Stendhal on the rocks: le bon cocktail du «Rouge et le Noir»

La troupe du « Rouge et le Noir » a dévoilé ce mardi huit titres de l’opéra rock qui s’installera au Palace (Paris) à la fin septembre. Plein d’humour, rythmé, loin des présentations parfois très (trop) sages, ce showcase a su mettre en lumière une troupe que l’on sent déjà soudée, des voix multicolores et des personnalités au charisme évident qui augurent d’un spectacle résolument actuel. Beaucoup plus rock qu’opéra.                 DSC_7651 DSC_7625

Albert Cohen l’a rappelé, quand on lui a suggéré cette adaptation musicale de l’oeuvre de Stendhal, il a eu un peu de mal à se projeter et ne se voyait pas vraiment arpenter ces sentiers de la littérature française . Classique parmi les classiques, ayant fait souffrir des milliers de lycéens auxquels échappait la dimension sociale et romantique de l’oeuvre, le producteur (« Mozart, l’Opéra Rock », «1789, les Amants de la Bastille », « Les 10 Commandements », « Mistinguett, reine des années folles», pour ne citer que ceux là) pensait l’aventure bien hasardeuse. Mais Sorel, auteur-compositeur-interprète (qui a emprunté son pseudo au personnage et connaît son Rouge et le Noir par coeur) aidé de sa complice, Marie-Laure Combelles, a su trouver les mots. Et l’enthousiasme a rapidement supplanté la curiosité.

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Il y avait un peu de l’incrédulité initiale d’Albert Cohen dans chacun en ce soir de présentation. « Le Rouge et le Noir.. !? Etrange comme idée, non ? (…)  Mais il y a quand même de belles signatures alors ça peut créer la surprise. » Des personnalités de renom, il est indéniable qu’autour du berceau, il y en a un joli nombre. Alexandre Bonstein (comédien, chanteur mais aussi auteur de « Créatures », quatre fois nominé aux Molières) s’est chargé du livret. C’est à lui que l’on doit la coupe sévère, les savants « mixages » dans les six-cent-trente pages de l’oeuvre d’origine mais qui jamais ne trahissent. A ses côtés, deux références encore, François Chouquet, complice de longue date d’Albert Cohen (« Mozart », «1789 », « Mistinguett», c’était déjà lui), partagera la mise en scène avec Laurent Seroussi, illustre réalisateur de clips (Gaëtan Roussel, Calogero, Yael Naïm…), plus spécialement chargé de la partie scénique musicale et visuelle.

Et puis, qui dit opéra rock dit chansons… La direction artistique de ce « Rouge et le Noir » a échu à Vincent Baguian, orfèvre du mot, auteur, compositeur, interprète, à qui l’on doit bon nombre des titres des derniers spectacles d’Albert Cohen et de Dove Attia. Il a convaincu Zazie, amie de longue date, d’écrire avec lui, William Rousseau (auteur pour de nombreux artistes et compositeur de la plupart des musiques de « Mozart », « Mistinguett») et Sorel bien sûr, signant les partitions.

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Ne restait plus qu’à trouver la distribution. Et c’est au désormais incontournable Bruno Berbérès, l’homme qui repère les talents de The Voice comme des principaux spectacles actuels, qu’a été confiée cette lourde tache. Côme, finaliste de l’édition 2015 de The Voice, s’est imposé assez vite. A vingt et un ans, totalement passionné, il apporte la fraicheur, l’enthousiasme et une forme de candeur qui rendent son Julien Sorel évident. Magnétique, Côme a un charisme bluffant, qui ne tient pas qu’à son physique de jeune premier. Il chante, se pose et impose. Lorsqu’il a débarqué en milieu de showcase, longue redingote noire, chemise blanche à jabot subtilement ouverte dans un slim en cuir noir, le ton était donné. « Rockmantique », comme avait souligné Zazie en début de soirée, vivant ses morceaux comme s’il était en concert, à l’image du parti pris de ce spectacle où chaque soir, les morceaux seront joués par quatre musiciens visibles sur scène, parfaitement intégrés dans la mise en scène. En plus du premier single sorti en février, Côme a interprété un titre bien rock, «Dans le noir, je vois rouge» puis, avec la troupe au grand complet, la très belle « Les maudits mots d’amour ».

