanter, avoir mal aux jambes peut être mais à la fin, chacun devra repartir heureux. Pas d’autres objectifs que celui là !

Les tenues se changent, jouent la carte montagnarde ou sportive comme celle de l’élégance. Ne cherchez pas de casquettes à l’envers, ne guettez pas les « yo man » ou les « wesh mon frère ». Il y a longtemps que Soprano, né Saïd M’ Roumbaba, marche loin de ces sentiers bornés par les clichés du rap, vulgaires à force de complaisance moqueuse. Chez Soprano, l’émotion peut naitre de la colère, des préjugés ou des pires rebonds de l’Histoire, de ces mères qui pleurent la disparition de leurs enfants tués par la violence des cités, il peut fustiger l’usage addictif du téléphone portable, il n’y aura jamais d’appel à la haine, de revendications agressives autant que démago. Le gars est lettré, féru de poésie, il aime les mots et les pose avec un sens de la justesse incisif et inégalé.

Fan de Daniel Balavoine, dont il reprend d’ailleurs un long extrait de « La vie ne m’apprend rien », se rêvant à son image, populaire sans rien renié de ses engagements. Il a fréquenté une école coranique mais la religion ne sera pas intégrée dans ces grand’s messes du soir. Au contraire, à chaque fois qu’il rend hommage aux disparues, « c’est en plaçant l’humain au coeur de tout, sans prosélytisme surtout. » La foi en l’Homme, en sa capacité à reconstruire après avoir trop souvent été cause de son propre malheur. Soprano, plus d’un million d’albums vendus, plus de cinq cents millions de streams audio-vidéos, plus de 400.000 spectateurs sur cette seule tournée partagée par plus de six millions de followers sur les réseaux sociaux, a une trop haute conscience des dérives possibles d’une parole pour ne pas mesurer la sienne. Mais lorsqu’il livre un texte, il rêve d’être entendu. Comme avec « Posez les armes » qui vise fort. Dans la vie, Soprano est aussi devenu  parrain d’ U-Report, le réseau social, anonyme et gratuit, d’opinion pour les jeunes, lancé par Unicef. Tout est raccord.

Survitaminé, gonflé à l’énergie de l’enthousiasme et de l’envie, Soprano enchaine les titres en dansant et parcourant l’immense scène sans jamais s’arrêter. « Le Diable ne s’habille plus en Prada », « Roule », « Hiro », « Le coeurdonnier », nouvel extrait de l’album, « Mon précieux », « Cosmo », « Millionnaire », la soirée roule à tubes ouverts et n’en oublie aucun. On comprend que les Enfoirés ne pouvaient laisser loin d’eux cette locomotive majeure de la chanson française. Celui qui n’a jamais voulu renoncer et a toujours cru en ses rêves est devenu un poids lourd. Peut-être même bien au delà de ce qu’il espérait. Un artiste majeur, militant pacifique pour qui le rap a su sortir de ses trois lettres qui le mettaient bien trop à l’étroit.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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