Mixage gagnant pour le Main Square Festival 2016!

« Plus que jamais, tous au concert! », telle était la devise du Main Square 2016. Dans une Citadelle parée de nouveaux aménagements (deux hectares supplémentaires grâce à des terrasses aménagées au dessus des célèbres remparts), avec une affiche qui mixait tous les genres musicaux, Live Nation, grand ordonnateur du désormais incontournable rendez-vous arrageois, a une fois encore fait carton plein. La sécurité était renforcée, contexte oblige, mais discrète. Le plaisir des festivaliers, lui, était manifeste. Petit retour subjectif (mais assumé!) sur cette très belle édition.

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Les années se suivent et ne se ressemblent pas. Après les chaleurs caniculaires de l’an dernier, le Main Square s’est ouvert sous des torrents de pluies intermittentes mais sans appel. Des conditions météos qui n’ ont cependant pas réussi à jouer les trouble fêtes ni fait renoncer les festivaliers, prêts à braver les flaques et sauter dans la boue avec un enthousiasme no limit. Après un début d’après-midi marqué par la jolie prestation de Jake Bugg (le londonien révélé par le Festival de Glastonbury, vient de sortir un troisième album prouvant  une fois de plus un  talent de songwriter qui le classe légitimement parmi les plus doués de sa génération), Ellie Goulding a donné au Festival d’Arras un ton supplémentaire.

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Jake Bugg // Main Stage.

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Ellie Goulding // Main Stage.

La superbe anglaise, élégante dans une tenue noire très rock chic, est désormais une star internationale de la pop et le prouve avec une aisance scénique qui tient de la force tranquille. La blondisse arpente la Main Stage à l’aise dans ses docks. A priori logique quand on a vendu pas moins de six millions d’albums et quelques vingt et un millions de singles à travers le monde en moins de six ans. Pour autant, Ellie Goulding a réellement gagné en densité et celle qui fut invitée à chanter au mariage de William et Kate d’ Angleterre, dont la bande de potes n’est que dernières célébrités des charts, assure avec des concerts de plus en plus spectaculaires : projections, jeux de lights, choristes, rien ne manque et contribue à l’élégance du moment. Seul bémol, le dialogue est réduit au minimum, quelques « thank you » prononcés à la hâte et souvent sans même regarder le public, d’autant plus étonnant de la part d’une artiste souriante, qui avait devant elle un parterre de fans de la première heure. Pour ce qui est de la set list en revanche, les festivaliers n’ont pas été déçus. La belle blonde a fait la part belle aux titres de « Delirium », son dernier album en date. C’est d’ailleurs avec « Don’t panic » qu’elle a fait son entrée. «Outside» et « Burn », les titres griffés par Calvin Harris figurent eux aussi en bonne place  et puis bien sûr, immanquables, « Anything could happen », « I need your love » que la foule a repris d’une même voix et la très attendue « Love me like you do » en guise de clôture. A ce moment là devant la Main Stage, le public se moquait bien des conditions météo et les capes de pluie n’empêchaient personne de danser.

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Yelawolf // Green Room.

Yelawolf a enchaîné avec un set à hauteur du personnage : une gestuelle d’une poésie sans équivoque, des propos tout aussi incandescents mais le rappeur over tatoué ne peut se résumer à ses excès. Si son parcours a été déterminant (naître en Alabama d’une mère encore adolescente, devenir aventurier, musicien vagabond et même parfois SDF ne peuvent que laisser des traces), Yelawolf doit à son seul talent de s’être fait reconnaître par Eminem qui l’a très vite signé chez Saady Records, son propre label. La jeunesse qui se morfond, la pauvreté bien cachée à l’abri des regards argentés, le « Loup blanc » d’Alabama et son rap unique sur fond de guitares acoustiques n’ont eu aucune mal à transporter un public déjà largement convaincu.

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Jeanne Added // Green Room.

