PORTRAIT: Kemar (No One Is Innocent), l’engagement musicien

Il est celui qui est à l’origine de No One is Innocent, l’un des piliers de la scène rock française, il écume les scènes depuis un quart de siècle et pourtant, on ne sait pas grand chose de Kemar, son chanteur (on pourrait dire son « leader » mais il la joue bien trop collectif pour aimer ça). No One Is Innocent sera de retour à Paris le 21 Novembre pour un grand rendez-vous à la Cigale, l’occasion de consacrer un portrait à celui qui est (désolée  Kemar !), le premier d’entre eux.

Un nom de famille (Gulbenkian)  qui signe les origines arméniennes mais c’est un parisien pure souche, amoureux de son arrondissement, de ce coin de la capitale où il a grandi et où il vit toujours aujourd’hui. Comme la plupart de ses potes, sa bande d’hier et celle d’ aujourd’hui avec lesquels il lui arrive de prolonger les soirées. Mais en pleine tournée avec No One is Innocent et avec la Cigale en ligne de mire, Kemar, bosseur invétéré, privilégie actuellement la forme. 

Du point de vue de l’état-civil, il est (de peu) l’ainé de la bande mais à les voir évoluer ensemble, à la ville comme à la scène, bien malin qui saurait faire la différence. Une pêche d’enfer, une silhouette affutée à la Iggy Pop, le temps n’a pas plus de prise sur son physique que sur sa capacité à réagir face à l’actualité. Et pourtant, mine de rien, cela fait quand même près d’un quart de siècle que No One Is Innocent, porté par Kemar, truste le devant de la scène rock française et s’affirme avec ses textes puissants servis par des partitions de plus en plus musclées.

« C’est sûr qu’en 1993, quand on a sorti notre CD quatre titres, je n’aurais pas imaginé ce chemin. Ce sont les Trans musicales de Rennes qui nous ont permis de trouver un label pour éditer notre premier album. Je ne faisais pas le malin quand je suis allé faire écouter nos morceaux même si j’avais vraiment le sentiment profond que « La Peau » notamment, avec ses paroles fortes, universelles, portées par cette musique tribale rappelant les tribus indiennes, était une vraie bonne chanson. Et puis on a été disque d’or avec plus de cent mille exemplaires vendus. Même si le marché du disque n’était pas encore dans son état actuel, 100.000 exemplaires c’était une sacrée performance, ce genre de trucs qui fait quand même sacrément plaisir! » confie Kemar dans un immense sourire. 

Arrivé de Paris en début d’après-midi, balances faites, No One joue à Nantes dans le cadre de la tournée « Du bruit dans l’ hexagone », quelques dates communes avec les potes de Tagada Jones). Kemar a les yeux rieurs. La date est sold out, la grande salle de Stéréolux est magnifique et partager l’affiche avec Niko Jones et sa bande (sans oublier ce soir là encore les définitivement punks Sales Majestés) pour ce périple qui va se poursuivre jusqu’en Normandie via Brest devant des foules compactes, il ne boude pas son plaisir. Vingt cinq ans après les débuts, il n’est pas blasé. Loin de là!

Il est vrai que le groupe a connu une histoire à rebonds. « Utopia », le deuxième album, enregistré à Woodstock, avait été suivi d’une très longue tournée, de très longs moments passés sur les routes qui avaient sans doute contribué à la séparation en 1998. Musicien dans l’ âme, toujours animé par cette flamme née lorsque membre de la Chorale Arménienne de Paris, il  avait accompagné Charles Aznavour sur la scène de l’ Olympia (« c’est mon père qui m’ y avait inscrit. J’avais dix ans. Il n’avait sans doute pas imaginé comment tout cela allait orienter ma vie »), Kemar a saisi l’opportunité de cette mise en pause pour enregistrer en 2002 un album solo, le très beau « Prénom Betty ». « Je n’avais plus la moelle pour la vie de groupe telle que nous la vivions. On était rincé par quatre années de folie, par trop de concerts et les tensions dans le groupe devenaient trop fortes. Alors comme j’adore voyager, je suis parti aux Philippines et c’est sans doute ce qui a inspiré mon album. J’y ai retrouvé une part de calme à défaut de sérénité et une espèce de paix reposante après ces années portées par la contestation. » 

Ainsi sont nés onze titres sur le fil de la confidence où le chanteur laisse pleinement s’exprimer cette voix reconnaissable entre mille, et où il ose parler à la première personne. Il y a des ruptures, de la passion, des croyances envolées, des envies. Les mots sont justes et savamment posés, le cynisme rejoint des envolées plus poétiques. On ne peut s’empêcher de penser à Gainsbourg. Avec ses titres qui pour certains sont indémodables, on ne peut aussi que regretter la non réédition de « Prénom Betty » 

« Je ne sais pas s’il faut y voir du regret. C’est le passé, c’est ainsi. Seul le présent et ce que l’on veut faire de l’avenir a de l’importance, non ? » interroge Kemar. « Et puis qui dit que ce premier album solo ne sera pas suivi d’un second ? » poursuit il avec le regard amusé de celui qui lance son interlocuteur sur une piste sans en distribuer l’éclairage.

Quelques mois après la sortie de son album, Kemar rencontre alors K-mille. Avec celui ci, compositeur venu de la scène electro (il est le compositeur de « UHT », groupe électronique underground), il retrouve la pêche pour de nouvelles écritures. Cela aurait pu donner un autre disque en son nom propre mais l’évidence a roulé… Ce serait la renaissance de No One is Innocent. Les anciens membres n’ont pas embarqué dans l’aventure mais Emmanuel de Arriba, pote de lycée devenu auteur, a donné les premiers couplets d’une co-écriture qui n’a jamais failli depuis. « On se connaît par coeur. On a la même vision du monde, les mêmes énervements, les mêmes aspirations alors écrire ensemble se fait dans la confiance et dans la facilité. « Révolution . com » est sorti en 2004. No One était relancé. 

