FESTIVAL : LES BELLES NUITS DE NORT-SUR-ERDRE

La 21ème Nuit de l’Erdre met l’accent sur les sensations urbaines du moment avec les déjà très plébiscités concert d’Eddy de Pretto et Soprano. Mais les amateurs de rock, de pop, d’électro et de chansons françaises seront également de la fête du 28 au 30 juin.

Personne n’a oublié l’incroyable programmation de la dernière Nuit de l’Erdre avec Shaka Ponk, Vianney, Triggerfinger, Bernard Lavilliers ou bien encore Orelsan. L’édition des vingt ans était forcément celle de toutes les surprises mais 2019 promet de frapper largement aussi fort avec des invités prestigieux et des rendez-vous déjà très attendus.

Disclosure. // Vendredi 28 Juin. 

Nekfeu. // Vendredi 28 Juin. 

Clara Luciani. // Vendredi 28 Juin. 

Vendredi, pour ouvrir les festivités, Disclosure, fer de lance de l’électro britannique, sera présent. Nekfeu, les quatre frères et soeurs des Ogres de Barback, Roger Hodgson, figure emblématique de Supertramp, se partageront également les deux scènes. 

Ils ne seront pas les seuls : Clara Luciani, l’étoile montante de la chanson française, Roméo Elvis, le rappeur belge qui a fait ses gammes avec succès bien avant que sa soeur fasse à son tour parler d’elle et le résumer en « grand frère d’Angèle » serait donc aussi réducteur qu’injuste. Autres participants à cette première soirée, les nantais de KoKoMo, qui ont viennent de sortir un nouvel album et que les programmateurs s’arrachent.

Enorme rendez-vous pour tous ceux qui ont raté leur passage dans la région ces derniers mois, Bon Entendeur, Gaëtan Roussel, Minuit (le groupe créé par Raoul Chichin et Simone Ringer, talentueuse descendance de Fred Chichin et Catherine Ringer des Rita Mitsuko), Vertical et les multirécompensés BigFlo et Oli seront là. 

Temps fort également, la venue d’Eddy de Pretto qui depuis deux ans truste tous les succès avec ses textes brillants et son rap musical qui ne déplairait pas à Nougaro. Dub Inc offrira la plage reggae et Editors déversera une déferlante de rock. Le groupe britannique porté par Tom Smith sait faire le show donc on peut s’attendre à un grand moment.

Histoire de finir cette nouvelle édition en apothéose, les organisateurs n’ ont pas mégoté : Après Inuit, Train to Roots et Louisett, les plaines de Nort sur Erdre verront sonner l’electro pop de Deluxe, la chanson française portée par la bande de joyeux drilles tarbais de Boulevard des Airs, Hubert-Félix Thiéfaine (qui fait un carton avec sa tournée anniversaire) et Soprano, pour tous ceux qui ont manqué son dernier Zénith à Nantes, sold out en l’espace d’un éclair, et qui ne veulent pas attendre son retour à la fin de l’année.

La seule inconnue sera la météo. Pour tout le reste, les organisateurs ont posé haut les balises. 

 – Informations et réservations : www.lanuitdelerdre.fr/billetterie 

Update // RUNNING ORDER. 

ARCHIVE fête ses 25 ans avec le public nantais!

Histoire de célébrer avec un public fidèle depuis vingt-cinq ans la sortie de leur album rétrospective, Archive est en tournée en France pour trois dates exceptionnelles (avant un retour bien plus long à la fin de l’année). Les anglais passaient par Stéréolux (Nantes) ce 14 mai. Le temps n’a fait que pâtiner leur incroyable mélange de rock instrumental entremêlé de nappes électros. Trois heures de concert entre ombres et lasers.

Les organisateurs avaient prévenu : les photographes autorisés devraient shooter avec leur écran et ne surtout pas glisser l’oeil derrière le viseur car la débauche de lasers pouvait être dangereuse pour les rétines. On savait les britanniques passés maîtres en matière de lumières et effets scéniques, on glissait cette fois dans la dimension supérieure dans ce show anniversaire mis en place pour souffler un quart de siècle d’une aventure musicale unique.

