Le Rouge et le Noir « rocke » gagnant !

Résolument moderne, sans comparaison avec les productions musicales actuelles, « Le Rouge et le Noir, l’opéra rock » relève haut la note le défi de l’adaptation de la célébrissime oeuvre de Stendhal. Voix, caractères, musiques, mise en scène… Tout est en place. Emotion(s) et plaisir garantis.

affiche-200x150-1_5eme-1

D’abord, il y a le lieu, cette salle de théâtre parisienne des années vingt, conçue pour recevoir un peu plus de neuf-cents personnes entre parterre et balcon. Ce rideau de velours… Rouge, forcément! Loin des mégas productions du genre, l’opéra rock « Le Rouge et le Noir » a trouvé au Palace, l’abri idéal. L’atmosphère presqu’ intimiste ajoute au récit et permet de partager le cloisonnement que refuse Julien Sorel, son envie d’aimer en dehors de ses murs pour mieux nourrir ses ambitions sociales. Mais lorsque le rideau s’ouvre, c’est toute la scénographie moderne qui trouve sa place. Cinq musiciens jouent (et ne font pas semblant!) sur une mezzanine construite au dessus de la scène et s’inscrivent naturellement dans le spectacle. Des murs-écrans coulissants reçoivent les images qui deviennent alors des décors plus vrais que nature. Un jardin, une demeure bourgeoise, un intérieur, une geôle… Des contrastes qui cassent les codes et donnent une impression d’inédit pour décoiffer en finesse le roman de Stendhal.

Adapter ce classique parmi les classiques relevait pourtant du défi. Pour ne pas dire de l’improbable. Mais c’est bien connu, l’avenir sourit aux audacieux. Alors quand Sorel, auteur-compositeur-interprète, qui a emprunté son pseudo au personnage et connaît l’oeuvre dans ses moindres lignes, a décidé de présenter son projet avec Marie-Laure Combelles, sa fidèle complice, il espérait bien emporter Albert Cohen (le producteur réputé de « Mozart, l’opéra rock », de « 1789, les amants de la Bastille », entre autres) dans son enthousiasme. A l’évidence, il a su trouver les mots… Quelques semaines plus tard,  les signatures idéales pour donner à ce « Rouge et le Noir » ses dimensions opéra et rock étaient réunies.

anthonyghnassia-122 anthonyghnassia-86

Alexandre Bonstein (chanteur, comédien, auteur de « Créatures », quatre fois nominé aux Molière) s’est chargé du livret. A lui les joies de la taille dans les six-cent-trente pages de l’oeuvre d’origine et cette obligation à ne pourtant jamais trahir! A ses côtés, deux références, François Chouquet, qui a mis en scène toutes les dernières productions d’ Albert Cohen et Laurent Seroussi, réalisateur de nombreux clips pour Calogero, Yaël Naïm. Le premier a planché sur les nombreuses parties purement théâtrales tandis que le second veillait à la partie scénique musicale et visuelle. Mais qui dit opéra rock dit chansons. Vincent Baguian, amoureux des mots, compositeur, interprète, signature de la plupart des titres des « Amants de la Bastille », de « Mistinguett, reine des années folles a partagé l’écriture avec Zazie, amie de longue date. Quant à la partition, elle a échu entre les notes de Sorel et de William Rousseau. Une référence de plus : la plupart des musiques de « Mozart, l’opéra rock » portent sa griffe. Il a aussi écrit pour Emmanuel Moire, Roch Voisine, Nolwenn Leroy, Florent Pagne… La liste est longue et a de quoi impressionner!

Ne restait plus qu’à dénicher ceux qui donneraient vie aux personnages. Bruno Berbérès, qui traque les talents de The Voice, disposait d’un beau vivier pour bâtir l’ossature du casting. Finaliste de l’édition 2015, musicien, Come s’est imposé naturellement. Il a le physique, le charisme, la fraîcheur (en dehors de la fameuse émission, on ne l’a encore vu dans aucune autre production), et l’envie. Il a aussi accessoirement la voix. A ses côtés, Haylen (dernière saison en date de The Voice) est une Louise de Rénal bluffante de vérité. Jouant juste, dotée d’une voix posée se promenant avec la même facilité sur toutes les hauteurs de gamme, elle est remarquable et provoque l’empathie sans jamais en rajouter. Julie Fournier (saison 5 de The Voice) campe une Mathilde de la Mole touchante. Quant à Yoann Launay, (de la même promotion que Come), il porte beau l’habit et le verbe de Géronimo. Son personnage, qui manie ironie et provocations, est totalement crédible et lui permet de mettre en exergue toute sa puissance vocale, comme dans cette scène assez étonnante où il partage l’affiche avec une castafiore… en carton !

anthonyghnassia-192 anthonyghnassia-120

Impossible encore de ne pas citer Patrice Maktav (passé par le Cours Florent, la première Star Ac, Mozart l’opéra Rock et Mistinguett, reine des années folles, entre autres). Avec son jeu précis, aussi à l’ aise dans les scènes de théâtre que dans les chansons, il semble prendre beaucoup de plaisir à rendre antipathique Monsieur Valenod. Elsa Perusin campe son épouse toute aussi manipulatrice, Cynthia Tolleron est Elisa, la nurse, amoureuse secrète de Julien Sorel, Michel Lerousseau est le Marquis de la Mole et Philippe Escande, Monsieur de Renal.

Les costumes ont pris le parti d’un mixage hors du temps, un pan dans le passé, un autre dans les plis actuels. En jean slim noir, bottines en cuir, chemise blanche à jabots sous petit gilet brodé, Come-Julien Sorel a les atours rock’mantiques évidents et séduisants. Outre les murs écrans, un plateau tournant inattendu offre de jolis moments qui rajoute à l’émotion. Les titres devenus des tubes , comme « La Gloire à mes genoux » ou « Les maudits mots d’amour » rythment avec superbe mais on se laisse aussi emporter par les mises en scène d’« Il aurait suffi » (Come, Haylen, Julie Fournier), « Je vous laisse » (Haylen), « Que c’est bon d’être un bourgeois » (Yoann Launay) ou bien encore d’ « Eviter les roses «  (Come, Haylen).

anthonyghnassia-77

Dans les travées de velours, le public partage et se laisse totalement emporté. Aucun temps mort. Ca envoie et  Stendhal n’aurait sans doute pas renié les éclairages portés aux parts lumineuses comme aux recoins les plus sombres de ses protagonistes, qui font et se défont. Loin des énormes shows où tout est superlatif, « Le Rouge et le Noir, l’opéra rock » est une très belle réussite, de ces morceaux de choix inscrite sur la carte des spectacles et qui garantissent le plaisir. Deux heures intimistes et pourtant bien Rock’N’Roll.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Anthony Ghnassia. 

– Au Palace, 8 rue du Faubourg Montmartre 75009 Paris, du jeudi au dimanche, jusqu’au 30 Décembre 2016.  – 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s