FRANÇOIS MAIGRET, PORTRAIT D’UN GUITARISTE SURDOUÉ

Il est sans doute l’un des meilleurs guitaristes de sa génération. Mais il a très vite montré que la composition, le dessin, la réalisation, l’enseignement, le chant étaient aussi dans ses cordes. Alors que s’achève le « Propaganda Tour » avec No One is Innocent, François Maigret (alias Shanka) s’apprête à traverser les Etats Unis avec Greg Jacks, son complice de The Dukes, pour le « Vans Warped Tour » et défendre la sortie Outre Atlantique de « Smoke Against the Beat », le dernier opus en date de ce duo rock génialissime. Le(s) talent(s), l’humilité et la passion pour passeport.

Ne lui dites pas que sont assez rares ceux qui touchent à autant de domaines avec pareil talent! Il vous répondra que les gens n’essaient pas alors qu’il suffit d’oser pour constater qu’il n’y a vraiment rien d’impossible. Et le pire, c’est qu’il en semble convaincu. Pas une once de gloriole, encore moins une trace de « melon » ou d’un quelconque signe d’ego démultiplié chez ce trentenaire surdoué. François Maigret (Shanka) a l’humour en garde fou et ne se laissera jamais prendre dans les méandres de certains délires d’artiste. Avec un parcours comme le sien, certains s’y seraient pourtant égarés.

A 14 ans, après quelques années de piano bien trop classique pour déclencher sa passion, François Maigret découvre grâce à son frère de dix ans son aîné, Depêche Mode, ACDC, Dire Straits. Il se met à la guitare et se rêve une vie à la Angus Young. Quitte à rêver, autant rêver grand ! « Le blues aussi me parlait, il est toujours une source d’influence d’ailleurs mais Scorpions avait été mon premier concert à Amnéville et puis je m’étais pris une grosse claque avec ACDC à Nancy. En matière de rock, ça laisse forcément des traces. » Il continue de saigner sur ses six cordes et à 19 ans, remporte le concours national des guitaristes Ibanez. Il se laisse emporter par l’idée qu’il avait peut être sa place dans ce milieu à l’apparence pourtant très verrouillé, quitte sa Lorraine natale et ses études supérieures pour Paris et pige pour la rédaction de « Guitar Part ».

« Avec le recul, je m’aperçois combien cette période a été incroyablement dense et drôle. On bossait comme des malades (j’avais en parallèle « Lycosia », un groupe de rock), et je devais tous les mois me filmer en train d’expliquer un morceau. Autant faire les DVD était assez peu fun et faisait exploser les horaires, autant préparer la pédagogie, se demander comment elle allait être reçue par des milliers de personnes étaient passionnants. On se marrait vraiment beaucoup à le faire et à titre personnel, j’en ai retiré une exigence qui me suit aujourd’hui. Et puis malheureusement, les problèmes de droits ont été modifiés au point de devenir financièrement prohibitifs pour le magazine. La méthode vidéo « Les Leçons de Bob Wacker », (une méthode de guitare en deux volumes publiée avec Jean-Jacques Rebillard, l’un des fondateurs de Guitar Part), DVD d’or en 2005, bouclera la boucle en ce qui me concerne. Ce qui est assez incroyable après toutes ces années, c’est que les gens m’en reparlent encore régulièrement aujourd’hui. Je suis resté leur Professeur Relou! Mais je n’avais pas envie d’être enfermé dans cette image d’enseignant. J’ai animé quelques Master class dans les années qui ont suivi puis le manque de temps a entraîné un décrochage assez naturel. Je ne conserve que des souvenirs géniaux et de beaux délires de cette période. »

Après une tournée et un album avec Lycosia, François Maigret rencontre en effet les membres de No One is Innocent qui sont en recherche d’un nouveau guitariste. La pression est énorme pour celui qui devient le plus jeune de la bande mais comme toujours, le défi est relevé haut la main. « Je les avais vus aux Eurockéennes en 1997 et j’avais adoré. Je vous laisse imaginer ce que j’ai pu ressentir quand on y est revenu et que cette fois, j’étais sur scène avec eux. Participer à l’enregistrement du troisième album, « Révolution . com »  est resté lui aussi un moment assez fort. Autant en live, je me déchaine, je saute, je bondis et suis dans une énergie qui pourrait me faire oublier la fosse toute proche (surtout si on joue sans fil!) , autant le studio est un temps construit, carré. Ce n’est pas besogneux pour autant mais c’est clairement beaucoup moins pousseur d’adrénaline, il faut être honnête. » Trois albums et le succès impressionnant de « Propaganda », le dernier en date, et de sa tournée à guichets fermés plus tard, François Maigret n’a rien perdu de sa niaque. Il n’a même peut être jamais été aussi passionné, enthousiaste et prolixe. L’effet The Dukes sans doute aussi.