Formé en 1994 sous la houlette de Darius Keeler et Danny Griffiths, Archive se présente alors comme un groupe de trip hop. Plutôt sombre, le premier album sorti deux ans plus tard bénéficie de la présence de la chanteuse Roya Arab et flirte aussi avec le rap. Près de vingt ans plus tard, « Londinium » demeure une référence absolue en matière de trip hop, une forme de perfection un peu « étalon » vers laquelle beaucoup ont essayé de tendre sans jamais égaler les lignes des anglais.

Après des tensions au sein du groupe, Suzanne Woofer devient la nouvelle voix d’Archive et s’impose avec brio dans « Take my head » sorti en 1999, un album plus solaire, nettement plus mélodique et plus trip pop, ce qui provoquera de belles discussions parmi les fans historiques et ceux qui préfèrent cette nouvelle direction.

Autre gros changement en 2001 quand Archive, qui n’a décidément pas le goût pour la solidité de son line up, remplace sa chanteuse par Craig Walker, ex chanteur du groupe de punk irlandais, Power of Dreams. Walker laissera son empreinte jusqu’en 2004. Et Archive continuera à chercher son renouveau permanent en intégrant de nouveaux membres successifs. Holly Martin fait son entrée en 2012. Cette arrivée souffle de nouvelles inspirations et des arrangements inédits. « You make me feel » devient rapidement un très gros succès.

« 25 » était sans doute la plus belle manière de fêter cet impressionnant parcours d’un quart de siècle où le succès, le doute et l’envie ont toujours résisté aux courants successifs. Une belle manière également d’offrir aux fans qui n’ont jamais déserté les rangs un opus souvenir dans lequel a été ajouté un inédit, « Remains of nothing » avec Band of Skulls. Ne restait plus qu’à programmer quelques concerts évènements, trois dates dont Nantes et Paris (La Seine Musicale, où sera d’ailleurs effectuée une  captation). Trois dates sold out sitôt la mise en vente. 

A Stéréolux, la grande salle archi pleine a réservé un accueil magistral aux anglais. Il est vrai que le show, impressionnante déferlante de lights et de lasers en tous genres, spectaculaire dans sa mise en lumière (avec toujours cette habitude de laisser les musiciens dans une ombre d’où ils ne sortaient que rarement) s’articulait sur une set list qui n’avait rien oublié. Trois heures de concert (avec, originalité, un entracte en milieu de soirée) qui a régalé le public venu parfois de très très loin. Dans cette pénombre lacérée par les lasers, Archive a alterné plages mélodiques et montées en puissance où le rock prenait le dessus sur le trip hop et l’électro, où le sombre le disputait à des parties plus lumineuses. Enveloppantes autant qu’envoutantes.

En novembre, les anglais repasseront pour une longue tournée française, de Lille à Marseille, en passant par Perpignan, le Havre ou bien encore Brest et Lyon. En quittant Stéréolux, certains les avaient déjà inscrites sur leur agenda. Si l’ossature d’Archive a joué la carte du changement, le style est demeuré et le public s’est laissé prendre aux charme quasi hypnotisant d’un groupe phare qui a réussi à rester au sommet de son genre sans jamais se paraphraser.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

Elmer Food Beat, un nouvel album et un soir à l’opéra

Les nantais d’Elmer Food Beat sortent ce 19 avril leur sixième opus. Si « Back in Beat » sonne encore plus rock que les précédents albums, les chansons n’ont rien perdu de cet humour et de cette vision à rebrousse poil sur la gente féminine et l’amour au sens large qui sont dans l’ADN du groupe. Avec de belles dates déjà en ligne de mire.

Qui aurait cru que cette bande de joyeux drilles nantais foulerait toujours les scènes trente-trois ans après sa première prestation lors de la Fête de la Musique dans les rues de la Cité des Ducs ? Personne n’aurait pris le pari, pas mêmes eux pourtant passionnés et déjà dotés de cette énergie folle, de cette envie de faire sonner la six cordes autour de paroles porteuses de la désormais fameuse griffe « Elmer Food Beat ». Ce serait pourtant une erreur de les réduire à un groupe dont « Daniella » ou « La caissière de chez Leclerc » seraient les figures de proue.