« Il n’y a pas de recette. Quand on sort un album, je ne me suis jamais enfermé dans des certitudes. J’ai beau avoir la conviction que certains titres sont indiscutables, je me demande encore ce que la maison de disques va en penser. Le nerf de la guerre, aussi idiot ou évident que cela puisse paraître, c’est d’écrire de bonnes chansons. La musique doit suivre. Les meilleurs accords, les lignes de basse, la simplicité parfois, peuvent être extrêmement difficiles à trouver et on peut chercher des heures jusqu’à l’obsession. Le message n’en sera que plus fort s’il passe sur des partitions soignées jusque dans la moindre note. »

Après avoir pas mal changé la composition de son équipe, No One is Innocent ne bouge plus et n’a sans doute jamais été aussi fort. Shanka (François Maigret), le plus ancien du groupe après Kemar, est un guitariste surdoué à qui rien ne semble impossible. Bertrand (Dessoliers) assure à la basse et Gaël (Chosson) à la batterie. Quant à Popy (Bertrand Laussinotte), arrivé au moment de la création de « Propaganda », il a une imagination et une aisance indiscutables. Accessoirement aussi, ce line up là s’entend comme larrons en foire et ça se voit sur scène comme ça se ressent dans les albums. 

« On avait assuré les premières parties de Motörhead et des Gun’s lors de leurs cinq Zénith en 2012. « Drugstore » était sorti un an avant. Mais c’est avec « Propaganda » en 2015 que le groupe a pris un nouvel essor. On a retrouvé toute notre ADN lorsque Popy est arrivé à la deuxième guitare. «Silencio», « Djihad » sont devenus incontournables. La tournée qui a suivi a été énorme et puis il y a eu le Stade de France en mai 2016 avant AC/DC puis un nouveau Stade en juin de l’année suivante avec Les Insus. Ouvrir pour des musiciens comme AC/DC que l’on admire et écoute depuis longtemps est un truc assez énorme mais on a eu assez peu de contacts. On dispose de peu de temps et de peu de souplesse technique pour faire les balances, on joue, on se dit qu’il faut kiffer au maximum, on le vit avec une certaine inconscience… et c’est déjà fin! Avec Les Insus, cela a été plus chaleureux. Nous avions croisé Jean-Louis Aubert dans un festival, il m’a dit beaucoup aimer No One et regretter de ne pas nous avoir vus plus souvent. Et puis la proposition du Stade est arrivée. Cela fait d’autant plus plaisir quand c’est un choix personnel et non un arrangement entre labels. Alors on a encore plus kiffé! Et tous ces souvenirs partagés ont épaissi les liens entre nous.»

Après l’impressionnant « Propaganda », qui était unanimement une réussite totale, un écho terrible aux évènements, ceux de Charlie Hebdo en tête, on pensait que No One Is innocent avait atteint son sommet. Renouveler le succès avait des allures de pari quasi impossible. Erreur de route… Ces types là, Kemar en tête, ne sont pas du genre à se laisser scléroser par les résultats. Seules l’envie et l’urgence à écrire, le besoin presque viscéral de composer et de poser des mots, sont les moteurs. « Assez tôt après la fin de la tournée, on a eu envie de se retrouver et d’écrire. Shanka et Popy ont balancé des trucs impressionnants et la musique a entraîné les thèmes, « Frankenstein », « Ali », « A la gloire du marché » sont venus assez vite. Politiquement, les élections françaises avaient porté Macron au pouvoir mais il était encore trop récemment élu pour nous donner matière à écrire alors que la toute puissance de la finance, les revenants de Syrie constituaient des sujets que nous ne pouvions laisser de côté. » 

Et cela a donné ce « Frankenstein » sorti en mars dernier, davantage dans la réflexion, moins à vif, moins en « réaction » immédiate que Propaganda mais comme tout album de No One qui se respecte avec cette force, cette évidence et son engagement citoyen particulièrement fort. « Fred (Duquesne) a enregistré et produit avec le talent qu’on lui connaît. Je ne dis pas ça parce que c’est un pote mais il a un professionnalisme, une exigence et un savoir faire qui nous poussent vers le haut. Avant de poser ma voix, je travaille encore plus. Je sais qu’une fois en studio, s’il décide de reprendre ne serait ce qu’un morceau de phrase qui ne lui plaît pas, s’il doute, il ne lâchera rien… Alors autant être prêt ! »

Avec ce septième opus effectivement, No One Is Innocent impose encore une fois sa marque. Les guitares sont puissantes, inventives, les partitions imposent et sur scène, le « Frankenstein Tour » montre toute son énergie. Sur la scène comme dans la salle, personne ne reste en place. Dopés à ce dynamisme, sautant, virevoltant, frappant avec la rage du boxeur devant livrer son meilleur combat, Kemar et sa bande mouillent la chemise. Et ce n’est même pas une posture. Pour autant, Kemar ne veut pas non plus être résumé à ses sauts désormais largement immortalisés. « Ce serait quand même réducteur! On donne tout, on est à l’instinct mais il y a des moments où on regarde le public droit dans les yeux pour mieux faire passer le message et le convaincre. Parfois d’ailleurs, quand je viens discuter avec les gens après le concert, certains commentaires prouvent qu’il y en a dont les idées sont diamétralement opposées aux nôtres. Ca se voit à leurs remarques. Peut-être qu’ on aura ouvert une réflexion, un débat.. Qui sait ? » 

Généreux à l’extrême, profondément humaniste, Kemar n’a jamais oublié les messages de tolérance portés par son père, qui lui a raconté le drame arménien mais n’a jamais été dans un esprit de revanche. Une ouverture d’esprit que le musicien a toujours appliquée. Même si ses colères contre les extrémistes de tous bords, le racisme, le fait du prince (notamment financier) n’ont pas cédé avec l’âge, Kemar ne se voit cependant pas aussi agile ou bondissant avec dix ans de plus. « Dans l’idéal, No One aurait une fin de carrière à la Zidane. En plein succès! »  commente ce passionné de foot. Que les fans des « Kids » se rassurent, le coup de sifflet final n’est pourtant pas pour demain. Il y aura encore au moins un ou deux albums et avec les tournées qui vont de pair, cela repousse encore loin l’échéance. « J’ai pas mal d’envies. Mes rêves de rock énervé ont été exaucés avec No One. Mon Graal serait désormais de chanter du blues electro, du « Johnny Cash electro », si on peut tenter le lien. Cela pourrait se faire avec K-mille, avec lequel j’avais relancé No One, Tom Fire, un musicien et producteur influencé à la fois par l’electro, le reggae et le hip hop… Ce ne sont encore que des pistes mais c’est vrai que j’adorerais (…) On verra si cela se concrétise. Je viens déjà de vivre une belle expérience avec Merzhin. Le groupe, qui est lui aussi très engagé politiquement, m’a invité quand il enregistrait son nouvel album pour partager un titre, « Nomades ». Il parle de ces populations immenses qui ont vécu et vivent encore sur les routes, par choix ou par obligation. Les gars de Merzhin sont de chouettes mecs, plein de bienveillance. J’ai été super accueilli et je trouve que le titre accroche bien. En tout cas, depuis sa sortie cet été, on nous en parle avec plein de positivité. »