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Autour de Côme, dans le rôle de Louise de Rénal, Haylen. La jeune femme s’est illustrée dans la dernière saison de The Voice avec sa voix puissante, son sens de la scène et une belle énergie.

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Julie Fournier, née voilà vingt et un ans dans une famille de musiciens, artiste jusqu’au bout des ongles, campera Mathilde de la Mole.

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Belle surprise pour tous ceux qui l’admiraient dans The Voice (même cuvée que Côme), Yoann Launay (team Zazie !) mettra son inventivité au service de Géronimo. Ce rôle de narrateur est fait pour lui. Le jeune homme a assuré avec humour, aisance et naturel, les enchaînements du showcase et lorsqu’il se mettait ensuite à chanter, sa voix puissante et rauque servie par ses qualités d’interprète a déclenché les applaudissements. Dans son perfecto noir, le décalage était chargé d’ironie lorsqu’il a interprété « Que c’est bon d’atre un bourgeois ». Il s’affirme déjà comme l’un des piliers du spectacle.

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Patrice Maktav, ancien de la première Star Academy, qui a écrit et composé pour Olivia Ruiz, formé au Conservatoire de Genève et au Cours Florent, acteur, chanteur, « crash poète » comme il aime à se qualifier, Lorenzo Da Ponte dans « Mozart, l’Opéra rock », superbe Léon Voltera dans «Mistinguett, reine des années folles », endossera les habits de Monsieur Valenod. Il a suffi de quelques accords avec Elsa Pérusin (Mme Valenod),  pour se dire une fois de plus que cet artiste n’a pas la carrière qu’il mérite et la renommée qui irait avec. Une chose est sûre : le couple Valenod, son exubérance, son absence de scrupule et son goût pour le kitsch, ne passera pas inaperçu avec ces deux personnalités fortes.
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Le Marquis de la Mole sera joué par Michel Lerousseau (aperçu dans de nombreuses séries TV et au théâtre dans « Queviva Offenbach », « Un violon sur le toit » ou plus, « Le voyage extraordinaire de Jules Verne ), Cynthia Tolleron (qui a fondé avec Julie Fournier le duo « Dyade »), ancienne également du Cours Florent, sera Elisa, la femme de ménage de Louise et Philippe Escande, fort de son parcours au théâtre et dans les comédies musicales (il revient d’une longue tournée en Corée avec «Mozart l’Opéra rock») sera Monsieur de Rénal.

Les huit titres présentés mardi soir (dont le désormais tube «La Gloire à mes genoux ») ont révélé une bande son vitaminée, rock et pop, cultivant l’ironie ou la tendresse, illuminant parfaitement les textes léchés écrits à quatre mains par le tandem Zazie-Baguian. « Ca me faisait rire de participer non pas à une comédie musicale mais à un opéra rock, et donc de proposer des textes qui racontent une histoire à un public qui peut les vivre comme dans un concert rock ou pop » avait expliqué Zazie en préambule. En final et en version chorale, la troupe a repris « Les maudits mots d’amour », le nouveau single de ce « Rouge et le Noir », qui sait parfaitement rester dans les mémoires.

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Il reste désormais quatre mois aux neufs comédiens et aux musiciens pour se préparer. Lever de rideau le 29 septembre, pour deux-cents représentations. Dans une rentrée qui s’annonce riche donc concurrentielle avec le retour des « Dix Commandements », de « Notre Dame de Paris », les inédits « Saturday Night Fever» ou bien encore « Hit Parade », cet opéra rock pourrait bien créer la surprise et mettre tout le monde d’accord.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

– http://lerougelenoir.fr –

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