Bourrés d’humour, incontestablement, mais en aucun cas fers de lance de la chanson gaudriole, Elmer Food Beat est avant tout un groupe de musiciens chevronnés, qui a du talent plein l’épuisette et ne laissera jamais les coups durs les abandonner par marée basse. La disparition de Twistos l’an dernier, l’un des membres fondateurs, co-auteur de la plupart des succès du groupe, l’a démontré. « Back in Beat », le 6ème opus du groupe (sortie ce 19 avril) en sera même la preuve éclatante. Clin d’oeil au célèbre « Back in Black » d’ ACDC, groupe qu’ils adorent, l’album des frères Young avait tout de l’éloge funèbre à Bon Scott, décédé quelques temps plus tôt. Si la pochette des nantais est elle aussi sur fond noir, toute comparaison déprimante s’arrêtera là. Cet opus sera fun et ce sera le plus beau des hommages à leur cinquième élément qu’ Elmer Food Beat a décidé de ne pas remplacer.

Pour célébrer la sortie de ce disque, Manou, Grand Lolo, Vincent et Kalou avaient réuni les copains et les médias dans un temple emblématique de la culture nantaise : le théâtre Graslin. Drôle d’endroit pour une rencontre mais le lieu n’avait pas été choisi au hasard, c’est dans ces murs plus empreints de philharmoniques que le groupe avait tourné la veille son nouveau clip, « dans une ambiance Fantôme de l’Opéra! » précise Manou en riant. « Et c’était aussi improbable que génial ».

Improbable en effet d’imaginer Elmer Food Beat qui jouait ses morceaux le week end précédent dans les rues de Nantes sur un char (Manou avait été désigné Roi Carnaval 2019) transporter ses épuisettes (à moins qu’elles soient restées dans les cintres), ses casquettes, débardeurs et sa légendaire bonne humeur entre les velours bleus du très sage opéra. Mais avec ces quatre là, rien d’impossible.

En 1991, un an après la sorti du mythique « 30 cm », premier album du groupe (les Victoires de la Musique leur octroient la récompense du « Meilleur groupe de l’année ». L’année précédente, Daniela avait effectué une entrée fracassante dans le Top 50 et en décembre 1990, dans un Olympia plein à craquer, ils s’étaient vu remettre deux disques d’or.

Impossible d’oublier encore que « Le plastique c’est fantastique » a lui aussi foulé le Top 50 et surtout été promu par le Ministère de la Santé pour une campagne de promotion du préservatif. Au total, « 30 cm » a été vendu à plus de 700.000 exemplaires. Les concerts s’enchaînent et les tournées surfent sur les continents.

En 1993 pourtant, le groupe se sépare. Huit ans plus tard, à l’occasion des deux concerts anniversaires d’ EV, autre groupe nantais, le groupe renait de ses cendres. Mais le véritable « redémarrage » se produit en 2006 quand Elmer Food Beat joue pour l’ouverture du Zenith de Nantes. Suivent alors des festivals puis d’autres albums, de « 25 cm » en 2010 à « A poil les filles » en voila tout juste trois ans.

« Et celui là est sans doute le meilleur depuis « 30 cm », je n’ai pas peur de le dire ! » affirme Manou. « Evidemment, notre thème est toujours le même, c’est l’amour. Mais il y a plein de façons de l’aborder. Demande t’on à Julio Iglesias s’il est à court d’inspiration ? Nous, c’est pareil. Il y a treize morceaux dans « Back in Beat » et le public verra que l’on sait aussi être un peu grave derrière le rire. C’est le cas par exemple de « Dans ce cas ». Toute référence à DSK et les mecs comme lui n’y est pas fortuite. Ou « Quand la dame » qui raconte que lorsque la femme dit non… c’est non! A l’heure des mouvements « Me too » et « Balance ton porc », ce n’est pas opportuniste de notre part. C’est juste une façon de rappeler que nous soutenons la cause des femmes et que pour nous, chanter des refrains humoristiques n’est en aucun cas un soutien aux gros lourds qui se croient tout permis. Les femmes l’ont d’ailleurs toujours compris et composent une grosse partie de notre public… pour notre plus grand plaisir! »

« Il y a aussi une autre différence avec le disque précédent », poursuit Manou, « c’est que ce ne sont pas des chansons positionnées les unes à la suite des autres mais bien un véritable album, qui forme un tout, cohérent et complet. Musicalement, on s’est lâché. Notre arrivée chez Verycords, un label bien rock, a donné une impulsion supplémentaire. Nous avons enregistré dans le mythique studio ICP, à Bruxelles et rien que ça c’était déjà fou. L’excitation n’est jamais redescendue ensuite. Les partitions sont belles, les guitares vraiment mises en avant et musicalement, on s’est fait plaisir en donnant tout. C’est encore plus rock, encore plus « Elmer » et on a une énorme excitation à le défendre. »

