« Panzer Surprise » : Ultra Vomit collectionne les standards !

Ça a des allures de pyjama party à la pépère, col chemise, rayures et boutonnage, voire même robe de chambre pour certain, malgré la chaleur étouffante qui règne dans le Ferrailleur. Pour les 10 ans de la salle nantaise, les quatre énergumènes d’ Ultra Vomit avaient promis « un show spécial très spécial », ils l’ont fait! Après un récent passage par Stéréolux et un Alhambra sold out, la date pouvait avoir des allures de show case, ils ont pourtant joué le jeu à fond. Un anniversaire quelques jours après la sortie de leur nouvel album, la fête ne pouvait qu’être belle. A la hauteur de ce « Panzer Surprise » magnifiquement produit.

Pour ceux qui ne les connaissent pas encore, gaffe à ne pas tomber dans le piège : Fetus, Manard, Flockos et Matthieu Bausson sont d’incontestables rois de la vanne, prêts à migrer vers un look capillaire de premier communiant (on y croit !) pour une parodie encore plus délirante mais ce sont avant tout des musiciens top niveau. Et c’est cette incroyable alliance de riffs bien envoyés et de paroles quinzième degré qui crée l’ alchimie et met tout le monde d’accord. Neuf ans après «Objectif Thunes» qui avait véritablement entériné leur personnalité, Ultra Vomit frappe plus fort encore avec un nouvel opus où les parodies, ADN du groupe, sont encore plus abouties.

« Ce n’était pourtant pas gagné », raconte Manard, le batteur. « On était tellement heureux des retours d’ « Objectif Thunes », la tournée avait été si belle qu’ on ne voyait pas trop comment enchaîner sans risquer le « moins bien ». Les gens nous attendaient au tournant alors on a préféré se donner du temps. Les mois ont filé, je suis parti quatre ans à Montpellier, Nicolas jouait avec Andreas, et puis Rage Tour, notre tourneur, nous a dit avoir encore des demandes de dates. On en a fait une dizaine, Matthieu est arrivé à la place de notre ancien bassiste, parti rejoindre Black Bomb A et tous ces évènements nous ont redonné un coup de fouet. On a repris notre  cahier à idées, de nouvelles vannes ont fusé, des envies de les jouer « à la façon de… » ont suivi et « Panzer surprise » s’est mis sur les rails. Avec le recul, je pense que ce temps de maturation était nécessaire.»

Le producteur du précédent album pris par d’autres projets, c’est vers Fred Duquesne que les nantais se sont tournés pour enregistrer « Un pote nous a dit, « Fred, c’est le meilleur ! » Du coup, on a foncé. On savait son niveau de jeu avec des groupes comme Watcha ou Mass Hysteria, c’est un putain de guitariste. On savait aussi ce qui sortait de son studio, la puissance qu’il pouvait donner à un morceau… et on n’a pas été déçu. Fred a sa formule, cette expérience qui lui permet de savoir exactement où il va. Du coup, on a eu le son recherché. Son savoir faire était une sécurité. On a bien eu quelques débats mais c’est toujours le mieux qui l’a emporté. Et puis c’est un mec généreux. Il a vu que nos chansons pouvaient ne faire qu’une grosse minute, le degré d’exigence était identique à un titre cinq fois plus long. Alors il nous a rajouté des journées supplémentaires dans son studio et on a eu cet album qui nous rend vachement heureux. »

Il aura suffi de quelques jours pour que certains titres se fassent déjà connaitre. Comme « Calojira » (génialissime « Face à la Mer » de Calogero revisité par Gojira), « Kammthaar » (où Fetus, imitateur décidément très doué, ferait pâlir d’envie le timbre de Till Lindemann, le leader de Rammstein) ou «Evier Metal», sorte d’Iron Maiden vantant des instants purement domestiques. « Je suis le petit père metal du groupe », poursuit Manard. « Je voulais reprendre Gojira depuis le début. Même chose pour nos amis allemands mais Lindemann a un organe… euh, comment dire.. un bel organe alors il ne fallait pas se louper. Fétus imitant avec une facilité déconcertante tous ceux qu’il croise, on s’est dit qu’il pouvait le tenter. C’est tellement réussi qu’on regretterait presque de ne pas y avoir pensé plus tôt. Le clip est tourné. Sortie officielle le 31 Mai. »

«  Pour « Evier Metal », l’histoire est à épisodes. Je jouais dans un groupe de heavy avec Andreas (l’autre complice de Nicolas). Sur un pupitre, il y avait des paroles du genre « In the middle of the night ». On a déliré autour en y ajoutant des suites. On a posé ça sur notre fameux cahier. Et puis un jour, alors que nous cherchions des paroles en français, on est retombé dessus, on a traduit, balancé des idées et en une nuit, la chanson était là. La parodie aussi. Ce titre nous a bien fait marrer.»

