Sam Stoner, le musicien en-chanteur.

Durant deux heures, il est le guitariste de son pote. Fidèle, inventif, ultra doué. Mais sur cette tournée, il est aussi celui qui ouvre la soirée. En cinq titres, Sam Stoner fait entrer le public de Pascal Obispo dans son univers à lui. Celui d’un monde qui se refuse au désenchantement, à la partition énergique dirigée à la baguette des « good vibrations ». Rencontre avec une personnalité solaire qui se joue de ses parts d’ombres.

Sam Stoner, c’est d’abord une silhouette (grande), une chevelure rousse (au désordre très british) derrière une guitare devenue indispensable sur nombre de tournées, dont celles bien évidemment de Pascal Obispo, l’ami de ses premiers pas de ce côté ci de la Manche. Bye Bye Northampton. Welcome in Rennes ! Le premier groupe ne s’est pas fait attendre. « Evening Legions » écume la région, Pascal Obispo à la basse, Sam Stoner à la guitare. Jusqu’à ce que ce dernier ait envie de pousser la migration plus au sud. Un coin de France où la terre respire et l’inspire mieux encore. « La vie est la principale source d’inspiration mais le lieu où elle se déroule aussi, forcément! Il y a des parfums, des sensations, la terre qui vibre, le bruit des cailloux dans le torrent… Je suis à l’écoute de ces vibrations qui me portent et m’inspirent. Le carnet de notes de mon téléphone est rempli de ces moments, de ces notes qui surviennent et qui soudain vont finir par se réunir. Quand je compose, je tourne parfois longuement autour de la mélodie, tel un chat autour de sa proie, et soudain, je lui saute dessus et je la tiens! Il faut être patient mais ce n’est pas très compliqué. Je ne me considère pas comme un musicien. »

Le pire, c’est qu’il en est convaincu!! On a beau essayé de lui démontrer le contraire!! God save the modestie naturelle de ce grand breton à la tête plus dure qu’un menhir. « Non, non… je joue d’instinct, à l’oreille, » persiste t’il . « J’ai appris la guitare comme ça, je devais avoir sept ou huit ans. Je jouais ce que j’entendais puis ceux que j’ai aimés au fil des ans : Bowie, Hendrix, Prince, Tangerine Dream, Kate Bush… Tout ce qui signe le musicien, les doigts qui jouent à la vitesse du virtuose, les trucs hauts de gamme et impressionnants, je ne sais pas faire. Moi, je joue au feeling. »

Et ça lui réussit plutôt bien! Lui qui se voyait seul en scène avec ses propres chansons, n’a pas encore eu la vraie opportunité de les faire éclore avec l’attention nécessaire, tant les sollicitations se sont enchaînées. Zazie, croisée par l’intermédiaire de l’ami Obispo, a ouvert le bal en 1993… Le carnet n’a jamais désempli ensuite. Sam Stoner l’ a accompagnée (à la guitare mais aussi au chant) durant une longue tournée avant d’être embarqué par Philippe Pascal, le charismatique leader de « Marquis de Sade », qui le demande pour un album puis l’entraine sur scène. Suivront Natasha Saint-Pier (pour deux tournées), Calogero (pour deux tournées également), Youssou N’ Dour, d’autres encore dont bien sûr Pascal Obispo.

« Je ne pensais pas tracer ma route en accompagnateur. Ca m’est vraiment tombé dessus par hasard. Avec Pascal, c’est différent. D’abord parce que c’est mon ami mais aussi parce que je ne suis pas uniquement un guitariste à ses côtés. Nos univers sont complémentaires mais finalement très proches et on adore travailler ensemble. Je me souviens du projet « Live for Love United » pour lequel j’ai composé et autour duquel Pascal avait réuni en 2002 tous les grands noms du foot mondial… c’était énorme et totalement génial. Une aventure inoubliable. On a aussi beaucoup travaillé pour le spectacle « Capitaine Samouraï Flower », une sorte d’ovni hauts en couleurs avec un vrai message écologique. Mais c’était peut-être trop tôt. On a aussi mis beaucoup de nous dans le spectacle musical « Adam & Eve, la seconde chance. » Malheureusement, l’aventure a tourné court… »

On sent l’émotion à l’évocation de ce souvenir contrasté. Si euphorisant à monter, si brillant et original sur scène mais si décevant dans la façon dont il a été reçu. Difficile de ne pas voir de parti pris dans les critiques parfois. Tellement de mépris ici et là que l’on pouvait s’interroger sur la motivation réelle de leur auteur, si prompts à déboulonner. Beau gâchis et vrais regrets en tout cas car « Adam & Eve » était purement jubilatoire et magique, réunissait tous les arts de la scène, une troupe de talent sur des chansons magnifiques et des chorégraphies novatrices. « L’annulation de la tournée nous a fait beaucoup de mal. Ca reste un traumatisme dont je ne suis pas encore vraiment capable de parler… Sans doute est-ce trop récent. » C’était il y a un peu plus de deux ans.

