Un soir avec Yves Jamait.

Yves Jamait poursuit la tournée lancée après la sortie d’Amor Fati, son cinquième album. Sans tambour médiatique. Mais avec les trompettes de la renommée pour sonner le rappel des fidèles. Succès mérité.

Un décor digne de la Rue de la Soif, mi guinguette, mi repère de boucaniers. Des tabourets, des petites estrades, des lampions et… des crânes. Parce qu’au fond, un moment viendra où s’estomperont les différences, où il sera clairement exposé que nous sommes tous pareils. Yves Jamait le souligne avec humour, provoquant la réflexion et fustigeant les valeurs extrémistes. Le public acquiesce en riant. Il est vrai que ce soir là comme à chaque date de cette nouvelle tournée, les spectateurs sont acquis à la cause. Celle de cet artiste hors normes qui décroche l’or à chaque album mais reste étrangement absent des plateaux TV.

Sans médiatisation réelle, les salles sont pourtant pleines. A Nantes, dans la mythique salle Paul Fort, il a même fait escale deux jours de suite pour le plus grand bonheur d’un public fidèle, connaissant son Jamait par coeur! Largement mérité quand on voit ce qui se passe sur scène. Loin du tour de chant, c’est un vrai spectacle avec une mise en scène au tempo parfait. Entre deux rires, une émotion que l’on n’avait pas vue venir et qui ne peut empêcher les larmes, un coup de griffe politique, une caresse au temps qui passe, une esquisse d’un tableau de famille, des embruns qui emportent vers le large et dont la beauté fait chagrin…

Quand Yves Jamait a débarqué à quarante ans, de sa province natale avec ses chansons frappées au coin du quotidien, portées par cette voix un peu éraillée et son allure sombre, certains l’ont directement affublé de  « chanteur réaliste aux faux airs de titi parisien ». Un comble pour un dijonnais de coeur, attaché à ses origines. Très faux les airs de titi ! La casquette est irlandaise et pas du tout raccord avec le Ménilmontant des orgues de Barbarie. Oublions !

Oui, oublions! Car Yves Jamait est tellement autre chose, tellement moderne dans ses passions comme dans ses coups de gueule. Le regard qu’il porte sur le monde, sur la vie, tient plus du sociologue que du poète lunaire perché dans ses beaux sentiments. Il parle politique mais les mots ne versent jamais dans le manichéen ni la caricature. En presque quinze ans, il a même appris à glisser davantage de douceur et de bienveillance. Yves Jamait n’oublie pas le monde ouvrier dans lequel il oeuvrait avant la scène mais il ne pratique pas pour autant l’angélisme social. La bêtise n’épargne aucun milieu. Pas même celui là. Au Bar de l’Univers, tous les chats ne sont pas gris mais les textes ne parlent pas non plus que de ces rencontres en terrain connu. Le temps qui passe, les absences, la vie sur ses rails, les mains qui caressent, la supplique discrète de tendresse… En sortant, personne ne regardera plus son parapluie de la même façon. Les petits déjeuners face à la mer auront souvent la douloureuse beauté de la bouleversante « Même sans toi ». Et les mains battront encore à l’unisson de la superbe Amor Fati qui nous rappelle que « nous n’avons de devoir que de devenir vivants ».

Performance ininterrompue.

Yves Jamait est un showman. Il ne bride pas son énergie. En deux heures trente de spectacle, il chante, s’enflamme, saute, danse, s’amuse, prend une guitare, reprend une gorgée de bière (« par principe artistique »), joue la comédie, endosse l’habit du pilier de comptoir pour mieux reprendre la panoplie de l’attendri. On se demande pourquoi le cinéma ne lui a pas encore fait les yeux doux… Mais évoquer les concerts de Jamait sans parler de ses quatre musiciens est impossible tant ils apportent eux aussi leur pierre à l’ édifice du succès. Avec une mention spéciale pour Samuel Garcia (claviers, accordéon) et Laurent Delort (guitares, banjo). Ce dernier démontre ici ce qu’il tente de cacher depuis des années : il a bien quatre mains dotées chacune de quinze doigts pour jouer avec autant de virtuosité. Le moment solo offert en milieu de soirée pour refermer une chanson est un pur moment de grâce.

Le public exulte, tape dans ses mains, chante ou se laisse emporter par les mots, prêt à ce que la soirée reste ouverte… à Jamait. Mais il faudra pourtant repartir! L’artiste reviendra alors une dernière fois, entouré de ses complices, pour un final d’anthologie, un long « medley pourri » (traduisez joyeux mix de medley et de pot pourri!). Jusqu’au bout, Yves Jamait a donné et partagé. Incroyable soirée!

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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