Si l’humour est la base même de ces maîtres du metal parodique, il existe malgré tout des limites que les musiciens ne franchiront pas. Trop de bouteille pour tomber de le piège de la facilité provoquant le mauvais coup  de buzz. « On avait un morceau qui devait s’appeler « Je suis PD ». Ce n’était évidemment pas un jugement, juste l’histoire d’un type qui faisait son coming out, un morceau à la « Canards ». Mais on n’a pas voulu que ce titre focalise toutes les attentions et que les gens, les critiques notamment, y voient un truc sulfureux même s’il ne l’était pas. Alors on a préféré renoncer. Notre seule auto-censure véritable comme vous pouvez le constater en écoutant l’album. »

Impossible de citer tous les morceaux (il y en a 22) mais dans une set list toute personnelle, il serait impossible de ne pas ajouter à ceux précités « Takoyaki » couleur Baby Metal, « Un Chien Géant » en mode Tagada Jones, « Jésus » (qui devrait rester dans les mémoires du Hellfest où le groupe se produira sur la Main Stage le 17 juin prochain) ou bien encore « Super Sexe ».

Il y a dix-huit ans, lorsqu’ Ultra Vomit s’est lancé sous une identité qui signait déjà le parti pris, pas sûr que le groupe ait franchement été pris au sérieux, voué même pour certains puristes aux blagues les plus courtes. Avec ce nouvel album, les cordes de la dissonance ne se font plus entendre. Chacun s’accorde au contraire sur la technique impressionnante des nantais (les moments où ils laissent la part belle à la musique durant leurs concerts sont de beaux exercices de virtuosité) et leur réussite dans un genre peu fréquenté. La place laissée libre durant ces neuf années n’a pas été reprise. Preuve qu’il faut autre chose qu’une six cordes et des blagues carambar pour s’imposer dans le metal parodique. Le 10 octobre prochain, Ultra Vomit sera au Trianon. On ne sait pas si Calogero ou les frères Duplantier seront là. Mais les nantais, qui ne laissent rien au hasard, promettent que la fête sera belle. Avec ou sans pyjama.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– « Panzer Surprise » // Verycords : https://itunes.apple.com/fr/album/panzer-surprise et sur toutes les plateformes légales de téléchargements. –

DAVID BAN ALPAGUE SON PREMIER ALBUM

Ce week-end, son Porthos faisait escale trois jours à Nantes. Quatre représentations des « Trois Mousquetaires » dont deux concerts bourrés de technologie et de caméras pour cause d’enregistrement du DVD. La nuit avait été quasi blanche mais David Ban ne se dépare ni de son sourire, ni de sa disponibilité. Heureux de ce rôle à succès. Impatient à l’idée de voir enfin se rapprocher la sortie de son premier album. 

Evidemment, tout le monde attendait Olivier Dion, sa pointe d’accent québecquois, son corps sculpté à la faveur des portés bien élevés de « Danse avec les Stars », ou Damien Sargue, le brun ténébreux, superbe dans Roméo et Juliette comme dans les Forever Gentlemen, ou bien encore Brahim Zaibat et sa souplesse féline, ce sens de la danse qui ne rechigne devant aucune pirouette même la plus extrême… et c’est finalement lui qui sort son épée du lot. Un pour tous mais au final, cela pourrait bien être tous pour David Ban. Car le chanteur-comédien-musicien excelle dans « Les Trois Mousquetaires ». Un dixième spectacle musical qui permet enfin de le mettre en haut de l’affiche avec un rôle à la pleine démesure de ses multiples talents. Le 29 Juin, sortira son premier album. On serait presque tenté de dire… enfin !

« C’est vrai, plus de deux ans depuis la fin de ma campagne participative… Mais je fais tout moi-même et un disque, c’est une montagne de choses à réaliser. Je compose textes et musiques. Une fois  le studio trouvé et l’enregistrement bouclé, il faut penser à la couleur générale de l’album, à la pochette, au livret, à la distribution, la promotion etc… Artiste volontairement indépendant, je n’ai pas toute une équipe dans un label qui planche pour moi mais ça me va parfaitement car je n’ai pas à me plier à des exigences artistiques qui ne sont en vérité que commerciales. Les textes sont les miens et franchement, je n’aurais jamais pu interpréter des paroles « sensées me correspondre totalement »… alors que ceux qui sont derrière les proposent à plein d’autres, le tout étant de fabriquer un produit qui ne durera peut être pas mais qui rapportera très vite de l’argent», souligne l’artiste. « Ce disque, « L’ Alpagueur », quand il sortira, je l’aurai pensé et créé de A à Z, avec tout de même le soutien musical et artistique d’une bande de potes fidèles et particulièrement doués comme Julien Lamassonne (guitare et voix), Emma Piettre (contrebasse et voix), Karoline Rose, avec laquelle je partage un duo (guitare et voix) ou bien encore mon vieux complice Nicolas Fageot (basse). Il sera multicolore, poétique, drôle, émouvant aussi parfois, sentimental mais surtout positif. Et je l’assumerai du 1er au 14ème titre.»

