Peter Peter entre dans la lumière.

Le québécois Peter Peter poursuit sa tournée sur les routes françaises. Il était en escale ce samedi à Cognac. Rencontre avec un artiste à part, à la pop éclatante et à la nostalgie pleinement assumées.

Dans les canapés des Anciens Abattoirs de Cognac, transformés en magnifique salle de spectacle, Peter Peter prend enfin le temps d’une courte pause. La veille, il jouait en Vendée. Dans quelques jours, il sera à Paris avant de poursuivre pour une quinzaine de jours encore cette tournée européenne entamée voilà près d’un an. Aucune trace de fatigue. Au contraire, comme un sentiment de bien-être. Le temps aurait-il enfin fait son ouvrage et permis une vie plus douce à ce trentenaire auteur-compositeur-interprète dont les textes sont autant de plaies à vif? « On verra… Je suis toujours prudent et le doute m’accompagne bien plus que les certitudes. Une chose est sûre, je me sens serein. Ces mois passés sur les routes, à découvrir des endroits inconnus et partager mes chansons, ont été très riches. Dans cette vie très organisée, il y a assez peu de temps laissé aux angoisses. Ca a du jouer aussi, je suppose. »

Le personnage est touchant. Sans doute justement parce qu’il ne joue pas mais se livre dans la transparence de ses souffrances, de ses déchirures, de ses insupportables manques. « Je ne sais pas faire autrement. Pas envie de tricher, de mentir. Le risque immédiat est celui de la vulnérabilité : quand on se montre tel que l’on est intérieurement, il n’y a plus d’armure. » Peter Peter n’a effectivement jamais rien tu de ses anxiétés ni de ce spleen qui va et vient et reste son plus indissociable compagnon. « Ca remonte à très loin. Un jour, vous découvrez que plein de choses qui nourrissent l’enfance n’existent pas. Puis vous vous retrouvez presque seul avec votre mère. Quand les rêves décrochent, il n’y plus de place que pour le doute. Mais je reste optimiste. »

De son scepticisme, Peter Peter a nourri ses heures les plus sombres, jusqu’à faire tanguer l’ivresse et vivre des excès « no limit ». Jusqu’à ce qu’il perçoive aussi combien l’alcool notamment menait au déni et à une vie manquée. Le sport a pris le relais. La souffrance s’est couchée sur le papier. « La souffrance ? Oui, sans doute. C’est tellement difficile parfois de vivre et de ne pas se laisser emporter par des vagues de tourments. Comment peut-on passer à côté de l’angoisse? Mon premier album, sorti en 2011, était très auto-centré. Presque minimaliste (NDLR : il a tout de même été produit par Howard Bilerman, que l’on retrouve sur les disques d’Arcade Fire ou Coeur de Pirate). Le deuxième, sorti en 2012 au Québec et en février dernier ici, parle toujours de moi mais aussi de mes amis, de cette forme de tristesse commune à plein de gens autour de nous. Certains sont en échec sentimental. D’autres s’interrogent sur leurs choix, professionnels ou sentimentaux. Nous sommes à un âge charnière où l’on se pose toutes ces questions. Peut-être que chez moi celà prend juste une résonance plus importante. »

Et puis parfois arrive le déclic. Un titre qui se dessine, un autre qui s’ajoute et celui qui permet de croire en la tenue d’un nouveau disque. Ainsi « Les chemins étoilés » ont su légitimer l’envie. D’écrire encore. De (re)vivre aussi. Accessoirement. « Quand vous vous rendez-vous compte que vos amis sont eux aussi dans le questionnement, vous dépassez votre propre introspection. Ca ne rassure pas. Ca soulage un peu. On a tous le droit à la mélancolie. »

