Vianney est bel et bien là!

Un an jour pour jour après une première partie à la Maroquinerie de Paris, Vianney, qui n’avait encore jamais connu de festivals, ouvrait vendredi soir le Printemps de Bourges. Et il lui a fallu moins de deux titres pour emporter un public qui ne le connaissait pas forcément. Impressionnant parcours que celui de ce jeune artiste au talent aussi sûr que tranquille.

Il arrive avec deux petites minutes de retard et s’excuse pour cette attente  ! La politesse est si naturelle qu’il ne viendrait pas à l’idée de douter de sa sincérité. Car Vianney est bien ainsi, un jeune homme de vingt-quatre ans à mettre en exemple dans les précis de bonne éducation: poli, souriant, attentif, préoccupé par son prochain, avec l’envie de bien faire et si possible en faisant plaisir. OK, çà paraît suspect ou alors fruit d’une emphase no-limit…  Et bien non, Vianney est cet artiste là, déjà doté de tout le recul et l’intelligence nécessaires pour ne pas exploser dans le vol du succès trop rapide. Un peu menteur quand même… Pas du tout cette « cruche » qu’il affirme être à longueur de refrains devenus tube! « Pas là », extrait de son premier album « Idées Blanches » (plus de vingt semaines dans le Top albums France), ce sont en effet plus de trois millions de vues sur Youtube, plus d’un million pour « Je te déteste » et des dizaines de reprises. Déjà!

« On me dit souvent que je devrais avoir le tournis, presque peur même après cette année si riche mais je ne le vis pas comme ça. J’ai les mêmes relations avec ma famille, mes amis demeurent… Donc, réellement, je ne me rends pas compte. La seule chose qui change en fait,  c’est que je n’ai plus à me cacher pour chanter. J’ai aussi des followers, des « amis », de nouvelles formes de relations avec lesquelles je dois apprendre à composer tout en restant moi-même. Toutes ces choses sont un peu nouvelles et me semblent parfois encore étranges. Pour ne pas faillir, je crois qu’il faut juste rester honnête. Etre juste soi-même. »

Né à Pau mais grandi dans le Paris des beaux quartiers, au sein d’une famille de quatre enfants dont le père, mélomane averti, lui a initié les fondamentaux de la chanson francophone (Brassens, Le Forestier, Barbara, Dick Annegarn…), Vianney s’est mis à composer dès l’adolescence. Si le plaisir était manifeste, il n’envisageait pourtant pas d’en faire un métier. Il a donc fallu attendre la fin de ses études : lycée militaire de Saint-Cyr, « pour la mixité sociale, la discipline, l’égalité… Un besoin. », cursus de gestion passant par Londres puis l’ ESMOD avec diplôme décroché en juin 2014, « parce que le stylisme, créer des vêtements pour les femmes notamment, me semblait correspondre à l’idéal de mes envies. Je me voyais emprunter les traces de Martin Margiella… »

Les plus belles routes n’étant pas souvent les plus droites, une amie, devenue sa manageuse, s’empare des chansons déjà composées, les fait entendre autour d’elle, Vincent Frerebeau, grand manitou de Tôt ou Tard (Shaka Ponk, Yael Naïm, Vincent Delerm…) a le coup de foudre et signe Vianney dans la foulée. Exit croquis, plissés et ourlets à longueur idéale. « Idées Blanches » sort à l’automne dernier. Le succès n’en finit plus de grossir: Florent Pagny embarque le jeune artiste en première partie de sa tournée. Nomination aux Victoires de la Musique, prix Talents W9, première partie des dates parisiennes de Julien Clerc, une tournée jusqu’à la fin de l’année avec des salles de plus en plus grandes dont un Trianon en Juin, après un Café de la Danse plein à craquer en janvier dernier. Et cette découverte des immenses scènes des festivals.

« C’est excitant mais ce n’est pas non plus une peur, » observe Vianney à quelques heures d’ouvrir le Printemps de Bourges, sous le plus grand de ses chapiteaux. « C’est aussi et surtout un immense honneur d’avoir la chance d’être programmé au côté d’artistes prestigieux, de gens que j’admire même pour certains comme Dick Annegarn. Une fois sur scène, il faut donner le meilleur et ne pas dire: « Oh là, mais il y a beaucoup beaucoup plus de monde devant moi! » Il faut au contraire que je garde la tête froide et que le caractère intimiste des chansons, leur mise en forme pour la scène, restent en place. » Loin de stresser face à ce défi à relever, Vianney offre son plus beau sourire. Il existe visiblement pires Everest à ses yeux. Il (re)passe sa main dans ses cheveux indisciplinés (seule marque de rebellion connue à ce jour mais là encore, il joue avec élégance).

Et ce défi, c’est avec énergie mais une facilité impressionnante qu’il l’a remporté. A 19 heures tapantes, Vianney a débarqué sous le grand chapiteau et entamé sa première chanson. Comme un vieux routier de la scène, nullement déstabilisé ou simplement gêné par les conversations qui se poursuivaient côté gradins, les allées et venues pour rapporter portions de frites et sandwiches. Un décor de lumières tendres, deux guitares dont la petite dernière, une guitare 3/4 qu’il a baptisée Josette, quelques pédales de loops et en moins de deux chansons, il a emporté le public (venu aussi pour Angus et Julia Stone, Selah Sue et Brigitte, à l’affiche de ce même soir) grâce à une musique interprétée avec fougue mais jamais dans l’excès, des paroles qui interpellent et un humour entre deux titres qui a installé immédiatement la sympathie. Six chansons dont une très belle reprise de « Man Down » de Rihanna, et bien sûr les incontournables « Je te déteste » et « Pas là », chantées par tout le chapiteau désormais totalement plein.

Six chansons et déjà Vianney disparaissait, non sans un remerciement. « On me disait que programmer un truc guitare-voix, ce n’était pas facile pour un festival. Et bien ce soir, vous avez donné la preuve du contraire. Quand les gens sont bien élevés comme vous, quand l’écoute est là, ça se passe sans problème. Merci beaucoup! »

La tournée va se poursuivre jusqu’en décembre avec quelques grandes étapes comme les Francofolies de la Rochelle, le Festival Solidays fin juin à Longchamp et bien sûr le Trianon de Paris le 4 juin. Mais Vianney marquera aussi une pause au milieu de l’été pour se ressourcer. Avec son fameux vélo des années cinquante, celui avec lequel il avait rallié la Suède, il partira sur la route. Pour réfléchir, regarder, profiter de l’espace et du silence. « Des luxes nécessaires à mon équilibre… Je ne sais pas de quoi demain sera fait. De succès, je l’espère. Mais il faut rester solide et humble, ne pas se perdre de vue. » En attendant cette peu probable absence de succès, le jeune homme a déjà entamé l’écriture de son deuxième album. Son label ne lui a pas intimé de date butoir. Mais Vianney est trop respectueux pour faire exploser les délais. Cet artiste brillant qui sait faire rimer intelligence, talent et gentillesse est décidément un OVNI précieux à ne pas perdre de vue. Ses concerts sont de vrais beaux moments d’humanité.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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