Des années que David Ban nourrit ce projet d’album. Des années que le public, avec lequel il a une relation très forte, de vrais échanges sans faux semblant, attend lui aussi. Devant l’hôtel où la troupe était logée, elles (car ce sont en majorité des femmes) attendant avec patience depuis au moins deux heures dans l’espoir d’une rencontre, le temps d’un selfie, d’une dédicace. David Ban n’est pas du genre à snober. Il a beau être un peu en retard sur le planning, il parle, écoute, sourit et enchaîne les clichés. Même scénario quelques secondes plus tard devant les grilles du Zénith. Une dizaine de fans campe depuis deux heures car le bus qui emporte danseurs et interprètes doit passer par là. Il descend et va à leur rencontre, pose avec le bout de chou qu’on lui met dans les bras.

« Franchement, si on n’est pas capable de ces instants là, il faut s’interroger. On a la chance d’être artistes parce que le public vient et achète des places, certains devraient s’en souvenir. Et puis ici, c’est très calme. Lorsque je jouais Danton dans « 1789, les Amants de la Bastille », je sortais devant le Palais des Sports de Paris et je donnais des concerts sauvages avec les premiers titres de l’album à venir. Une manière différente de rencontrer les gens et de voir les morceaux qui accrochent, d’écouter les retours… Avec « Les Trois Mousquetaires », je ne peux pas. Le rôle est beaucoup plus dense, extrêmement physique et je n’aurais pas pu enchaîner les deux.»

Avec « Les Trois Mousquetaires », David Ban endosse effectivement un rôle de poids puisqu’il est l’un des quatre personnages principaux mais il a surtout enfin la possibilité de montrer toute l’ étendue de son talent. Véritable performer, sachant aussi bien chanter (et avec quel timbre ! une voix chaude et grave, parfaitement reconnaissable qui peut tout se permettre) que jouer la comédie, il a réussi à convaincre les metteurs en scène québecquois de le laisser poser sa patine sur son personnage. Porthos y a gagné en humour, en intensité de jeu. Pour le reste, il est peut être d’une courte avance l’ainé des Mousquetaires, il n’en est pas moins affuté, agile, la musculature séduisante qu’il aurait tort de laisser cachée sous la tunique. (On se demande d’ailleurs combien de temps encore il échappera au casting de « Danse avec les Stars ». Ses acolytes s’y sont tous illustrés. Il a le profil idéal. Il a aussi l’envie. TF1 si tous nous entends….)

« Après « 1789 », il y avait eu l’aventure « Flashdance » qui avait permis au public de me voir autrement. Avec Porthos, c’est encore un cran au dessus. J’avais peur avant de m’engager que ces quatre mecs fassent un peu boys band… Mais on est loin de tout ça et je suis hyper heureux des commentaires que m’envoient tous ceux qui me découvrent. Pour autant, c’est ma dixième comédie musicale après des spectacles aussi importants pour moi que « Sol en Cirque », « Grease », « Hair », « Avenue Q » et bien sûr mon Danton de « 1789 ». Difficile de trouver plus fort désormais que ce rôle de Porthos et cette aventure entamée voilà deux ans. Alors ce rôle sera le dernier. Autant finir en beauté! »

Au terme de la tournée (le 1er juillet à Nice), David Ban remisera donc son épée et aura quartier libre pour assurer la promotion de « L’Alpagueur » tout juste né. Plus qu’une release party, le concert du 29 juin au Zèbre de Belleville (Paris) sera une vraie fête. Avec les copains, forcément (Julien Lamassonne, Emma Piettre, Caroline Rose, notamment ) mais aussi plein de surprises. Artiste prolixe, jamais à court d’imagination, David Ban s’enthousiasme en pensant aux opportunités offertes par ce lieu à l’ambiance un peu circacienne. La moitié des places a déjà été vendue alors que presque six semaines séparent encore de ce rendez-vous. De quoi le rassurer et lui donner envie de voir naître une tournée. En solo. Rien que pour lui et forcément avec une autre souplesse que ces grosses productions auxquelles il est rodé. « J’ai envie de voir les gens quand je joue, de croiser des regards. J’aime ces petites salles qui existent un peu partout en France et qui permettent une autre écoute. C’est encore à construire mais c’est une envie très forte qui j’espère verra vite le jour. »

C’est effectivement dans des salles plus intimistes que les textes de « L’ Alpagueur » prendront toute leur dimension. Car les fidèles qui connaissent son personnage de clown au coeur tendre savent aussi qu’il est riche de plein d’autres facettes. « Différemment différent » est un pur bijou de sensibilité. « S’aimer », « Je n’oublierai jamais », « Hors saison », « Viens ma belle » que David Ban offre en écoute dans la confidentialité d’une loge du Zénith à quelques minutes d’entrée en scène résonnent longtemps après. La musique accroche, les paroles frappent, la production est ultra bien léchée… On s’enflamme sur le titre qui serait le premier extrait car il y a du tube en puissance et on se dit chanceux d’avoir le privilège de cette avant première. « J’ai attendu longtemps donc je ne suis plus à quelques semaines près mais avoir le disque en mains sera l’ aboutissement d’un long parcours. Je n’aurai alors plus qu’une envie: le partager et voir l’accueil que lui réserve le public. »

Début de réponse le 29 juin. Ce soir là, « L’ Alpagueur » sera livré sur les fonts musicaux, en intégralité, surprises et inédits en prime. Et David Ban sera sans doute assez ému. Comédien peut être (une activité qui l’occupe déjà beaucoup mais qu’il se verrait bien poursuivre sur une scène de théâtre, lui l’habitué des productions pour la télé) mais certainement pas tricheur, ce soir là, il sera en équilibre sur le fil des émotions, sans filet mais avec ses musiques, ses mots et ses potes pour balanciers. On parie que la salle sera trop petite ?

