Geoffrey Ploquin, un danseur en mouvements

En cinq ans et trois comédies musicales à succès, Geoffrey Ploquin est devenu un danseur très recherché. Un succès qui semble surprendre cet ancien élève du Conservatoire National de Paris, qui croit aux vertus du travail et ne se laissera jamais prendre par des sirènes de la renommée qui riment bien trop souvent avec éphémérité.

try3-copy

Dans les couloirs du Zénith de Nantes, il rejoint les coulisses d’un pas souple mais sans précipitation. A une heure de la représentation, juste avant de passer entre les mains de la maquilleuse, il se plie avec sourire aux souhaits de la photographe, enfile l’un de ses costumes puis prend la pose au milieu du décor. Souriant, disponible et professionnel, la marque de fabrique de Geoffrey Ploquin (« Plok »), danseur de la troupe des «  Dix Commandements », actuellement en tournée à travers la France, qui à force de talent a imposé sa personnalité et réussit à ne plus être anonyme. Un constat qui l’amuse et qu’il met, avec une modestie non feinte, sur le compte de… sa coiffure ! « C’est l’effet dreads! On n’est pas si nombreux à avoir ces cheveux là, ça doit se remarquer davantage. » Le cheveu est long mais le raccourci un peu court!

Ses premiers pas, Geoffrey Ploquin les a effectués dans sa Charente natale, plus précisément à Mansle où est organisé chaque été (depuis près de trente ans) un grand festival de danse avec la possibilité pour les stagiaires de se confronter aux enseignements de professeurs de renom. Le virus est pris. Prêt à tous les sacrifices pour espérer un jour vivre de sa passion, Geoffrey Ploquin quitte à quatorze ans famille et amis et intègre le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, considéré comme l’un des plus grands établissements d’enseignement artistique au monde.
one dsc_9402

J’étais encore jeune, ce n’était pas évident et nous devions nous plier à des règles strictes faites de rigueur et de discipline. Sans être aussi drastique, sans cet esprit un peu militaire que l’on prête à l’Opéra de Paris, c’était quand même très sévère avec son lot d’injustices car il fallait que le corps reste parfait, corresponde aux normes  alors que nous étions à un âge où la vie décide un peu toute seule. Toutes les heures de travail à la barre ou au sol ne pourront rien contre la croissance. Pour les filles, cela peut même être d’une cruauté inouïe. J’en conserve néanmoins de fabuleux souvenirs et la conscience d’avoir une base solide constituée de tous les indispensables. » Geoffrey Ploquin, bosseur et déjà talentueux, en sortira avec un Premier Prix, mention Très Bien. Plutôt une bonne accroche pour le CV!

Aventurier, se sentant « danseur citoyen du monde », le jeune diplômé rejoint alors la Compagnie Métros, à Barcelone. Trois années fortes avec des créations contemporaines qui se sont malheureusement terminées lorsque la compagnie a du se dissoudre, faute de trésorerie.

tonight

Geoffrey Ploquin rentre en France. Il effectue un passage express par Toulouse avant de s’installer à Paris en 2011. C’est là que Rheda, le chorégraphe des « Enfants du Rock », de « Champs Elysées » mais aussi des concerts de Florent Pagny, Vanessa Paradis, entre autres, le contacte pour figurer dans un clip de Zazie (« Avant l’Amour »). Il ne lui en faut pas davantage pour se faire repérer. Dans la foulée, il passe le casting de « 1789, les Amants de la Bastille » produit par Dove Attia et Albert Cohen. Le monde de la comédie musicale lui ouvre ses premières portes.

