Alb ne se contente pas de murmurer.

Il y a les musiques que l’on n’a pas envie d’extraire de leur sourdine et puis celles qui vous interpellent. Fusse à travers un spot publicitaire pour une Peugeot! Une recherche plus loin, « Golden Chains » permettait de découvrir Alb, trois lettres, un duo sur scène, un solo pour l’écriture. Alb, ou Clément Daquin, l’un des musiciens les plus doués de sa génération. Rencontre à l’occasion de la venue du groupe à l’Acoustic Festival du Poiré-sur-Vie en Vendée.

Le visage porte les stigmates d’une fatigue impossible à masquer, résultat d’une nuit trop courte et d’une série trop longue de contre-temps (un train manqué qui oblige à pallier par un co-voiturage décroché en urgence, un clavier oublié, des balances décalées et écourtées…) « Il y a des jours comme ça! Je vais essayer de voler quelques minutes de sommeil dans le bus… Au final, ça fera des souvenirs. » Clément Daquin a déjà trop roulé sa bosse pour se laisser déstabiliser par ce genre de péripéties. De toutes façons, le manque de temps est devenu compagne de route depuis la sortie de son album voilà bientôt un an et encore plus depuis sa nomination aux Victoires de la Musique, catégorie « Révélation scène de l’année ».

« C’est vrai que « Come out! It’s beautiful » a fait bouger les choses. Il s’est passé un truc autour de cet album, les critiques étaient positives, le retour public l’était tout autant et au fil des concerts, une soixantaine désormais, on a vu des spectateurs de plus en plus enthousiastes et porteurs. Effectuer plusieurs parties des Shaka Ponk dans de grandes salles a également permis de rencontrer un public qui ne nous connaissait pas mais qui nous a magnifiquement reçu. Nous avons d’ailleurs encore quelques dates ensemble  cet été et comme ils sont humainement et musicalement au top, ça va être de nouveaux grands moments de plaisir… Enfin, il y a eu le passage aux Victoires, pour lequel nous avions travaillé plus de six semaines afin de présenter une création originale et qui a aussi été un accélérateur incomparable. Beaucoup nous ont découvert ce soir là. Ce fut le cas par exemple de Laurent Ruquier. Il était devant sa télé, il a aimé et a eu envie de nous avoir dans « On n’est pas couché » sur France 2. »

L’aventure avait pourtant commencé voilà une dizaine d’années quand le design a été abandonné au profit de la musique. Clément Daquin se partageait alors entre plusieurs groupes lorsque le patron de sa société lui a offert un ordinateur pour qu’il finalise son premier album. Un geste qu’il n’a pas oublié.

En 2006 est ainsi sorti un EP, « CV 209 » , repris dans l’album « Mange disque » un an plus tard. Tout Alb était déjà bien en place. Le plaisir revival avec le boitier en plastique orange qui rappelait le mange disque de chez Univox, les synthés vintages, les claviers derniers cris, la pop différemment acidulée et l’électro savamment maîtrisée. Clément Daquin est le mixte heureux entre compositeur surdoué et infatigable géotrouvetout de la musique avec l’harmonie et la grâce en bout de notes.

En 2011, un nouvel EP, « I Beg for a Summer » tente la percée. Mais c’est avec « Golden Chains » et son génialissime clip interactif où le musicien met en vente ses effets personnels pour financer son prochain album que l’aventure accélérera le pas. Avec les rémois de The Shoes aux choeurs, le titre accroche. Peugeot l’achète pour la campagne publicitaire de la 208. La route pouvait s’ouvrir  plus large encore.