De grandes dates sont déjà prévues : après avoir fêté la sortie de l’album à Rennes le 19 avril, le groupe est invité par le FC Nantes le 21 avril sur la pelouse de la Beaujoire et à la fin de l’année, le 13 décembre, ce sera la Cigale à Paris. Mais parce qu’avec les nantais, il n’est rien du au hasard, on sait aussi désormais qu’ Elmer Food Beat se produira en concert exceptionnel… au théâtre Graslin le 16 janvier 2020, une soirée qui fera l’objet d’une captation.

Trente trois ans plus tard, après avoir ramassé à l’épuisette une incroyable série de récompenses, vendu plus d’un millions de disques, Elmer Food Beat n’a jamais semblé aussi fort. « Back in Beat » sera incontestablement l’album de la puissance et de l’envie indéfectibles de jouer, de donner et de partager, une générosité qui les a toujours habités mais s’affichent là dans son éclat le plus rock and roll.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

FRANCOFOLIES DE LA ROCHELLE 2019 : MIXAGE GAGNANT

Les Francofolies de la Rochelle souffleront leurs 35 ans du 10 au 14 Juillet prochains. Pour célébrer l’évènement, la programmation a vu les choses en grand. Patrick Bruel, -M-, Christine and the Queens, Soprano ou bien encore Coeur de Pirate, Angèle, Alain Chamfort, Benabar ou Lomepal, la fête sera belle sur les rivages charentais.

Evidemment, il y a le cadre. Difficile de le nier, la Rochelle, ses quais animés, son Vieux Port, ses rues piétonnes qui vibrent au rythme des échos du parking Saint-Jean d’Acre voisin, ces foules assises de l’autre côté du chenal faute d’ avoir pu trouver le précieux sésame permettant l’accès aux cinq soirées les plus festives de l’année, tout cela fait aussi partie intégrante de la magie des Francos, de cette ambiance que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Mais la beauté du site ne fait pas tout, le soleil couchant sur les bateaux de l’école de voile jouxtant la grande scène n’ a en son temps pas suffi à endiguer la fuite du public. La météo (seul facteur imprévisible) n’avait pas aidé mais elle n’explique sans doute pas tout. Après une légère refonte, les Francofolies ont repris du poil de la bête et s’affirment depuis plusieurs années comme l’un des festivals majeurs, l’un des grands rendez-vous de l’été.

Les fameuses « Fêtes à… » voulues par Jean-Louis Foulquier, le père fondateur, mettant autour d’un invité central une bande de copains, ont laissé des souvenirs inoubliables. Les concerts plus intimistes dans la jolie salle de la Coursive ont permis des découvertes (ou redécouvertes) d’artistes comme Ben Mazué, Albin de la Simone. Les Francos se dispersent aussi dans d’autres lieux de la ville pour des moments à part et puis il y a en parallèle, les Chantiers des Francos, cette pépinière de jeunes talents où l’on se bouscule désormais pour intégrer ce qui s’est affirmé comme une référence importante pour la suite d’une carrière.

L’an dernier, Orelsan, Shaka Ponk, BigFlo et Oli mais aussi NTM et MC Solaar avaient emporté la foule dans des concerts de pure folie. Sans oublier Véronique Samson, qui retrouvait pour l’occasion sur scène Christopher et Stephen Stills, son fils et son ex compagnon.

Cette année, l’affiche mise sur -M-, dont la tournée ne pouvait faire l’impasse sur La Rochelle. Egalement présents le 10 juillet jour d’ouverture, Angèle, Gaëtan Roussel, Camélia Jordana et Bertrand Belin ou bien encore Radio Elvis, l’un des groupes français en pleine ascension.

Christine and the Queens (qui souhaite se faire appeler Chris désormais) se produira le 11 Juillet, tout comme The Blaze, Synapson, Deluxe, Hocus Pocus (qui pour l’occasion invitera C2C) Alltta et Parrad, Kimberose, Vendredi sur Mer. Ce jour là offrira aussi le plaisir de retrouver Dick Annegarn.

Mass Hysteria // 12 Juillet // La Sirène. 

Coeur de Pirate // 12 Juillet // La Coursive.