Toujours sur la Green Room mais en totale rupture de ton, Jeanne Added et son rock sombre, lyrique mais largement servi par l’électro ont prouvé que le hasard n’avait pas grand chose à jouer dans le succès actuel de ce petit bout de femme à la courte crinière peroxydée. Formée très jeune au violoncelle et au chant classique, entre Reims et Londres, désormais armée d’une basse totalement maîtrisée, la jeune femme sillonne avec superbe les chemins d’un rock teinté de pop, porteur d’une énergie impressionnante qui semble célébrer son affranchissement. Les morceaux sont puissants, la maturité bluffante. Depuis deux ans, Jeanne Added n’ en finit plus d’enchaîner les scènes. C’est assurément l’une des plus belles révélations de ces dernières années.

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Iggy Pop // Main Stage.

Avant de laisser Disclosure, le duo pop composé des frères Lawrence (un premier album en 2013 certifié disque de platine et une aventure qui empreinte le même chemin pour le deuxième opus sorti à la fin de l’année dernière) boucler la journée, c’est vers l’iconique Iggy Pop que tous les festivaliers se sont tournés. Légende parmi les légendes, faisant presque figure de dinosaure, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes pour un «Iguane», le presque septuagénaire a livré un show démentiel après un démarrage éclatant sur les accords de « No Fun », l’un des premiers succès des Stooges, son ancien groupe. S’enchainent alors ses plus gros tubes, de « Passenger » à « Lust for Life ». Son célèbre torse nu se contorsionne, multiplie les pauses les plus improbables, plus rien ne saurait arrêter Iggy Pop. Pas même les barrières qu’il approche au plus près pour être en prise encore plus directe avec des fans qui n’en espéraient pas tant. Une heure trente d’un set énorme avec quelques extraits de son dernier album pour finir en douceur et en beauté. Le parrain de Detroit en a encore sous le pied!

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Mass Hysteria // Main Stage.

Deuxième groupe programmé le samedi sur la Main Stage, Mass Hysteria a été sans conteste l’un des temps forts de ce Main Square (voir live report). Sous un soleil retrouvé, le groupe a imposé avec une force tranquille impressionnante son metal aux messages hautement porteurs. La Cour de la Citadelle n’est pas celle du Download mais le public a repris d’une même voix « Vae Soli » ou «Chiens de la Casse», tenté (avec succès) un wall of death spectaculaire et fait résonner plus fort encore la rage de « L’Enfer des Dieux ». Plus de vingt ans que la formation parisienne est fer de lance du metal en France. « Matière Noire », leur dernier opus en date, sorti à l’automne dernier, est celui de tous les superlatifs. La tournée est aussi longue que triomphale. Mouss, il va falloir assurer pour écrire après ces succès là!

Juste avant sur la Green Room, Bear’s Den avait surpris les festivaliers avec son style très personnel, ses mélodies doucement entêtantes, ses émotions à peine dissimulées. Le trio londonien, qui a choisi de remplacer la basse par un banjo, a su inventé un autre son, acoustique et boisé, de quoi mettre en relief des textes qui ne sont pas sans rappelés ceux d’Ernest Hemingway. Les musiciens ne sont pas des familiers des festivals, notamment en dehors du Royaume Uni, ils ne boudaient donc pas leur plaisir. De quoi donner envie de les revoir très vite en configuration plus intime, dans une salle plus petite donc mais avec une set list plus longue.

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Macklemore & Ryan Lewis // Main Stage.

Ils n’ont visiblement rien perdu de leur énergie. Quand The Offspring, l’un des leaders de la scène punk-rock des années quatre-vingt-dix, aux côtés des Nirvana, Red Hot Chili Peppers, a pris d’assaut la Citadelle, les festivaliers ont tout de suite compris que le moment serait fort. Le toujours mi-black mi-peroxydé « Noodles », guitariste du groupe, subit peut être le poids des ans, il n’en reste pas moins cet interprète virtuose que personne ne saurait contester. Quant à Dexter Holland, il est toujours aussi charismatique. Le set enchaîne les succès. « You’re gonna go far kid », « Comme out and play », « Why don’t you get a job »… ils n’en manquaient aucun. De quoi faire verser des petites larmes d’émotion joyeuse aux trentenaires qui assuraient l’essentiel des premiers rangs au pied de la scène. Les californiens ont joué sans temps mort. La journée était décidément très belle.

