Les superbes notes de Corson.

Après quelques dates en première partie de Calogero, Corson sillonne les routes de France pour une longue tournée qui le conduira jusqu’à la Cigale de Paris le 30 Mai prochain. Il effectuait sa deuxième date à Nantes ce 1er Février. Chronique d’un talent vraiment pas ordinaire.

Des balances à peines décalées de quelques minutes, moins d’une heure avant le retour sur scène… Pas de quoi stresser puisque peuvent s’y glisser harmonieusement une interview, un léger rafraîchissement capillaire et quelques minutes mi-détente mi-concentration avec potes et musiciens!  Corson est un homme pressé, de cette hâte propre à l’artiste qui veut bouffer de la scène . Il veut enfin rencontrer ce public aux retours enthousiastes depuis que « Raise me up » a trusté toutes les radios, totalisant aujourd’hui plus d’un million trois cent mille vues sur Youtube. Mais il ne veut pas non plus aller trop vite, griller les étapes et passer à côté des plaisirs de l’instant.

Drôle de mélange chez un homme à l’apparence tranquille mais qui, une fois derrière le micro, est d’une énergie aussi impressionnante que communicative. Le privilège de l’âge peut-être. A trente-cinq ans, Corson (nom de scène en superbe hommage à une mère disparue bien trop tôt, mixte de ses prénom et nom de famille), a déjà bien bourlingué et s’est enrichi de ses expériences. « Avec des copains de lycée là haut, du côté de Thionville, on avait fondé un groupe intitulé Samsara. On faisait des petits concerts en Lorraine mais aussi en Allemagne et au Luxembourg. On était jeunes, assez audacieux finalement et notre rock envoyait. Ma mère m’avait inscrit au conservatoire. Après le solfège, j’ai enchaîné les années de piano et plus tard, j’ai passé une audition pour la section chant lyrique, toujours au conservatoire de Thionville. J’avais entendu « Miss Sarajevo » par Bono et Lucciano Pavarotti et j’avais été bouleversé en constatant que ce mélange était non seulement possible mais d’une beauté incroyable. »

Pourtant, épris de liberté, Corson ne sautera pas le pas et préférera hanter des rives plus rock. Des raisons qui lui feront également refuser une embauche dans une banque luxembourgeoise, mettant ainsi un point qu’il rêvait définitif à une carrière dans le commerce international. Au début des années 2000, il débarque donc à Paris et en 2003, il décroche un premier gros contrat pour une comédie musicale. L’histoire peut se mettre en marche : compositions de bandes originales de téléfilms, deux tournées en Asie pour un autre spectacle musical, conservatoire d’Asnières pour travailler malgré tout cette voix de ténor léger avec laquelle il a aussi envie de se faire entendre, un rôle dans « La Parisienne » d’Offenbach à l’opéra de Lyon. Et en parallèle toujours, la composition de titres pour d’autres et des concerts dans des petits lieux, au plus près d’un public pas toujours attentif mais qu’il sait ramener par sa force douce. « Autant d’expériences vous étoffent. Mais l’essentiel était surtout que je réussissais à vivre de la musique et à maintenir ce cap! » Bonne pioche aussi, c’est en l’entendant dans un bar que Selim Mouhoubi, devenu aujourd’hui son manager-producteur, est saisi par cette voix exceptionnelle et permettra à Corson ses premiers enregistrements.

Il aura fallu quatre ans au final pour que ce premier album soit dans les bacs (depuis le 12 janvier dernier). Quatre ans, c’est forcément long mais Corson, perfectionniste et philosophe, n’en conserve aucune aigreur. « C’est assez émouvant un premier disque. il faut qu’il vous ressemble, que vous puissiez en être fier. C’est aussi un recueil de moments de vie, dans les textes comme dans la réalisation. Au départ, on avait quelques compos dont « We’ll come again », qui a été signé par un producteur indépendant. Les singles se sont alors enchaînés avec succès et en 2012, Universal a pris le relais. Il a donc fallu restructurer, retravailler avec de nouvelles équipes jusqu’à cette finalisation. Ca m’a aussi permis de disposer de temps pour préparer avec soin de nouveaux clips. Je suis passionné par la photo et la vidéo, j’adorerais réaliser mes clips à l’avenir. En attendant, nous avons beaucoup travaillé sur l’esthétisme avec l’équipe technique. Cela a donc comblé utilement. »

« Pour l’album, je suis hyper fier car j’ai bénéficié de la présence de grands noms comme John Paterno (Robbie Williams, John Osborne). C’est Francois-Maxime Boutault, le réalisateur de l’album, qui l’avait rencontré lors d’une réunion professionnelle. Il lui a parlé de notre projet et Paterno a accepté. Tout simplement. Brad Blackwood (Maroon Five, Will I Am) a également masterisé. Ces signatures rendent heureux. Mais j’ai aussi eu un choc extrêmement fort lorsqu’avec Brice Davolli, violoncelliste, nous avons entendu pour la première fois les quarante cinq musiciens de l’Orchestre de Budapest jouer les morceaux. Nous attachons une grande importance aux cordes et c’était tout simplement magnifique. Cela a donc pris du temps mais aujourd’hui je suis heureux. Cet album, c’est vraiment moi. »

Des textes mélancoliques mais surtout pas désespérés, une énergie dans la douceur (ou inversement), des résonances avec la pop anglaise qui elle-même cotoie du rock très actuel et bien sûr cette incroyable voix qui laissait supposer à certains qu’ils étaient deux chanteurs sur certains titres… le fruit du succès visiblement si l’on en juge par le public venu en nombre au Ferrailleur. Dans cette salle qui autorise une vraie proximité, Corson était attendu depuis le milieu d’après-midi et l’enthousiasme ne s’est jamais démenti.

Entouré de ses quatre musiciens, il enchaine les chansons avec un plaisir manifeste.  Une quinzaine de titres dont bien sûr les plus attendus (Rainbow, Loud…) mais aussi des inédits comme « Still » dont le rock pêchu fait chanter toute la salle. Une parenthèse enchantée encore où Corson reprend « Hurt » de Johnny Cash, en duo guitare-voix résonnant comme un cri que le public écoute bouche bée puis « Sunday bloody Sunday » de Bono. Corson raconte que cette chanson est sans doute celle qui a le plus marqué sa vie et lui a donné l’envie de prendre cette route. La reprise est forcément audacieuse quand on sait l’interprétation du leader charismatique de U2. Mais Corson réussit au delà de l’impensable. Il se réapproprie le titre, surfe sur toute la palette de sa voix et livre une version qui tétanise d’émotion. A l’heure où les superlatifs sont galvaudés, employer le sublime est encore insuffisant. Bono, remets toi de ta chute de vélo et viens entendre ça!!

Dans la salle, Selim Mouhoubi observe avec discrétion et bienveillance. Les commentaires des spectateurs quittant la salle encore émus par l’interprétation de Corson, sa présence façonnée par cette voix unique ne peuvent que l’émouvoir. Corson aura forcément son zénith. Et les nantais se souviendront avec émotion, heureux de l’avoir vu faire ailleurs.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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