Lomepal // 12 Juillet // Scène Jean-Louis Foulquier.

Si la soirée précédente faisait la part belle à l’electro, celle du vendredi 12 sera marquée par une montée en puissance des décibels et une présence plus inédite d’un rock à la frontière du metal. Mass Hysteria, qui semble truster des chemins plus mainstreams après l’incroyable succès de la tournée de « Matière Noire » laissera exploser ses riffs sur la grande scène, tout comme les incomparables nantais d’Ultra Vomit et leur heavy metal parodique ou bien encore Pogo Car Crash Control. Autres artistes de cette journée où choisir sera difficile, Coeur de Pirate, IAM Symphonique, Lomepal, la jeune Aya Nakamura, Columbine, Minuit et Renan Luce qui revient avec un nouvel album prometteur.

Mixité des genres réussie le 13 juillet avec Jean-Louis Aubert, qui s’est produit précédemment dans beaucoup de théâtres ou lieux plus petits que ceux auxquels il était habitué, Broken Back, la Grande Sophie et son univers entre force et poésie, Alain Chamfort, dont le dernier opus est tout en émotion, Canine, L.E.J., Boulevard des Airs, qui enchaîne les concerts à guichets fermés et Soprano, reparti en mars sur les routes avec un show encore plus impressionnant que son Everest précédent.

Jean-Louis Aubert // 13 Juillet // La Coursive.

Charlotte Cardin // 14 Juillet // La Coursive.

Jérémy Frérot // 14 Juillet // Scène Jean-Louis Foulquier.

Zazie // 14 Juillet // Scène Jean-Louis Foulquier.

Histoire de boucler la fête en beauté en ce jour de 14 juillet, les Francos ont convié Flavien Berger, Bénabar (dont le sens de la fête n’est plus à démontrer) et ses invités surprise, Joyce Jonathan, la très belle canadienne Charlotte Cardin, Jérémy Frérot, qui n’a plus son acolyte pour partager l’espace mais n’a visiblement rien perdu dans le coeur de ses fans si on en juge par la facilité avec laquelle il remplit les salles, Zazie qui a signé un retour en beauté avec son dernier album dont les ventes se sont envolées, les corréziens de Trois Cafés Gourmands et Patrick Bruel dont le dernier spectacle a vu les choses en grand et qui prouve plus de trente ans après la Bruelmania qu’il reste l’un des ténors de la chanson française.

La liste est longue mais loin d’être exhaustive. La folie va jouer franco sur les scènes rochelaises, entre surprises et audace, poids lourds de la scène et artistes en plein essor, la 31ème édition devrait faire du bruit.

Magali MICHEL.

www.francofolies.fr

Gringe tombe le masque

En concert à Nantes (à Stéréolux), Gringe a révélé un autre visage, plus sombre, dont le rap ciselé exprime parfaitement les fêlures. Les spectateurs qui l’avaient découvert dans les « Casseurs Flowters » avec Orelsan sont repartis conquis. Emus aussi souvent par cet artiste qui se livre enfin à visage découvert.

« Blessures m’ont bousillé l’crâne mais si j’dois sécher tes larmes j’irais plonger dans le cerveau, me jeter dans les flammes pour t’aider à retrouver l’calme, que le mauvais sort nous épargne, j’y laisserai corps et âme, j’dois sécher tes larmes.. » Il est impressionnant Gringe quand il se livre avec la sincérité de celui qui n’a plus envie de se cacher, quand il n’est plus simplement l’alter ego joueur de son complice des « Casseurs Flowters ».

On l’a découvert aux côtés d’Orelsan, il brillait à ses côtés toujours dans « Bloqués », la mini série TV et il aurait pu avoir du mal à s’extraire de l’ombre d’un pote qui n’en finit plus de briller. Gringe a eu l’intelligence d’attendre (longtemps) et de prendre du recul pour sortir le moment venu un album solo magnifique, « L’enfant lune », qui entraîne dans un univers chargé de blessures, sombre souvent, mais porté par un rap aux mots choisis, ciselés et d’une sensibilité extrême.

En se débarrassant du costume d’éternel « je-m’en-foutiste », en remisant le personnage créé de toutes pièces avec son pote de toujours, Gringe a récupéré son autonomie mais surtout son identité. Les textes de ce projet magnifique, très premier degré et écrits à l’encre de la vérité, ont pu dérouter certains fans historiques mais ils ont pour l’essentiel, embarqué tous les autres, ceux qui avaient vu beau et clair sous les étincelles de mélancolie qui jaillissaient de temps à autres.

