Le Main Square Festival a eu raison de parier sur Band Of Horses

Quelques jours après la sortie de leur nouvel album, Band Of Horses passait par les scènes du Main Square. Un retour en France très attendu et l’occasion de rencontrer Ben Bridwell, touchant de sincérité enthousiaste.

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Assis à côté de ses musiciens dans une cour de la Citadelle, Ben Bridwell, leader de Band of Horses, traque les rayons de soleil en ce dimanche de début juillet pas franchement estival côté températures. Les lunettes aviateur sous l’inséparable casquette, le col de son blouson de jean relevé, il plaisante sur le vent qui fait voler quelques feuilles avant de lancer : « En fait, je me fiche un peu de la météo… C’est juste pour la plaisanterie. Car être ici, en France, dans ce lieu fantastique, figurer parmi la programmation de ce festival prestigieux… je suis si heureux, si fier. Il pourrait pleuvoir que ça n’aurait pas d’importance. Enfin, si le soleil peut rester, ce ne serait pas mal non plus. Nous sommes vraiment honorés, si chanceux… » Le regard balaie l’espace. Des techniciens croisent des attachées de presse qui discutent avec des représentants de labels tandis que des managers discutent avec des gars de la sécu et que des parties de tennis de table endiablées font jaillir des cris enthousiastes d’un groupe de rappeurs que l’on aurait pensé peu sportifs… Va et vient habituels des arrières cours de festival. Rien de vraiment inédit mais Ben Bridwell observe avec amusement. « J’aime ces ambiances, ces moments avant que la vague se déchaine. Au fil des heures, la tension monte, le concert se rapproche et puis il faut quitter cet espèce de cocon pour affronter le public. Le temps passe alors si vite qu’en repassant par ici pour gagner les loges, on se dit : « Déjà fini! » Le décompression fait monter la nostalgie. Quand les choses se passent bien, c’est toujours comme ça… Cette fois au moins, je pourrai me dire que je reviens en France en février pour une date à Paris. Je suis vraiment honoré, je vous dis… »

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Il est vrai que le chemin parcouru en douze ans par son groupe a été incroyable et non dénué de chances. Formé en 2004 par Ben Bridwell, Matt Brooke, Chris Early et Tim Miening, le groupe se fait très vite remarquer par le label Sub Pop Records, accessoirement label de Nirvana, The Postal Service et The Shins. Un premier single « The Funeral » et ce sont des dizaines de droits pour inclure ce titre aux génériques des séries télé au succès international : d’ « Esprits Criminels » aux « Frères Scott », de « Kyle XY » à « How I met your Mother », jusqu’à Guillaume Canet qui l’inscrit dans la BO de ses « Petits Mouchoirs » en 2010. « Je pourrais vous dire que c’est pénible car on nous parle toujours de ce titre vieux de dix ans, je pourrais insister et grogner « mais non les gars, on vient de sortir un album, c’est ça qui compte! » Ouais… je pourrais… Mais la vérité c’est que cette musique extraite de nos albums et glissée dans des séries ou des émissions sur les sports extrêmes est une sacrée chance. Elle nous permet de prendre notre temps car elle nous procure suffisamment d’argent pour cela. Il faudrait être fou et ingrat pour ne pas le reconnaître, » s’enthousiasme le musicien. « Je ne sais pas ce qui nous vaut ce parcours. Après « The Funeral », « The general specific» a été prise dans « Gossip », « No one’s gonna love you » dans « Chuck » … C’est vraiment cool! Je crois que nous devions être programmés pour tout cela. Avoir la chance de prendre notre temps et sortir des albums sans pression. »