« Je ne suis pas obsédé et n’ai aucun souci de reconnaissance absolue, » poursuit Kemar, « mais j’ai encore plein de choses à raconter. Et puis surtout d’abord, plein de choses à vivre avec No One. J’adore ce groupe, j’adore jouer et partager tout avec ces gars là. Quand on se regroupe autour de la batterie, qui est vraiment l’élément central de tout, c’est hyper fort. J’aime mater mes potes sur scène car à chaque concert, c’est pareil, on monte et on joue comme si c’était la dernière fois. » 

Par chance, ce ne sera pas le cas. Dans plus de cinq heures (No One Is Innocent joue à 23h, dernier de la soirée), Kemar sera sur scène. Ses acolytes se sont égrainés entre hôtel pour se reposer et visite touristique du voisinage. Lui ne sortira pas de la salle. A peine une sieste express dans les loges puis il prendra des nouvelles de chacun, y compris des copains des autres groupes. Profondément humain, attentif aux autres, soucieux que chacun se sente parfaitement bien (les écueils des tournées du tout début ont servi d’expérience), Kemar, l’artiste prolixe, est une personnalité rare. Touchant jusque dans ses colères. Un « honnête homme », la fougue et la modernité en plus.

Magali MICHEL.

Reportage Photos // Sophie BRANDET.

– Un énorme merci à Kemar pour sa disponibilité et à No One is Innocent, équipe technique comprise, pour sa confiance. – 

Léonard Lasry joue sur toutes les lignes de ses portées

Compositeur, interprète, accessoirement aussi co-dirigeant (avec son frère) d’une célèbre marque de lunettes, Léonard Lasry a l’hyper activité prolixe. Il crée au fil de ses rencontres et de ses envies. De temps en temps heureusement, il se donne la priorité… et ça lui réussit plutôt bien. « Avant la première fois », son nouvel opus sorti voilà un an, vient d’être diffusé au Japon alors que lui même participait au festival « Saison Rouge ». Un détour nippon à succès avant de retrouver son agenda surchargé et la longue liste de ses projets. 

« Je suis passionné, cela doit venir de là! Avoir autant de projets est une chance dont j’ai pleinement conscience et dont je ne me plaindrai jamais », assure Léonard Lasry. A trente-six ans, celui qui compose aussi bien pour lui-même que pour Marie-Amélie Seigner, Gabrielle Lazure ou bien encore Jean-Claude Dreyfus, n’a jamais connu actualité aussi riche et carnets de projets aussi pleins. « Choisir serait renoncer. Je fonctionne au coup de coeur, au feeling, aux rencontres et souvent, un projet en entraîne un autre. » 

Dans le tourbillon de ses envies, Léonard Lasry ne s’est pourtant jamais laissé submergé et a toujours tout maîtrisé. Ne pas se fier à son look de parfait « hipster », il n’est pas homme à être enfermé dans une case. Assis devant un piano à l’âge de douze ans, il est remarqué dès l’adolescence pour ses talents de mélodiste et à vingt-quatre ans, il sort son premier disque, douze titres dont il signe l’intégralité des paroles et musiques. Avec un « bonus », « On se voit ce soir », une chanson dont les paroles ont été écrites par André Téchiné et la musique, Philippe Sarde. Il y a pire duo! L’ aventure était lancée.

La formation musicale a continué de s’enrichir et les collaborations se sont succédées. Mais c’est la rencontre avec Elisa Point (interprète méconnue mais et parolière de Christophe notamment) qui a eu une influence majeure. « En 2012, nous avons enregistré ensemble « L’ Exception », un album dont chaque titre renvoyait à une vidéo réalisée par Gérard Courant, comme autant d’hommage aux légendes du cinéma des années soixante. C’était totalement nouveau. On ne s’est plus lâché ensuite, elle a les mots précis, les verbes justes, ceux que je n’ai pas même besoin de trouver puisqu’elle les a déjà posés.» 

Après un autre opus plus intimiste un an plus tard, Léonard Lasry compose les bandes originales de plusieurs films produits (entre autres) par Christian Fechner, des musiques qui sont programmées au Festival d’Avignon et même la bande son du célèbre « Clan des Veuves » avec Ginette Garcin. Sa passion le portant vers tous les domaines, il collabore aussi avec des artistes contemporains, produit et compose « Maripola X Songs » un single deux titres pour Maripol, personnalité fameuse du Downtown New York, collabore avec Li Mahdavi et signe des morceaux pour de grands noms de la Haute Couture comme Valentino ou Dior. 

Mais dans le domaine, ce dont Léonard Lasry est peut-être le plus fier, est vraisemblablement d’avoir permis à Hervé Léger de réaliser son rêve. « Hervé était une personne incroyable, un talent et un sens de la création exceptionnels. La mode ne faisant pas tout, il caressait depuis longtemps une envie de chanter mais cette idée n’avait jamais été concrétisée. Il m’en a parlé, je lui ai dit « banco! je relève le défi et on le fait ! » Ainsi est né « Blue Sapphire » que j’ai composé et produit et qu’il a pris un plaisir immense à enregistrer. Malheureusement, nous n’avons pas pu poursuivre car Hervé Léger est mort brutalement peu après. »