Sur la scène de Stéréolux (Nantes), ce 9 février, Gringe est donc attendu par un public enthousiaste. Si certains avouent encore la nostalgie du binôme formé avec Orelsan, cela n’empêche pas une écoute attentive et curieuse. Très vite réceptive. Des tables de mixages, des tubes lumineux, de la fumée… les lumières jouent avec les ombres, comme un écho aux paroles du trentenaire. « La chair de ma chair s’en est allée dans des régions trop sombres, et j’découvre ce putain d’scanner qui nous parle de tes lésions profondes, impossible de vivre normalement, j’ai volé l’sourire d’la Joconde, et j’crois plus rien n’s’ra jamais comme avant, elle s’est envolée, la colombe » enchainent les paroles de « Scanner », l’un des titres phares (inoubliable) de ce premier opus d’une puissance implacable. L’allusion à la maladie mentale de son frère laisse le public sans voix. On ne peut résumer l’album no le concert à cette seule chanson mais il est clair que ce passage lourd de sens frappe et laisse KO debout. Comme « Pièces détachées » ou « Paradis noir » Les punchlines qui sont l’incontestable ADN du rap pratiqué avec Orelsan sont bien présentes. Mais par à coups. Presque par réflexe. Aucune recherche de style dans cet opus qui vient des tripes pour révéler dans la plus parfaite des transparences, ce que Gringe a dans la tête.

Du coeur du magma, Gringe a su extraire une alchimie unique. Le set est parfait et le show déjà bien rôdé. « L’ enfant lune », qui a trouvé sa transcription parfaite sur scène, laisse aussi la place à DJ Pone pour un joli moment solo après le rappel et ne fait pas l’impasse, cadeau aux fans des Casseurs, sur quels titres anciens, la voix d’Orelsan en arrière plan.

Gringe a confié que « sans ce projet, il serait professionnellement mort ». Peut-être… En tout cas, c’est avec une énergie et un plaisir non feints que le rappeur normand le porte au fil de la longue tournée qu’ il vient tout juste d’entamer. Après une première date parisienne complète, il y aura un retour par la Cigale le 18 Mars. Gringe sera également à l’ affiche du Printemps de Bourges en avril et dans la plupart des festivals cet été. Il y a des artistes vers lequel il est urgent de se tourner.

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.

La cuvée prometteuse du 43ème Printemps de Bourges

La 43ème édition du Printemps de Bourges se déroulera du 16 au 21 avril prochains. Le festival berrichon, qui donne le La de la saison des festivals, mêlera comme à ses habitudes valeurs sûres (Hubert-Félix Thiéfaine, Zazie, Gaëtan Roussel), artistes plus récemment plébiscités (Clara Luciani, Jeanne Added) et nouvelles recrues des Inouïs, à qui on peut souhaiter une trajectoire aussi heureuse que celle d’Eddy de Pretto, Odezenne ou Radio Elvis, les deux derniers repassant cette année par Bourges. Et puis il y aura ce moment très attendu, un grand hommage rendu par Izia, Arthur et Ken Higelin à leur père disparu l’an dernier.

On a beaucoup fustigé le Printemps de Bourges, « rendez-vous parisien de province », « détour des pros ne venant que pour partager des verres entre gens de bonne compagnie ». Certains pensaient même que le départ de Daniel Colling, âme fondatrice, et l’arrivée de Gérard Pont transformerait le Printemps en énième festival, avec ses mêmes artistes que l’on retrouve partout quand ils sont en tournée, une sorte de Francofolies berrichonnes, Gérard Pont étant également grand ordonnateur de la manifestation rochelaise. Faire et laisser dire… Après les années difficiles, la météo catastrophique et les finances dans le rouge, le Printemps de Bourges a réussi à se redresser et trouver le rythme pour tenir la tête haute, une mutation sans se rogner et conserver ce qui est dans son ADN, la présentation au public de ceux qui feront la musique de demain, en parallèle de la présence de grosses têtes d’affiche.

Hommage à Jacques Higelin, 18Avril, le Palais d’Auron.