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Crédit photo Live Alpagueur // André D. 

– Au «  Zèbre » de Belleville, Paris, le 29 Juin 2017. Réservations: www.billetweb.fr/david-ban-lalpagueur – 

ILS OEUVRENT DANS L’ OMBRE: GRÂCE À MAXIME PASQUER, LE FERRAILLEUR S’AFFICHE HAUT

C’est sans doute l’un des postes les plus convoités de la maison, l’une des clés essentielles de la réussite du Ferrailleur : la programmation. Un poste que Maxime Pasquer occupe depuis neuf ans et qu’il vit avec une passion toujours aussi manifeste. Si le défrichage est solitaire, la décision finale sera souvent collective. Inutile donc de chercher à corrompre celui qui inscrira les noms sur l’affiche. Au Ferrailleur, l’esprit d’équipe n’est pas une formule.

Il y a des évidences qui méritent d’être rappelées : sans une politique très ciblée, des choix artistiques qui ont résonné et des évènements qui ont marqué cette première décennie, le Ferrailleur ne pourrait pas s’enorgueillir de cette incroyable réputation qui porte bien au delà des bords de Loire. Parce que le cadre peut être magnifique, la salle exceptionnellement bien équipée d’un point de vue technique et l’équipe, des barmen jusqu’à la direction, la plus professionnelle et souriante possible, si la programmation n’attirait pas les foules, il y a longtemps que la maison aurait repris ses allures de hangar. Heureusement pour le Ferrailleur (et ses fidèles), l’équipe dirigeante n’était pas composée de pintadeaux de l’année, tous (et d’ailleurs ils se connaissaient presque tous avant le démarrage de l’aventure) avaient une expérience en matière de concerts. Des envies communes, une vision partagée et un regard très net sur ce qui devait se faire pour ne pas boire le bouillon des eaux toutes proches.

Aux manettes de la programmation depuis 2008, après le départ d’un des associés originels et après une année en tant que chargé de production à la compagnie de théâtre « La Tribouille », Maxime Pasquer connaît Thomas Nedelec, le gérant fondateur, depuis le début des années 2000.

A l’époque, c’est « Articulture » qui les avait réuni, un projet dont l’une des finalités était d’organiser des concerts dans des cafés, des MJC, avec les conditions de jeu les meilleures possibles. Une vingtaine d’évènements voyait ainsi le jour chaque année.

« Sur le papier, ça peut sembler très modeste mais cela nous prenait beaucoup de temps puisque nous recherchions toujours l’organisation la meilleure possible. Humainement, c’était vraiment une aventure prenante, un peu folle mais incroyablement exaltante, » se souvient Maxime Pasquer.

Disgust.

Robin Foster.

« En 2006, Thomas a eu envie de pousser le projet plus loin en créant un lieu qui n’existait pas encore sur Nantes. Un café concerts d’environ trois-cents places, jauge sans concurrence dans la ville, offrant aux artistes un plateau technique propre à satisfaire toutes les exigences. Ainsi est né le Ferrailleur. Six, sept concerts par mois au début, une vingtaine désormais avec énormément d’événements périphériques… Et des envies constantes de surprendre le public avec une programmation que l’on espère la plus juste possible. »

Loudblast.

Persefone.

The Four Horsemen.

Là où certains décident seuls, mixant plus ou moins adroitement copinage, montant des dates proposées, certitudes de remplir et envies de faire partager des découvertes, la programmation du Ferrailleur la joue collectif. Toujours ce parti pris de n’oublier personne, cet esprit d’équipe qui fait partie de son ADN. « Bien sûr, chacun a des envies, des coups de coeur mais programmer n’est pas non plus un jeu de hasard. Il y a toute une série de paramètres à considérer. Les associations locales proposent des artistes, les tourneurs sont évidemment eux aussi très en demandes et puis il y a les soirées que nous prenons le risque de produire. Tout cela en considérant notre capacité d’accueil. Et parce que le Ferrailleur est aussi un bar, une programmation réussie est aussi celle qui attire du monde en assurant une dynamique pour l’équipe des serveurs, tous hyper pros, souriants et totalement investis. »