A force de composer pour les autres, Léonard Lasry n’a t’ il pas délaissé sa propre carrière ? Il est certes reconnu mais le grand public ne sait pas forcément encore mettre un nom sur son visage. « Peut-être… On m’en a souvent fait la remarque. Mais je trouve toutes mes créations assez cohérentes au final car elles se sont enrichies les unes des autres et tout s’est enchainé naturellement. Sans ce parcours je n’aurais pas eu la demande du Crazy Horse lorsque le célèbre cabaret parisien a préparé « Dessus Dessous » avec Chantal Thomass. Je n’aurais pas réalisé « Strip tease moi » puis « Totally Crazy », qui reprenait les numéros fétiches du cabaret. Je me trouve donc vraiment chanceux car humainement, cela n’ a été qu’une suite là de belles rencontres.  Il faut un temps pour tout. Cette fois c’est vrai, je consacre plus de temps à mes propres chansons. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir en parallèle pleins de projets pour d’autres! »

« Avant la première fois », quatrième et dernier album en date, est sorti à l’automne 2017 (toujours avec des paroles d’Elisa Point) et a été unanimement salué. Le premier extrait, « L’original » a été porté par un clip (à base d’ampoules qui collent et décollent), parfait reflet de la pop élégante de leur auteur. « Chaos », le nouveau clip, est une sorte de road movie sur les corniches de la Méditerranée avec un Léonard Lasry, conducteur, qui voit défiler les personnages à ses côtés. Les gens changent. Pas lui. Il y a aussi des titres forts, comme « La vraie fatigue de Paris » ou  « Trois » («Si trois fait des envieux, A deux est-ce toujours mieux?, Trois n’écoute que son corps, Son coeur a tous les torts »). Homogène, entre portées minimalistes, murmures quasi gainsbourgiens et échappées beaucoup plus larges et lyriques, l’album vise juste et permet de saisir l’impressionnant talent de mélodiste de Léonard Lasry. 

Il a fallu cinq longues années pour boucler cet opus. En incorrigible perfectionniste, Léonard Lasry n’a pas hésité à réenregistrer certains morceaux car sa voix ne lui plaisait pas. « Avant la première fois » est ressorti cet été en version double album, offrant un second volume, « Après le feu des plaisirs », avec des versions piano-guitare-voix plus proches de ce que Léonard Lasry livre en concert. Qui pénètre cet univers incomparable sera à jamais transporté. Même après la première fois…

Magali MICHEL.

Crédit photos // Vincent Brisson // Paul Mouginot.

 

Marc Lavoine ovationné par le Zénith de Nantes

Six ans depuis « Je descends du singe ». Six ans que Marc Lavoine n’était pas revenu sur scène et n’avait plus posé ses pas dans l’univers de la musique, leur préférant les rôles pour le cinéma ou l’écriture. Le livre consacré à son père («L’homme qui ment», sorti en 2015) a été vendu à plus de 400.000 exemplaires ; un autre est en préparation. Mais cette fois, nouvel album en poche, le voilà de retour. Et le moins que l’on puisse dire est qu’il est toujours aussi fringant, sûr de sa voix.

On ne va pas se mentir : le garçon est plutôt agréable à regarder avec ses yeux verts un peu mélancoliques, son allure d’éternel adolescent drapé dans des costumes sombres sur sneakers blanches. Alors même si on ne va pas le réduire à son physique, ce charme indéniable sur cette voix un peu rauque que l’on ne présente plus expliquent (au moins en partie) la très grande majorité féminine de l’assemblée. Trois milles spectateurs, fidèles de la première heure, heureux de le retrouver enfin et qui attendent avec curiosité cette nouvelle tournée, les chansons qui auront été retenues. 

Sorti avant l’été, écrit dans la foulée du roman autobiographique dédié à son père, « Je reviens à toi», le douzième opus de Marc Lavoine est assez grave. S’il continue à chanter l’amour avec la même élégance, il évoque aussi sans détour la solitude (comme avec ce poignant « Seul définitivement », porteurs des stigmates de la perte de la mère de son fils aîné, de sa propre mère également). L’album évoque aussi les séparations, la fin d’un amour, comme une résonance à sa propre histoire. A cinquante-cinq ans, Marc Lavoine a conservé sa sincérité, son envie de dire, de partager ses vagues de mélancolie qui l’habitent.

Après une première partie laissée à Vanille (la fille de Julien Clerc a égrainé ses titres en guitare-voix avec une jolie énergie, une fraîcheur assurée qui ont donné envie d’aller faire davantage connaissance avec son univers), Marc Lavoine a fait son entrée avec le très adapté « Comment allez vous? » et déclenché un tonnerre d’applaudissements, enthousiasme nourri qui ne cessera plus avant la fin du show.

Mêlant harmonieusement les morceaux récents, comme cette sombre ballade dans les rues de Paris largement inspirée par sa rupture récente  (« Je reviens à toi ») aux incontournables (« C’est ça la France », « C’est la vie », « Paris », « Toi mon amour » (entre autres) repris par la foule, le concert monte en puissance et c’est d’une même voix forte que le public remplace Cristina Marocco sur « J’ai tout oublié ». 

Marc Lavoine, que l’on a connu assez statique, pour ne pas dire figé (peut-être par une forme de trac) ose davantage. Il interprète ses titres avec une force nouvelle. On pourra toujours plaisanter sur la chute (par deux fois) de son micro, le moment reste anecdotique au regard de la soirée. Fabrice Aboulker, complice de toujours, auteur des partitions du « Parking des Anges », des « Yeux revolver » a signé l’intégralité des musiques de ce nouveau disque et Marc Lavoine prend un plaisir manifeste à faire visiter cet univers musical bien connu, tout juste réinventé. 

Le chagrin a beau être l’ une des clés de voûte de ses nouveaux titres, la soirée ne plonge pas pour autant dans une détresse abyssale. Il y a même de vrais moments de rires. De très jolis moments également de poésie. On sent que la passion n’est pas feinte, que le goût des mots justes, des mots qui emportent avec ou sans rime sont pour lui autant de richesses et de chemins de traverses nécessaires, des sauve qui peut la vie. Une intemporalité des sujets comme des textes qui n’est pas très éloignée de ce qu’ il a eu envie de livrer sur scène, le tout mis en lumière par une scénographie innovante, combinant modernité et poésie. Un très joli moment de scène.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Rencontre avec les amours désenchantées de Pierre Lapointe

La veste a les sequins bleu ciel du parfait showman, ultime accessoire paillettes dans un spectacle dont la sobriété reflète les lumières de ses tourments intérieurs. Pierre Lapointe compose sur les feuilles de ses amours mortes. Désespérément gay et beau à la fois.

