Main Square Festival 2015: Sam Smith, l’émotion haut de gamme

Pour son deuxième concert depuis une intervention qui l’avait réduit à un silence de plusieurs semaines, Sam Smith, prodige de la soul mondial, a reçu les honneurs du Main Square Festival. Quand l’émotion voyage en première classe.                          DSC_5907

Il a laissé ses musiciens et ses trois choristes s’installer puis il a fait une entrée discrète. Même si parler de discrétion quand des milliers de personnes se disputent le moindre espace, allées voisines de la scène comprises, pour venir vous applaudir est peut-être audacieux. Il a tenté en tout cas. Une avancée timide, un regard humide et un sourire qui reflète l’émotion face à ce parterre qui n’attendait que lui… Sam Smith a beau avoir raflé quatre Grammy Awards en début d’année, être invité sur toutes les scènes du monde et sollicité pour partager des duos avec les plus grands depuis la sortie de « In the lonely hour », son premier album, il n’en reste pas moins un jeune homme de vingt trois ans que rien ne prédestinait à un parcours aussi fulgurant. Et le fait que la chanteuse Lilly Allen soit sa cousine ne lui est jamais apparu comme ouvrant davantage les voies de la renommée.

Il ne lui aura pourtant fallu que cinq ans, depuis son installation seul à Londres, avec pour tout bagage son envie inattaquable de se consacrer à la musique. Cinq ans et un beau jour, alors qu’il avait déjà étudié le chant et la composition, montré son talent dans de nombreuses chorales et formations amateurs, Sam Smith fait la connaissance de Disclosure, le groupe d’électro anglais. Fin 2012, il chante sur leur single « Latch », qui devient un tube. Il sort alors son premier titre, « Lay me down » puis participe au fameux « La, La, La » de Naughty Boy. La chanson est un succès mondial. Sam Smith, porté par ce succès, enregistre à l’été 2013 son premier EP, « Nirvana », où figure « Stay with me »… L’histoire est en marche.

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« In the lonely Hour », un an plus tard, entre directement dans les sommets des charts britanniques. Le monde entier fait désormais les yeux doux à cet artiste qui semble pourtant  douter encore de ce qui lui arrive. Malgré les millions d’albums vendus et les dizaines de récompenses décrochées partout dans le monde. Malgré ses tentatives de se persuader qu’il est une diva, comme il le répète en plaisantant : « Très jeune, je passais mes journées à écouter Whitney Houston, Céline Dion. J’ai toujours adoré également Stevie Wonder. Tous ces artistes dont la voix est  bluffante me faisaient rêver. En riant, je dis souvent que moi aussi, un jour, je serais peut-être pris pour une diva. Ca fait dix ans que je me vois uniquement en chanteur alors tout est possible puisque tout est déjà si incroyable! »

En attendant d’être une diva, Sam Smith reste très connecté à la réalité de la vie, la sienne notamment, dont il ne tient pas à perdre de vue l’origine, les joies, les peines. Un besoin d’ancrage et de vérité, un souci de transparence qui ont beaucoup joué dans sa décision de révéler son homosexualité. Pas envie de devoir mimer des amours improbables avec de superbes mannequins alors que ce sont les jeunes hommes qui le font fantasmer. Il ne s’agissait pas pour lui de se justifier. Et pourquoi aurait-il eu à la faire? Juste être raccord entre ses deux personnes, publique et privée.

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Mais comme ses textes sont très beaux et l’amour universel, aucun de ses titres ne parlant d’un homme ou d’une femme en particulier, chacun a finalement pu continuer à s’y retrouver. « On me dit parfois que je fais penser à Adele. Cela me touche énormément car c’est une très belle personne avec cette voix si extraordinaire. Elle ne joue pas et ne cherche pas à se faire passer pour ce qu’elle n’est pas. C’est peut-être aussi parce que nous ne trichons pas et ne cherchons pas à dissimuler nos failles que les gens nous comparent et nous aiment bien. »

Une authenticité qui a été payante jusqu’ici : « Money on my mind », premier single à succès de l’album, conte l’histoire d’un auteur qui se moquait de ses écrits et n’y voyait qu’une fin pour faire fortune. Cette absence totale d’amour pour la musique l’a choqué, il en a fait un titre… Bonne pioche! Quant à « Stay with me », Sam Smith a longuement raconté qu’il ne remercierait sans doute jamais assez celui qui l’avait quitté et inspiré ce titre gagnant.

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Opéré à la fin du  printemps d’un problème aux cordes vocales, le jeune homme avait connu une période empreinte de doutes, largement partagée sur les réseaux sociaux. Ses millions de followers l’avaient alors assuré de son soutien et sa fragilité non déguisée avait touché. On avait néanmoins craint que le chanteur ne puisse être présent au Main Square. Son retour et sa performance quelques jours plus tôt au Forest Live Festival avait levé les doutes. Son interprétation toute en nuances d’ « I’m not the Only One » en ouverture de concert à Arras a confirmé dès les premières notes que Sam Smith n’avait effectivement rien perdu de sa superbe. En anglais posé, très souriant, il a tenu à souligner, avec une émotion non feinte : « C’est le deuxième concert après mon opération et c’est la première fois que je joue dans un festival français. Cela a beaucoup de sens pour moi. Merci d’être là. »

Il n’en fallait pas davantage pour que le public exulte et que se soulèvent encore plus haut les pancartes porteuses de messages. Il les regarde, s’approche de leurs auteurs, envoie un baiser de la main. Touché. Ne boudant pas son plaisir et conscient de l’immense succès qu’il est en train de vivre ce soir là encore. Ses choristes le regardent avec une complicité respectueuse. Il a beau être très jeune, d’une humilité totale, c’est lui le Boss qui a pensé et mis en place ce show superbe et élégant jusque dans sa mise en scène et ses éclairages.

Sur la Main Stage, Mumford and Sons a commencé son concert depuis dix minutes mais nombre de leurs fans sont encore devant la Green Room. Impossible pour eux de quitter ce moment soul, si intensément beau. Lorsqu’il faudra s’y résoudre pourtant, parce que le plateau s’est vidé, le public s’égraine avec un silence inhabituel. Comme pour laisser résonner encore la voix si bouleversante de Sam Smith. Incroyable moment.

Magali MICHEL.
Crédits photos // Sophie BRANDET.

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