De ses (presque) dix ans de présence ici, Maxime Pasquer a trop de souvenirs pour n’en extraire que quelques uns. Mais il repense avec évidence à la façon dont No One Is Innocent a retourné la salle (d’ailleurs, chaque passage des parisiens a très vite été sold out); Little Big encore qui est passé ici en juillet 2015 et n’était pas encore connu. L’équipe avait parié sur cet improbable groupe russe désormais sollicité partout « et devenu bien trop cher pour qu’on les programme à nouveau ». «Maniax, un groupe de Grenoble, était un pari et au final, ce fut un concert fabuleux. Des échecs, nous en avons aussi connus, heureusement, pas trop nombreux… Pour Weepers Circus par exemple nous avons enregistré sept entrées payantes. Avec les soirées dédiées au metal en revanche, on connaît de vrais succès et c’est d’ailleurs ce qui a justifié que le genre soit bien à l’honneur des festivités des 10 ans. A l’origine, le Ferrailleur était clairement identifié comme une scène metal. Avec le temps, on a ouvert à d’autres publics et désormais, le rock côtoie le hip hop, l’électro. Une fois par an, on a aussi une soirée blues. Seule la chanson française est véritablement absente. Un jour peut-être…. C’est bien de se dire qu’il y a encore plein de friches à explorer,» se réjouit le programmateur.

Parce que les festivités des 10 ans se devaient d’être le reflet de cet incroyable parcours, Maxime Pasquer et toute l’équipe ont donc longuement planché pour réunir ceux qui sont un peu de la famille et devaient figurer sur la photo. Mass Hysteria (le 24) et No One is Innocent (le 25) se sont imposés comme têtes d’affiche évidentes.

Et puis il y aura de belles soirées parmi lesquelles Ultra Vomit qui vient de sortir un album superbement produit par Fred Duquesne et qui a prévu un show spécial (le 19) en ouverture des réjouissances, les rennais de Totorro (le 20) à qui le Ferrailleur est fidèle, les incroyables frères irlandais de God is an Astronaut (le 22), la Rumeur et Pedro le Kraken pour une soirée rap et hip hop (le 26) sans oublier, la soirée Hellfest Warm up Ride (le 21) avec des pass Hellfest à gagner. « On a toujours eu des liens très forts avec Ben Barbaud et toute la team du Fest de Clisson, » indique Maxime Pasquer. « On a grandi à la fois en parallèle et ensemble finalement. La présence de Max Cavalera au Ferrailleur est dans toutes les mémoires mais ce n’est pas la seule. Avec le metal, régulièrement en lien direct avec le Hellfest, nous vivons toujours des concerts dans lesquels le public vient en nombre et ressort réjoui. Que demander de mieux ? »

Andréas & Nicolas.

Totorro.

Les afters ayant depuis plusieurs mois pris une place importante dans les plaquettes, les nuits blanches n’ont pas été oubliées et feront partie de la fête d’anniversaire. Gambass, Môme, Zöl, Turbopolis Crew, l’ Opening Goûtez électronique, Mectoob et l’unique en son genre Christian Hellfest, entre autres, prendront le relais jusque tard dans la nuit.

« On a aussi concocté plein d’autres surprises… que le public pourra découvrir sur place! Si le temps nous est favorable, on devrait vivre dix journées inoubliables dont l’organisation était un challenge mais c’était tellement exceptionnel à mettre en place que l’euphorie a été le seul moteur. On a hâte d’y être et de partager maintenant. »

La saison ne s’arrêtant pas une fois les bougies soufflées, Maxime Pasquer a déjà planché sur les concerts qui égraineront l’été (qu’il s’agisse des concerts sauvages ou des concerts au Ferrailleur lui même). « L’été, il y a toujours une vingtaine de dates. Le public est demandeur et il reste encore plein de monde donc on s’inscrit sur les trajets des tournées. » La rentrée aussi a déjà commencé à prendre forme avec notamment Nostromo qui sera là le 13 octobre et de belles affiches pour le dernier trimestre mais qui seront révélées ultérieurement. « Je pense que nous avons ancré notre identité et que le Ferrailleur est désormais une salle qui compte, aussi bien pour les spectateurs que pour les artistes qui, et on ne peut que s’en réjouir, contribuent eux aussi à la renommée en ne cachant pas leur envie de revenir vite. On pourrait sans doute envisager une légère augmentation de la capacité d’accueil mais on ne peut pas repousser les murs donc ça serait compliqué. L’idée est plutôt de maintenir une qualité d’accueil et d’ajouter des dates supplémentaires. L’envie existe de part et d’autres alors on ne va pas se gêner. A dix ans, le Ferrailleur a l’avenir devant lui, non ? »

Magali MICHEL.

Crédit photos portraits Maxime Pasquer & Robin Foster // Sophie BRANDET.


Crédit photo Disgust // Blstrt Studio. Crédit photos Loudblast, Persefone, The Four Horsemen // La Faute à Rélie. Crédit photo Andréas & Nicolas // Benjamin Guillement. Crédit photo Totorro // Yohan G. 

CHRISTOPHE MAÉ A RATTRAPÉ SON RÊVE

Quand on a un dernier album en date certifié triple disque de platine, et, accessoirement dix années de succès incontesté derrière soi, le public vous attend forcément au tournant de la nouvelle tournée, espérant des surprises, une mise en scène façon « toujours plus haut, toujours plus fort ». Un pari que Christophe Maé relève avec euphorie. Haut en couleurs, musical et chargé d’émotions, son «Attrape-Rêves Tour» est un voyage bluffant d’énergie et de générosité.

