Personne ne pourra résister à l’appel de London Grammar!

Le jeune trio anglais était programmé lors de la dernière journée du Main Square Festival. London Grammar a séduit dès les premières notes. Un moment de grâce dans la Citadelle arrageoise.

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D’abord il y a la voix. Cette voix cristalline et grave qui transporte vers les rives de la mélancolie. Envoûtante. Hannah Reid n’est pas que l’atout charme de London Grammar. Elle en est la pièce maîtresse. Mais il ne faudrait pas sous-estimer le rôle de ses deux complices, Dan Rothman, le guitariste et Dot Major, tout à la fois, batteur et pianiste. Chacun à sa place mais tous portés par un goût commun pour une forme de spleen des temps modernes.

Flashback. Dans les couloirs de l’Université de Nottingham voilà peu, un étudiant gentiment fumiste, rassure sa famille en donnant l’impression de se passionner pour l’économie. Sauf que Dan Rothman lui préfère bien davantage les accords à inventer et les bœufs à improviser dans les recoins des salles désertes. Ca tombe bien. Sa chérie a une co-locataire, étudiante studieuse, guitariste et pianiste, qui aimerait trouver des acolytes pour former un groupe. Hanna Reid et Dan Rothman ont les mêmes envies créatrices. Il n’en fallait pas plus pour que ces deux là se trouvent. Pas beaucoup plus ensuite pour que se noue le lien avec un étudiant de la promo du dessous. A quelques amphis de là, Dot Major, l’allure déjà d’un poète lunaire, un peu oisillon tombé du lit avec sa chevelure (faussement) désordonné, a l’assiduité réelle pour ses cours de langue mais se rêverait volontiers destin plus artistique, lui qui partage ses heures creuses entre piano et batterie. Le duo lui propose une association. La tornade London Grammar était en route.

Pour revenir sur ce passé récent, quelques minutes avant de monter sur la Green Room du Main Square Festival d’Arras ce 6 Juillet, seuls les garçons racontent. Il pleut. Le temps est relativement frais. Hannah Reid préfère protéger sa voix. Non par fantaisie ou caprice. Mais bien animée par cette rigueur et ce professionnalisme qui l’ont toujours habitée. Elevée dans un quartier tranquille de l’Ouest londonien, passionnée de psychologie (atavisme familial… sa mère est psychanaliste), elle a conservé cette volonté de bien faire. Une forme de gravité aussi. On s’étonnerait presque de savoir qu’elle a quand même fini par devenir un peu plus « rock’n roll » (un peu seulement) en fréquentant les nombreux clubs de la capitale anglaise qui jouaient du dubstep, cette musique caractérisée par un rythme très syncopé et une ligne de percussions accompagnée de basses. Apparue à la fin des années 90, très en vogue dans le Londres début du 21ème siècle, le dubstep n’a pas duré mais a laissé quelques influences évidentes chez les compositeurs actuels. « On n’y a pas échappé! » lance Dan Rothman. « C’est notre génération. Mais il n’y a pas que ça. Si je devais trouver les groupes que nous aimons et qui nous inspirent, je dirais Eurytmics, Talk Talk et Portishead. Plein de gens en fait, » s’amuse le jeune homme qui apparaît comme le joyeux drille de la bande.

« Il y a aussi les musiques de films », complète Dot Major, tout en retenue mais s’exprimant dans un français impeccable, ce qui rend l’échange assez surréaliste compte tenu de l’inversion des langages. « Pour « Drive », nous avons adapté « Nightcall » de Kavinsky. C’était une expérience géniale et j’espère que nous aurons l’occasion de recommencer souvent. Enfin, si les gens veulent de nous encore! » Petit sourire timide, une mèche à balayer discrètement. Le jeune homme semble douter encore. Peut-être la raison pour laquelle il ne s’arrête jamais de travailler. Dans le tourbus, entre balances et concerts, il invente des covers, enregistre des sons, crée encore et toujours, sur ses ordinateurs, son piano électronique ou ses djembés.

« Notre musique est assez dépouillée. Il y a une forme de spleen porté de morceau en morceau comme une signature. Mais nous avions envie que ce soit extrêmement moderne, d’où la présence forte de la guitare de Dan et de l’électro. Hannah se sent bien dans ce décor et du coup, elle porte naturellement les paroles que nous avons posées sur ces musiques. L’idée naît parfois de deux accords guitare-piano. Parfois, c’est le sujet qui inspire la partition. C’est assez classique en fait, » tente t’ il de banaliser !

Classique peut-être… Mais surtout d’une incroyable classe. Il aura suffi de deux notes pour qu’Hannah Reid subjugue les milliers de spectateurs massés au pied de la Green Room ce dimanche soir. Un public pas forcément acquis, patinant dans un sol rendu boueux par les pluies incessantes et qui avait hésité entre les paroles-flèches de Détroit sur la Main Stage ou la curiosité pour ce trio que tout le monde s’arrache.

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Superbe dans son fin pull moulant à col roulé noir, ses collants opaques et sa petite jupe noir et blanc, quelques mèches de sa longue chevelure blonde relevées dans un chignon, une bague pour tout bijou. Des yeux azurs. Nul besoin d’artifice quand on a la grâce aussi évidente et la voix grave aussi pure. Hannah Reid a quelque chose de Lana del Rey ou de Lorde. Sans le côté un brin déjanté. Elle enchaîne les morceaux qui ont fait leur jeune succès, commente, s’installe quelques instants au piano droit posé derrière elle. « Nightcall » est forcément de la soirée. Comme ce sublime « Wasting my young years », ode mélancolique à leurs jeunes années à jamais perdues. Le public exulte. Les téléphones enregistrent ce moment de grâce incroyable. Cinquante minutes trop courtes, sans artifices, sans effets spéciaux mais qui laissent totalement muet.

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Après Arras, le trio de London Grammar a mis le cap sur d’autres festivals dont celui de Montreux. A la fin de l’été, il poursuivra par une tournée européenne qui passera par la France. Succès assuré. Viendra ensuite l’heure de la création. L’album qui suit un succès n’est jamais facile car l’enjeu peut brider l’inventivité. On peut pourtant facilement parier que London Grammar n’est qu’au début du succès. Un long, très long succès.

Magali MICHEL.

Crédits photos // Sophie BRANDET.

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