« Il y a des musiciens qui snobent la pub ! Je pense que c’est une posture bien plus qu’une pensée profonde. Tous les musiciens sont heureux de ces demandes. Ca nous fait de la pub à nous aussi, ça permet d’assurer le quotidien. La seule « censure » éventuelle concernerait une marque éventuelle avec laquelle je ne voudrais pas être associé. Ca reste cool ! »

Alors que le morceau trustait les mémoires,  Clément Daquin n’entend pas pour autant renoncer à un parcours accompagnateur. Avec (Pierre) Yuksek, ancien de sa bande rémoise, il entame une tournée de deux ans à travers le monde. Aucun continent n’est oublié. A côté sur scène mais dans l’anonymat de l’ombre, il livre le meilleur de ses instruments. « Come out! It’s beautiful » ne sortira alors qu’en 2014. Le temps d’en peaufiner les titres, de signer chez Arista, label où il a trouvé une écoute, un regard sur le métier précieux et rare. Le temps de profiter aussi de la naissance de sa petite fille. « Ayant vécu plein de choses, je n’ai pas eu l’impression d’un si grand délai entre les deux albums. Et puis c’était peut être la durée nécessaire pour arriver à cet album là, écrit et structuré comme je le souhaitais vraiment. »

Quand la musique raconte.

Un opus qui s’écoute comme une histoire, celle d’une journée, d’une année. Celle de la vie. Les oiseaux des « Nature Synthétique » rythment de temps à autres les « saisons ». Comme une porte qui se referme pour mieux annoncer le volet suivant. Le printemps éclate de jeunesse dans « Hypoballad », ses enthousiasmes et ses naivetés, ses vieux combos et ses flûtes à bec qui rappellent la colle Cléopâtre et le charme suranné de l’apprentissage alors que sonnent les premières responsabilités de l’âge adulte, le moment où collectionner des figurines devient quelque peu insolite… Même si on aimerait poursuivre encore. « Whispers under the Moonlight » pointe ses notes vers le zénith, puissant , décrochant les cuivres et les meilleurs choeurs mais relevant pourtant de l’intime. Sublime moment à partir duquel on ne peut que redescendre et traverser la nostalgie. « Back to the Sun » emporte sur ce chemin empreint de douce sensualité. Le morceau provoque l’émotion à laquelle on ne s’attendait pas.

« Je voulais un disque intemporel. L’idée n’était pas de raconter une histoire au sens narratif du terme mais que les musiques traduisent une forme d’ histoire. Il fallait trouver les bons rythmes, les arrangements, les instruments et surtout la meilleure façon de les faire sonner car de là naitrait la couleur… Le dosage acoustique-électrique devait lui aussi être minutieux. Tout ça a pris du temps. Sans parler de morceaux comme « Ashes » assez difficile à jouer. Lorsque je l’ai écrit, je n’avais que six mois de piano derrière moi. Il fallait que je progresse et travaille encore et encore car il était hors de question qu’une fois sur scène, ça soit médiocre. »

Doute vite levé! Un concert d’Alb, c’est un moment assez unique. Dans l’organisation déjà, le face à face claviers-batterie et à portée de mains, les guitares. Raphaël Jeanne, batteur du groupe depuis deux ans et demi, a la silhouette élégante d’un danseur de jazz mais son énergie est inébranlable. Le regard est concentré sous la snapback,, la précision est au scalpel et la complicité avec son acolyte ne laisse aucune place aux doutes.

Oubliées les fatigues, la nuit inexistante, le clavier inconnu avec lequel il faudrait composer, quand l’adrénaline n’a d’égale que l’envie et le plaisir de la scène, le moment ne peut qu’être enthousiasmant. Les mille cinq cents spectateurs de l’Acoustic Festival ont été bluffés et ne s’attendaient pas à ce que la première affiche de la soirée (juste avant Charlie Winston) envoie autant. La montée en puissance a été totale. Les tubes ont déclenché des enthousiasmes autant que d’amusants « Ah… c’est d’eux, ça? Mais je connais, j’adore! » (preuve que la pub sème parfois joliment dans le dernier espace de cerveau utile…) Une heure et un album intégralement joué sur scène plus tard, Alb avait encore une fois conquis. Clément Daquin a la voix taillée pour ses partitions uniques. Alb ne fait pas d’histoire mais raconte en duo haut de gammes.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

 – Prochains concerts d’Alb: le 24 avril à Onet le Château (12), le 25 à Carcen Ponson (40), le 11 juillet au Zénith de Dijon (21) pour l’Oeno Music Festival, le 23 Juillet à Brive (19) et le 24 au festival de Poupet (85) –

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