Christophe Maé en concert, c’est toujours un moment unique. Car le personnage lui-même n’a pas son pareil. On peut le parodier, (tenter de) l’imiter en focalisant sur des succès qui ne seraient riches que de quelques accords… le musicien n’a plus besoin de répondre à ces sirènes de la mauvaise foi, il sait que le public ne lui est pas fidèle par hasard. Bosseur acharné (la projection d’un extrait d’interview de Jacques Brel en milieu de concert rappelle judicieusement la place du travail « car le talent n’existe pas »), musicien, danseur, comédien, il joue avec plaisir toutes les cartes que la scène peut lui offrir. Et il le fait sans bluffer, avec une générosité qui n’est l’apanage que de quelques uns.

Après l’avoir vu à Saint-Brieuc à l’automne dernier, dans le cadre des quelques dates de «pré tour», on avait bien compris que cet « Attrape-Rêves » enverrait du spectaculaire. On ne s’était pas trompé. Après une projection sur l’immense écran fond de scène d’un film façon western dans lequel Maé camperait Clint Eastwood avec ses musiciens qui débarquent les uns après les autres dans les rôles traditionnels du genre (un toubib, un barman, des bons mais aussi des brutes et des truands), la montagne peut s’ouvrir : les Rocheuses, la Monument Valley, une veillée feu de bois, le saloon et mêmes les frimes de la Californie, le public va sortir son passeport pour deux heures d’un voyage dont il n’aura jamais envie de débarquer. La scénographie est imaginative, le décor crée l’illusion à coups de projections et de lumières superbement conçues. Le show fait dans le sensationnel, le concepteur n’a pas failli ! (Christophe Maé a souligné la part créative importante jouée par Joseph di Marco, son complice musicien et danseur, dans cette tournée). Les musiciens et les choristes (beaucoup étaient déjà dans la précédente tournée) sont d’énormes pointures et l’amitié qui les unit n’a rien d’un faux semblant.

Emu, rappelant qu’il s’était écoulé à peu près dix ans depuis sa première tournée, remerciant parce qu’ « enfant, il rêvait de jouer de l’harmonica et de se déguiser en cowboy et en indien et qu’il menait désormais la vie qui le faisait rêver », il peut alors décocher les premières notes de ce superbe «Attrape-Rêves» écrit avec Boris Bergman. Quelques secondes à peine et le Zénith de Nantes plein à craquer chante avec lui, sans avoir eu besoin d’y être invité. Six mille cinq cents personnes qui connaissent par coeur les titres les plus anciens comme ceux de ce dernier album, concentré de tubes. Et qui n’hésitent pas à se lever pour tanguer au milieu des parterres de chaises ou des gradins et finir cette chorégraphie inédite dans un immense fou-rire.

Reconnaissant envers cette fidélité jamais trahie, Christophe Maé n’hésite pas à descendre de scène pour serrer des mains, réagir avec humour aux demandes qui lui sont formulées, allant même jusqu’à s’offrir une pleine traversée du Zénith, micro-casque et guitare en bandoulière. Les fans se ruent, il sourit, regarde. Visiblement heureux de ce moment qu’il a souhaité glisser au coeur de la soirée.

A ces moments joyeux succèdent des séquences laissant la part belle à l’émotion. « Il est où le bonheur ? » vise juste. « Ballerine » façon déclaration nocturne en bord de mer, « La Poupée », l’un des titres forts de l’album précédent, imposent naturellement une écoute attentive. Et puis il y a bien sûr la bouleversante « Lampedusa », cette ode à tous les naufragés qui rêvaient d’exil et de monde meilleur, une main tendue qui mériterait une diffusion massive en ces temps troublés de scrutin. Attentif aux autres (il est l’un des piliers des Enfoirés), sans chercher l’éclairage ni la médiatisation systématique de ses engagements, Christophe Maé sait qu’à quarante ans, il peut aussi véhiculer des mots sur le terrain de ses convictions. Et il le fait avec une vérité renforcée par une dimension artistique saisissante.

En Juin, « L’Attrape-Rêves Tour » s’offrira une escale de deux semaines au Palais des Sports de Paris. L’occasion peut-être de se rattraper pour tous ceux qui n’ont pu avoir leur ticket pour Nantes. A moins qu’ils préfèrent patienter jusqu’au 20 Septembre… car la liste des déçus était trop longue: phénomène assez rare mais bien représentatif du succès engendré, la tournée repassera ici dès ce début d’automne. La billetterie est déjà en surchauffe. A défaut de rêve, attraper deux heures de bonheur ne se manque pas deux fois.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

MASS HYSTERIA REUSSIT SA SORTIE

Mass Hysteria faisait son retour sur scène ce week-end à l’occasion du festival « On n’a plus vingt ans » organisé aux Herbiers (Vendée). Pour la première de cet ultime tour de piste (une vingtaine de dates) avant de se consacrer au prochain album, le quatuor parisien avait misé sur une set list inédite. Un pari osé qui a rallumé de sacrés souvenirs pour les fans de la première heure.  

