Poupet est tombé sous le charme de Christophe Maé.

Quatre ans après sa première visite, Christophe Maé était de retour ce 15 juillet au Festival de Poupet. A ses côtés un band impressionnant de virtuosité. Le bocage vendéen avait pris la couleur du Bayou et sonnait New Orleans.

« Bonjour Poupet! Prêt à danser? Regarde, quand on va à gauche, tu pars à droite… Ok? Allez, accélère un tout petit peu… à gauche…. à droite… Poupet bonsoir!! » Dans le Théâtre de verdure plein à craquer, ça se bouscule un peu mais ça rit beaucoup face aux consignes de ce maître de ballet en haut de forme et costume tradi des Bands de la Nouvelle Orléans. A ses côtés, une partie de ses dix musiciens reprend les pas. Chorégraphie impeccable, mise en scène ultra rodée après déjà quatre-vingt concerts au compteur de cette nouvelle tournée. Mais la lassitude ne semble pas prête de s’inscrire sur la partition. « C’est ma terre » (en version totalement revisitée façon marching band) vient de donner le La à deux heures de show haut en couleurs. Et comme toujours avec Christophe Maé, ça déborde d’énergie, ça saute, ça rit. Et ça charrie. Car Christophe Maé est un performer comme il en existe que très peu en France. D’ailleurs ce soir là, même ceux qui ne connaissaient pas bien son univers, ne pouvaient s’empêcher d’admirer l’incroyable savoir faire de cet artiste dopé à la vitamine de l’envie.

« J’ai la chance d’avoir un public incroyable, des fans qui parfois me suivent sur plusieurs dates de la tournée. J’ai appris qu’ici en Vendée, depuis sept heures et demi ce matin, il y en a qui sont assises devant les portes pour être au premier rang. Difficile de ne pas être survolté et essayer d’envoyer un maximum quand les gens sont autant au taquet! » Une heure avant d’entrée en scène, Christophe Maé a pourtant l’apparence tranquille. Vieux chapeau déformé à force d’assises distraites, débardeur sur bermuda en jean. Archi bronzé. La « coolitude » des gens du Sud diraient certains. Plutôt la sérénité de celui qui sait l’affaire parfaitement cadrée et a réussi à s’affranchir de pas mal d’angoisses après dix ans de carrière. Des centaines de concerts, des disques de platine, des récompenses en tous genres et aucun accroc sur la feuille de route. Christophe Maé a gagné son paradis en s’émancipant très vite du costume Frère du Roi dans la comédie musicale à succès du tandem Attia-Cohen. Il a sorti dans la foulée un premier album qui lui ressemblait et imposait déjà son style. Carton plein. Il pouvait tracer sa route.

Après un deuxième opus chauffé aux couleurs de l’Afrique, « Je veux du bonheur », sorti en juin 2013, change de continent et laisse retentir les souvenirs de la route du Blues empruntée durant le long break qui a suivi la tournée précédente. « J’en rêvais depuis longtemps. J’ai réalisé un rêve de gosse, en fait. Jamais je ne pourrai oublier les rencontres que j’ai faites là-bas. Les gens qui continuent de sourire malgré les catastrophes, ceux qui ont tout perdu après le passage de l’ouragan Kathrina mais sont toujours prêts à réconforter leurs voisins. Ces mômes aux incroyables sourires et cette musique omniprésente. Pas une rue sans un musicien dehors. Devant les maisons, dans les clubs, ça joue partout. Alors évidemment, quand est venu le temps de composer pour ce disque, j’ai eu envie que ce soient ces musiques là. Mais surtout ces mecs là! Il y a deux frères parmi mes musiciens, je les ai entendus par hasard. L’un faisait la manche, il me parle de son frangin qui joue aussi bien et les deux larrons me citent un pote à eux qui joue avec une pêche incroyable. C’était exactement ce dont je rêvais pour réaliser ce disque. Alors je leur ai demandé s’ils avaient envie de me suivre… »

Cette présence direct from New Orleans ajoutée à quelques pointures françaises… la fusion a opéré au delà de toutes les attentes. Plus de 500.000 ventes à ce jour. Des cuivres, des banjos, de l’accordéon (« Je suis tout juste réconcilié avec l’instrument. Encore la prouesse d’un des musiciens! ») Mais aussi, nichées entre deux tubes en puissance, quelques pépites d’émotions inattendues. Et qui parfois fracassent. « Charly », forcément, parce que la disparition d’un être jeune, décrite avec non-dits et déliés chargés de pudeur, ne peut que bouleverser. Mais aussi « L’automne »‘, magnifique chanson qui résonne bien au delà de la dernière note. « Ça me touche. Vraiment, ça me touche… parce que cette chanson, je l’ai écrite seul. Paroles et musique. » Il plante son regard vert et marque un temps d’arrêt. « Sans doute que si ça touche c’est parce que ça évoque quelque chose de personnel… OK! Et bien je vais te faire un album entièrement composé par moi et moi seul! » lance t’il alors. Surpris en pleine promesse de gascon le gars du midi sur ce coup là. Mais la parade à l’émotion était jolie.

Jolie aussi la setlist composée pour cette étape de son périple estival. Des nouveaux titres mêlés aux incontournables, « La Rumeur », dans une incroyable version rallongée, entrecoupée d’un extrait d’Asimbonanga de Johnny Clegg, prétexte à un hommage à Mandela, « Mon P’tit gars », « Mon Paradis », « On s’attache ». Et toujours ce nouvel habillage Nouvelle Orléans qui permet aux excellents Sebastien Chouard à la guitare et Renaud Gensane, à la trompette, de montrer eux aussi toute l’étendue de leur savoir faire.

Un rappel (« La Poupée ») émouvant de sobriété puis « Dingue, Dingue, Dingue » pour boucler ces deux heures d’un show sans un temps mort. Christophe Maé voulait du bonheur. L’histoire ne dit pas s’il l’a trouvé. Ça semble quand même assez heureux sur scène. Dans le public, aucun doute. Le Festival de Poupet, en l’invitant pour la seconde fois, s’était offert la certitude que la récolte serait belle dans le Théâtre de verdure.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

compas (3)

 

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