Pour cette 43ème édition, on peut d’ores et déjà affirmer que l’hommage rendu par les trois enfants de Jacques Higelin, Izia, Arthur et Ken et bon nombre de ses amis, dans un spectacle intitulé «Jacques, Joseph, Victor… dort » sera l’une des soirées marquantes. Autre évènement très attendu, le nouvel arrangement de « L’homme à la tête de chou » de Jean-Claude Gallota, un spectacle qui mêlera musique et danse et célèbrera Serge Gainsbourg et Alain Bashung. Dans un genre totalement différent encore, Rodolphe Burger se produira à l’Abbaye de Noirlac pour un spectacle spécialement conçu pour l’édifice millénaire.

Quatorze anciens Inouïs seront également de la fête avec notamment Aloïze Sauvage, Odezenne, ou Radio Elvis. La sélection des Inouïs 2019 sera quant à elle révélée le 21 Février. Au fil des ans, cette sélection est devenue une véritable référence et beaucoup se pressent pour bénéficier de ce « label ».

Aloïse Sauvage, 19Avril, l’Auditorium.

En plus des soirées hip-hop le 18 avril (avec entre autres, Dod Saint Jude et Pongo) et rock (Lady Bird, Rendez-vous…) le 19, la nouvelle scène de la chanson pop francophone sera aussi présente avec Hubert Lenoir, Requin Chagrin ou bien encore Bleu Toucan.

Hubert-Félix Thiéfaine, 17Avril, le W.

Zazie, 18Avril, le W.

Lou Doillon, 18Avril, l’Auditorium.

Aya Nakamura, 21Avril, le W.

Mais pour que la fête soit complète, il ne fallait pas oublier des têtes d’affiche fédératrices. Hubert-Félix Thiéfaine viendra donc célébrer ses 40 ans de carrière. Boulevard des Airs, Zazie, Lou Doillon, Charlie Winston, Gaëtan Roussel feront eux aussi le détour par le Berry. Tout comme la jeune Aya Nakamura, récemment nommée aux Victoires de la musique, qui se produira pour la première fois sur une scène du Printemps.

Jeanne Added, 19Avril, le W + le Palais d’Auron.

Vald, 18Avril, la Halle au Blé.

Gringe, 18Avril, la Halle au Blé.

Autres concerts très attendus, ceux de Jeanne Added, Victoire de l’artiste féminine de l’année, la talentueuse Clara Luciani, Ofenbach, Thérapie Taxi, Vitalic ou Salut c’est cool. La musique urbaine ne sera pas en reste avec Gringe, l’Ordre du Périph, Vald mais aussi Columbine ou Giorgio. La cuvée 2019 s’annonce prometteuse.

–  Programme complet et réservations sur printempsdebourges.com – 

Angèle, la nouvelle ambassadrice de l’histoire musicale belge

Un an après avoir ouvert pour Ibeyi, Angèle repassait par Stéréolux (Nantes), tête d’affiche d’une date qui affichait complet depuis des mois. Une heure trente de show à l’image de la jeune femme : musical, fort et plein d’énergie. Vrai.

Dire qu’Angèle, vingt-trois printemps depuis décembre, un album, « Brol » sorti en octobre dernier et très vite certifié double disque de platine, nommée aux Victoires de la Musique dans la catégorie « Album révélation » et « Création audiovisuelle » a déjà tout d’une grande est insuffisant. Rares sont les jeunes artistes qui se produisent avec cette pêche communicative, ce sens de la scène, une voix et une musicalité aussi parfaites. Il est vrai qu’à une époque où le nombre de followers est censé signer le talent et qu’être youtubeur populaire donnerait un blanc seing dans la moindre maison de disques, Angèle (qui affiche néanmoins plus d’un million cent mille followers sur un compte Instagram énorme d’inventivité, d’humour et de musiques) détonnerait presque avec son parcours sans faute et solidement bâti.

Lorsqu’Angèle van Laeken débarque en 2017 sur les réseaux sociaux avec son premier single « La loi de Murphy », la jeune belge (fille de la comédienne Laurence Bibot et du musicien Marka, soeur de Roméo Elvis, l’un des grands du rap actuel) affiche déjà un joli parcours. Après une double formation jazz et musique classique, la jeune fille a intégré le groupe de son père tout en donnant des concerts dans les cafés de Bruxelles. Sa reprise du célèbre titre de Dick Annegarn, hommage à la capitale belge, ne laisse personne indifférent. Son franc parler, sa façon d’être cash et son humour sans filtre entre deux post de vidéos où elle se met en scène sur Instagram complètent un bouche à oreille qui va très vite. Angèle assure alors les premières parties de son concitoyen Damso (qu’elle accompagne également sur son album « Lithopédion ») puis celles d’ Ibeyi. L’engouement ne s’est plus arrêté depuis.

