La galaxie One Direction.

Parmi les suggestions, les demandes, les envies qui nous sont formulées, il en est une que nous regardons avec le sourire. Certainement pas un sourire moqueur. Non, un sourire amusé plutôt tant on devine ce que cachent ces désirs égrainés comme autant de refrains : rencontrer les One Direction, faire gagner des albums ou photos dédicacés, transmettre les messages. Pas moins !! Ce n’est pas le regard méprisant que peutJ’ai J’ai  souvent provoquer leur nom qui fait obstacle (la réussite amène souvent la jalousie!). Plutôt la façon dont ces cinq là sont tenus loin de tout. A des millions d’albums de là, sur la galaxie du « partout où nous sommes nommés, nous raflons le prix », le groupe n’a vraiment plus rien d’une joyeuse bande insouciante. Time is money!

Cinq ans que par la grâce d’X Factor,  télécrochet britannique à succès (qu’ils ont eu le bon goût de ne pas gagner, preuve que certains échecs signent pour la plus incroyable des réussites) Niall Horan, Liam Payne, Harry Syles, Zayn Malik et Louis Tomlison obligent à inventer de nouveaux superlatifs. De l’autre côté de la Manche comme chez nous, rares sont ceux qui décrochent leur passeport pour une vraie carrière après ce genre d’émissions convenues. Eux en sont sortis individuellement perdants mais réunis par l’incroyable flair de Simon Cowell, juré et co-producteur du show. Ainsi sont nés les One Direction, immédiatement dotés d’un (premier) contrat (de deux millions de livres sterling) avec Syco production, voix bien faites sur gueules d’amour propres à séduire toute la planète jeunes filles.

Comme les sept nains de Blanche Neige, les personnalités sont dissemblables mais finalement complémentaires et surtout, et on nous le répète à longueur d’interviews, solidaires. Il y a le très beau gosse un rien dragueur mais au sourire si craquant et dont la voix rauque tranche avec son jeune âge. Le torturé plutôt renfermé d’origine étrangère qui aimerait troquer toute rencontre avec les médias contre des heures supplémentaires à faire ses graffs. Le pur produit middle class anglaise qui trompait son ennui à coups de CDD chez Toys’R’us et amusait les enfants en jouant ses mélodies sur les pianos en plastique. Le fils d’ouvrier qui aurait pu se retrouver  à l’usine lui aussi ou devenir pompier, peut-être. Le jeune irlandais  rieur aux mèches blondies  enfin issu du monde rural. La mixité, les origines modestes, la jeunesse et un charme indéniable, tout est en place pour que le rêve se diffuse. Vite. Et sans égard pour les frontières.

Avec de tels poule(t)s aux oeufs d’or, Modest Management, grand ordonnateur de leurs tournées, gestionnaire du rythme des albums, chef d’orchestre de tout ce qui touche à la meilleure pouliche de leur écurie, n’entend pas freiner le rythme. Et un, et deux, et même quatre albums en quatre ans. Comme le montrait « This is Us », le film réalisé par Morgan Spurlock (à qui l’on doit « Super Size Me »), en essayant d’attirer nos compassions, les garçons connaissent l’épuisement à vivre ce rythme d’enfer, ces tournées enchainées, le manque de la famille, le décalage horaire, les minutes de sommeil interrompues pour poser trois notes sur un futur morceau enregistré dans la chambre d’hôtel voisine. Mais pas de quoi déclencher une émeute même mini. Dociles, reconnaissants pour leurs gentils producteurs, conscients de vivre un rêve éveillé, il ne leur viendrait pas à l’idée de broncher. Ils ne la jouent rebelle que dans leur goût immodéré pour les tatouages (irlandais excepté). Ca reste cependant paisible. A peine a-t’on entendu quelques échos de volutes illicites mais la fraîcheur a rapidement repris le dessus.