Si les idées sont venues sans détour, les mots ont été plus compliqués. Peter Peter les a ciselés avec une exigence et une sévérité qui ont parfois entravé leur envol. « Ecrire pour écrire, ce n’est pas intéressant. Il fallait que la chanson soit le reflet parfait de ce que je devais dire. » Les mélodies se sont imposées plus facilement. Toujours dans cette pop qui constitue sa signature. Brillante. Mélange rare de claviers, guitares et sax. Un instrument que l’on croyait désormais réservé au jazz mais auquel le québecquois laisse une part impressionnante, au point de donner à ce deuxième album, une couleur bien particulière. « J’avais envie de ces envolées, de cet instrument que l’on ne voit plus aujourd’hui. Comme s’il était devenu tabou alors qu’il offre tellement de possibilités. Je le conserverai sur le prochain disque à côté des synthés et des guitares, c’est sûr! »

« Homa », extrait d’ « Une vision améliorée de la tristesse » a été élue meilleure chanson francophone par Itunes Canada. Et Arista France, filiale de Sony, ne s’y est pas trompée en inscrivant ce premier artiste québécois à son catalogue. A peine quatre ans après que Peter n’attire l’attention avec ses sonorités indie postés sur internet!

Son nouvel opus, Peter Peter l’a déjà bien ancré dans un coin de sa tête. Il en sait quelques idées, a déjà griffonné des bribes de textes et mémorisé quelques riffs. Mais il sait aussi que le temps de cette écriture n’est pas celui de la tournée. « Il y a des artistes qui peuvent écrire sur la route, entre deux shows. Moi, je ne sais pas. Quand je suis pris dans ce rythme, je suis happé par les choses logistiques comme un ampli qui a un problème, les entrevues, la promo, le public… Je n’ai pas la tête assez libre. Et puis il faut de la passion pour écrire! Fin novembre, la tournée aura cessé, je pense alors m’échapper deux mois. J’irai au Québec voir ma mère, mes amis. Puis je partirai peut-être à Lisbonne. C’est une ville hors du temps que j’aime beaucoup. Avec de la musique dans mes écouteurs, je chercherai les cafés qui m’abriteront avec mes cahiers. Ou alors j’écrirai en marchant. J’ai un immense besoin de solitude en fait (…) Je n’ai pas de pression. Il n’y a pas d’urgence. Ce troisième disque viendra juste par plaisir. J’espère seulement que je serai toujours dans ce moment de répit, loin des angoisses car je ne peux pas avoir le focus quand je souffre trop… » Un silence. Puis il enchaine. « On verra bien… Avant cela, le public pourra découvrir mon nouveau clip. Je viens de le tourner en cinq-six jours à Paris. « Beauté baroque » est une sorte d’anti-vidéoclips avec toutes sortes d’images, dont mon appartement. Des vues disparates en fait… Vous verrez! »

Tout au plaisir de cette réalisation, Peter Peter affiche un sourire qui contraste avec la gravité de son regard clair. La mélancolie n’est jamais loin et reste visiblement en embuscade.

Sur scène quelques heures plus tard, il se laissera pourtant aller à son seul plaisir du jeu et du partage avec les spectateurs. Ouvert par ces partitions de sax qui lui sont si chères, le concert enchainera une quinzaine de titres. « Une version améliorée de la tristesse » bien évidemment mais aussi « Réverbère », « Tergiverse », « Beauté baroque », ou bien encore « Carroussel », « Tout prend sens de le miroir »… L’accent québecquois s’est estompé. (« Je ne trouve pas ça très esthétique et puis ça fait tout de suite daté. Comme si les choses étaient restés figées depuis ces autres chanteurs québecquois que vous avez aimés ici en France voilà longtemps. Effacer au maximum permet de laisser toute sa place à la musique et, j’espère, à une meilleure compréhension des paroles! » ) La présence est jubilatoire et la complicité manifeste avec son trio habituel (sax, basse, batterie). « On est venu de loin. On se sent accueilli. Merci! »

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– La tournée passera le 5 novembre à Saint-Jean de la Ruelle (45), le 10 à Tinqueux (51), le 14 à Marseille et le 15 à Arles (13). Billets dans les points de vente habituels. –

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s