Comment boucler en beauté les ultimes salves de la tournée « Matière Noire »? Comment poursuivre avec les morceaux incontournables mais ne pas jouer le simple copier-coller des concerts de l’an dernier? La question a du se poser longuement parmi le groupe quand on voit la tonalité de la set list proposée ce 15 avril aux Herbiers (Vendée) à l’ occasion du Festival « On n’a plus vingt ans » organisé par Tagada Jones et la belle surprise offerte au public.

Ce n’est pas une indélicatesse par rapport aux autres participants que d’affirmer la présence impressionnante des fans de Mass Hysteria parmi les deux mille six-cents spectateurs réunis à l’espace Herbauges. Quatre mois depuis le dernier concert alors ils avaient fait fi des kilomètres (certains avaient parcouru plus de six-cents kilomètres) et étaient prêts à donner de la voix et à tout entendre surtout, convaincus qu’il y aurait forcément « Chiens de la Casse », « Vae Soli », « Plus que du metal » et « Positif à Bloc ». Ces quatre titres là, personne ne voulait les voir décrocher! Ca tombe bien, Mass Hysteria non plus n’a pas eu envie de les écarter. Dans les temps forts de l’album, en fait, seul « L’ Enfer des Dieux » n’est pas de sortie. « On ne veut pas être trop politique ce soir, » expliquait Mouss avant le début du concert. « Tagada Jones, qui est à l’origine de la soirée, qui nous a invités en même temps que « Les Trois Fromages », « No One is innocent » et « les Ramoneurs de Menhir », fête ses vingt ans et son nouvel album. L’esprit de la fête doit donc l’emporter.»

Et la fête a été belle. D’accord, il y a eu quelques trous de mémoire mais peut-on en vouloir à Mouss alors que le groupe ressortait des cartons des chansons qui n’avaient plus été interprétées depuis des années. « Ca fait même pas trente minutes que je suis sur scène et je n’ai déjà plus de souffle… Vous ne le voyez peut être pas mais je vous assure que c’est vrai ! Mais l’important est ailleurs, l’essentiel est que pour cette première date de l’année, on joue avec des potes dans une salle archi pleine… Je compte juste un peu sur votre indulgence. On a opéré quelques changements et eu envie de reprendre ce qui suit… »

Après cinq titres attendus et inscrits en lettres d’or sur la set list de « Matière Noire » (dans lesquels Jamie Ryan (ex Guérilla Poubelle), le nouveau bassiste, a assuré sans faillir), la surprise s’est en effet produite dès les premiers accords de « Plus aucune mer », un titre qui figurait sur l’album « Failles », sorti en 2009 et très peu interprété depuis. S’ensuit « Plus aucune mer ». Avec une intro qui balaie tout et des paroles lames de fond, impossible de résister. Le public se prend l’uppercut avec bonheur.

« Même si j’explose » précède « Attracteurs étranges », l’une des chansons majeures de l’album «Contradictions» sorti en 1999. Magnifique cadeau.

Après une descente parmi le public histoire de vérifier si le nouveau promu en a sous la corde, le temps d’un P4 bien envoyé, retour aux inoxydables  dont « Contraddictions », « Plus que du metal », « Tout est poison » pour finir avec la toute aussi traditionnelle montée sur scène des « furieuses » (et des enfants) pour « Respect » et « Furia », rejoints par une partie des membres de « No One is Innocent » et des « Ramoneurs de Menhir ».

Ils réclamaient un peu d’indulgence. Demande inutile. Il faut plus d’une pause de quelques mois  et des partitions anciennes tout juste reprises pour faire perdre aux vieux briscards de Mass Hysteria leur qualité de jeu, leur générosité et leur façon d’interagir avec un public fidèle depuis plus de vingt ans, heureux de retrouver des titres que personne ne pensait plus entendre en concert. Certains auraient achevé ce dernier inventaire avant repli en roue libre. Mass Hysteria a préféré s’offrir le frisson d’une petite mise en danger, casser la routine et créer la surprise pour un public qui n’en demandait pas tant. Respect!

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Festival «On n’a plus vingt ans» : NO ONE IS INNOCENT, LIBRE ET ENGAGÉ

No One Is Innocent au programme du festival « On n’a plus vingt ans » concocté par Tagada Jones (avec également Mass Hysteria – voir report -, Les Trois Fromages et les Ramoneurs de Menhir) : la soirée ne pouvait s’inscrire qu’au fronton d’un engagement majeur. Bien rock et clairement politique. Il y a des combats qui resteront toujours les leurs.

