Till Lindemann.

Il y a des jours où tout sonne fade. Et puis il y ceux des rendez-vous avec sa propre histoire. Le sentiment de rentrer dans les posters de son imaginaire. Ce 24 avril 2013 à Lyon, rendez-vous était confirmé avec Till Lindemann. LE Till Lindedamm, le si charismatique chanteur de Rammstein. Goethe va t’occuper de Werther. Je révise mon allemand en méthode « urgence assimil ».

Il fait un soleil de plomb mais devant les portes de la Halle Tony Garnier des centaines de fans du groupe allemand patientent depuis les premières heures de l’aube. Aux mêmes causes, les mêmes remèdes, pour ne pas rater le bord de scène, seule la patience peut finir par triompher des précieux mètres. Une foule noire, typiquement métalleuse, dans ses piercings à tous les étages, ses chaussures à plateforme et ses débauches de cuir comme dans sa gentillesse. Celui qui accuse le métal de tous les maux devrait davantage fréquenter ces ambiances où l’agressivité n’existe pas, où la passion unit mais jamais ne bagarre.

Assises au premier rang, tentant vainement d’amadouer un vigile très… muet, deux jeunes femmes venues de Suisse. Elles racontent le trajet en stop, les galères pour trouver la salle loin du centre de Lyon, ce 38ème concert qu’elles allaient voir. Et Till auquel elles avaient apporté une immense composition, mi fleur, mi crepon. Elles avaient économisé pour s’offrir un meet and greet, ces minutes (souvent courtes) vendues (souvent chères) en plus du ticket de la place de concert. Elles ne disent pas le prix mais affirment que « de toutes façons, ça valait le coût ».

Par discrétion, pour éviter les quolibets impatients, le vigile (toujours aussi peu loquace) indique l’entrée arrière, près des tourbus et des dizaines de semi-remorques. Nouveaux vigiles. Fouille. Recommandations. Rien d’anormal quand on sait les feux d’artifices et les flammes qui rythment un concert des illustres allemands. De toutes façons, pour Till Lindemann, même décliner vingt fois de suite son identité à autant de gros bras différents, rien ne paraîtrait excessif ce jour là.

Et puis le colosse parait. 1,92m de légende musclée. L’œil pétillant et déjà cerné de noir. Un sourire sur tout le visage. Herr Till Lindemann, chanteur de Rammstein, ex-leader de la natation est-allemande, musicien, acteur, poète (« In stillen Nächten » est un ouvrage superbe qui a rencontré un gros succès Outre-Rhin mais que l’on ne trouve malheureusement en France que dans sa version d’origine. Les non germanistes peuvent passer leur chemin. Dommage car c’est une poésie toute en délicatesse, aux confins du conte philosophique), Herr Lindemann est là et parle. Si, si… il parle! On ne comprend pas ce qu’il dit tant le cerveau subit encore le bug émotionnel mais on a bien entendu cette fameuse voix, celle qui reprend “Du hast, Ich will” et tous ces tubes internationaux qui ont fait de Rammstein le meilleur ambassadeur de la musique du pays d’Angela. Arrive Flake (de son vrai nom Christian Flake Lorenz) avec lequel il reprendra dans quelques minutes l’émouvant “Mein herz brennt”. Ca se charrie. Le temps passe mais le moment n’est pas au stress. Tout est déjà calé. Il n’y a plus que la scène à vivre. Et son plaisir. Diplômé de pyrotechnie, Till Lindemann manipule les feux d’artifice et imagine les séquences explosives du show . Des années de chaudron bouillant et de phallus giclant des flammes toute en puissance lui ont permis de peaufiner ces moments à l’étincelle près. La vigilance demeure mais l’enthousiasme ne diminue pas.

On refait l’histoire. La sienne, la leur plutôt. Quand Christoph Schneider et Richard Zven Kruspe sont venus le chercher et que les premiers titres ont été composés et répétés dans un modeste appartement berlinois. Till raconte comment Christoph a du bagarrer pour qu’il chante. Il était ivre mort et il a découvert toute la dimension de sa voix. Danke schön le Schnaps. Sans cette beuverie d’un soir, le destin de Till Lindemann aurait eu une autre couleur. Et le marché du disque allemand, un sacré manque à gagner! Rammstein était en marche. Rien ne l’a arrêté depuis.

Pas de photo. « Le concert est plus intéressant et nous représente tellement mieux! » Un régisseur vient annoncer l’heure des meet and great. Grignoter du temps aux jeunes suissesses serait moche. On se claque un dernier küsse. C’est qu’on est potes maintenant avec Till. « Enjoy ! » qu’il ajoute. Ben non Till, là çà le fait moins. Reste toi-même!

Au final, il avait raison, on a été « en joie ». Comme toujours, le concert a été parfait (même si la Halle Tony Garnier n’est pas la meilleure salle pour magnifier les artifices). Après une première partie laissée à Joe Letz, le batteur de Combicrist, DJ en dehors du groupe, qui a proposé un set composé uniquement de remix de Rammstein, c’est le génial “Ich tu dir weh” qui a signé l’entrée en scène des quiquas allemands. 15.000 personnes en communion avec leur drôle de messe. Le paradis en enfer. Une succession de titres sans temps morts. Un jeu de scène physique découpé au scalpel. “Pussy” pour boucler la soirée en apothéose. Et Till Lindemann a disparu. Mein herz brennt. Et oui!

Magali MICHEL.

compas (3)

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