En 2004, le musicien a rencontré Greg Jacks, batteur impressionnant (Un temps celui de No One is Innocent et de Superbus, entre autres), avec lequel le courant s’établit immédiatement. « Très vite nait l’idée d’un projet qui serait possiblement le plus fou mais le plus fort de notre vie. On ne s’est pas embarrassé de questions, on a foncé et sorti « Victory », un LP de treize titres composé en six mois et enregistré en moins de deux semaines, porteur d’une identité rock très forte. Les gens ne s’attendaient pas à cet espèce d’OVNI peut être. Les retours ont été ultra positifs et forcément, ça nous a convaincu de poursuivre. A deux, quand on a la chance de fonctionner aussi bien, tant sur le plan artistique que sur le plan humain, tout s’enchaine avec facilité. Nous avons des goûts et des styles de vie très différents mais nous sommes complémentaires. Il n’y a pas de palabres inutiles, les échanges sont positifs et nous tirons dans le même sens. Résultat, malgré des centaines d’écoutes, nous restons tous les deux super heureux de notre second album, « Smoke Against the Beat « . « Just in Case », « Daisy’s Eyes » ou bien encore « Black Hole Love » notamment nous éclatent toujours sur scène. »

Après avoir assuré quelques jolies premières parties (de Shaka Ponk notamment) et sillonné dans pas mal de festivals, le duo s’est mis en repli le temps de composer un nouvel album. Plusieurs titres étaient bouclés lorsque les évènements se sont enchaînés. « On a eu l’occasion d’effectuer à l’automne dernier une petite tournée dans des clubs à travers les Etats-Unis, où vit Greg, qui est marié à une américaine. Le bouche à oreille a super fonctionné et les contacts se sont multipliés. Nous avons aussi rencontré Val Garay, le multi récompensé producteur et ingénieur du son (sept Grammy, des disques pour Kim Carnes, Dolly Parton, Neil Diamond, Linda Ronstadt, James Taylor, entre autres). Ce fut un moment assez improbable, la rencontre de deux petits franchies qui débarquent comme ça sans prévenir chez ce grand monsieur de la musique Outre Atlantique, le courant qui passe immédiatement et Val Garay qui décide d’embarquer dans l’aventure et de produire plusieurs titres. On a donc enregistré des morceaux. C’était ultra léché, superbement produit… Mais ce n’était pas la direction que nous souhaitions prendre. Trop pop, pas assez rock, ce qui est assez logique au final car Val n’écoute pas ce son là, ne l’a jamais produit. Ce n’est pas son territoire. Et moi, je suis trop punk, j’ai un rapport trop animal avec la musique pour aller vers la pop. Alors l’amitié et notre respect pour cette grande personnalité demeurent, c’est incontournable. Mais l’album prendra la direction rock qui nous vibrer. »

Le hasard étant parfois providentiel, François Maigret et Greg Jacks, qui avaient entrainé depuis le début de leur sillage américain, une équipe passionnée (dont un super ingé son) s’attache alors les services d’un manager qui n’a rien du bizuth de l’année puisqu’il a bossé pour les Gun N’ Roses et Alice in Chains. Autant dire que le rock, il sait à peu près comment ça sonne et quelles peuvent être ses exigences!

C’est fort de toutes ces présences que The Dukes va entamer le célèbre « Vans Warped Tour » (l’un des plus célèbres festivals itinérants entre Etats Unis et Canada, organisé de juin à août chaque année) , qu’une seule formation hexagonale avait intégré précédemment. De quoi intensifier la dynamique sur place avant que sorte à la fin juin « Smoke Against The Beat », accompagnée d’une grosse campagne de promotion presse et radio. Suivront d’autres dates à l’automne à travers l’Europe avec Smoki, en fer de lance.

Smoki? On pourrait presque dire le troisième personnage du duo, une figure que François Maigret, qui n’est plus à un talent prêt, a imaginé et dessiné. « Je n’avais pas envie de confier l’artwork de l’album à un autre, je voulais que ça reste très personnel. Smoki est apparu avec les premiers dessins du clip de « Grey People » et puis tout a découlé avec naturel. On l’a trouvé sympa ce personnage, le public aussi qui nous a assimilé à lui alors on l’a décliné de pleins de façons différentes…  Aujourd’hui, il est clair qu’ il ne peut plus perdre sa place. Comme quoi, oser est la base de tout puisque je ne suis clairement pas dessinateur. Je ne suis pas davantage réalisateur mais faire un clip avec un iphone méritait d’être tenté. Si le résultat est bon, tant mieux. Si cela ne marche pas, on aura tenté et appris. C’est l’envie qui fait la différence. Rien d’autre!»

Quand on demande à François Maigret ce qui définit pour lui un bon guitariste, il répond «celui qui a un niveau de jeu suffisant pour faire ce qu’il a envie de faire, celui qui peut passer outre la technique, une fois qu’elle est bien en place, pour exprimer ce qu’il ressent et permet la bonne adéquation entre le niveau de jeu et le projet. La main gauche a le toucher et la main droite, qui attaque les cordes, est aussi celle de la personnalité, celle qui fait la différence.»

Sa différence, il y a bien longtemps que ses admirateurs l’ont notée, n’en déplaise à son humilité naturelle. François Maigret (qui joue aussi avec France de Griessen, l’artiste folk-rock dont le prochain album, enregistré aux Etats Unis, sortira l’an prochain) s’envole dans les prochains jours pour installer The Dukes sur les rails de sa destinée internationale. Avec l’audace et l’envie de ceux qui ne semblent même pas avoir la pleine mesure de leurs talents. Libre. Bluffant.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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