Heureux qui comme Tom Poisson n’en finit plus de nous faire voyager

Trois ans après « L’homme qui rêvait d’être une girafe », Tom Poisson revient avec un livre-album magnifique, « Heureux comme les cerfs-volants ». Une « comédie urbaine, musicale et cinématographique », partition absolument extraordinaire d’un musicien que rien ne saurait plus arrêter.                      200114-3

« Je t’attendais là avec mon sac FNAC, sur le trottoir et je comptais le nombre de chewing gum sans vie, écrasés sur le pavé. Ta voix m’a surpris, familière et chaude, toujours ce parfum épicé et puis ta paume sur ma nuque et ta barbe rêche, « salut » (…) Tes yeux étaient rouges, c’est drôle : au début, j’ai cru à une conjonctivite, causée par l’hiver, une infection quelconque. 

« Elle est partie », tu m’as avoué, « hier soir, juste avant le dîner. »

Ainsi commence la nouvelle glissée dans le superbe livre-coffret d’ « Heureux comme les cerfs-volants », le dernier opus de Tom Poisson. Trente-sept pages d’une écriture fine, brillante, ciselée, caustique, désabusée mais largement teintée d’humour, une histoire que l’on ne peut lire que d’un trait et qui vous laisse laminé. Bluffé par tant de qualité littéraire, de rebondissements inattendus. Une histoire comme la plupart des chansons de Tom Poisson, des pans de vie, des éclats d’un quotidien que l’on dirait tout droit sortis d’un film de Sautet. La nouvelle complète les douze titres qui eux mêmes prolongent le récit. C’est extraordinairement brillant.

Plus de dix ans que Tom Poisson « fait des chansons comme on joue au Légo » (c’est lui qui le dit!). Par intuition, par curiosité, « par goût du partage et du bricolage ». Et ça lui réussit plutôt bien car il est passé Maître dans l’art d’ assembler les pièces. Non content de composer et d’écrire, de chanter, il fait fie des frontières et des boîtes qui enferment. Il s’offre la liberté de ses envies, danse, joue la comédie, fait de la mise en scène et invente de drôles de passerelles entre tous ses univers.

« En 2000, j’ai remporté le Tremplin MCM Session avec ma musique. Je ne sais pas si le genre est certifié mais je qualifiais l’ensemble de pop, d’ »easy listening ». Et puis avec deux copains comédiens, un peu comme on lance un pari absurde un soir où on picole plus que de raison, on a sillonné la France avec notre compagnie, la Troupe du Phénix. On s’est retrouvé à une dizaine, avec une charrette et une calèche façon roulotte gitane, deux chevaux de traits et on allait de région en région présenter notre « Petit Monde de Georges Brassens. » Ca parait complètement loufoque et décalé mais cette aventure a duré de 1997 à 2002 et plus le temps passait, plus les salles étaient grandes. Ca a vraiment été une aventure extraordinaire. » Peu adepte de la nostalgie mais portant sur ce passé pas si lointain un regard enthousiaste et bienveillant, Tom Poisson raconte que c’est aussi à cette période qu’il rencontre ses quatre acolytes des Fouteurs de Joie, piliers devenus essentiels à son équilibre créatif.

« En 2004 pourtant, parce que j’avais entendu pas mal de personnes me suggérer un album acoustique, j’ai réuni des titres et sorti « Tom Poisson fait des chansons » qui a très vite été salué par les critiques et consacré Talent RTL. Forcément, çà fait plaisir. Ca rassure un peu aussi. Mais il ne faut pas être dupe et se leurrer sur l’éphémérité des choses. La preuve, le deuxième opus composé dans la même lignée a beaucoup moins bien fonctionné. C’est un métier où la notion de relativité s’apprend vite. »

En 2008, c’est pourtant chez Naïve qu’il signe pour sortir les douze titres de « Riche à Millions », (porteurs de deux jolis duos avec Sanseverino et Clarika). La tournée est un succès, le public qui lui est fidèle ne s’est pas laissé déstabilisé par ces quatre musiciens qui jouent et dansent avec un casque rose sur la tête… Comme annoncé par le visuel de l’album !

En 2010, Tom Poisson entame un virage en laissant la réalisation de « Trapéziste, » son nouvel opus, à Fred Pallem. Pas facile pour ce perfectionniste touche à tout de déléguer cette étape qui donnera sa patine au résultat final. Mais Fred Pallem n’étant pas a proprement parler un bizuth (compositeur, bassiste, contrebassiste, guitariste, pianiste, chef d’orchestre, arrangeur reconnu, un CV et des prix à n’en plus finir) il n’aura pas à le regretter : cette réalisation différente, mêlant guitares folk et électriques a été unanimement saluée.

Parallèlement, parce qu’éternel touche à tout surfant d’un projet à l’autre, Tom Poisson concrétise enfin son envie d’un hommage à Nino Ferrer. Avec Benoît Simon et Laurent Madiot, il crée The Nino’s qui donneront plus de deux cents concerts entre 2009 et 2012. Cette année là, Tom Poisson livre aussi un conte musical d’un genre inédit (forcément !), « L’Homme qui rêvait d’être une girafe ». Une histoire dont la maladie n’est pas clairement nommée, un récit qui s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux enfants, qui a quelques réminiscences avec l’autisme, le mutisme, la difficulté de s’exprimer, la différence.

Presse cerfs-volants 1

Presse cerfs-volants 2

Publié chez Harmonia Mundi, ce livre disque a très vite séduit les Jeunesses Musicales de France qui ont décidé de produire le spectacle. « L’homme qui rêvait d’être une girafe » a été un temps fort car c’est sans doute là où je me suis le moins censuré. Les choses s’articulaient avec aisance et il y avait des passerelles quasi évidentes entre l’écriture, la mise en scène, le récit et la vidéo. Sans la Girafe, il n’y aurait certainement pas eu « Heureux comme un cerf volant ». C’était comme un préalable nécessaire sans que ce soit formulé.

Ceux qui ont eu la chance d’assister à la première parisienne (au Café de la Danse le 11 Février dernier), ont été saisis par ces chansons, ce récit, touchés par Lili, Hugo, Fleur et les autres, qui portent tous en eux un peu de leur créateur. « Ecrire est sans doute une façon de se raconter aux autres…. Mais il ne faut pas perdre le rythme de l’histoire. Sur un panel d’une vingtaine de chansons, j’en ai retiré trois ou quatre puis j’ai fait le lien et dessiné l’histoire finale. »

Poétique sans être suranné, profond, éclairé par la gentillesse dans ce qu’elle a de plus noble, un peu doux amer aussi souvent, « Heureux comme les cerfs volants » est un spectacle précieux auquel il ne faut absolument pas échapper quand on a été séduit par l’album du même nom. Il devrait être à l’affiche des prochaines saisons des scènes nationales (en plus de quelques dates non encore déterminées à ce jour) et  mêle avec les genres avec brio. En attendant pour ceux qui n’auraient pas encore découvert cette histoire, restent le livre… et le disque!

Le regard de plus en plus affûté sur le monde, Tom Poisson est devenu grand. L’expérience et l’exploration de tous les genres qu’il aime lui ont permis de s’affranchir. Il prend un plaisir manifeste et contagieux dans tout ce qu’il entreprend. Heureux comme les cerfs volants. Libre, aussi.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Ayumi Moore Aoki.

 

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