Benoît Paradis Trio, l’accroche coeur jazzy

Un air de pierrot lunaire sous une tignasse ébouriffée à laquelle il ne prête pas davantage intérêt qu’à sa paire de lunettes qui ne tient plus que par une branche… sous cette apparence loufoque, Benoît Paradis cache un artiste en équilibre très stable sur des genres qu’il maitrise parfaitement et qu’il livre depuis plus de dix ans sur scène : la chanson, le jazz, le théâtre. L’univers unique de ce Québecquois (et de ses deux complices Chantal Morin au piano et Benoit Coulombe à la contrebasse) trace doucement mais sûrement sa voie. Escale à Nantes cette semaine où le trio a séduit le public des Biennales Internationales du Spectacle.


DSC_4116 « J’ai traîné mon trombone et mon cafard dans une direction mauvaise (…) Ibuprofene dans les veines, j’ai retrouvé l’allégresse en regardant tes fesses… » La diction est rapide mais la voix bien posée, le sourire manifeste et la partition jazzy de très haute volée. Il y a dans ces paroles là déjà tout de Benoît Paradis Trio, formation née dans les confins de Montréal voilà une dizaine d’années et qui ne compte plus les prix ramassés au fil des festivals au Québec comme en France (prix de l’auteur-compositeur au Festival Pully à L’heure du Québec, Prix Sirius, Prix Accès Culture, accueil triomphal vingt et un soirs de suite au dernier Festival d’Avignon). Des textes brillants et souvent à lecture plurielle, le rire, la dérision sur tout et surtout sur soi-même, attendrir éventuellement mais faire triste certainement pas. « Ce n’est pas une histoire de politesse ou truc de ce genre, » confie Benoît Paradis. « Je crois que je suis comme ça depuis toujours. Il y a comme un sens comique qui est là et qui me permet de dédramatiser tout ce que la vie peut imposer comme moments noirs. Je ne sais pas si du coup on lasse moins les gens mais apparemment le public aime ça comme ça. C’est du réalisme drôle ! Il y a des allusions coquines mais elles n’existent que pour mettre de la légèreté dans des choses a priori beaucoup plus lourdes.


La main décoiffe encore les boucles brunes. Le regard est un drôle de mélange entre lucidité et candeur et le constat modeste. Sacré parcours pourtant que celui de cet artiste formé à l’univers rigoureux du classique, qui se voyait concertiste en trombone (ce qui n’est pas le plus fréquent) avant de tout envoyer valser pour le théâtre et le monde des clowns. « Et puis un jour, je me suis aperçu que la musique me manquait quand même ! J’y suis revenu par la pop, même si Debussy reste l’un de mes compositeurs préférés, puis par le jazz car je suis vraiment un grand fan. Je me suis mis à composer pour coller sur des espèces de chansons de salon qui exigeaient un vrai défi d’interprète. Et depuis dix ans, avec mes deux amis, c’est devenu ces chansons musicalement très écrites, très jazz mais qui laissent cependant une grande place à l’improvisation. Car tout ne peut pas être figé et notre jeu évolue en fonction du public. Pour nous aussi cela procure davantage de plaisir. »

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La complicité du trio s’impose dès les premières notes. Chantal Morin et Benoit Coulombe ne sont pas au service de Benoît Paradis mais bien pilier de cette formation originale. « On fait les arrangements ensemble, je compose mais l’habillage passe par nous tous. Seuls les textes sont réellement personnels car je ne saurais pas écrire sur autre chose que des moments de ma vie. » Griffures sentimentales, trahison du co-locataire voleur, surconsommation, le tromboniste poète, qui excelle aussi dans le maniement de la trompette et s’accompagne avec bonheur à la guitare et aux percussions, laisse penser à Boris Vian et son univers décalé. Le jeu de scène en plus. C’est totalement original, ça claque et ça groove, le rire transporte l’émotion et le moment passe bien trop vite.

Benoît Paradis Trio est en tournée française jusqu’au 19 Février à l’occasion de la sortie de son troisième album, « T’as-tu toute ? ». Il serait vraiment dommage de passer à côté de cette formation unique qui met comme nulle autre de la joie dans la déprime et des couleurs nouvelles à la chanson française.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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