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Des albums, il y en a eu cinq depuis « Everything all the Time » dont un superbe opus acoustique en 2014 et puis le tout nouveau, sorti en juin chez Caroline International. « Je ne sais pas si je peux l’avouer mais j’ai ressenti une forme de soulagement quand le disque a été fini. J’avais l’impression de le porter depuis si longtemps… et tellement d’impatience à voir ce qui lui suivrait,» commente Ben Bridwell. « Pour « Why are you Ok » comme pour les albums précédents, j’ai composé toutes les chansons. Il faut dire que je ne sais pas très bien travailler à plusieurs. Alors je cherche, je tâtonne. Je ne suis bon en aucun instrument alors je crée entre piano (dont je joue mal mais je trouve que c’est l’instrument parfait pour trouver une mélodie) et guitares. Parfois, une ligne est fluide et inspire des mots… Parfois je rame davantage. Au final, je l’espère en tout cas, mes chansons reflètent l’état d’esprit dans lequel je me trouve au moment où j’écris ainsi que les sujets qui m’interpellent et dont j’ai envie que les gens qui entendront se mettent à parler… Il est arrivé longtemps d’avoir une forme de complexe d’écriture. Quand on lit de grands auteurs, on se sent si petit… J’avais peur de ce que les gens pouvaient dire, des effets sur ma famille… Maintenant, à quelques petites années de la quarantaine, je me suis dit que je pouvais lâcher la bride et faire simple. Ecrire comme j’avais envie sur ce que j’avais envie. Cette authenticité presque nouvelle me permet de me retrouver pleinement dans ce disque. je suis vraiment heureux de ça. »

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L’américain caresse sa barbe, soudain songeur. Puis dans un grand éclat de rire, il lance : « Mais je m’aperçois que j’ai quand même oublié un instrument essentiel dans la liste de ceux avec lesquels je compose : j’écris aussi au babyphone! » Face aux regards visiblement quelque peu interrogatifs, il rit plus fort encore et poursuit: « Oui, le temps a passé depuis nos précédents albums. J’ai eu d’autres enfants. J’ai quatre filles (je sais.. quatre filles !!!) et la plus jeune est toute petite donc je ne peux pas la laisser sans surveillance. Alors comme je fais tout chez moi, comme j’enregistre dans mon garage transformé en studio et que je compose dans mon salon et bien, j’ai une main sur le piano et l’autre qui approche l’appareil pour vérifier que tout va bien. Peut être que ça influe sur l’écriture… qui sait ? Je dont je suis certain c’est que j’ai besoin de l’harmonie entre ces mondes différents pour être heureux. Les tournées avec le groupe, où l’on nous protège et où on est constamment à notre écoute… et le retour at home où je dois, à mon tour, être à l’écoute de ma famille, veiller sur ma femme et mes filles.»

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Si Ben Bridwell a réussi à s’affranchir de certaines pressions, il restait cependant les attentes du public (et inévitablement de son label), l’ annonce d’un nouvel album de Band of Horses déchaînant toujours curiosités et passions. Il a essayé une fois de plus de s’en extraire. « Evidemment, on n’a envie de trahir personne à commencer par nous-mêmes mais quand je compose, je suis réellement loin et je préfère garder le cap uniquement vers le but à atteindre. Si je devais écouter les attentes, ce serait prendre le risque de se fier à de mauvaises sirènes et faire naufrage du coup… »

Et le cap était visiblement le bon à l’écoute de ce nouveau disque de Band of Horses, splendide d’un bout à l’autre. La voix si particulière du chanteur est plus assurée. les compositions sont léchées et on ressent une parfaite cohésion du groupe, un esprit qui ne figurait pas aussi pleinement sur le précédent album. Le patchwork émotionnel est au rendez-vous, les rythmiques jouent entre sobriété et folles envolées, les guitares sont toujours aussi magnifiquement présentes. La patte de Jason Lytle peut être, à qui a été confié la production. Une chose est certaine, avec « Why are you Ok», Band Of Horses renoue avec une pop subtile tout à fait unique. Le public du Main Square leur a réservé un accueil à la hauteur, reprenant en choeur les titres qui ont fait leur renommée. L’instant a donc passé très vite… pour les spectateurs comme pour les musiciens. Mais comme le faisait observer Ben Bridwell quelques heures plus tôt : « en février, nous reviendrons à Paris, à l’Elysée Montmartre. En musique comme en tout domaine, savoir que l’on revient vite permet de ne pas rester dans la nostalgie de ce qui se termine. »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

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