Le bel été des festivals français.

La saison des festivals français s’est achevée dimanche soir quand se sont éteintes les consoles de Rock en Seine. Avant de reprendre le chemin des concerts en ordre plus dispersé, petit retour sur ces mastodontes qui ont mis notre été en musique. Et petit coup de chapeau personnel à celui qui n’est sans doute pas le plus lourd d’entre eux mais qui a fait de son sens de l’accueil sa marque de fabrique, au point de s’imposer comme un incontournable sur l’itinéraire des tourbus.

Status Quo // Hellfest.

Hommage chaleureux tout d’abord à celui qui a ouvert le ban : le Hellfest, l’incontournable rendez-vous metal de Clisson, cuvée 2014 (du 20 au 22 juin), a battu tous les records. De température d’abord avec un mercure à plus de 35 ces trois jours, enveloppant chaque déplacement d’un nuage de poussière, expliquant aussi les files d’attente aux (trop) rares point d’eau et la traque à la moindre zone ombragée. Dans ce contexte, l’intervention des pompiers le dernier jour a été une initiative largement appréciée. Dommage peut-être que leurs lances à eau n’aient pas été sollicitées plus tôt. Mais cette météo harassante (en opposition totale avec le cocktail pluie-froid de l’édition précédente) n’a pas réussi à gâcher le plaisir des métalleux qui, d’Iron Maiden à Aerosmith en passant par Status Quo, Avenged Sevenfold, Black Sabbath ou Rob Zombie, ne savaient plus où donner du pogo. Deux coups de cœur pour nous : les allemands de « Powerwolf », impeccables dans leur mise en scène spectaculaire comme dans leur set list parfaitement calibrée, portée par un Atila Dorn en grande forme et les américains de « We Came As Romans » qui réussissent à revisiter le metalcore avec une belle énergie et un plaisir de la scène assez contagieux. Record de fréquentation enfin (et surtout!) avec plus de 139.000 spectateurs, battant encore les résultats de 2013. De quoi mettre la pression sur Ben Barbaud et son équipe qui vont devoir programmer fort pour le 10ème anniversaire du Fest l’an prochain.

Météo avec vents contraires une semaine plus tard pour les trois jours du Solidays mais la fréquentation n’a heureusement pas pris l’eau : 175.237 spectateurs. Plus importants encore compte tenu de l’enjeu et des fins de la manifestation organisée sur l’hippodrome de Longchamps, les 2,2 millions d’euros de recette estimés, largement au delà des objectifs affichés. Solidarité Sida va pouvoir renforcer ses actions grâce à la présence d’artistes aussi divers que Fauve, HollySiz et son enthousiasme sincère, Yodelice, Franz Ferdinand, les complices Triggerfingers et les incontournables Shaka Ponk, Vanessa Paradis ou Skip the Use. L’affiche était la bonne.

 

Stromae // Main Square Festival.

Même constat pour le 10ème anniversaire du Main Square d’Arras (du 3 au 6 juillet) : la pluie diluvienne, le terrain boueux et collant n’ont pas fait rebrousser le chemin du moindre festivalier et devant les scènes d’Arras, ce sont plus de 135.000 spectateurs qui se sont pressés. Doté d’une journée supplémentaire en ouverture, le Main Square avait réellement frappé fort en offrant une affiche exceptionnelle : Iron Maiden, Ghost, Stromae, M, Détroit, David Guetta, Gesaffelstein, MGMT, The Black Keys, entre autres, pour la scène principale et autant de richesses sur la Green Room avec London Grammar, James Arthur, The 1975, notamment. Programmation au top et organisation parfaite, pour les professionnels comme pour le public. Arras est en haut de la carte. Une hauteur qui sied bien à son festival.

(A quelques encablures de là et durant ce même week-end, les Eurockéennes réussissaient eux aussi leur édition en attirant plus de 102.000 festivaliers face à Stromae (toujours!), Pixies, Shaka Ponk (toujours aussi!) ou bien encore Foster the People et… devinez… Détroit!)

Pluie encore et toujours, orages même, pour accompagner les Vieilles Charrues (du 17 au 20 juillet) qui avaient convié, entre autres, Elton John, Arctic Monkeys, Christophe, Détroit, HollySiz, Fauve, Daho mais aussi Indochine, Julien Doré, Kavinsky… La 23ème édition de la manifestation bretonne (dont le budget est de 13 millions d’euros) a accueilli 225.000 personnes dont plus de 175.000 entrées payantes. D’excellentes nouvelles sur le papier mais à ne pas considérer aussi simplement sans doute quand on sait que les Vieilles Charrues ne bénéficient d’aucune subventions et se financent à plus de 80% par les festivaliers eux-mêmes. Dans ces conditions, chaque année est à hauts risques et les bilans comptables, scrutés à l’euro prêt.