Pour la douceur (et la jeunesse), c’est vers la Green Room qu’il fallait se tourner. Marina Kaye (révélée par « La France a un incroyable talent ») a pris le recul nécessaire après sa soudaine médiatisation et c’est avec une belle sagesse doublée d’une vraie maturité qu’elle défend son premier album. Incroyablement à l’aise sur scène, entourée de musiciens de talent, la jeune femme a une voix unique et sait imposer son univers à des fans qui se comptent désormais par milliers.

Enfin, attendus parce que toujours aussi spectaculaires et complices quand ils partagent la scène, Macklemore et Ryan Lewis ont électrisé la Main Stage avant que Birdy Nam Nam ne vienne conclure la journée. Les deux compères américains étaient très attendus et certains avaient même fait le chemin de très loin pour les entendre à l’occasion de cette unique escale française. Le rappeur de Seattle et le DJ également producteur ne les ont pas déçus. Jaillissant sur scène les bras levés, Ryan Lewis a fait entendre ses premières notes juste au moment où Macklemore le rejoignait tel un zébulon farceur, souriant et déversant ses mots avec un rythme qui n’appartient qu’ à lui. Dévalant l’avancée qui a été greffée à la scène, le rappeur ne cache pas sa joie et avec un sens du « savoir plaire » bien showman, il affirme même que « la France est son pays préféré », propos qui évidemment déclenchent l’enthousiasme que l’on devine. Alors que les tubes se succèdent, on comprend mieux comment ces deux là ont pu glaner quatre Grammy Awards, vendre des millions d’albums et se produire depuis dans les plus grands festivals internationaux.

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Band of Horses // Main Stage.

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Editors // Main Stage.

La nuit fut courte à l’évidence pour plusieurs centaines de festivaliers qui, aux aurores, « campaient » devant les barrières de la Citadelle pour décrocher le premier rang du fameux concert du soir, la venue des Insus. Des quintaux fringants, des trentenaires rieurs, des ados aussi fans que leurs aînés et connaissant leur Téléphone par coeur, ceux là cachaient leur impatience mais laissaient percer leur fébrilité quant à la quête du fameux Graal. Beaucoup se réjouissaient aussi dé découvrir un festival qu’ils n’avaient pas encore eu l’occasion de fréquenter et observaient, à juste titre, que pour le prix d’un pass 1 jour (49 euros), ils assisteraient au concert de leurs artistes pour moins cher que le coût d’une place de leur concert. Avec, festival oblige, l’opportunité d’entendre onze autres artistes. Ou… cinq, pour tous ceux qui ne se risqueraient pas à abandonner les abords immédiats de la Main Stage.

Emmené par Ben Bridwell, son leader historique, Band of Horses, le groupe de Seattle sillonne actuellement les scènes pour promouvoir son sixième album, le très réussi « Why are you ok ? ». Repéré par Sub Pop, le label de Nirvana, les américains ont connu un succès hors du commun avec « The Funeral » en 2006 et décroché plusieurs nominations aux Grammy Awards avec son troisième opus. Par une succession de hasards heureux permettant aux musiciens de prendre davantage leur temps, plusieurs de leurs titres ont été repris dans les bandes annonces de grosses séries au succès international et permis d’illustrer des reportages sur des sports extrêmes. Une chance qui fait sourire Ben Bridwell, père de quatre enfants, qui dit vivre avec une guitare dans une main et un babyphone dans l’autre. A Arras, pas d’angoisses familiales mais un vrai beau moment aux couleurs de l’Amérique éternelle.

Héritiers flamboyants du rock sombre d’ Echo and the Bunnymen et Joy Division, les membres d’Editors doivent beaucoup à Franz Ferdinand, qui les avait choisi comme première partie de l’une de ses tournées. Le temps a passé et le groupe a poursuivi son chemin, sortant à l’automne 2015 un cinquième album toujours aussi exigeant. Leur musique se moque des modes, ignore les bien pensants qui voudraient imposer d’autres accords. Ca sonne un peu années quatre-vingts. C’est aussi généreux que minimaliste, souvent grandioses mais aussi décalés. Une chose est certaine : devant un public qui ne cachaient plus pancartes ou tee shirt du groupe qui les suivraient, le succès a été massif et le plaisir largement partagé.

