Bukowski se consomme sans modération.

Dans son nouvel album, Bukowski se lâche et compose sans regard sur les frontières. Les partitions affirment des lignes mélodiques fortes, les guitares sont plus lourdes, la voix mieux mise en valeur. Les effets sont ultra léchés. Même les textes ont gagné en densité, ne boudant pas le plaisir de la double lecture. Sorti le 30 Mars dernier, « On the Rocks », 4ème opus du groupe, porte bien son nom. Stoner ? Power ? Que les intégristes des sacro-saintes chapelles aillent au Diable! Bukowski partage son plaisir et montre l’immense étendue de ses capacités techniques dans un rock burné comme il faut. Sur scène, ça envoie. La preuve samedi 30 Mai au Festival Invasion de Lucanes de Libourne.

Il est minuit largement passé lorsque Fred Duquesne saute dans le public pour orchestrer un wall of death qui, s’il n’est pas celui du Hellfest, n’en est pas moins punchy. Oubliée l’heure de retard sur la line-up pour cause de problèmes techniques en cascade, la guitare ne lâche rien. Entre deux accords de basse, Julien Dottel déclare l’ouverture des hostalités. L’ainé des frères Dottel n’a pas son pareil pour mener les foules. A ses côtés, son frère Mathieu n’économise pas sa voix tandis qu’à la batterie, Timon Stobart frappe avec une énergie redoutable. Ces quatre là se sont bien trouvés. Le partage est total et le public ne peut que les suivre. Mieux, il en redemande. Depuis que le power trio originaire de la région parisienne a décidé de se doter d’un second guitariste, Bukowski a ouvert le champ de ses possibles et creuse son sillon du côté des plus grands. Sans le complexe du groupe français qui n’atteindra jamais son Graal et devra se contenter des arrières cours de la scène metal.

« Hazardous Creatures » en 2013, avait ouvert la voie. « On the Rocks » poursuit l’ascension avec superbe. Six ans, c’est finalement assez court pour s’accorder sur les meilleures notes. « Amazing Grace, notre premier album sorti en 2009, a reçu un excellent accueil et a été vraiment apprécié de la critique. Deux ans plus tard, « The Midnight son » a frappé plus fort puisqu’il nous a permis de participer au Sonisphère et nous a placés sur les scènes du Hellfest en 2012. On passait de « prometteur » à « confirmé »,  » commente Julien Dottel. « Ca a été un pied énorme. Et puis très rapidement, on a senti que la formule trio power saturait, qu’il fallait évoluer. Une seule guitare, cela imposait des limites. L’arrivée de Fred (Watcha, Empyr) comme second guitariste s’est faite naturellement. Il était producteur, il nous a apporté sa puissance, son inventivité, ses effets… et sa pêche. Du coup, c’est clair, on a gagné musicalement depuis trois ans et on se lâche davantage sur scène. L’album n’a que deux mois, on commence tout juste à bâtir la setlist de la tournée mais on sent déjà des retours ultra encourageants. »

Le challenge était pourtant audacieux car après avoir gonflé ses effectifs, Bukowski a dû aussi changer de batteur. A vingt-cinq ans tout juste soufflés, Timon Stobart (qui officie également aux fûts de Full Throttle Baby) a appris en urgence l’intégralité des morceaux pour tenter de faire oublier le charismatique Niko Nottey (qui avait dû renoncer pour raisons familiales). Mission en passe d’être relevée haut la main. Changement aussi coté composition. La team a décidé que le processus de création serait collectif. Dans l’intimité du studio, les idées ont germé, se sont modifiées et les grilles ont commencé à se dessiner. « Ca ne nous a même pas semblé risqué », raconte Mathieu Dottel. « On avait des envies, un même pouvoir et on travaillait les idées collectivement. C’était un gain de temps mais en contre-partie, il fallait être efficace et que ça déchire. Certains titres ont été quasiment achevés au moment de les enregistrer. Cette semi urgence oblige à foncer à l’essentiel. »

Bonne pioche car l’album tout entier a gagné en puissance. Fred Duquesne n’est pas devenu ce producteur reconnu (Mass Hysteria, Brigitte…) par hasard. Sa pâtine et son sens incomparable de l’effet permettent  à Bukowski une modernité et une classe nouvelle. Les lignes mélodiques accrochent sans jamais racoler, les compositions sont exigeantes et les guitares ont une couleur que ne renierait pas, selon les titres, Deftones, les Foo Fighters ou Rage against the Machine, Tom Morello restant parmi ce qui se fait de plus pointu en matière d’exploitations des pédales à effets. Même le chant a gagné en luminosité. Mathieu a cette voix immédiatement reconnaissable, chaude, puissante, qui constitue l’autre signature du groupe. Julien, qui se plaisait à le jalouser sur ses qualités de chanteur, ose désormais davantage, a une vraie place, plus « hurlante », pour livrer au final un duo aussi complémentaire qu’indissociable. Difficile alors de choisir parmi les onze titres de l’album pour dresser la setlist parfaite (la nôtre en tout cas!). Surtout quand il faut panacher avec les titres phares des albums précédents…  A ce jeu là, « Midnight Son » reste incontournable, tout comme « Hazardous Creatures », « Brothers Forever ou « Keep your Head on » (et on serait même tenté d’ajouter « The Maze »). Il est clair que « The Smoky Room », « The White Line » ou « Winter’s Masters » (dont le clip vient tout juste de sortir) seront aussi du voyage.

Reste que choisir c’est renoncer… Alors on se plait à croire que ce quatuor de choc gagnera enfin son auditoire légitime, qu’il réjouira à coups de concerts étirés dans des salles permettant une mise en scène dantesque. « 1.3.3 (Articficial heartbeats) » saurait s’y glisser, la génialissime et si bouleversante « Birth » s’imposerait comme pause tendresse à mi-parcours et « The Beginning of the End » fermerait le ban à la manière d’un hymne repris par une foule qui ne voudrait plus les lâcher. Oubliez les chapelles, on disait ! Même un groupe français a le droit de transformer son propre metal en or.

En attendant, les musiciens se déchaînent et envoient avec une puissance de conviction contagieuse. Sur scène, l’osmose est parfaite et le plaisir, une folie pas du tout ordinaire. Le public se moque de l’heure tardive et en réclame encore. Le dernier riff est à peine terminé que déjà beaucoup interrogent sur un passage proche à Bordeaux, la grande voisine. « Les choses se mettent en place progressivement, date après date » assurait Fred Duquesne un peu plus tôt. « L’automne sera porteur, je pense. » Bukowski continue de dérouler son histoire. Les plus belles pages méritent d’être vécues.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

(NB : remerciement spécial à Jonathan Maingre, régisseur, backliner et tour manager du groupe, incroyable « veilleur sur tout », qui a rendu ce moment possible).  

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Vidéo de Grégoire Cerruti réalisée à l’occasion de la tournée japonaise, en décembre dernier.

« The Winter’s Masters ». Nouveau clip extrait de l’album.

 

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