« C’est une aventure humaine et professionnelle très particulière car le casting fait naître une troupe avec des personnalités qui ne se connaissaient par pour la plupart, sont censées porter un même objectif avec le même enthousiasme et humainement, il faut que ça marche compte tenu du temps à passer ensemble. Il y a les mois de répétition avant la première puis la longue tournée qui suit généralement les représentations parisiennes. C’est très long quand le succès est au rendez-vous. Pour le corps aussi, il faut rester vigilant. Je ne fais pas partie des intégristes de la nourriture qui compte les calories et traque les graisses. Quand on danse autant, l’organisme élimine de toutes façons. Il suffit de ne pas être dans l’excès. Le plus important me parait être le travail musculaire. Profiter d’un moment même devant la télé pour s’étirer, s’assouplir, penser à toujours s’échauffer soigneusement, rester à l’écoute. Il ne peut y avoir de carrière longue sans veiller à tout ça. »

dsc_2313 dsc_5082

untitled

dsc_2237

Après «1789, les Amants de la Bastille », Geoffrey Ploquin a été rappelé par Giuliano Peparini, le metteur en scène, pour intégrer la troupe de « La Légende du Roi Arthur ». La création  au Palais des Congrès (Paris) puis les semaines d’une tournée, autant de rythmes avec lesquels il faut composer. « A Paris, il y a davantage de représentations dans la semaine, six parfois. En tournée, c’est généralement le week-end que les séances sont concentrées. Il ne faut donc pas se laisser manger par ces emplois du temps atypiques. Le statut d’intermittence exige quarante trois cachets et ce statut est fragile. Il faut donc « exister » entre deux week-end, rester à l’écoute des castings, répondre aux sollicitations y compris les plus brèves », souligne le danseur.

« Je me suis souvent retrouvé sur des plateaux télé. C’est dense, bien rétribué et cela offre une mise en lumière parfois. Mais il y a tellement de professionnels à Paris que la concurrence est sévère et la sollicitation davantage liée au relationnel qu’au CV ou aux auditions. Il faut en avoir conscience et vivre les choses avec le maximum de recul et de sérénité. »

tryy

plok2

De ses origines provinciales, Geoffrey Ploquin a gardé un calme qui ne cédera pas devant la frénésie parisienne. Les pieds sur terre, il reste concentré sur un quotidien qui passe désormais par l’ Histoire avec un grand H puisqu’il s’agit de celle des Dix Commandements. Près de deux mois de répétition à la Cité du Cinéma en Seine Saint-Denis et puis ces quatre représentations à l’Accord Arena de Paris (ex Bercy) en Novembre dernier devant plus de 25.000 spectateurs. La tournée française est en route, grand barnum impressionnant retraçant l’Egypte de Sethi, au XVème siècle avant JC. Coté musique, ces chansons de Pascal Obispo devenus culte depuis la version d’origine en 2000, « Mon Frère », « L’ Envie d’Aimer » et tous les autres titres que reprend haut la main la nouvelle distribution.

try dsc_9447

A Nantes, la salle était comble et les deux représentations ont été ovationnées. Les dates d’ Epernay, Douai, Limoges et Montpellier prévues en ce mois de février sont pourtant reportées à une date ultérieure. « C’est compliqué car la période n’est pas idéale pour se mettre en route », observait Geoffrey Ploquin alors que l’annonce de ces reports n’étaient pas encore faite. « Financièrement, après les fêtes de fin d’année et les impôts qui arrivent, acheter une place de spectacle est un plaisir que tout le monde ne peut pas s’offrir. Bizarrement, il y a aussi des spectateurs qui découvrent notre passage tardivement. Je veux penser que le succès sera pourtant au rendez-vous. »

Le danseur réfléchit aussi à son avenir. La passion est intacte mais il a envie de franchir les frontières. « Je veux aller voir ce qui se fait en Europe. La Grande Bretagne, l’Europe du Nord sont parait-il riches de chorégraphes, de troupes impressionnantes. Je prépare un périple en aménageant ma voiture façon camping car. J’irai où me porteront les découvertes et les rencontres avec l’espoir d’apprendre et de danser. Encore mieux. Encore plus. Il faut savoir se réinventer sinon la passion aussi jouerait l’intermittence. » Que ses fans (dont certaines le suivent de ville en ville) se rassurent: la passion est encore vive et le temps n’est pas encore venu de se décrocher de l’affiche.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

try1

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s