« La loi de Murphy » sort fin 2017… et ce sont des millions de vues sur Youtube. Même succès pour « Je veux tes yeux » l’année suivante. Lorsqu’ elle se produit au Printemps de Bourges cette même année, juste avant Eddy de Pretto et Charlotte Gainsbourg, le Palais d’ Auron est debout et salue comme rarement la première partie d’une soirée. Aussi à l’aise derrière son clavier qu’en bord de scène pour regarder le public dans les yeux, Angèle a déjà cette présence qui signe l’évidence. La petite jeune femme, drapée dans son kimono vert à fleurs, est couverte de superlatifs.

Ce 30 janvier, boostée par des dizaines de concerts, la sortie triomphale de « Brol » (expression belge qui traduit le bazar), la double nomination aux Victoires de la Musique, Angèle repassait donc par Nantes (dans la salle maxi du Stéréolux), là même où elle ouvrait pour Ibeyi quelques mois plus tôt.

Le public est acquis d’avance. La date est sold out depuis des mois mais des dizaines de fans tentent quand même de croiser d’éventuelles reventes aux alentours de la salle sous le regard d’adolescentes qui se réchauffent en sautillant après avoir attendu longuement dans le froid pour truster les premiers rangs de la fosse. Les cris qui surgissent lorsque les premières notes résonnent sont faciles à imaginer… Silhouette gracile dans son tee-shirt rouge assorti à ses bottines, élégant baggy violet, Angèle leur sourit et enchaîne ses titres parmi lesquels se glissent de magnifiques reprises (comme cette chanson de Pauline Croze). 

Rodée à la scène, à l’aise dans les échanges avec le public et n’hésitant pas à jouer la carte de l’humour, Angèle s’autorisera pourtant à demander de façon subtile et douce, un peu plus d’ écoute car la soirée aurait rapidement pu virer en chorale hurlante. Angèle est en effet à ce stade de sa popularité où les salles se remplissent à la vitesse de l’éclair, où tout est enthousiasme pour les spectateurs, ce qui malheureusement gâche l’écoute et ne permet pas de laisser toutes leur places aux titres souvent forts de la jeune femme. Car Angèle n’est pas la nouvelle blonde souriante et jolie de service. Elle est aussi et avant tout une musicienne dont les chansons ont un sens et dont les thèmes ne sont pas forcément « légers », soutenues par des partitions ultra léchées. Alors entre deux « Angèle, tu es belle » ou « Angèle, je t’aime », elle a dû reprendre les notes en mains lorsque la foule a carrément sauté la mesure et devancé musique et paroles. 

Si ce passage est sans doute inévitable quand arrive le succès, pas certain que ce soit la meilleure chose à offrir à son idole et évidemment, encore moins au reste du public, celui qui est venu pour entendre une voix et non assister à un karaoké géant. Espérons qu’Angèle passera rapidement ce moment, Patrick Bruel en son temps, qui avait connu des ambiances similaires, raconte aujourd’hui encore combien il trouvait le moment complexe, ému mais aussi dépassé car au fil des concerts, il suffisait que sonnent les premiers accords pour qu’il n’ait plus besoin de chanter, la foule le faisant à sa place.

Là où n’existait voilà un an qu’une succession de chansons sans réelle mise en scène, la tournée actuelle permet à Angèle de mettre en lumière son second degré, son sens de la dérision. Elle lui ressemble, entre éclats de loutre et jogging à paillettes pour prendre la lumière sans se prendre la tête. Entre émotions et énergie, dansant ou posée derrière son piano, Angèle est une jeune femme de son temps, sans compromis, s’autorisant toutes ses envies, refusant le faux semblant et confessant en riant succomber aux phénomènes parfois bêtas de la société actuelle. A l’aise dans ses baskets comme sur ses talons, elle a ce quelque chose de la fleur qui vient d’éclore et n’est pas près de faner, ce truc en plus qui ne vient pas par l’apprentissage même le plus long. La grâce. 

Magali MICHEL.

Crédit photos // Sophie BRANDET.