Christophe Maé décline le bonheur au présent

Au printemps, Christophe Maé sillonnera parmi les plus grosses salles de France pour une tournée qui s’annonce d’ores et déjà triomphale (avec escale quatre soirs consécutifs au Zénith de Paris, du 16 au 19 Mars). Mais « L’attrape rêves Tour » a déjà pris la route pour treize dates dans des lieux plus intimistes permettant une proximité retrouvée avec le public. Un tour de chauffe bien plus qu’un rodage car tout est déjà en place. Plus introspectif, davantage dans les graves mais d’une tonalité toujours aussi euphorisante et pêchue. 

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Quelques silhouettes de cactus bordées de lumières, un coffre recouvert d’un tapis amérindien, un bar qui semble échappé du Far West et un immense attrape-rêves sur fond orange, la nouvelle tournée révèle son ambiance et lève un pan de ce qui sera en place quand se profileront les Zéniths. Parfaitement raccord quand on sait que les « attrape-rêves », objets composés d’un cerceau et d’un entrelas de fils en forme de filets, sont issus de légendes indiennes, qui les voient comme des filtres empêchant les mauvais rêves de perturber le sommeil.

Mais plutôt que les éléments de décor, c’est la profondeur de la scène qui anime les conversations. Chacun se demande comment Christophe Maé, habitué à parcourir des espaces immenses, danser, sauter, faire bouger les salles, va pouvoir trouver ses marques dans le peu de champs restant libre à coté de ses cinq musiciens. Des interrogations de courte durée : il suffit que sa silhouette apparaisse et ce sont déjà des tonnerres d’applaudissements. Les deux milles spectateurs réunis à l’Hermione de Saint-Brieuc ce 22 Novembre sont déchaînés, impatients de voir comment l’artiste pourra frapper aussi fort qu’avec « Je veux du bonheur », cet album et cette tournée qui avaient tout raflé, une couleur New Orleans et un jazz band encore dans les mémoires.

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L’oeil vert rieur, le sourire généreux, habillé d’un jean baggy ciel et d’une veste blanche identique à celle du livret, coiffé d’ un feutre qui n’aurait pas déplu à Frédéric Mistral, le musicien entame les premières paroles de « L’ attrape rêves ». La chanson qui offre son nom à l’album donne le La au concert. Une séquence toute en poésie et émotion puis déjà « Parisienne » lui emboîte le pas à coups de Converses blanches, portrait doux acide, implacable et drôle d’une jeunesse bobo. Le public reprend en choeur sans avoir besoin d’y être invité. Comme pour ses  trois précédents opus, vendus à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires, le disque sorti le 13 Mai dernier fait carton plein, le clip de « Il est où le bonheur? » venant lui aussi de décrocher un NRJ Music Award.

« 40 ans demain » porte une large part de l’ ADN de l’album. C’est le morceau autour duquel tout se décline avec logique et justesse. Quand d’autres se livrent à un état des lieux à ce moment crucial et parfois douloureux de la cinquantaine, Christophe Maé n’a pas attendu pour dresser l’inventaire et connaître le blues de la «moitié du chemin ». L’angoisse du temps qui passe mais aussi sa chance de vivre la vie dont il rêvait gamin. De doutes en sursauts de passion, il retrace son parcours sans détours dans un discours simple et touchant. « Merci à vous, merci la vie! » clame t’il dans une large ovation avant d’entamer le premier couplet.

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Emotion encore avec « La rumeur », énorme tube extrait d’ « On trace la route », son deuxième album (certifié disque de diamants avec plus de 750.000 ventes). Puis viennent « C’est ma terre » et le débridé « Je me lâche » qui a toujours donné lieu à de grands moments de joie sur scène comme dans la salle. D’ailleurs l’ artiste ne faillit pas et demande aux gradins de se mettre debout. « On n’est pas au cinéma! Allez, allez!! Tout le monde saute!! » A commencer par lui qui en joyeux trublion court d’un bout à l’autre, tape les mains du public, virevolte avec ce sens du show exceptionnel qui en fait depuis dix ans l’un des meilleurs performers.

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S’ ouvre alors une séquence plus grave. Si l’âge et les années qui défilent généraient des observations assez personnelles, « Il est où le bonheur ? » a des couleurs universelles. Les paroles résonnent en chacun. Christophe Maé démarre le titre accompagné de sa seule guitare. Les mots claquent, la voix est puissante et l’ émotion non feinte. A part quelques fans irréductibles, portant l’irrespect jusqu’à se croire seules dans la salle, hurlant quand il s’agit au contraire de se laisser porter par les sentiments, la salle frissonne, soufflée par ce magnifique moment et ces mots implacables. La maturité va bien à Christophe Maé qui ose l’introspection, les questionnements plus douloureux. Dans les aigus, ses cris là font naître les larmes. Le bonheur, parfois, lui aussi agit ainsi…

Paul Ecole, le régional de l’étape, a écrit neuf des dix chansons de « L’attrape-rêves » (celle ci étant signée Boris Bergman). Un an et demi de moments de vie partagés entre deux hommes qui ne se connaissaient pas, que Bertrand Lamblot, directeur artistique chez Warner, a fait se rencontrer et qui sont désormais inséparables. « Ma plus belle rencontre humaine et artistique », lui a lancé Christophe Maé en l’invitant à le rejoindre sur scène. « Il est entré dans mon cerveau. Il sait tout de moi. » Ce que Paul Ecole, connu alors pour livrer des textes magnifiques à Calojero, ignorait, c’est que « Lampedusa », texte sur les migrants écrit quelques temps plus tôt, deviendrait avec les notes du musicien et de Félipe Valdivia, cet hymne à la main tendue, à la générosité et à l’accueil, servi sur scène par un jeu de lumières implacable.

« La poupée », en version piano-voix avec un final a cappella, boucle ce très beau moment. Le titre, qui évoque la disparition d’une SDF, était l’un des temps forts de « Je veux du bonheur ». Il a toute sa place dans cette set list parfaitement construite qui laisse la part belle à toutes les émotions. La preuve : « Mon p’tit gars » lui succède juste avant un « Belle demoiselle », qui prend ici des allures de boeufs entre musiciens.

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Pour le tonique « Californie », Christophe Maé et ses acolytes, « de vrais amis de longue date », (Joseph Di Marco à la programmation et aux choeurs, Mickaël Désir à la batterie, Bruno Dandrimont, à la guitare, Vincent Bidal aux claviers et Albert Marolany à la basse) font grimper les décibels. Les spectateurs, tous debout, chantent en riant. Ou inversement. La nuit avance mais personne ne semble décider à laisser filer celui qui saute et court encore plus déchaîné. « Je veux du bonheur », « On s’attache », « Marcel » et enfin la toute en tendresse « Ballerine », viendront pourtant mettre un terme à cette septième escale.

En mars, « L’ attrape-rêves Tour » passera à la vitesse supérieure pour une centaine de dates dont sans doute une bonne partie des festivals. Christophe Maé a l’habitude de ces défis. Avec générosité, fort de son enthousiasme contagieux, de ce sens inné du spectacle, il emportera chacun. Pour faire chanter, pour convaincre que « comme l’on rêve on devient ». Pour offrir, à défaut de réponse, une parenthèse durant laquelle le bonheur sait parfaitement se glisser.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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