Ce bilan, les Francofolies devraient logiquement le considérer avec satisfaction : une ouverture en fanfare, baptisée « Les copains d’abord », en vibrant hommage à Jean-Louis Foulquier, disparu le 10 décembre dernier. Lavilliers, Souchon, Aubert, Voulzy, Jonasz, Adamo, Noah, Thiéfaine, rejoints par les « jeunes pousses » Nolwenn Leroy, Elodie Frégé, Christophe Willem… ils avaient tous répondu présents. La liste était belle et la soirée (présentée par Omar Sy en surprenant Monsieur Loyal) n’a pas déçu malgré quelques longueurs. Puis Christophe Maé, Stromaé et Détroit les jours suivants ont eux aussi réussi le carton plein. Du 10 au 14 juillet, les diverses scènes du festival rochelais auront recensé plus de 92.000 spectateurs. Un succès qui rend lui aussi hommage au père fondateur de cette manifestation désormais trentenaire.

Ce week-end enfin, grâce à Lana Del Rey, Blondie, Queens of the Stone Age, Portishead ou bien encore Arctic Monkeys, proposition originale et oh combien alléchante, Rock en Seine a clos le bal avec une participation qui méritera affinement mais devrait flirter avec les 40.000 festivaliers par jour. Malgré le déluge gâchant un peu la journée d’ouverture de cette douzième édition, le festival francilien a largement atteint son objectif.

L’été 2014 des festivals aura décidément été celui de tous les succès alors que les esprits chagrins leur faisaient miroiter le pire, entre mouvement des intermittents et incertitude éventuelle sur la tenue des concerts et crise économique ne facilitant pas l’achat des pass multi jours. La météo n’a pas été belle mais aucun orage ne sera venu mettre en danger ces machines solides mais toujours à risques. Si éclairs il y a eu, ils n’auront été que de génie car les programmateurs ont su faire cohabiter audace et certitude pour livrer au final des affiches qui ciblaient large mais visaient manifestement juste.

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Sur la carte des festivals, il en est un qui poursuit tranquillement sur la route du succès et des records, celui de Poupet à Saint-Malo des Bois. Dans cette microscopique commune vendéenne riche de quelques 1.500 habitants, on recense pas moins de 540 bénévoles dont le noyau dur se réunit chaque semaine pour mitonner un festival étalé sur près de trois semaines chaque mois de juillet avec une quinzaine de soirées différentes pour réussir à satisfaire tous les goûts et toutes les générations.

Christophe Maé // Festival de Poupet.

Depuis sa création voilà bientôt trente ans et plus encore depuis la construction du magnifique théâtre de verdure en 1998, inauguré l’année suivante par Pierre Bachelet, les têtes d’affiches se sont succédées et le nombre de spectateurs n’a jamais cessé de croître. Près de 20.000 voilà dix ans… Près de 60.000 supplémentaires cette année. Et ce n’est que mérité! Bien sûr, comme partout, pour que le public réponde présent, il faut susciter l’envie. Noah, Joe Cocker, Texas, Hallyday, Tracy Chapman, M, Souchon, The Cranberries, Maé, Bruel… la liste est bien trop longue de ces succès passés pour être rapportée. L’an dernier, David Guetta réunissait 24.500 personnes. On croyait le record imbattable. Erreur! Cette année, Stromaé (pour une soirée exceptionnelle au Château de la Barbinière) a fait venir 25.000 personnes. Gad Elmaleh a affiché complet très vite et Patrick Sébastien a provoqué un tel engouement qu’il a fallu reprogrammer une autre soirée en fin de festival. Bonne pioche! Va pour la qualité de l’affiche donc. Mais il y a aussi ce petit plus qui fait ici une sacrée différence : l’extraordinaire gentillesse de l’équipe.

Arriver dans ce temple de la musique pas comme les autres, c’est d’abord être accueilli. Du « vigile » d’entrée au personnel assurant la restauration, de l’équipe organisatrice au vendeur de souvenirs en passant par ces plus excentrés qui veillent sur les parking et dirigent d’une main habile le flux des voitures quittant le site (on rappellera qu’à tous niveaux de l’organisation, ce sont exclusivement des bénévoles), tout le monde a envie que Poupet ne laisse que des souvenirs heureux. La disponibilité est totale, la vigilance existe mais sait se faire discrète et reste toujours calme. Alors forcément, on se sent sacrément bien à Poupet!

Assister à un concert au côté de Lucienne, 81 ans, bénévole de la première heure, qui veille chaque soir sur l’espace des personnes à mobilité réduite mais participe surtout à toutes les réunions hebdomadaires pour prendre une part active à la programmation, est un moment délicieux et tendre. Voir l’équipe des médecins juste à côté, danser et chanter sans complexe, est une joie communicative. Regarder enfin ces 5.000 spectateurs enthousiastes partager ces quelques heures de spectacle laisse imaginer combien Philippe Maindron, le président fondateur doit être comblé. Il y a des honneurs et des médailles trop vite accrochées. Lui, par sa passion et au nom de tous ces bénévoles qui donnent temps libre et passion pour que l’histoire se poursuive avec brio, mériterait les plus hauts pour avoir su apporter ce qu’il y a de plus beau : une parenthèse de Bonheur.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET // Seth STANLEY.

(Nous tenons à remercier aussi tout particulièrement Thomas Maindron, dont l’enthousiasme est contagieux Jean-Marie Poirier, le vice-président, qui a le sens aigu de l’anecdote, nos deux électriciens préférés, pieds nicklés de la caisse à outils, aussi professionnels que bourrés d’humour et guides efficaces, et puis encore une fois, Lucienne, incroyable passionnée)

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