Depuis plus de vingt ans, No One Is Innocent fait du bruit mais ne parle pas pour ne rien dire. Les riffs uppercutent et les paroles résonnent. Fort. Le temps n’a rien changé à l’affaire et Kemar n’a rien perdu de sa voix ni de ses envies de conviction. Les extrémismes, les jusque boutistes des religions, les haines trop clairement mises en bannière, les No One ne laisseront jamais rien passé. Inoxydables, une motivation que les effrois de l’actualité ne font que pérenniser encore, le quintette parisien ne fait jamais semblant.

Musicalement, la puissance est toute aussi manifeste. Gaël Chosson, Popy (Bertrand Laussinotte), Shanka (François Maigret) et Bertrand Dessoliers sont des musiciens de première classe, rodés à la scène. Alors forcément, quand ils arrivent sur scène, ça claque direct.

Le public des Herbiers espérait que la part belle serait laissée aux titres phares de «Propaganda», le sixième opus du groupe sorti en juin 2015… il n’a pas été déçu. La soirée avait beau être placée sous le signe de la fête des 20 ans des Tagada Jones, il est des périodes dont les risques ne doivent pas être occultés. « La jeunesse emmerde le Front National! » Le message ne tarde pas. Difficile de faire plus clair.

Avec les présidentielles toutes proches, se positionner est un devoir citoyen pour le frontman qui décoche ses mots avec cette énergie dont il ne semble jamais se séparer sur scène. Inusable. Bondissant. Arpentant l’espace. Les mots jaillissent sur les accords joués avec rage. « Djihad Propaganda », « Silencio », « La Peau », « Vingt ans » et le toujours aussi impressionnant « Charlie » (entre autres) seront de la fête. Une fête d’anniversaire mais avec le poing tendu qui remplacerait la bougie. L’humanisme, la tolérance, la fraternité, la liberté en base indispensable au gâteau.

A l’automne, No One Is Innocent enregistrera son nouvel album. Les textes sont prêts. Les premiers coups de batterie sont déjà dans la boîte. Avec Fred Duquesne à la production, comme pour « Propaganda », ce qui laisse augurer du meilleur en matière de gros son. On n’a sans doute pas tous les jours vingt ans… Mais One is Innocent n’en finit pas de prouver qu’il n’est pas d’âge pour rester insoumis. Libres. Et musicalement déchaînés.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Les fidèles de Ghost en totale communion à l’Olympia!

C’est dans l’Olympia (Paris) plein comme la place Saint Pierre du Vatican un jour de bénédiction que Ghost a servi sa messe ce 11 avril à Paris. Des Nameless Ghouls nouveaux et un Papa Emeritus très en forme. 

Depuis quelques semaines, malgré une tournée internationale sold out, Ghost avait quitté la rubrique musicale pour se glisser dans la chronique judiciaire. Des histoires de droits, de contrats, d’absence de répartition des gains entre Papa Emeritus et ses musiciens, les fameux Nameless Ghouls. Le problème de n’avoir pas de noms justement et de jouer sous masque pour demeurer dans un total anonymat, est que l’on est interchangeable à loisir. Il n’a donc pas fallu beaucoup de temps à Papa Emeritus pour trouver des successeurs aux déserteurs. Restait à savoir comment cet entourage nouveau allait se comporter sur scène, les connivences et jeux d’avant conflit allaient-ils pouvoir être maintenus?

La réponse est vite tombée : dans un décor agrandi, plus impressionnant encore avec sa marche supplémentaire et son sol en dalles à carreaux, reproduisant encore mieux l’univers liturgique et ses codes ancestraux, les suédois débarquent sur scène au rythme de « Square Hammer » puis enchaînent sans temps mort avec « From the Pinnacle to the Pit » et « Secular Haze ». Les Nameless Ghouls bougent avec une énergie que l’on ne connaissait pas chez leurs précédesseurs, plus enclins peut être à mimer le respect derrière un Papa Emeritus hiérarche incontesté. Un peu étonnant pour tous ceux (et ils étaient nombreux) qui les ont déjà pas mal vus sur scène mais rien de vraiment perturbant à l’évidence si on en juge par la frénésie et l’enthousiasme du public. (Pour mémoire, il faut rappeler que les billets de cette unique date française se sont arrachés en quelques heures).

Musicalement, c’est toujours aussi calé et ça envoie magistralement. « Cirice » ou « Per Aspera ad inferi » resteront longtemps dans les mémoires. Visiblement (si on peut dire compte tenu de l’impossibilité à voir leurs visages), les Ghoules prennent un vrai plaisir et ne se ménagent pas, se mettant régulièrement en avant.

Les anciens tubes font évidemment toujours recettes. Le public exulte devant ce best of porté par la magnifique voix de Papa Emeritus, qui avait troqué sa tenue papale pour un costume plus propice aux déplacements. Dans « Year zero » ou bien encore « He is », son timbre fait des merveilles.

En près d’une vingtaine de titres, une heure trente de concert grand spectacle (confettis compris) avec l’incontournable « Monstrance Clock » signifiant que la messe était définitivement dite, Ghost a prouvé qu’il était l’un des groupes les plus énormes du moment, en totale communion avec ses fidèles. Tous prient déjà pour qu’ils reviennent vite.

Texte et photos // Sophie BRANDET.