Indochine. Putain de…

A 21h tapantes, les cinq compères ont crevé les écrans géants. Vieillis puis rajeunis par la grâce d’un morphing parfait. Le film entrait dans la réalité et Indochine au beau milieu du Stade de France. Une traversée sous des tonnerres d’applaudissements. Top départ de trois heures triomphales.

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Par des interviews et des post réguliers sur Twitter, Nicola Sirkis et Oli de Sat avaient su se jouer des curiosités tout en donnant l’impression de lever des pans du mystère qui entourait ces deux concerts exceptionnels au Stade de France. Une bonne année de suspens dont rien n’avait filtré. Mais quelques infos comptables habilement distillées par Live Nation avaient renforcé les impatiences : 57 semi-remorques pour acheminer les décors et la technique, plus de 700 techniciens mobilisés, 550m2 d’écrans, 450m2 de surface mapping, 25.000 watts de puissance sonore, une scène totalement originale de 80m de large dotée d’une piste de 50m pour rejoindre une autre scène en milieu de pelouse, de longues travées de chaque coté de la scène principale et des effets spéciaux par dizaines. Nul besoin d’avoir tout un passé d’intermittent technique pour comprendre que cette débauche annonçait du grandiose.

Sitôt dans le stade, les 65.000 spectateurs ont enfin pu découvrir la Black City, immense ville de métal, rappel du dernier album et des trois « Black City Tour » qui avaient précédé ces deux rendez-vous ultimes. Et à 21h, c’est à « Electrastar », extrait de Paradize souvent écartée des concerts, qu’a été donnée mission de lancer la soirée. Le stade entier s’est immédiatement levé.

La mâchoire contractée, visiblement tendu, Nicola Sirkis semblait lutter contre un cocktail trac-émotion. Avant ce concert, il avait répété vouloir faire de ces deux soirs un « moment de communion avec ceux qui les suivent depuis 30 ans, 20, 10, 5 ans ou même depuis hier seulement. » L’heure était donc venue de cette grande messe pour ces milliers de visages couverts de la croix symbole du groupe. On comprend donc ce qui devait s’agiter sous le casque brun. Indochine a beau être le seul groupe français à remplir le Stade de France (et par deux fois consécutives), l’ampleur un peu folle de la tâche a de quoi enivrer.

Mais le garçon est professionnel et la setlist savamment dosée entre titres un peu oubliés et airs incontournables, lui a assez vite permis de retrouver le sourire. « C’est comme un rêve! Merci, Merci.. » lance-t’il à la foule avant de dédier « Atomic Sky », à son frère Stéphane, disparu voilà quinze ans. Un tendre clin d’œil encore à Renaud, présent dans le public, puis Nicola Sirkis accompagné du seul Oli de Sat au piano, reprend quelques morceaux plus intimistes. La machine est définitivement lancée. L’enchaînement de tubes dans une mise en scène fourmillant de surprises ne s’arrêtera plus.

La pluie annoncée n’est pas venue (enfin pas ce premier soir car le lendemain, elle serait l’invitée mauvaise surprise, ce qui n’empêchera pourtant pas le concert de se jouer avec la même énergie). Les artifices en tous genres ont parfaitement fonctionné, l’enregistrement du DVD ne connaîtrait donc pas de problèmes, le leader d’Indochine, rassuré et de plus en plus à l’aise au fil des chansons, a pu exploiter les avancées de scène pour aller encore davantage au contact de ses fidèles. Car il y a bien quelque chose de mystique dans la relation entre Sirkis et ses fans. Ni secte ni gourou. Mais une messe païenne dont les psaumes seraient les révoltes communes et ce lien que le musicien renforce en partageant ses combats. Le visage de Christine Boutin, projetée en immense sur les écrans tandis que retentissait son discours homophobe, tenait largement de ça et a obtenu l’adhésion huante du public. Le « petit doigt au CSA » qui avait refusé la diffusion du superbe clip de « Collège Boy » également.

Un peu plus de trente ans que la fidélité opère. Une longévité qui explique ce public multi-générationnel, joyeux et complice, reprenant à plein poumons, les bras levés. Mais qui a aussi su se faire discret pour laisser Alice Renavand, récemment promue danseuse étoile de l’Opéra de Paris, figure principale du clip de « Wuppertal », imposer sa grâce sur la seconde scène. Apparition magique que cette silhouette blanche et émotion de Nicola Sirkis qui l’observe à l’autre bout du stade et a du mal à entonner le premier couplet. Un moment suspendu.

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Mais les meilleures choses ont une fin. « Trois nuits par semaine », « Dunkerque », « A l’assaut » et un « Aventurier » d’anthologie qui embrasera (au sens propre) le Stade de France pour un final gigantesque.. Indochine avait promis que ce Stade là serait encore plus fort qu’il y a cinq ans. Mission largement accompli. Près de trois heures de concert à grand spectacle mais laissant quand il fallait la place à de vraies émotions. Les trente ans (légèrement dépassés) du groupe ne pouvait rêver meilleur anniversaire.

Magali MICHEL.

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