Ce 11 Octobre à Nantes, la salle Paul Fort est bondée et les travées pleines de fans de la première heure. Un public acquis d’avance, qui connaît les refrains par coeur mais ne tapera pas dans ses mains et ne chantera pas avec Pierre Lapointe, respectant ainsi ses consignes. Un public qui ne lui en voudra pas non plus de reprendre aux mots près ses intermèdes comico-tragiques. « Si vous venez pour la seconde fois et bien désolé mais on ne peut pas toujours tout changer » lance t’il en riant… ce qui coupe court au débat. Alors oui, même ses « Si vous avez perdu quelqu’un récemment, quelqu’un de votre famille, ou même votre chien… j’espère que vous n’êtes pas venu seul ! » sont encore de sortie, histoire de rappeler que la soirée ne sera pas un joyeux karaoké. Au même humour noir, les mêmes rires en retour, bref intermède joyeux entre trois chansons porteuses de désillusions, de mélancolie, d’amour et surtout de désamour. Les mots sont crus souvent, les sentiments multiples et l’homosexualité décomplexée.

Pour ce spectacle mêlant ses deux derniers albums, Pierre Lapointe n’a pas voulu de mise en scène excessive mais plutôt misé sur un double accompagnement insolite, piano-marimba. Le décor composé de néons lumineux joue également la sobriété avec élégance et modernité. Pierre Lapointe se glisse de temps à autre derrière le piano, le reste du temps et pendant près d’une heure trente, il se tient debout face au public comme s’il lui déroulait une histoire, l’histoire de sa propre vie.

La voix est puissante et se fie des notes. Impossible de tricher quand il s’agit de chanter avec un habillage aussi épuré. Mais l’aisance de Pierre Lapointe n’est plus à démontrer. « Paris Tristesse », « Mon prince charmant », « le Halo des amoureux », les chansons défilent sans temps mort dans leur cruelle vérité et reprennent les plus beaux titres du chanteur avec une large part laissée à « La Science du coeur », son avant dernier album. Aucune concession, un regard lucide sur l’existence dans un monde où le fond disparaît au profit du paraître, de l’image modifiée pour mieux être likée. Il affiche ses amours masculines mais le sentiment est éternel et chacun s’y retrouve.

Pierre Lapointe se définit comme un chanteur populaire, ce qu’il est incontestablement au Québec, sa terre d’origine. En France, depuis une dizaine d’années, il avance tranquillement mais sûrement, passant de chanteur « reconnu » à plus largement « connu ». Pas encore populaire. Mais sur le bon chemin.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

– NB : Un dernier mot à toi le spectateur du premier rang pourtant largement dans l’âge de raison mais qui as cru devoir couvrir de propos méprisants la photographe, venue pour travailler, assise discrètement par terre l’espace de deux chansons et ce, de façon autorisée par la production: ton volume sonore faisait plus de bruit que le déclenchement de son appareil et chercher l’approbation de tes voisins ne faisait en vérité que les gêner.  Par contre, ta fille assise à tes côtés et donc elle aussi au premier rang, pouvait se dispenser de passer la soirée sur Facebook car l’écran lumineux de son téléphone a été bien visible toute la soirée.  Dans la pleine luminosité de son impolitesse. Comme ton rire si exubérant et inapproprié entendu jusqu’au fond des travées. Le respect et la tolérance… deux mots magnifiques de la langue française. – 

Charlotte Valandrey change de scène :  l’actrice a trouvé sa voix !

Elle va avoir cinquante ans mais n’a sans doute jamais été aussi lumineuse et pleine de projets. A l’heure où certains investissent dans un Stressless, Charlotte Valandrey ajoute une mention à sa carte de visite en s’offrant un détour par la scène musicale. Des morceaux pop, des paroles cousues main et une voix reconnaissable, l’aventure ne connaît pour l’heure aucune fausse note.

Plus la peine de la présenter: depuis plus de trente ans, Charlotte Valandrey marche à nos côtés, investit les séries qui ont fait le succès de la TV (« Cordier, juge et flic », « Demain nous appartient »), endosse de jolis rôles au théâtre et publie des livres-témoignages (entre autres) qui visent juste et rallient des milliers de lecteurs.

Sa détermination et son courage ne sont plus à démontrer, son combat contre la maladie en a largement attesté. Tout comme sa capacité à rester positive et à gérer efficacement énergies et les émotions, y compris les plus négatives. Elle aurait pu continuer sa route entre tournages et écriture… Mais Charlotte Valandrey a eu envie de se confronter à d’autres sensations en concrétisant son goût pour la chanson, cette envie de faire de la scène qu’elle réprimait depuis l’adolescence.

« J’ai toujours eu envie de chanter! Cela peut paraître opportuniste de dire cela alors que mon premier opus sort le 30 Novembre et que j’ai deux concerts d’ici là mais c’est ainsi. On me disait ado que j’avais un joli brin de voix. Serge Gainsbourg a souhaité me rencontrer et m’écrire des textes… Pourtant je me suis dit : «Je ne le connais pas lui, ce n’est pas pour moi, non merci! » Avouez que j’ai le sens de la bonne décision, non ? » observe t’elle en riant. « C’est l’histoire de ma vie ce genre de choses. Avec le recul, cela fait sourire. J’ai par contre vécu un truc assez original quand même : j’ai fait de la figuration ado dans un clip de David Bowie, ce que beaucoup ne savent même pas. Je passais mon temps dans les concerts de Daho, de Dépêche Mode et de… Bowie et puis j’ai été choisie pour apparaître dans « As the World falls down » que nous avons tourné à Londres. Il m’a dit que j’avais un joli brin de voix. Un vrai beau souvenir!»

Largement occupée entre les tournage et les heures douloureuses à lutter contre les méfaits de la maladie, la transplantation cardiaque qu’elle a dû subir, l’actrice n’avait cependant pas vraiment eu le temps de pousser la note en dehors de sa salle de bains. Il a fallu le hasard d’une rencontre avec un couple de musiciens-paroliers devenus des amis intimes pour que l’affaire se décante et que le projet prenne forme. 