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Years & Years // Green Room.

Enfin, avant les vedettes de la journée, impossible de manquer Years and Years. Né en 2010 dans les confins londoniens, le trio anglo-australien livre une électropop magnifiquement produite. Deux de leurs titres se sont retrouvés en tête des charts anglais et le public fait les yeux doux à leur chanteur, Olly Alexander, qui s’accorde de temps à autre des parenthèses cinéma. Sur scène, c’est brillant et joyeux, avec une mise en scène très carrée. Les lumières jouent avec la géométrie et occupent tout l’espace tandis que le leader parcourt l’espace avec une aisance déconcertante. Du grand professionnalisme. Après une carrière que l’on peut encore considérer comme courte, respect!

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Les Insus // Main Stage.

C’est à 22 heures sonnantes, que les Insus ont fait leur entrée dans la Citadelle. Jean-Louis Aubert, Louis Bertignac, Richard Kolinka et Alexander Angelov qui remplace Corinne Marienneau à la basse donnent tout d’emblée. « Crache ton venin » puis « Hygiaphone » ouvrent le bal, repris par plus de 30.000 spectateurs qui chantent à tue tête.

Rassuré par le score de l’équipe de France (qui mène alors 4 à 0 contre l’Islande en demi finale de l’Euro), Louis Bertignac est tout sourire et la connivence avec ses acolytes ne fait pas semblant. On sent dans les regards, les mots échangés, les commentaires élogieux autant que les boutades, combien l’amitié entre Aubert et Bertignac est indestructible. Combien aucun autre que Kolinka ne pourrait s’assoir derrière ces futs. « Il y a toujours 4-0 ? Prévenez nous s’il y a danger ! » demande le chanteur avant de reprendre tout le répertoire de Téléphone, « La bombe humaine », « Argent, trop cher », « New York avec toi »… autant de titres repris depuis trente ans à la moindre occasion mais que le groupe, qui s’était séparé après moins de dix ans d’existence, n’avait plus eu l’occasion de rejouer. « Ca (c’est vraiment toi) » conclura les deux heures d’un set hyper précis, enthousiaste et porteur d’un plaisir évident.

Les années passent mais le trio a conservé son allure juvénile en dépit de quelques cheveux blancs (et de la présence sur scène d’une cigarette électronique assez peu rock’n’roll). Evidemment, le nouveau bassiste n’est pas franchement mis en avant mais il n’était pas non plus figure historique du groupe et cela ne l’empêche pas de jouer avec un plaisir affiché. Les chansons sont toutes anciennes mais le public ne réclamait rien d’autre. Certains pourront toujours y voir une réunion l’espace de quelques dates financièrement juteuses. Ce dimanche soir à Arras, loin de toutes ces considérations, le public est reparti simplement heureux d’avoir eu le bonheur de revivre des pans de sa jeunesse et pu reprendre en choeur, sans plus penser à rien d’autres, des airs qui ne l’ avaient jamais quittés. « Plus que jamais, tous aux concerts! » Mission réussie. La musique passera encore par Arras l’année prochaine.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NB : travailler durant les festivals est de plus en plus compliqué entre les interviews qui s’annulent ou se décalent sans raison, les artistes qui refusent de rencontrer les medias, ceux qui n’accréditent aucun photographe puis finalement davantage puis finalement quelques autres, les managements qui exigent de valider les photos avant publications, les contrats à signer pour garantir des droits de diffusion improbables… Dans ces parcours à obstacles, le Main Square fait partie de ces manifestations où règne encore une ambiance hautement conviviale et joyeuse et c’est en grande partie à l’ équipe chargée des relations avec la presse que cela se doit. Myriam Astruc ne se contente pas d’être un pilier au professionnalisme indiscutable, elle veille sans compter pour faciliter la tâche de chacun. Aucune demande de dernière minute ne la rebute. Aucun problème qu’elle ne s’efforce de résoudre. Alors un grand merci à elle, à la douce Virginie Baptista qui cette année encore travaillait à ses côtés et à Jovana Damjanovic qui a rejoint l’équipe avec succès. –

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