Alors pour se remettre, Sam Stoner a trouvé refuge dans son cher coin du Sud. Besoin de retrouver le silence, les crêtes sur l’horizon, de sentir à nouveau ces fameuses vibrations positives qui lui servent d’équilibre. Et comme chaque fois que la vague tenterait de le faire échouer, il a trouvé l’énergie du rebond. « Se poser pour reprendre son souffle est parfois nécessaire mais il ne faut jamais abandonner. J’ai une chanson qui parle de ça justement, « I hope ». Il y a toujours un meilleur chemin, viendront les jours meilleurs… Renoncer, c’est déjà le début de la fin non ? »

Pas encore à son actualité en tout cas! Sam Stoner vient en effet de sortir son tout nouvel album (Il avait sorti le premier en 1991, « Sam Amazon and the Silk Explosions ». Puis il y avait eu « Message of sound », « Never too late » en 2005 et « What is Life » en 2009). Ces sept titres sonnent beau et juste. Ils pourraient constituer une sorte de portrait chinois à qui saurait lire entre les lignes. « I hope » (qu’il interprète sur scène depuis qu’il assure la première partie de son complice de toujours) prend aux tripes, merveilleuse alliance de la musique et des mots. « Rock’N’Roll (will never die) » avec la présence de Cyril Atef (percu et batteur français – M, Lavilliers, Bashung -) est du rock de la meilleure veine, péchu , enthousiaste, euphorisant. Quant à « How much love » ou « We are love », on se demande jusqu’à quand elles résisteront aux oreilles des programmateurs radio.

« Je mentirais si je disais que je ne serais pas heureux si ça se produisait. Mais je sais aussi que c’est compliqué d’exister artistiquement quand on a passé quarante ans, que votre musique n’est pas forcément celle de ceux que vous accompagnez… Sans parler des maisons de disques qui agissent en fonction de critères qui ne sont pas vraiment artistiques… Dans ces conditions, j’ai préféré m’entourer d’amis, produire seul et faire le disque que j’avais vraiment envie de faire. Cyril Atef donc mais aussi Denis Bielsa et encore Muriel Erdody, Angelique Barthes, Bernadette Mouillerac, Ida Chetritt et Olivier Reine. J’ai tout fait chez moi, on a enregistré dans mon grenier. Tout, sauf quelques instruments et certains morceaux qui ont été enregistrés dans un studio de Toulouse, dont l’ingénieur du son, Boris Beziat, a aussi assuré le mixage. »

Une fois encore, Sam Stoner a donc oublié de verser dans l’amertume et choisi de se donner lui-même la chance que les labels ne semblaient pas disposer à lui offrir. Et il a manifestement bien fait car depuis plusieurs mois, ces vibrations là sont encore meilleures et le nombre de ses fans ne cesse de grossir. Le CD a du être réimpressé et le public lui réserve chaque soir un accueil enthousiaste.

Sam Stoner joue la sobriété. Débarquant sur scène avec son haut de forme (quitte à être grand, autant accentuer le trait), son regard azur savamment coloré, comme un masque à peine visible qui permettrait à sa timidité de rester à l’écart. On pense alors à Bowie, l’une de ses idoles, qui lui aussi avait créé son personnage, double protecteur…

Assis sur un simple caisson, s’accompagnant à la guitare acoustique, Sam Stoner enchaîne les morceaux, commente avec humour, démontre l’étendue de sa voix qui joue aussi bien avec les graves que les aigus, une voix chaude, incroyablement libre sur scène. Et son auditoire en redemande, frustré par ces cinq titres (dont une magnifique reprise de Seal, ce soir là au Zénith de Nantes) qui passent bien trop vite mais entraînent dans un univers où les riffs décalent et ravissent. « Il y a quelques années, j’ai créé le concept de Vibraman avec deux complices. Une sorte d’homme vibrant sorti des entrailles de la terre, qui partage ses vibrations bienfaisantes. J’ai envie que les gens qui me font le plaisir de m’écouter, ressortent joyeux, porteurs d’une envie nouvelle. Mieux encore, ça peut paraître ridicule mais je rêverais que les gens réapprennent l’échange, le vrai, celui qui consiste à s’écouter pour mieux s’entendre. La période n’est pas à ça mais je veux continuer à espérer. »

Encore quelques dates avant la fin de la tournée puis Sam Stoner partira se ressourcer dans son refuge. Le temps de respirer car un souffle nouveau l’attend pour le printemps: plusieurs concerts avec la présence de ses complices de l’album sont en effet déjà programmés. Le début d’une jolie série. « Never too late ». Près de dix ans qu’il le répète. L’heure serait bienvenue de voir Sam Stoner en-chanteur. Fingers crossed…

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

– Pour retrouver toute l’actualité de Sam Stoner : Sam Stoner Music, sa page Facebook. On y trouve aussi ses albums, sur lesquels l’artiste prend toujours le soin de poser une dédicace avant expédition. L’échange, la générosité… jusque dans les moindres détails. –

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