« On s’est vu pendant presqu’un an plusieurs fois par semaines, parfois même tous les jours et on a parlé, travaillé, pensé cet album. Forcément, plus le temps passait, plus ils connaissaient ce qu’il y avait de plus intime en moi, mes failles, mes forces, mes envies, mes enthousiasmes, et ils m’ont taillé un album cousu main. 

Sans exagération, je pense que c’est plus « vrai » que ce que si je l’avais fait moi même.  C’est « naturel », sans pudeurs ou gênes excessives. Je prends ces mots comme les miens et je les chante en les ressentant avec euphorie et force. C’est un plaisir de dingue cette aventure. D’autant que je suis également entourée par trois musiciens qui me portent… » 

Des mots précis, des histoires majuscules, des joies et des peurs, des tourments et de la nostalgie, une pop brillante et sans concession, la voix de Charlotte Valandrey se pose avec aisance dans les titres les plus énergiques comme dans ceux où le phrasé mâtiné de propos forts laisseraient songer à Grand Corps Malade. L’ artiste ne cherche pourtant pas la comparaison mais attend juste de voir si le public la suivra dans ce nouveau chapitre. D’autres titres sont beaucoup plus pop et dans le registre d’un Daho ou d’un Julien Doré, « deux artistes que j’admire, que j’écoute sans arrêt et avec lesquels j’adorerais partager un duo ou une scène, tant qu’à rêver haut ! » lance t’elle en riant.

« Je suis si heureuse, c’est un tel plaisir d’être sur scène, de vivre ces histoires avec les musiciens, c’est très différent du théâtre où l’on endosse la panoplie et le rôle écrit par l’auteur. Là, c’est vraiment moi et moi dans ce que j’ai envie de dire et montrer. Il n’y a pas de faux semblant, ni de costume de protection. Les premiers retours sont positifs. Les deux dates parisiennes permettront de se faire une idée de la réaction du public. Ce serait tellement le bonheur si une tournée pouvait se mettre en place, je veux tellement croire en ce projet…»

Etre connue et même reconnue dans son domaine, avoir un nom ne suffisant pas à capter l’attention (et le partenariat) des labels, Charlotte Valandrey a auto financé son opus de cinq titres. Mais l’album en comportera quatorze, qui seront tous joués sur scène le 15 Octobre (au Réservoir) et le 29 Novembre (au Zèbre de Belleville, toujours à Paris). Une date qui ne doit rien au hasard puisque ce soir là, Charlotte Valandrey soufflera ses cinquante ans. 

Le premier extrait de son opus s’ intitule « J’adore ». De bonne augure pour saluer l’entrée dans cette nouvelle voie.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Nathalie Cazo. 

– En concerts à Paris, le 15 Octobre au Réservoir et le 29 Novembre 2018, au Zèbre de Belleville. Tickets en vente sur billetweb.fr. – 

LA ROUTE DU RHUM A 40 ANS: à consommer sans modération !

40 ans d’existence, deux fois le bel âge et sans doute celui de la grande maturité pour la Route du Rhum. Une course devenue mythique, un Grâal que les meilleurs skippers veulent tous conquérir : la preuve, le 4 Novembre, ils seront 124 à franchir la ligne de départ au large de Saint-Malo, un record de participation. Les meilleurs pourraient mettre 6 jours. Les moins bien lotis auront besoin de beaucoup plus. Mais tous auront, ajouté de la musique au bruit des vagues lors de ce bras de fer avec la mer. 

En ce début d’automne, sur la scène du fameux studio 104 de la Maison de la Radio à Paris, ils sont encore détendus, disponibles et même prêts à dégainer leur meilleur humour à l’image de Loïck Peyron, éternel troublion, dont la facétie et le côté potache ne sont pas plus à démontrer que le talent. Le skipper baulois multi-récompensé, vainqueur surprise de la précédente édition du Rhum (en 7 jours, 15h et 8mn) après avoir remplacé au pied levé Armel Le Cléac’h, blessé en s’entrainant sur son Banque Populaire, a la punchline acérée : « Je vais être le premier vainqueur d’une course, actuel détenteur du titre et du record, à prendre le départ de l’édition suivante en étant sûr de la perdre !» Sur son fidèle multicoque jaune poussin, aux couleurs d’ « Action et Enfance », il ne fera pourtant pas de la figuration, ce serait mal le connaître.

Loïck Peyron.

Lors de la présentation officielle de la course et des 124 concurrents inscrits pour rallier au plus vite la Guadeloupe, l’heure est encore (un peu) à la décontraction. Certains cherchent bien quelques partenaires pour compléter un budget serré, d’autres attendent que le bateau soit prêt à affronter l’entrainement intensif qui va prendre toute la place avant le départ mais l’excitation de prendre le large dans le cadre de cette transatlantique mythique, remportée par d’illustres « confrères » avant eux (Florence Arthaud, Marc Pajot, Philippe Poupon, Laurent Bourgnon, Michel Desjoyeaux…) fait briller tous les regards.

Les chiffres donnent un peu le vertige. Mathieu Sarrot, en charge de l’organisation, s’attend « à une autoroute du Rhum en six jours ». La présence des Ultims, ces mastodontes taillés pour la course, qui volent autant qu’ils glissent sur la vague forts de leurs 32 mètres de long et 23 de large devrait en effet pulvériser les records. Reste à savoir lequel des cinq sportifs à leur barre saura entrer dans l’histoire, qui de Thomas Coville (Sodebo), François Gabart (Macif), Sébastien Josse (Edmond de Rothschild), Francis Joyon (Idec Sport) et Armel Le Cléac’h (Banque Populaire) aura le vent en poupe. Le dernier aura à coeur de prendre sa revanche sur la destinée, Joyon ne lâchera rien et on ne parle même pas de Thomas Coville au palmarès long comme le bras, ni de François Gabart qui transforme en or tout ce qu’il touche. Une « régate » en mode Formule 1 qui s’annonce captivante mais qui ne doit pas faire oublier les 118 autres inscrits, les Multi 50 et les Rhum Multi, côté multicoques, et les Imoca, les Class 40 et les Rhum Mono pour les monocoques.

Armel Le Cleac’h.