A grands coups d’images positives, les cinq jeunes gens ont poursuivi sur les rails de leur succès parfaitement orchestré. Et la vente d’albums par millions a pu se poursuivre, les tournées mondiales se vendre en quelques minutes (même lorsque la salle a la dimension d’un stade immense comme ce fut le cas lors de leur  « Where We Are Tour », l’avant dernière tournée) et la moisson de récompenses s’enchaîner (depuis février 2012 et leur premier Brit Award, celui du single britannique de l’année, les One Direction ont été nominés plus de 150 fois et ont décroché 115 récompenses!!! Voilà…)  Même Mike Jagger les a adoubés en trouvant que cette team là lui rappelait sa jeunesse. Et le magazine Rock and Folk, dont on sait le coté chien de garde en matière de musique, leur a offert ses pages, trouvant pas mal de choses très bonnes dans leurs chansons. Un grand coup sur la tête du lecteur-détracteur!

Alors évidemment, oui, il y a tous les à-côtés, l’énormissime et inépuisable liste de produits dérivés, du calendrier au pyjama, en passant par le parfum et les livres dits officiels, la profusion d’émissions, les échos constants dans les rubriques people, les tacles de très très nombreux « confrères » qui ne voient en eux qu’un produit, une « soupe indigeste » , un soufflé qui retombera aussi vite que Tokyo Hotel, les Jonas Brother ou Boyzone avant eux. Aimer les One Direction, acheter leurs disques seraient presque l’ultime faute de goût. A la limite de la honte.

Et bien non ! Même si les cinq britanniques n’ont évidemment pas besoin qu’on les défende, même s’ils sont dans un autre monde plus franchement accessible, que ceux qui les fustigent aillent voir ce que sont leurs concerts. Conviée à chaque tournée, à Manchester mais aussi à Zurich ou Paris (à Bercy mais aussi au Stade de France), nous pouvons en parler et l’assurer haut et fort : il était sacrément cool leur public. 70% de jeunes filles, 20% de mères parfois plus excitées que leur progéniture, des amoureux ou pères gentils pour le reste. Mais tous, heureux. Une sorte de Journée Mondiale de la Jeunesse dans chaque ville étape! On attend fébrilement durant des heures avant l’ouverture des portes pour être au plus près de ces dieux là. On chante, on crie, on essaie de gérer le trop plein d’émotion pendant le show et on ne retient plus ses larmes sitôt la dernière note retentie et eux… déjà embarqués dans le van qui les extrait à vive allure pour les conduire vers leur hôtel ou la piste d’embarquement de leur jet privé.

Musicalement, là où Beyoncé, Bieber et tant d’autres abusent du play-back, les One Direction chantent (parfaitement bien), s’amusent et surtout partagent véritablement avec le public. Impossible de douter de leur sincérité et de leur plaisir évident à se produire sur scène, devant ces foules immenses. Ce bonheur offert ne mérite pas l’agressivité des commentaires récurrents. Quel artiste ne rêverait pas de ce succès ? Quel gratteux à l’entêtement le plus radical ne serait pas tenté par quelques miettes de ce festin ?

Le contrat des One Direction prévoit encore un dernier album avant que chacun puisse (éventuellement) virer des bords et gagner d’autres rivages en solitaire. On dit Harry Styles, très introduit dans le milieu artistique californien, tenté de faire l’acteur ou d’enregistrer ses propres morceaux. Zayn Malik aussi accepterait de regarder en face les yeux doux d’une caméra. Tout est possible quand on n’a même pas 25 ans, cinq ans de succès planétaire, des millions de followers qui vous jurent fidélité éternelle et un compte en banque dont l’épaisseur a de quoi ôter les dernières angoisses.

Alors, non, à priori et sauf tournée intimiste soudainement signée, Headline n’empreintera pas ces chemins là. Parce que les interviews de dix minutes montre en main ne peuvent pas permettre le véritable échange et que ces cinq là n’ont qu’une seule direction autorisée. Mais nous continuerons de nous réjouir de leur succès et ne ferons jamais partie de la curée qui espère les voir dévisser dans les charts. Si le spectacle vivant a aussi pour vocation de faire naître le rêve et offrir une parenthèse enchantée alors les One Direction remplissent parfaitement le contrat. Et tant pis si le certifier haut et fort fait naître d’autres aigreurs.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Charlie D.

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