Les bonnes clés de la maison Yodelice.

Yodelice a livré au Main Square Festival toute la puissance de sa partition rock-folk. Électrisant.

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15h30 sur la Main Stage, samedi 5 Juillet. Yodelice mouille la chemise (qu’il porte beau sous la veste et le petit gilet coordonnés). Et cela n’a rien à voir avec la météo. Il mène son concert avec la rage énergique du boxeur qui entend bien gagner le combat. Il enchaîne les morceaux savamment puisés dans son répertoire pour séduire les milliers de festivaliers massés devant la scène. Beaucoup connaissent ses refrains par cœur. D’autres sont venus par curiosité, pour voir de plus près cet artiste dont ils ne connaissent que le grimage, le double au chapeau melon (mais ça c’était avant !) larme dessinée sur la joue gauche. A la fin, lorsque se mêlent les commentaires, c’est plus qu’une unanimité, pas une voix dissonante. Ceux qui le prenaient pour un gentil musicien, auteur de quelques tubes, plaqueur de beaux accords sur les films de son pote Guillaume Canet, viennent de découvrir que derrière Yodelice, existait surtout un musicien hors pair, l’un des grands noms de la musique actuelle. N’en déplaise à sa modestie!

Quelques heures après sa sortie de scène, la veste troquée pour un perfecto… Mais le chapeau ivoire toujours en place (autant se débarrasser tout de suite de l’info pour ne pas verser deux heures dans une inutile rubrique fashion, oui, le melon a été remplacé par un superbe couvre-chef, plus grand mais paradoxalement plus discret), Yodelice est toujours dans son concert. « C’est un kiff total que ces grandes scènes, cette foule. Je remercie vraiment l’organisation du Main Square de programmer des artistes comme moi. C’est une évidence mais jouer dans ces conditions ne s’envisage pas comme un tournée classique. Une tournée, ce sont forcément des cadres, des jeux de scènes et des éléments de décoration. Cela semble lourd et figé mais en vérité, c’est rassurant et ça autorise bizarrement plus de spontanéité. Sur un festival, il faut aller chercher tous les publics. Celui qui vous connait et semble vous apprécier. Comme celui qui écoute d’une oreille distraite parce qu’il attend le groupe suivant! C’est un challenge. Le genre de défis que j’adore! » Il le raconte dans un immense sourire. Passionné. Serein, au moins en apparence.

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Il semble alors loin le temps du doute, cette période traversée voilà six ou sept ans au cours de laquelle Maxime Nucci, qui n’était pas encore Yodelice, se demandait si la musique était bien sa voie. Mais comme parfois, en toute chose, malheur est bon, en se glissant dans la peau de cet avatar aux allures de clown triste, affranchi de ses pudeurs et de ses craintes, en s’autorisant à révéler ce qu’il est vraiment, un homme passionné, exigeant, romantique, très connecté sur la vie… Il a eu la sincérité gagnante.

« Comme le dit une expression bien connue à Nashville, « une chanson, ce sont trois accords et la vérité ». Partant de là… » Pour les accords, pas de souci. Le musicien a fait ses classes très jeunes au Musician’s Institute de Londres (dont il deviendra même l’un des plus jeunes enseignants). C’est un guitariste immense et un compositeur de génie. Pour la vérité, dans une schizophrénie très assumée, il laisse à Yodelice la possibilité de se livrer, comme Ziggy Stardust en disait beaucoup sur David Bowie. Après six ans pourtant, le costume se fait plus discret et le maquillage plus léger. Comme s’il n’était plus nécessaire de tant se cacher. Le rêveur au regard cerné de noir qui transportait un folk limpide dans sa guitare la joue d’ailleurs plus rock, plus énergique. Les textes, qui n’ont jamais versé dans le faux semblant, laissent échapper davantage de gaieté et de force. Seule demeure la cicatrice triangulaire, telle une signature indécrochable. « J’ai évolué. Forcément! J’ai vécu tant de choses heureuses, des reconnaissances du public comme de la profession. Ce serait ridicule de ne pas comprendre sa chance! »

Le très folk « Tree of Life » , sorti en 2009, a en effet été disque de platine et son auteur, nommé pour le Prix Constantin. L’année suivante, décidément album de tous les succès, « Tree of Life » décroche la Victoire de la Musique catégorie « Album révélation de l’année ». S’en est suivie une tournée sold out. Dopé à cette énergie positive, Yodelice sort « Cardioïd » à peine un an plus tard. Bingo! Autre disque de platine et nomination pour la Victoire du Meilleur album rock en 2011. « Émotionnellement, c’était très fort. Ça couronnait des années de travail mais ça mettait surtout un terme à ce que je trouvais bien trop proche de la spirale de l’échec. Au final, c’est bien aussi. Ça permet de savoir que tout est relatif et que rien n’est jamais définitif. »

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A l’image de sa collaboration pour d’autres artistes. Yodelice avait travaillé avec M sur un album de Johnny Hallyday qui avait moyennement marché (toutes proportions gardées car Johnny Hallyday est généralement un très très gros vendeur). Il en avait conservé un souvenir ému et une grande fierté. « Il est si loin de la caricature qu’en font les médias. C’est un mec de 71 ans qui fait de la musique à longueur de temps et qui est quand même une sorte de légende vivante, ce dont il se moque. Je ne pensais pas avoir la chance de retravailler avec lui et puis un matin, j’ai été contacté. J’étais hyper touché. Heureux comme un gosse. Bosser avec un musicien de cette trempe, surtout quand on aime les artistes ultra sensibles, c’est une chance incroyable. C’est hyper inspirant aussi. Et puis quand on sait que ce 49ème album studio sera produit par Don Was, le producteur des Stones et de U2…. je crois qu’il n’y a pas grand chose à ajouter après ça, non ?! »

Cette parenthèse achevée, Yodelice a repris tranquillement la tournée mise en place après la sortie de « Square Eyes », son quatrième album, enregistré pour partie à New York et taillé pour la scène. Un parcours à travers la France, beaucoup des gros festivals d’été et un Zénith à Paris le 14 Novembre pour boucler l’itinéraire. « Il faut rester humble! Je travaille pour des gens que j’admire, j’ai la chance que mes albums se vendent bien mais quand nous partons avec mes musiciens, qui sont des très grands, faire quelques dates en Australie, on se rend compte une fois de plus de la lucidité qu’il faut absolument conserver. Jouer dans un énorme spot entre Ben Harper et Bod Dylan, je vous jure que ça fait bizarre et que ça oblige à maintenir la modestie intacte. Même si c’est le pied total tous ces concerts si différents! »

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Illustration parfaite de ces plaisirs successifs, Yodelice sortira en septembre « Like a million Dreams », son premier album live. Un enregistrement pluriel, glané au fil des concerts dans les clubs. « Je ne voulais pas que ce soit le souvenir d’un seul moment. J’ avais envie que tous ceux qui avaient eu la gentillesse de venir me voir s’y retrouvent. Olivier Lude, ingénieur du son avec lequel j’ai déjà travaillé, boucle actuellement le mixage. Je suis très impatient. » La voix chaude se fait douce, presqu’émue. Yodelice a souvent exprimé que son rêve serait de se trouver. Professionnellement au moins, il semble avoir atteint son graal.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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Une réflexion au sujet de « Les bonnes clés de la maison Yodelice. »

  1. Merci pour cet excellent article sur Yodelice! C’est exactement ce que je pense de cet artiste! J’adhère totalement !! C’est un guitariste immense et un compositeur de génie!! Beau portrait!!

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