EN 2014, ils étaient 91 (dont quatre femmes) à s’aligner au large de Saint-Malo. C’était déjà un record en terme de participation. Avec 124 skippers, la Route du Rhum 2018 frappe encore plus fort et devient la deuxième compétition en terme de concurrents après la Transat Anglaise et ses 126 embarcations lors de son édition 1976. Il y a quarante ans, on prenait les choses avec la même envie et le même sérieux mais le rythme était plus lent… beaucoup plus lent. Mike Birch, le canadien vainqueur du premier Rhum, avait rallié les Antilles en 23 jours et 6 heures. Plus de trois fois le temps nécessaire à Loïck Peyron. « Il n’y avait pas cette puissance offerte par les bateaux actuels, ces équipements à la pointe de la technologie. Tout était plus lourd, plus physique. Du coup, les machines comme les bonshommes arrivaient parfois épuisés, » observe un membre de l’organisation. « Aujourd’hui, s’ils finissent « rincés », c’est parce qu’en cette semaine express, ils veillent quasiment non stop. Alors pour tenir, pour accompagner les barres de nuit notamment, nombreux sont ceux qui font appel à la playlist de leur MP3. Sur Macif, on sait qu’il y a deux petits hauts parleurs. François Gabart a plusieurs fois raconté qu’il avait écouté Ben Mazué lors de sa précédente course. Mais il aime aussi le jazz et le rock. 

François Gabart.

Thomas Coville irait plutôt vers Lou Reed mais il reconnaît pourtant que c’est « la musique de chambre qui a changé sa vie ». Il est également fan de jazz, pour sa grande liberté d’expression. «Après, c’est un luxe de pouvoir écouter de la musique pleinement car cela passe par une disponibilité que je n’ai pas toujours. Même si j’aimerais! »

Thomas Coville.

Du côté des plus jeunes, on racontait aussi que la musique peut avoir une vertu apaisante en ramenant vers des émotions familiales ou plus personnelles, en faisant sonner des partitions qui regonflent le moral et remettent dans le bon tempo. Mais les bateaux comme les voitures se conduisant aussi à l’ écoute, aucun skipper n’aura de musiques directement dans les oreilles. « On reste à l’affut, même la nuit. On est emprunté du bruit habituel et normal de nos voiliers alors on sait quand un son n’est pas légitime. Couvrir le bruit du bateau serait prendre un risque qui pourrait s’affirmer préjudiciable et qu’il est donc préférable d’éviter ».

Confucius affirmait que la « musique donnait une sorte de plaisir dont la nature humaine ne pouvait se dispenser ». Pas certain que sur les Ultims, on ne fasse pas l’impasse sur ce plaisir là. Réponse à Pointe à Pitre aux environs du 8 Novembre. Personne ne peut prévoir l’histoire de ce scénario plein de suspens dans lequel la météo jouera elle aussi son rôle. A armes parfois inégales mais à motivation identique, ces124 sportifs sont prêts à en découdre. Et nous ferons partager la bande son de leur aventure avec à la clé des témoignages, des anecdotes et les refrains qui sauront se glisser dans leurs journées. Le compte à rebours est lancé. le village de la Route du Rhum ouvre le 24 Octobre. Top départ le 4 novembre à 14heures.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Festival FACE & SI: l’adoré

Après les festivités du 20ème anniversaire, pas facile de garder le rythme et d’offrir une affiche toute aussi variée et grand public. Mais impossible n’est pas Face et Si. Les vendéens ont réussi une fois de plus ce grand rendez-vous de fin d’été avec des moments de partages totalement exceptionnels.

D’ abord, il y avait le soleil. Autant reprendre les bonnes habitudes et bénéficier de cette météo qui a été plutôt heureuse au fil de ces week-end de début septembre. Enfin presque… On se souviendra longtemps du déluge qui avait accompagné la vingtième édition, l’an dernier. Des trombes d’eau avaient contrarié les déplacements des artistes mais ils étaient tous arrivés à temps et le public, stoïque autant que passionné, n’ avait pas déserté les rangs de l’espace Beaupuy. Même en finissant détrempé, un concert de Patrick Bruel avec tous les titres qui ont jalonné sa carrière, ne se rate pas.

Nul besoin de parapluie ces 7, 8 et 9 septembre derniers. Mais plutôt de crème solaire! De quoi donner (et c’est un peu dommage) une impression de moindre affluence, notamment en ouverture de soirées, les festivaliers préférant traquer les coins d’ombre salvateurs, quitte à rester à l’oblique de la scène.

Theo Lawrence & The Hearts.

Une problématique qui n’existait pas dans la Longère, qui du coup, a connu un record de fréquentation. Bonne pioche pour Theo Lawrence and The Hearts vendredi soir. Largement inspiré par le blues, la soul et le rock sudiste, le groupe, originaire de la région parisienne, a livré de larges extraits de son premier album, le très réussi « Homemade lemonade ». Theo Lawrence a la voix affirmée. Musicalement, ça met tout le monde d’accord. Il y a fort à parier que cette bande là n’a pas fini de faire parler d’elle.

En pleine tournée anniversaire, IAM a été de tous les festivals pour souffler les vingt ans de l’album « L’ école du micro d’argent ». Pour que la fête soit complète et remercier leur public toujours aussi fidèle, les rappeurs de la cité phocéenne ont sorti le grand jeu : des lights impressionnantes et des décors XXL (si grands d’ailleurs qu’ils ne pouvaient entrer intégralement sur la scène de Mouilleron le Captif et dépassaient de chaque côté du rideau), deux semi remorques de matériels, un vrai barnum qui a forcément emporté toute l’assistance.

IAM.

On peut saluer au passage la volonté d’ Akhenaton et sa bande de ne pas avoir concocté des shows au rabais pour les festivals plus petits que les mastodontes du genre. Respect du public, qu’ils se produisent devant 35.000 personnes ou 3.500, c’est le même spectacle d’un bout à l’autre. Et on peut dire qu’ils ont mis l’ambiance. Impeccables, généreux et porteurs d’une bonne humeur contagieuse, les cinq artistes ont mouillé le tee shirt, fait danser petits et grands qui sont repartis en chantant encore.

Dans cette euphorie de fin de soirée, certains ont manqué le début du concert d’ Hyphen Hyphen. Chantant pour patienter, ils n’avaient pas compris que les niçois (salués par la Victoire de la Révélation scène de l’année) ne prendraient pas la suite des marseillais mais se produiraient dans la Longère. (Au fil de ces trois jours, il y a eu pas mal de distraits qui sont passés à côté du parcours de la programmation. On peut en sourire mais peut-être faudra t’ il envisager des panneaux plus grands ou des annonces l’an prochain.)

Marianne James.

En ce deuxième jour de Face et Si, la scissure générationnelle dominait : ce serait Julien Clerc pour les uns, Arcadian pour les autres mais retrouvailles devant Tryo.

Un peu plus tôt, les plus jeunes avaient aussi un programme dédié avec Marianne James (accompagnée de Sébastien Buffe et Philippe Begin) venue présenter les premières séances de« Tatie Jambon, le concert », son nouveau spectacle. La chevelure devenue peroxydée, la truculente interprète du drôlissime « Miss Carpenter », connue ensuite pour ses commentaires uniques dans « La Nouvelle Star » ou pour « L’Eurovision », a retrouvé Valérie Bour et concocté un show qui laisse dubitatif. « Tatie Jambon » est sans doute drôle par moments mais force le trait la plupart du temps, prend les parents à témoins de blagues que les enfants ne peuvent comprendre et voit même naître des moments assez improbables comme en ce samedi après midi. « Allez, je ne vous ai pas entendus, on tape plus fort dans les mains ! » scande Marianne James. « Par ici aussi, allez on se bouge! Toi, toi, toi aussi et vous dans les fauteuils !» continue t’elle en direction de jeunes handicapés lourds bien incapables de lui obéir. Ce couac mis ça part, l’ensemble reste poussif et mériterait à la fois plus de subtilité et une meilleure approche des plus jeunes, sauf à vouloir ramasser en priorité les viva des parents.

Arcadian.

Pas de bémol possible sur la prestation d’ Arcadian en revanche. Le trio, qui a connu l’entrée dans la notoriété avec The Voice, a enchaîné plus d’une centaine de concerts et vu les rangs de ses fans grossir de jour en jour. Succès mérité et qui n’est pas du à la seule « beaugossitude » de ces trois là. Musiciens accomplis, joyeux et généreux, ayant le sens du show et de la fête, ils ne laissent aucun répit et mettent l’ ambiance jusqu’à la dernière note. La tournée qui vient de s’ achever a été un véritable triomphe. C’est peu dire que leur nouvel opus est attendu avec impatience.

Il fête ses « Cinquante ans » de carrière avec une immense tournée empruntant les festivals et les plus grandes scènes et il était sacrément attendu par le public de Face et Si. Fringuant, Julien Clerc, ans, soixante dix ans, a l’élégance aussi éternelle que ses chansons. Le décor est à son image, la mise en scène soignée.

Julien Clerc.

Accompagné de huit musiciens dont un quatuor à cordes exclusivement féminin, l’interprète de « Melissa » alterne les différentes périodes de son répertoire. A écouter « La fille aux bas nylon », « la Californie », « Utile » ou « Fais moi une place », ce sont des pans de vie qui défilent et des souvenirs qui se rallument pour chacun. Un vrai moment de poésie au coeur de la soirée mouilleronnaise.

Pour laisser éclater son sens du show et du rythme pétaradant, Joseph Couturier s’ était glissé cette année parmi la joyeuse troupe de Tryo. Discrètement installé sur scène avec sa console, l’artificier vendéen a offert plus d’une heure de spectacle grandiose, offrant aux partitions de Tryo une palette aussi inattendue qu’exceptionnelle. Il est certes né dans le sérail avec un père parmi les plus grands artificiers actuels mais il a su tailler sa route en offrant sa propre vision du métier. En musique, il sait jouer sur la durée, laisser vivre ou suggérer les silences, le ciel devenant sa planche à dessin pour une création éphémère et unique dont le public massé devant la scène n’aurait pas voulu perdre la moindre lumière.

Tryo.

C’est donc les yeux un peu fatigués que les festivaliers ont réinvesti le site en ce troisième et dernier jour. Est-ce la faute à la météo qui aurait conduit certains vers les plages en début de journée, il n’y avait étonnement pas beaucoup de monde pour applaudir Amadou et Mariam. Le concert du duo malien était pourtant très réussi, avec de nouveaux titres mais également ceux qui ont assis leur notoriété comme « Dimanche à Bamako », « La Fête au village ».

A l’inverse, les organisateurs n’avaient pas dû prévoir qu’ Hoshi et son célèbre tube « Ta Marinière » trusterait autant de monde. Prévue dans l’après-midi sous la longère, la jeune femme aurait largement pu se produire sur la grande scène car ce sont plusieurs centaines de spectateurs qui n’ont pu accéder au concert faute de places. Un petit raté difficile à anticiper car le succès de cette toute jeune artiste ne cesse de grossir. La répartition des shows n’était probablement plus modifiable mais le mécontentement reste néanmoins légitime de la part de tous ceux qui avaient fait le déplacement pour l’applaudir.

Plein succès et rangs serrés en revanche pour Claudio Capéo et se musiciens. L’ alsacien bouclait en ce dimanche une tournée monumentale entamée à la fin 2016 (avec escales sold out dans tous les zéniths de France), portée par un album au titre éponyme qui a tout raflé et été vendu à plus de 800.000 exemplaires. Il y a deux ans, lorsqu’il participait à The Voice et s’offrait une identité originale avec son accordéon, personne n’aurait pu imaginer ce chemin aussi spectaculaire, pas plus que l’on aurait deviné le troublion énergique derrière l’interprète encore très sage d’ « Un homme debout ».

Claudio Capéo.

Face à un public venu spécialement pour lui, qui connaît le moindre de ses refrains par coeur, Claudio Capéo chante, bondit, parcourt la scène et installe la complicité. La fête est belle et la joie non feinte. L’émotion n’est pas absente et l’on voit même des larmes sur le visage de certains musiciens quand Claudio Capéo rappelle qu’il s’agit bien de l’ultime moment sur la route avant plusieurs mois.

Face et Si an 2018 ne pouvait rêver plus beau final, sous le soleil, en chansons et dans le partage total. Le festival de Mouilleron-le-Captif s’affirme une fois encore comme l’une des manifestations les plus souriantes et chaleureuses avec des bénévoles, de la technique à la confection des crêpes, de l’accueil à la restauration, aux petits soins du public. Exemplaire.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.